Le Québec par des citations

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DICTIONNAIRE DES CITATIONS ET DES IDÉES

DU QUÉBEC

 

VERSION POUR LEPASSEURDELACOTE.COM

 

AUTEUR : ROGER MARTEL

ASTER@VIDEOTRON.CA

Ce dictionnaire a été inséré dans le web le 19 mai 2014,

pendant la Journée des Patriotes, au Québec.

ABUS

Il ne faut pas ambitionner sur le pain bénit. Proverbe québécois.

ACADIE

L’Acadie est la Pologne de l’Amérique. FRÉGAULT, Guy. Histoire du Canada français par les textes, Fides, 1963.

La différence essentielle entre un Acadien et un Québécois, C’est que celui-ci est timide, peu sûr de lui. Habitué à se contenter de demi-mesures, de compromis, habitué à n’être jamais chez lui, il ose rarement se prononcer. Le Québécois est plus catégorique. LE BLANC, Roméo. Cité par Gérard Bergeron, Le Canada français après deux siècles de patience, Seuil, 1967.

Ce n’est plus un musée, l’Acadie! Ce n’est plus 1755, puis ce n’est plus Évangéline. L’évangélinisme est mort en Acadie et ça c’est énorme. MAILLET, Antonine. Propos recueillis par Martial Dassylva, La Presse, 14 octobre 1972.

ACHARNEMENT

Presser le pas, le presser comme un citron. Mettre un pied devant l’autre puis l’autre devant l’un. Poursuivre. Toujours additionner, deux et deux font quatre et multiplier à l’infini. GIGUÈRE, Roland. L’Âge de la parole, L’Hexagone.

ACTE Voir Action.

ACTE CONSTITUTIONNEL

il y aura respectivement dans chacune de celles-ci (les provinces du Haut et du Bas-Canada), un conseil législatif et une chambre d’assemblée (…) quand un bill qui aura été voté par le conseil législatif et par la chambre d’assemblée de l’une ou de l’autre de ces provinces respectivement, sera soumis, pour la sanction royale, au gouverneur (…) tel gouverneur (…) pourra (…) déclarer, à sa discrétion (…) qu’il sanctionne ce bill au nom de Sa Majesté ou qu’il refuse l’assentiment royal à ce bill ou qu’il le réserve jusqu’à ce que celle-ci ait fait connaître son plaisir à ce sujet. ACTE CONSTITUTIONNEL, 10 juin 1791.

Le passé ne doit pas nous décourager, ni diminuer notre admiration pour notre constitution. Toute autre forme de gouvernement serait sujette aux mêmes inconvénients et à de bien plus grands encore; ce que celle-ci a de particulier, c’est qu’elle fournit les moyens d’y remédier. BÉDARD, Pierre. Cité par F.-X. Garneau, Histoire du Canada, 1845-1848.

Il est bien regrettable que la constitution établie pour la province du Bas-Canada par l’Acte de 1791 du parlement britannique semble avoir trompé si entièrement l’attente de ceux qui l’ont introduite et que la conduite de l’Assemblée donne si fortement raison de conclure que la constitution était, non seulement incompatible avec les habitudes et les préjugés des Canadiens, mais impropre aussi à procurer aux colons anglais les avantages que ceux-ci alors s’attendaient à retirer. Lord LIVERPOOL. Lettre à James Craig, 12 septembre 1810.

Lorsque notre constitution nous a été donnée, les anciens sujets (dénommés anglais dans le pays, de quelques nations qu’ils soient) étaient en possession des places du gouvernement. Si quelques Canadiens y étaient admis, c’était sur leur recommandation, et ils étaient choisis du nombre de ceux qui leur étaient dévoués. Depuis la constitution, les choses ont continué sur le même pied (…). Ils (les Canadiens français) sont plus mal que s’ils eussent été privés d’avoir part à la constitution, et qu’elle eût été donnée aux anciens sujets seuls; car ils ne seraient pas plus privés d’en jouir, et elle ne serait pas un moyen de les rendre odieux à la mère patrie. MÉMOIRE AU SOUTIEN DE LA REQUÊTE DES HABITANTS DU BAS-CANADA À SON ALTESSE ROYALE LE PRINCE RÉGENT, HUMBLEMENT SOUMIS À LA CONSIDÉRATION DE MILORS BATHURST, 1814.

la division de la ci-devant province de Québec en deux provinces doit être regardée comme une mesure des plus pernicieuses. PÉTITION DE MONTRÉALAIS DE LANGUE ANGLAISE, décembre 1822.

les Canadiens français n’ont pas insisté (après la création de l’Union) sur le retour au régime de la séparation qui avait prévalu de 1791 à 1840. (…) La Nouvelle-France se serait ainsi établie définitivement… Ce qui paraît aujourd’hui à plusieurs un rêve, une chimère, un projet impraticable : la fondation sur les bords du Saint-Laurent d’un Canada français et catholique, indépendant, libre de toute entrave, aurait pu facilement devenir une glorieuse réalité. TARDIVEL, Jules-Paul. Le Vérité, 10 juillet 1897.

ACTE DE L’AMÉRIQUE DU NORD BRITANNIQUE (Confédération canadienne)

Il sera loisible à la Reine, sur et suivant l’avis du conseil privé de Sa Majesté, de déclarer par une proclamation que les provinces du Canada, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick formeront et constitueront un dominion sous le nom de Canada… (article 3). Il sera loisible à la Reine, sur l’avis et avec l’assentiment du Sénat et de la chambre des communes, de légiférer, en vue de la paix, de l’ordre public et de la bonne administration du Canada, sur toute matière ne rentrant pas dans les catégories des sujets que la présente loi attribue exclusivement aux législatures des Provinces. Pour mieux préciser, sans la restreindre, la portée générale des termes ci-dessus du présent article, il est déclaré que, nonobstant toute disposition de la présente loi, le parlement du Canada aura le pouvoir exclusif de légiférer sur toute matière rentrant dans les catégories de sujets ci-après énumérés… (article 91). Dans les chambres du parlement du Canada et de la législature du Québec, chacun pourra, dans les débats, faire usage de la langue anglaise ou de la langue française; mais les registres et les procès-verbaux des chambres susdites devront être tenus dans ces deux langues. Dans tout procès porté devant un tribunal du Canada établi en vertu de la présente loi ou devant un tribunal du Québec, chacun pourra faire usage de l’une ou de l’autre de ces langues dans les procédures et les plaidoyers qui y seront faits ou dans les actes de procédures qui en émaneront. Les lois du parlement du Canada et de la législature du Québec devront être imprimées et publiées dans l’une et l’autre de ces langues (article 133). ACTE DE L’AMÉRIQUE DU NORD BRITANNIQUE, 29 mars 1867.

En 1867, on assiste (…) à la création de l’état politique canadien par suite de l’articulation d’une économie spécifiquement canadienne, rendue nécessaire par suite de l’adoption de la politique du libre-échange en Angleterre (…). L’affirmation de la nation canadienne consacrera sa domination sur le Québec qui devient un territoire provincial dont l’économie est dominée à l’intérieur d’un état politique fédéral fortement centralisé sur ce plan. BOURQUE, Gilles et FRENETTE, Nicole. La structure nationale québécoise, Socialisme québécois, avril 1971.

Le but de l’acte était non pas de fusionner les provinces en une seule ni de mettre les gouvernements provinciaux en état de subordination par rapport à une autorité centrale, mais de créer un gouvernement fédéral dans lequel elles seraient toutes représentées et auquel serait confiée d’une façon exclusive l’administration des affaires dans lesquelles elles avaient un intérêt commun, chaque province conservant son indépendance et son autonomie. CONSEIL PRIVÉ DE LONDRES, La Maritime Bank contre le receveur général du Nouveau-Brunswick, 1892.

l’exercice par le parlement canadien du pouvoir de légiférer sur tout sujet non énuméré à l’article 91 devrait strictement se restreindre aux questions qui sont incontestablement d’importance nationale et d’intérêt national et ne doit empiéter sur la législation provinciale à l’égard d’aucune catégorie de matières énoncées à l’article 92. Toute autre interprétation des pouvoirs généraux qui, en sus des pouvoirs énumérés, sont conférés au parlement du Canada par l’article 91, non seulement serait (…) contraire à l’esprit de la loi, mais détruirait en pratique l’autonomie des provinces. CONSEIL PRIVÉ DE LONDRES. Le procureur général de l’Ontario contre le procureur général du Canada, 1896.

la loi fondamentale de notre pays, en plus d’être d’allure vétuste, est composée en fait d’un ensemble de coutumes, de conventions, ou de documents juridiques divers et sans liens les uns avec les autres et n’est en somme plus conforme aux besoins de gouvernements modernes et aux aspirations de la nation canadienne-française. GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, Conférence sur le Confédération de demain, Toronto, 27-30 novembre 1967.

politique unitariste de 1867. GROULX, Lionel, CONFÉRENCE PRONONCÉE AU 3e CONGRÈS DE LA LANGUE FRANÇAISE, 21 juin 1952.

Il appert que les rédacteurs de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique visaient à ce que le Canada soit pourvu d’un gouvernement fédéral bien établi et que les gouvernements provinciaux administrent les affaires secondaires et locales. Plusieurs bonnes raisons justifiaient cette attitude. LAWSON (W. J), La Constitution canadienne, Imprimeur de la Reine, 1963.

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique est une loi fondée sur une entente qu’on peut appeler pacte ou compromis entre les deux grandes races qui habitaient le Canada en 1867. LESAGE, Jean. Débats, Communes du Canada, 12 juin 1946.

Quant à la théorie que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique serait un pacte entre les provinces dont aucun détail ne pourrait être amendé sans le consentement préalable de toutes les provinces, elle ne me paraît pas conforme ni à l’histoire, ni aux textes. KINGWilliam Lyon Mackenzie. Le Devoir, 16 juillet 1943.

In its presents form this constitution does not offer the people of Lower Canada any security whatever; on the contrary, its inevitable tendancy is to subject them to total domination by Anglo-Canadian groups. MARCHAND, Félix-Gabriel. Le Canadien, 10 avril 1867.

Je suis absolument contre la théorie voulant que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique n’a été et n’est qu’une simple loi. Je dis qu’il s’agissait bel et bien d’un pacte (…) s’il s’était agi d’une simple loi du Parlement britannique pourquoi aurait-on demandé préalablement le consentement des provinces participantes… MARTINEAU, Paul. Débats, Communes du Canada, 2 novembre 1964.

L’histoire a enregistré que la nation canadienne-française n’a été consultée ni avant ni après la mise en vigueur de l’Acte de 1867 qui est une loi du parlement impérial de Londres. MORIN, Rosaire. Le Devoir, 7 juillet 1967.

We should never have guaranteed to preserve the French society and we wouldn’t have the problems we have today. NEWMAN, Bill. Cité par Éric Dowd, The Telegram, 31 mai 1969.

Strictement, la Constitution écrite de 1867 est une loi (…). Mais le lien évident qui existe entre elle et les Résolutions qui l’ont précédée, et la part prépondérante que les délégués canadiens ont prise à la rédaction de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, démontrent que cette loi n’est pas une loi ordinaire, et qu’on ne peut la séparer du pacte sur lequel elle s’appuie. PELLAND, Léo. Introduction aux sciences juridiques, 1960.

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique (…) tel que modifié au cours des ans – ou le statu quo constitutionnel – ne satisfait plus aux aspirations légitimes de la Nation (canadienne-française) qui a besoin d’un Québec fort, politiquement, économiquement et socialement, pour être libre de s’épanouir et de réaliser, à sa façon, les objectifs de toute Nation adulte. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE. Manifeste adopté à la majorité, assises de la 24e assemblée générale annuelle, 1969.

Loin d’être un instrument de progrès ou d’harmonie pour les deux nations du Canada, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique est devenu une source de conflits et de perpétuels marchandage. PARTI DE L’UNITÉ NATIONALE. Programme, 1966.

ACTE DE QUÉBEC

qu’il soit décrété, qu’aucune personne professant la religion de l’Église de Rome et résidant dans ladite province, ne soit tenue de prêter le serment requis par ledit statut voté dans la première année du règne de la reine Élisabeth, ou tout autre serment qui lui a été substitué par un autre acte. ACTE DE QUÉBEC, 22 juin 1774.

Par cet Acte équitable, nous n’avons plus à craindre la jalousie des provinces voisines, et nous ne faisons aucune attention aux murmures du très petit nombre d’anciens sujets (britanniques), résidant en cette province, qui voient avec chagrin notre bien-être futur. ADRESSE AU ROI (par des notables canadiens de Québec), 2 février 1774.

La collectivité canadienne, que l’occupation étrangère avait placée dans un état de subordination, se voyait condamnée à subir le paternalisme du gouverneur ou celui de la bourgeoisie anglaise de la colonie. L’Acte de Québec institua définitivement le premier. (…) Comment un pouvoir étranger peut-il s’établir dans un pays s’il n’obtient pas la collaboration des anciens dirigeants ou s’il ne parvient pas au moins à les neutraliser? Par l’Acte de Québec, Carleton atteignit ce premier objectif. BRUNET, Michel. Les Canadiens et les débuts de la domination britannique, Société historique du Canada, 1966.

Dans l’ordre national, c’est la consécration du fait canadien-français en Amérique du Nord et au sein de l’Empire britannique. (…) Le principe de la vie française au Canada était reconnu, ce qui devait permettre à la Grande-Bretagne de conserver cette colonie hors de la Révolution américaine. FRÉGAULT, Guy. Encyclopédie Grolier, tome 1, 1947-1948.

l’Acte de Québec fut une mesure juste et avisée quoique malheureusement pour l’empire britannique, elle ait été promulguée dix ans trop tard. Il faut peu de discernement pour reconnaître que si l’on avait imposé au Canada la forme de gouvernement (le système parlementaire) réclamée par les anciens sujets (les Britanniques), cette colonie serait devenue en 1775 un des États-Unis d’Amérique. HALDIMAND, Frederick. Lettre à Germain, 25 octobre 1780.

Ce qu’il y a de clair, c’est que le gouvernement impérial entendait faire du Canada une province française. KENNEDY, W.P.M. Cité par Richard Arès, Du rôle de l’État dans un Québec fort, Bellarmin, 1962.

ACTE D’UNION

les dites provinces (Haut et Bas-Canada) ne formeront et ne constitueront qu’un seule et même province, sous le nom de Province du Canada. ACTE D’UNION, 23 juillet 1840.

le Parlement impérial, en 1840, nous avait imposé l’union pour nous ruiner et nous noyer. OLIVAR, Asselin. Les Canadiens français et le développement économique du Canada, L’ACTION FRANÇAISE, mai-juin 1927.

(Londres a concédé) le gouvernement responsable. Au peuple du Canada pris en masse, (Londres) a accordé justice. Mais a-t-(on) accordé justice aux Canadiens du Bas-Canada? Non! (…) Il faut rappeler l’Union. L’AVENIR, 31 décembre 1847.

je reconnais que l’union du Haut et du Bas-Canada a fait beaucoup de bien. J’avoue, et je l’ai dit plusieurs fois, que cette union a opéré des merveilles pour la prospérité des deux provinces. CARTIER, Georges-Étienne. Discours, 29 octobre 1864.

C’est le jour des banquiers, vous dis-je! C’est leur gloire Que les placards royaux affichent sur nos murs; L’Union que l’on proclame est leur chant de victoire, Et tout devrait céder à des motifs si purs!… CHAUVEAU, P.-J.-O., publié dans le Répertoire national de J. Huston, 1893.

Le rappel de l’Union doit être notre cri de ralliement. DESSAULES, Louis-Antoine. L’Avenir, 31 décembre 1847.

Avant l’Union nous avions un Anglais devant nous; avec l’Union nous en avons un en avant et un en arrière. DORION, J.-B.-E., 1866.

L’union des deux Canadas imposée à notre population malgré sa volonté fortement exprimée et bien connue de l’Angleterre a été faite dans le but de nous perdre et si l’on en juge d’après les fruits qu’elle a déjà portés, nous touchons certainement à l’abîme qui devra nous engloutir. DORION, J.-B.-E., Manifeste de J.-B.-E. Dorion aux électeurs du comté de Champlain pour les élections de 1851, 27 novembre 1851.

(L’Acte d’Union est) un instrument forgé pour les (les Canadiens français) asservir. Encyclopédie Grolier, tome 10, 1947-1948

L’Acte d’Union avait pour but de faire disparaître le Bas-Canada comme entité culturelle distincte et d’effectuer la conquête constitutionnelle et morale des Canadiens français… cette constitution n’était pas viable, ce qui fut la cause directe de la Confédération. FRÉGAULT, Guy. Encyclopédie Grolier, tome 1 1947-1948.

politique de l’Union des Canadas destinés à nous tuer nationalement si nos pères n’avaient réussi à la contourner et à la briser. GROULX, Lionel. Conférence prononcée au 3e Congrès de la langue française, 21 juin 1952.

Aux uns la résistance passive avec le maintien de l’union paraît suffisante. Aux autres qui ne voient pas tout couleur de rose dans l’avenir, la rupture de l’union semble le remède le plus sûr. LE JOURNAL DE SAINT-HYACINTHE, 14 octobre 1861.

(L’Union) est un acte d’injustice et de despotisme, en ce qu’elle nous est imposée sans notre consentement; en ce qu’elle prive le Bas-Canada du nombre légitime de ses représentants; en ce qu’elle nous prive de l’usage de notre langue dans les procédés de la législature (…) en ce qu’elle nous fait payer, sans notre consentement, une dette que nous n’avons pas contractée; en ce qu’elle permet à l’Exécutif de s’emparer illégalement, sous le nom de liste civile, (…) d’une partie des revenus du pays. LAFONTAINE, Louis-H., Programme-manifeste, 25 août 1840.

l’Acte d’Union (n’a) pas fait des deux Canadas une seule et même province (…) il n’(a) fait que réunir, sous l’action d’une seule et même législature, deux provinces jusqu’alors distinctes et séparées, et qui devaient continuer de l’être pour toutes autres fins quelconques; en un mot (…) il y (a) eu, à l’exemple de nos voisins, une fédération de deux provinces, de deux États. LAFONTAINE, Louis-H., Discours prononcé à l’Assemblée législative du Canada-Uni, 23 janvier 1849.

Lord Durham dit : donnez des places aux principaux, et vous verrez comme ils sacrifieront leurs compatriotes et se soumettront à l’Angleterre. Et, en effet, c’est là ce qui a le mieux réussi, et l’on a vu que tous ceux qui avaient empêché le mouvement qui s’était fait dans le Bas-Canada contre l’union, tous ceux-là qui criaient : «Taisez-vous! L’Union nous a sauvés!» tous ceux-là ont été récompensés. Les uns ont été sirés, les autres ont eu des honneurs, des places et du pouvoir. LAFRAMFOISE, Maurice. Débats parlementaires sur la question de la confédération des provinces de l’Amérique britannique du Nord, 1865.

Il y a vingt-cinq ans la nationalité française n’avait pas autant d’expansion qu’aujourd’hui, mais elle était vigoureuse, elle était unie, forte, française, pure de tout alliage étranger. Aujourd’hui elle est plus vaste. Plus nombreuse, mais elle porte dans son sein un germe dissolvant; elle est sans forces, elle est divisée, elle n’est pas encore anglifiée, mais elle est en voie de l’être. Et c’est l’œuvre de l’Union, c’est le résultat infaillible de l’œuvre de Durham. L’Union ne représentait pas le triomphe de Durham et du gouvernement représentatif mais le triomphe de la minorité anglaise et protestante du Bas-Canada. LOWER, A.R. Canada : Nation and Neighbour, 1952.

Avec le régime d’Union, qui n’avait d’autre but que d’assurer que les Canadiens français ne puissent plus jamais songer à certaines formes de liberté collective… MORIN, Jacques-Yvan. Les rapports entre les libertés individuelles et la liberté collective au Québec, Québec 68, février 1968.

Le régime de l’union et plusieurs de ses modalités particulières visaient en effet à briser les affrontements traditionnels. Il s’agissait avant tout d’empêcher que l’anarchie politique ne s’installe à nouveau et que les Canadiens français ne puissent mettre obstacle à la réalisation des principales réformes exigées par la minorité britannique et surtout par les besoins de l’économie et de la société canadienne. Cela ne justifie pas certaines inégalités qui apparaissent dans la législation de 1840 mais cela contribue à les rendre compréhensibles. La métropole était fermement décidée à imposer un nouvel ordre de choses. Il appartiendra à Sydenham d’en fixer les traits. OUELLET, Fernand. Histoire économique et sociale du Québec. Fides, 1966.

(L’Union est un ) acte destructeur, dirigé uniquement dans un esprit de vengeance (…) imposé dans un temps de colère et de haine par des hommes animés par la violence (…) Plus tôt viendra la séparation des deux provinces, mieux ce sera pour toutes les parties. PAPINEAU, Louis-Joseph. Discours, 22 janvier 1849.

L’acte d’Union de 1840, pas plus que l’Acte de cession de 1763, n’a été pour nous un arrêt de mort. PARENT, Étienne. Le Canadien.

le désir qui nous a animés et qui nous anime encore, de voir notre patrie grandir et prospérer sans être entravée par des difficultés qui vont toujours croissant, nous fait un devoir de nous proclamer aujourd’hui, comme par le passé, dans l’intérêt commun, en faveur du rappel de l’union des Canadas. LE PAYS. 23 août 1855.

Sans l’union cette population (canadienne-française) gardera sa prépondérance dans le gouvernement du pays, et naturellement elle ne cessera pas d’elle-même d’être française. Son augmentation progressive sous la protection propice de la Grande-Bretagne amènerait donc nécessairement le résultat que l’on prévoit dans le cas où l’union ne se ferait pas. (…) Les habitants français du Bas-Canada (…) animés de l’intention de devenir, grâce au présent état de choses, un peuple distinct, seraient graduellement assimilés à la population britannique des deux provinces et avec elle fondus en un peuple de caractère et de sentiments britanniques. Tout antagonisme d’intérêts et toute cause de différents entre les provinces seraient à jamais éteints… PÉTITION DES MONTRÉALAIS DE LANGUE ANGLAISE, décembre 1822.

Mais l’Union nous a sauvés (…) c’est après avoir obtenu les droits politiques pour lesquels nous combattions depuis cinquante ans que les hommes dévoués et généreux de l’Avenir élèvent la vois contre l’Union. LA REVUE CANADIENNE, 18 avril 1848.

Les relations entre les deux nationalités se figent. L’union législative, qui comportait des concessions de caractère fédéral envers la minorité, fonctionne spontanément, dès 1841, comme une fédération et, depuis ce jour, les Canadiens français survivent annexés, provincialisés dans un grand empire British North American. SEGUIN, Maurice. L’Idée d’indépendance au Québec, Éditions du Boréal Express, 1962.

sans cette union (législative où les Canadiens français seraient justement représentés), les Canadas n’ont pas la moindre chance d’échapper à la domination américaine… Sans l’union, les lois, la religion et la langue des Canadiens français seraient à la merci d’une démocratie américaine et bientôt foulées au pied; avec l’union, elles seraient peut-être exposées au danger de s’altérer graduellement, mais elles jouiraient, en somme, d’une grande sécurité en vertu des garanties légales qu’elles possèdent et de la protection du gouvernement impérial. STUART, James. Remarques sur un projet d’union législative de toutes les provinces britanniques de l’Amérique du Nord, 8 avril 1824.

Aucun homme raisonnable ne peut concevoir l’Union sans qu’elle soit accompagnée d’une formule quelconque de gouvernement local où le peuple peut exercer un certain contrôle de ses représentants et l’exécutif peut obtenir, en même temps, une certaine influence dans les districts ruraux. Sans un brise-lames de ce genre entre le gouvernement central et le peuple, le gouvernement du Bas-Canada est impossible avec une assemblée et celui du Haut-Canada est très difficile… L’établissement du gouvernement municipal par un acte du parlement est une partie tout aussi essentielle du projet de gouvernement conçu pour les deux Canadas, que l’union des deux législatures et c’est la plus importante des deux. SYDENHAM, baron de. Cité par Mason Wade, Les Canadiens français de 1760 à nos jours, traduit par A. Venne, Le Cercle du Livre de France, 1966.

l’Union des deux Canadas est et demeure non avenue. TACHÉ, Joseph-Charles. Des provinces de l’Amérique du Nord et d’une union fédérale, 1858.

l’union des deux Canadas (…) nous a été imposée pour nous punir de la coupable échauffourée de 1837-38. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, 18 mars 1893.

De l’aveu de tous, le rappel de l’union seul nous donnerait l’indépendance d’action que requiert l’avenir des Bas-Canadiens… L’UNION NATIONALE, 3 septembre 1864.

ACTION

Le souvenir des grandes actions a beau dormir dans la poussière et l’oubli, il faut qu’un jour, ne fut-ce qu’après un siècle, il se réveille et ressuscite rayonnant d’une splendeur imprévue… CHAUVEAU, P.-J.-O., Discours à la mémoire des braves tombés sur les Plaines d’Abraham le 28 avril 1760, 18 juillet 1855.

Les actes sont plus éloquents que les paroles. DUPLESSIS, Maurice. Conférence fédérale-provinciale du rétablissement, mai 1946.

que le devoir et non la vanité soit le mobile de vos actions. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard le défricheur, 1862.

Je ne suis pas un planteur de croix en terre neuve, mes actes s’ajustent à mes besoins qui sont ce qu’ils sont. THÉRIAULT, Yves. Le Temps du carcajou, Laffont, 1966.

ADULTE

il semble que l’adulte de demain devra conserver certains caractères juvéniles – qui sont en somme les mêmes qui ont fait que l’homme a pris la tête de l’évolution : retardement, plasticité, disponibilité, malléabilité – pour suivre l’évolution technologique et ses effets. À moins que l’adulte ne devienne adolescent, il pourra difficilement survivre dans le monde de demain. RIOUX, Marcel. Jeunesse et société contemporaine.

ADVERSITÉ

L’adversité serait-elle mon meilleur climat? Elle déclenche une sorte de courage, tandis que la paix ramollit ma ferveur. MAILHOT, Michèle. Le Portique, le Cercle du Livre de France, 1967.

AFFAIRE DU SUEZ ET LE CANADA, L’

… je propose au nom de la loyale opposition de Sa Majesté : que ce qui suit soit ajouté à l’Adresse : Que la Chambre regrette que les conseillers de son Excellence : 1. aient choisi de réprouver gratuitement les mesures prises par le Royaume-Uni et la France, qui visaient à prévenir une guerre de grande envergure dans la région de Suez; 2. aient suivi avec soumission la ligne de conduite irrationnelle des États-Unis d’Amérique et aient ainsi favorisé une attitude fanfaronne et provocatrice de la part du dictateur égyptien (Nasser). ROWE, Earl. Débats, Communes du Canada, 26 novembre 1956.

j’approuve la décision de l’O.N.U. d’envoyer sur le théâtre des troubles une patrouille qui tentera d’y rétablir l’ordre et je me réjouis que cette proposition ait émané de l’honorable secrétaire d’État aux affaires extérieures (L.B. Pearson) dans le gouvernement canadien. (…) J’approuve également, non par plaisir mais par devoir, ce geste pénible, tragique et douloureux par lequel l’O.N.U. a dû réprouver la conduite de nos alliés, l’Angleterre et la France. POULIN, Raoul. Débats, Communes du Canada. 27 novembre 1956.

AFFAIRES ET LE QUÉBEC, LES (le commerce et les Québécois; l’économie du Québec; l’industrie et les Québécois)

Producteurs et distributeurs canadiens d’expression française ne peuvent s’attendre que les consommateurs se rueront vers eux uniquement pour leurs beaux yeux; ils doivent gagner de haute lutte leur place et un rang meilleur dans les domaines et sous un régime où la concurrence est la règle. L’essentiel est que chacun pense d’abord à ne pas faire indûment profiter de son propre pouvoir d’achat des intérêts qui le convoitent en raison de son importance collective croissante (…) La rotation de notre argent s’accomplira plus rapidement en décrivant un cercle local qu’en s’évadant vers l’extérieur; plus ce cycle est rapproché, plus il est rapide et plus vite l’argent revient à son point de départ. BELISLE, Louis-A. dans Le Québec économique. Documents relatifs à la 5e session des Cours de formation nationale de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec, Éditions Alerte. 1959.

(L’homme d’affaires) francophone (canadien), dans une plus grande proportion que l’anglophone, est un autodidacte. À ce titre, il est plus craintif à l’égard d’un individu qui peut se révéler plus efficace que lui et prendre ensuite sa place. HENAULT, Georges-Maurice. Culture et management, le cas de l’entreprise québécoise, McGraw-Hill, 1974.

à jamais le bonheur véritable ne pourra régner dans les milieux industriels à moins que l’on ne reconnaisse ses devoirs envers autrui tout comme ses devoirs envers soi-même. On ne saurait trouver mieux que la culture et la civilisation des Canadiens français pour préparer des jeunes à remplir ces deux obligations morales. Par l’apport de la philosophie sociale, cette culture met à même de fournir la contribution dont le monde commercial et industriel ressent aujourd’hui un besoin pressant, contribution dont dépendra largement la stabilité de notre économie. LANK, H.H. Les carrières économiques et les Canadiens français, L’Actualité économique, mai 1945.

les Canadiens français sont aussi capables que les autres de réussir en affaires. MARCHAND, Sarto. Plus solidaires, plus prospères, causerie prononcée le 29 avril 1966.

Il nous faut des hommes d’affaires : commerçants, industriels, financiers, plus nombreux et plus puissants, mais si leur action doit avoir la portés nationale que nous en attendons, il importe que ces hommes ne s’écartent pas par leur tour d’esprit, leur conception générale de la vie, en particulier des affaires, et de leur rôle dans la vie sociale et nationale, des données de fond de notre culture et de notre philosophie sociale. MINVILLE, Esdras. L’Homme d’affaires, Fides, 1944.

C’est un cliché funeste de toujours prétendre que ce qu’on est convenu d’appeler la race française ne peut pas réussir en affaires. La race française peut réussir en affaires. La France vous en fournirait beaucoup d’exemples. MONTPETIT, Édouard. L’Avenir économique des Canadiens français, 1935.

Où sont nos chefs d’industrie, nos ateliers, nos fabriques? Avons-nous, dans le haut négoce, la proportion que nous devrions avoir? Et nos grandes exploitations agricoles, où sont-elles? Dans toutes ces branches, nous sommes exploités; partout nous laissons passer en d’autres mains les richesses de notre propre pays, et partant le principal élément de puissance sociale. PARENT, Étienne. L’industrie considérée comme moyen de conserver la nationalité canadienne-française, 1846.

AFFECTION

Ici-bas, il n’y a point d’affection à la mesure de notre cœur. CONAN, Laure. Aux Canadiennes

AFRIQUE

Accéder à la direction de leur pays, mettre en valeur ses ressources naturelles, bénéficier largement de l’instruction, profiter des progrès de la technique, autant d’aspirations légitimes des Africains. L’Église ne peut que reconnaître et encourager ces aspirations. CABANA, Joseph. Cité par Lionel Groulx, Le Canada français missionnaire, Fides.

Ils (les Africains) ne cherchaient pas à se libérer vraiment, ils tentaient d’atténuer le sentiment d’infériorité qu’ils avaient ressenti si longtemps, par la possession de ce qu’ils enviaient aux autres. GIL, André. Désormais comme hier, Le Cercle du Livre de France, 1967.

l’Afrique est un pays enchanteur qui exerce un indéfinissable charme sur le voyageur qui passe. Joyeusement, j’accepte ce charme, j’accepte de peupler mes rêves d’Africains aussi longtemps que l’enchanteur le voudra. HÉBERT, Jacques, Aïcha l’Africaine, Fides, 1950.

ÂGE (année)

Mais le vieillard à qui l’âge n’a pas laissé de dents, ne peut plus goûter les fruits dont la dureté fait l’envie des jeunes mâchoires. Il est un aliment pour chaque âge, il y a encore plus un goût et une occupation pour chaque période de la vie. DOUTRE, Joseph. Les Fiancés de 1812, préface, 1844.

Je n’ai rien vu Je n’ai rien goûté Je n’ai rien souffert Et soudain l’âge bondit sur moi comme une panthère noire. GRANDBOIS, Alain. Demain seulement

AGRICULTURE

Derrière deux grands bœufs ou deux lourds percherons, L’homme marche courbé, dans le pré solitaire,

Il s’imagine voir le blé gonfler sa grange; Il songe que ses pas sont comptés par un ange, Et que le laboureur collabore avec Dieu. CHAPMAN, William. Les Aspirations, 1904.

Ces vieux paysans de race, les seules choses de la terre les absorbent; toute leur histoire se résume aux événements de leur paisible vie rurale. Or il est pour eux peu d’événements aussi importants que la vente ou l’achat d’un cheval. CHOQUETTE, Ernest. La Terre, Beauchemin, 1916.

un cultivateur sur sa terre est plus roi qu’un roi; le royaume est plus petit, mais il tient mieux dans sa main. CÔTÉ, Louis-P. La Terre ancestrale

Pour les paysans, tout ce qui touche à la terre qui les nourrit, et aussi aux saisons qui tour à tour assoupissent et réveillent la terre, est si important qu’on peut en parler même à côté de la mort sans profanation. HÉMON, Louis. Maria Chapdelaine, Fides, 1914.

C’est donc une vérité (…) une vérité bien consolante et bien honorable pour le cultivateur, qu’il a Dieu lui-même pour collaborateur. On n’en saurait dire autant du travailleur industriel où le concours de Dieu n’apparaît pas aussi clairement. LAFLÈCHE, Louis-François. Conférence prononcée en juillet 1895.

Le paysan est un homme heureux; aucun n’est plus libre ni plus heureux que lui. La terre le nourrit et il ne manque de rien. MON LIVRE DE FRANÇAIS, par les Frères du Sacré-Cœur, 1950.

C’est aux cultivateurs ou plutôt à leur état que nous devons la naissance de tous les autres emplois de la vie civile. (…) L’état de cultivateur est d’autant plus respectable qu’il sert à illustrer toutes les autres conditions. LA MINERVE, 22 mai 1828.

L’agriculteur qui n’a d’autres science que celle de ses pères, et d’une routine traditionnelle usée, sera toujours l’esclave de la terre. LE MONDE, 31 octobre 1883.

Celui-là est heureux, en effet, qui n’a rien d’autre souci que de demander à la terre, les fruits qu’elle lui donne avec tant de prodigalité. Il est heureux au-delà de toute expression le cultivateur qui, le matin, à la première lueur du jour, quand le crépuscule s’est enfui, avec les vapeurs de la nuit, et que la nature, la grande et poétique nature champêtre, se montre dans sa riche toilette du matin, s’en va, droit devant lui, en foulant l’herbe fraîche des champs, vers le lieu du labeur. POTVIN, Damase. Restons chez nous, Guay, 1908.

Le paysan, calme et d’allure quelque peu sauvage, est lent à se mouvoir, mais lorsque sous une impulsion il s’est mis en marche, rien ne l’arrête. Il est tenace comme la racine des merisiers et rude pour lui-même comme la terre glaise. POTVIN, Damase. Le Français, Garand, 1925.

Les paysans avaient appris de la terre la sagesse lente et calme, la volonté tenace de parvenir, la patience des lentes germinations, la joie des explosions généreuses de vie. SAVARD, Félix-Antoine. Menaud maître-draveur, Fides, 1937.

AGRICULTURE

L’agriculture (est) le plus essentiel des travaux de production (…) et le premier élément de la richesse d’un peuple. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Lettre pastorale collective sur le problème rural au regard de la doctrine sociale de l’église. 30 novembre 1937.

En vertu des statistiques, l’agriculture est l’industrie qui emploie le plus d’hommes, dispose du plus gros capital et rapporte les bénéfices les plus considérables. CHICOINE, F. Précis de doctrine rurale à l’usage des Canadiens français, 1948.

La terre dispense en abondance (…) la nourriture, oui, mais aussi l’argent pour tout (…) elle distille de la santé, laisse s’émaner d’elle de la sagesse, de la force, du bon sens. DESROSIERS, Léo-Paul. Les Opiniâtres, Imprimerie populaire, 1941.

le travail agricole est celui de l’état normal de l’homme ici-bas, et celui auquel est appelé la masse du genre humain. C’est aussi celui qui est le plus favorable au développement de ses qualités physiques, morales et intellectuelles, et surtout qui le met le plus directement en rapport avec Dieu. LAFLÈCHE, Louis-François. Discours, 9août 1895.

les nations qui ont été les plus heureuses, les plus prospères et les plus fortes sont celles qui se sont le plus adonnées au travail de la terre; et leur bonheur et leur prospérité et leur force n’ont duré qu’aussi longtemps qu’elles sont restées fidèles à la culture de la terre. On doit en dire autant des familles des cultivateurs. MICHAUD, A. L’agriculture et l’état agricole, Québec, Ministère de l’Agriculture, 1915.

L’agriculture est l’architecture de la vie sociale; c’est la mère de tous les états. LA MINERVE, 22 mai 1828.

L’agriculture est un art qui demande beaucoup de connaissances (…) on a cru autrefois que le cultivateur pouvait se passer d’instruction et se dispenser d’étudier; par une erreur grave on croyait que le travail des champs n’était qu’une œuvre mécanique, que l’agriculture n’était qu’une routine, qu’il suffisait de jeter le grain en terre et que la Providence faisait le reste. LE MONDE, 8 septembre 1884.

L’agriculture doit être considéré comme une industrie au même titre que les autres, et par conséquent, s’adapter à la concentration, et aux techniques modernes du commerce alimentaire. LE PARTI QUÉBÉCOIS, Oui. Le parti Québécois vous offre la solution, 1970.

Enfants, suivez la profession de vos pères; ne rougissez pas de mettre la main à la charrue. Cette profession est noble parce qu’elle est aussi ancienne que la créature. Rien n’est meilleur que l’agriculture, rien n’est plus beau, rien n’est plus digne d’un homme libre. Toutes les autres professions, mes enfants, ne sont que secondaires; l’homme n’en aurait pas besoin s’il était resté simple dans ses goûts, modéré dans ses habitudes, sage, juste et en paix avec lui-même. Honneur au paysan! POTVIN, Damase. Restons chez nous, Guay, 1908.

AGRICULTURE ET LES AGRICULTEURS QUÉBÉCOIS, L’ (l’habitant; la colonisation au Québec)

Par atavisme, par vocation aussi bien que par nécessité, nous sommes un peuple de paysans. Tout ce qui nous détourne de la terre nous diminue et nous affaiblit comme peuple et nous prépare au métissage, à la duplicité et à la trahison. ARES, Richard. Notre question nationale, Éditions à l’Action nationale, 1943.

Repoussé à la campagne (après la Conquête), le peuple canadien-français s’y est établi à demeure (…) et il a créé la seule civilisation à laquelle il pouvait alors aspirer : une civilisation rurale. ARES, Richard. Les Caisses populaires et la communauté canadienne-française, conférence prononcée le 10 mai 1961.

par suite de l’isolement qui avait résulté de la conquête, notre agriculture, il y a une cinquantaine d’années, en était rendue à se pratiquer plus empiriquement que celle des Romains, avec un appareil sensiblement le même. La colonisation, qui fut toujours active dans le Bas-Canada, ne suffira bientôt plus à compenser, par les abondantes récoltes qu’elle nous vaut, l’épuisement de la vallée laurentienne. De là l’effroyable hémorragie de l’émigration, qui durera cinquante ans, laissant la province de Québec exsangue et sans vie. ASSELIN, Olivar. Les Canadiens français et le développement économique du Canada, L’Action française, mai-juin 1927.

Les Canadiens des XVIIe et XVIIIe siècles, maîtres d’un riche empire commercial qu’ils exploitaient eux-mêmes, ne croyaient pas avoir une vocation agricole. Celle-ci se découvrira le jour où ils auront été éliminés de la vie économique de leur pays. BRUNET, Michel. La Conquête anglaise et la déchéance de la bourgeoisie canadienne, Amérique française, juin 1955.

Canadiens français, n’oublions pas que, si nous voulons assurer notre existence nationale, il faut nous cramponnet à la terre. Il faut que chacun de nous fasse tout en son pouvoir pour conserver son patrimoine territorial (…) Car il faut laisser à nos enfants non seulement le sang et la langue de nos ancêtres, mais encore la propriété du sol. Si plus tard on voulait s’attaquer à notre nationalité, quelle force le Canada français ne trouvera-t-il pas pour lutter dans un enracinement au sol? Le géant Antée puisait une vigueur nouvelle chaque fois qu’il touchait la terre : il en sera ainsi de nous. CARTIER, Georges-Étienne. Discours, 21 octobre 1855.

(L’agriculture) constitue toujours l’assise de notre économie canadienne-française et elle a un rôle irremplaçable dans l’évolution sociale et économique de la majorité de la population. COMMISSION D’ENQUÊTE SUR LES PROBLÈMES CONSTITUTIONNELS, Rapport, Québec 1956.

on commence à s’apercevoir que le malheur nous a instruits et que, depuis les mauvaises années, l’agriculture a fait des progrès remarquables (au Canada français). DELAGE, André. Journaux de l’assemblée législative des Canadas, 1850.

L’agriculture reste la première industrie primaire du Québec. Elle est à la source de toutes nos traditions les plus caractéristiques. D’autre part, dans un monde en rapide transformation technique et industrielle, une politique agricole dynamique est indispensable pour permettre à l’agriculture de s’adapter et d’assurer un bon équilibre à l’économie générale. ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS, Cahiers des États généraux du Canada français, 1967.

Il est proposé (…) que la juridiction en matière de législation agricole relève de la compétence du Québec. ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS, AVANT-PROJET DE RÉSOLUTION DE L’ATELIER ÉCONOMIQUE DES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS, Cahiers des États généraux du Canada français, 25 novembre 1967.

C’est à l’agriculture fortifiée par la religion que nous sommes redevables de notre conservation comme race distincte sur ce continent, c’est à elle que nous sommes redevables de cette force d’expansion qui nous distingue et c’est encore sur elle que nous devons compter pour l’avenir. Fête nationale des Canadiens français célébrée à Québec en 1880, Québec 1881.

Éliminés de la politique, éliminés du commerce et de l’industrie, les Canadiens (après la Conquête) se replieront sur le sol. S’ils finissent par se vanter d’être des «enfants du sol», c’est que la défaite les a atteints non seulement dans leur civilisation matérielle, mais aussi dans leurs conceptions. Ils avaient des ambitions plus hautes lorsque leur vie collective était rurale. FRÉGAULT, Guy. La société canadienne sous le régime français, Société historique du Canada, 1954.

Si la guerre est la dernière raison des peuples, l’agriculture doit être la première. Emparons-nous du sol si nous voulons conserver notre nationalité. La Gazette des campagnes, 1861-1895.

Qu’il suffise de dire que l’agriculture a fait jusqu’ici la plus solide gloire des Canadiens, puisqu’elle a été la base et la garantie humaine la moins incontestable de leur prospérité, de leur esprit de paix, de leurs moeurs honnêtes, simples et hospitaliers, de leur foi vive, de leur bonheur social et domestique. La Gazette des campagnes, 21 septembre 1861.

On dirait que ça prend deux ministères de l’agriculture, pour que notre agriculture soit dans le marasme. GRÉGOIRE, Gilles. Aventure à Ottawa, 1969.

notre paysannerie est la plus civilisée qui soit au monde. Elle est la base sur laquelle nous bâtissons sans cesse. Ce n’est pas chez elle qu’on trouve la plaie des demi-civilisés : c’est dans notre élite même. HARVEY, Jean-Charles. Les Demi-civilisés, Éditions du Totem, 1934.

l’agriculture dans le Bas-Canada est généralement dans un état pitoyable. Je suis convaincu que cet état ne s’améliorera pas tout à coup, il faut du temps et de la persévérance aux amis du pays pour faire pénétrer dans les campagnes les améliorations et les changements dont l’agriculture a besoin. Journaux de l’Assemblée législative des Canadas, 1850.??????

Nos paysans demeurent ce qu’ils sont : des campagnards pauvres, mais fidèles à leur pauvreté. HERTEL, François. Le beau risque.

La principale culture est celle du blé : le pays en fournit non seulement pour la subsistance de ses habitants, mais encore pour un commerce à l’Île Royale et aux Îles. Dans les bonnes années, il sort de la colonie 80 mille minots de blé en farine et biscuits. (…) Les terres en Canada ne sont pas toutes de la même bonté et du même rapport; celles du gouvernement de Québec sont mêlées de terres hautes et de terres basses, et par cette situation les années pluvieuses sont favorables aux premières, et les années sèches le sont aux autres : il n’en est pas de même des terres du gouvernement de Montréal, qui sont planches et unies (…) . Les autres espèces de graines que l’on cultive sont : l’avoine, pois, peu d’orges, encore moins de seigles; les autres cultures consistent dans celle du lin, du chanvre et du tabac. Il y a peu de vergers. On propose de perfectionner la culture du tabac. HOCQUART, Gilles. Mémoire, 1737.

Rien n’est plus indispensable que l’habitant du Bas-Canada et le fermier du Haut-Canada. Ce dernier est entreprenant, aventureux et cosmopolite par caractère. Il est toujours prêt à changer son bien, de résidence pour un autre meilleur, il abandonnera volontiers cent acres de terre cultivée pour 500 acres de forêt, s’il croit que le bois sera plus avantageux à ses enfants. L’habitant au contraire n’a pas d’autre amour que celui qu’il porte à sa ferme souvent petite. Il préfère à tous les lieux du monde, l’endroit où il est né, quoiqu’il y vive parfois très mal. Les magnifiques plaines de l’Ouest se déploient inutilement pour lui (…) Ses désirs me s’éloignent jamais du coin de son feu, son imagination est bornée par les clôtures de son domaine. Il ne demande pas autre chose que de vivre et de mourir où ses aïeux ont vécu et sont morts. HOGAN. Le Journal de Québec, 12 juillet 1855.

la culture d’ancien usage dans cette province est bien peu améliorée. La vieille routine, en trop de cas, est le seul que suivent nos cultivateurs dans leurs travaux. (…) Le cultivateur canadien n’a pu avoir jusqu’à présent dans son art d’autres lumières que celles qu’ont eues ses ancêtres. Les moyens d’instruction qu’ont les gens des autres pays ne sont pas à sa portée. LES JOURNAUX DE L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE DU BAS-CANADA, 1819.

Oui! La prospérité et l’avenir des Canadiens français se trouvent dans la culture et les pâturages de son riche territoire. Puisse le peuple canadien comprendre cette vérité importante, et ne la jamais perdre de vue, s’il veut accomplir les grandes destinées que lui réserve sans aucun doute la Providence. LAFLÈCHE, Louis-François. Discours, 9 août 1895.

La culture est, dans le Bas-Canada, aussi mauvaise qu’elle puisse l’être. On n’emploie de fumier que dans les environs de Québec et de Montréal, encore n’est-ce que le fumier d’écurie, qu’il n’y a pas longtemps les fermiers jetaient dans la rivière pour s’en débarrasser; on n’y connaît pas d’autre engrais… Il y a quelques exceptions à cette mauvaise culture, mais en petit nombre, et le meilleur état des fermes, est le fait de quelques propriétaires venus d’Angleterre. DUC DE LAROCHEFOUCAULT-LIANCOURT. Voyages dans les États-Unis d’Amérique, 1799.

On a bien des fois dans La Minerve appuyé sur l’avantage que les cultivateurs du pays trouveraient des soins qui se rapportent à l’économie rurale, et en même temps à varier leur culture au lieu de négliger entièrement comme ils le font la première et quant au second objet de se tenir obstinément à de vieilles routines. LA MINERVE, 1 juin 1836.

l’agriculture (…) qui surtout ici doit tenir le premier rang parce qu’elle seule peut être la source de la prospérité du pays. LA MINERVE, 13 juillet 1829.

L’agriculture est aussi une admirable force sociale. Elle autorise toutes les résistances. Serions-nous dépourvus du reste qu’elle nous sauverait encore. Les autres industries débutent : elle persiste, œuvre d’ordre, de paix et de vie. MONTPETIT, Édouard. L’indépendance économique des Canadiens français, L’Action française, janvier 1921.

Avec très peu de culture, on peut retirer du sol les grains en abondance. Les habitants sont assez enclins à la paresse et ne s’entendent pas très bien en agriculture. Les ressources que leur procuraient la chasse et la pêche ont été cause qu’ils ont négligé de cultiver même suffisamment pour se procurer leurs besoins personnels et acheter les choses nécessaires. MURRAY, James. Rapport, 6 juin 1762.

Les paysans canadiens sont charitables et s’oublient volontiers pour secourir un frère dans la misère. POTVIN, Damase. Restons chez nous, Guay, 1908.

On commence à rougir, chez nous, du titre d’habitant, on a honte d’être un homme qui habite «son » pays et dont on connaît le père, la mère, le grand-père et le bisaïeul. L’on préfère se faire aventurier des grandes villes avec un passé ignoré, un avenir inquiétant, renoncer au bénéfice d’honneur et d’estime dont on peut jouir chez soi, pour aller chercher à la ville, une place sans gloire, sans plaisir, pas toujours honorable. POTVIN, Damase. L’Appel de la terre, 1919.

Car ainsi qu’à tous les vrais paysans, sa terre lui suffisait, comme il tâchait, à tout prix, de suffire à sa terre. Entre eux seuls il pouvait y avoir réelle communion et contact réel. Sa ferme était un flot d’humanité dans l’archipel des fermes voisines. C’était là son univers restreint, cette motte de terre et son peloton de vie humaine liés l’un à l’autre par une impérieuse gravitation. RINGUET. Trente arpents, Flammarion, 1938.

Qu’est-ce qu’il a dit, Monseigneur? I’a dit que c’était nous autres les habitants qu’étaient les vrais Canayens, les vrais hommes. I’a dit qu’un homme qu’aime la terre, c’est quasiment comme aimer le bon Dieu qui l’a faite et qu’en prend soin quand les hommes le méritent (…) L’a dit encore que lâcher la terre, c’est comme qui dirait mal tourner. RINGUET. Trente arpents, Flammarion, 1938.

L’agriculture était , sous le régime français, l’occupation principale, mais elle n’était pas exercée, loin de là, comme un métier privilégié. Le Canadien quittait volontiers sa terre lorsqu’il pouvait gagner plus autrement. La Conquête confine les habitants sur leurs terres et c’est désormais à elles qu’ils doivent demander leur seule subsistance. Le commerce et les affaires passent aux mains des nouveaux maîtres. SAINTE-MARIE ÉLEUTRHÈRE. La Mère dans le roman canadien-français, Les presses de l’Université Laval, 1964.

Les vrais éléments ou principes de l’agriculture actuelle de l’Europe sont (…) à peu près ou sinon entièrement ignorés (au Bas-Canada). SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE DE QUÉBEC. Rapport, 1825.

nos cultivateurs qui jusqu’à présent ont été si attachés à certaines règles fixes et à des opinions reçues qui les guidaient presque entièrement dans leurs opérations, ont maintenant fait quelques progrès. SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE DE QUÉBEC. Rapport, 1820.

Le séjour des grandes villes n’a-t-il pas déteint considérablement sur nos mœurs, notre foi, notre patriotisme? En abandonnant l’agriculture par laquelle Dieu nous promettait une existence paisible, n’avons-nous pas profondément altéré notre caractère national? Ne nous étiolons-nous pas dans l’air empesté de nos grands centres. THIBAULT, Charles. Discours, 1904.

si nos agriculteurs se donnaient la peine de cultiver leurs terres avec plus de soin, ils seraient bientôt en état de pouvoir au moins doubler le produit de leurs récoltes ordinaires; mais non, il faut en convenir à la honte du plus grand nombre, ils se contentent, ils se hâtent même de confier à une terre bien souvent ingrate, une certaine quantité de froment, et ne s’en occupent plus. Ils laissent la nature faire la besogne toute seule, pendant ce temps ils passent un temps précieux soit en chicanes et en proies, soit à ivrogner chez eux ou dans les auberges, soit à danser et à se divertir. TRUDEAU, R. Mes Tablettes.

AIDE C’est

toujours notre tour de donner un coup de main à quelqu’un de mal pris. GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

Mon fils, si tu as besoin d’un coup de main dans la vie, n’oublie pas de regarder au bout de tes deux bras. MAILLET, André. Les Remparts de Québec, Éditions du Jour, 1965.

AIMER (amour)

Si tous les fous pouvaient aimer, ils guériraient tous du jour au lendemain. C’est la peur d’aimer qui nous détraque le cerveau. La peur aussi d’être aimé. CHENTRIER, Théo. Psychologie de la vie quotidienne, Éditions du Jour, 1961.

Aimer, c’est vouloir étreindre l’univers; C’est avoir des désirs de courir sur les cimes

Et de plonger son corps parmi les sapins verts, De crier jusqu’au ciel le cri de ses entrailles Et de monter toujours vers l’aurore, pareil

À l’oiseau matinal qui jaillit des broussailles Pour prendre sa gorgée à même le soleil! CHOQUETTE, Robert. À travers les vents, Éditions du Mercure, 1926.

Plus on aime, plus on construit. CHRYSOSTOME. Un coup d’œil en arrière, Hebdo-Éducation, 9 juillet 1969.

Aimer et être heureux, c’est la même chose. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

C’est très beau mais c’est fatigant et un peu bête de se priver de ce qu’on aime pour faire ce qu’on aime pas et prétendre ensuite que c’est de la vertu. Pas une miette. C’est de la niaiserie. DESSAULES, Henriette. Journal, 3 novembre 1876, HMH 1971.

Ne pas aimer, c’est être subversif, antisocial. Mais aimer, j’ai l’impression que, pour la société, c’est pire. DUBUC, Carl. Le treizième étage, Châtelaine, juin 1970.

Il faut dire que pour être capable d’aimer les autres, il n’y a rien de mieux que de commencer par s’aimer soi-même. FOURNIER, Roger. Mon mari, Châtelaine, juin 1972.

qu’il est triste d’aimer lorsqu’on est pauvre! GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard le défricheur, 1862.

Aimer, ma fille, c’est pas tant attendre quoi que ce soit de l’autre que de consentir à lui donner ce qu’on a de meilleur. GUÈVREMONT, Germaine. Le Survenant, Fides, 1945.

c’est ni un tel, ni une telle qui nous prend ce qu’on aime… (…) C’est le temps. Le temps qui vient à bout de tout. T’as l’exemple de mon père. Il aimait ma mère. (…) Et à c’t’heure qu’elle est morte, il en a une autre. (…) Ma mère avait son temps. GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

AMÉRICAIN

Les Yankees sur la mappemonde Ronde Voudraient voir pour maîtres et dieux Eux. Ils happent comme crocodiles, Îles, Plaine et monts, villes et ports, Forts.

DANTIN, Louis. Le Coffret de Crusoé, Éditions Albert Lévesque, 1932.

Laissez-moi donc avec vos Amerlots! Ils sont sinistres. Quant à l’irrationnel, qu’ils n’en sachent pas un mot! C’est par lui, le caprice et la poésie qu’on leur échappera. FERRON, Jacques. Les Grand Soleils, Deom, 1968.

AMÉRICANISME

L’américanisme se charge du reste. Il entre, non pas comme un voleur, mais comme un «gangster», l’arme au poing, des quantités d’armes : produits standardisés, magazines, journaux, radio, cinéma, sans compter les idées, les mœurs et les impondérables. Nous pouvons lui résister, même l’utiliser, mais à la condition de nous être d’abord fait une conscience française et du coffre. MONTPETIT, Édouard. Le Front contre la vitre, Éditions Albert Lévesque, 1936.

Le saxonnisme brutal d’autrefois est devenu l’insinuant américanisme; une lutte nouvelle s’engage entre l’esprit méditerranéen de la petite France Américaine et l’instinct accaparateur de l’américanisme. POTVIN, Damase. Le Français, Garand, 1925.

AMÉRINDIENS (Arkansas; Huron; Huronne; Iroquois; raquette; «traite de l’eau de vie aux sauvages»)

Si on eût toujours bien châtié ces races, elles ne seraient point si insolentes. BÉGON, Élisabeth. Lettre, 10 juin 1749.

Les Français du Canada n’ont rien à craindre des indiens Sauvages, outre qu’ils sont plus forts que les indiens, jamais ces derniers n’ont fait de guerre aux français qu’en leur corps défendant, et pour se venger des injustices et violences, que quelques gouverneurs du Canada leur avaient faites… SIEUR DE LA BOULAY. Mémoire, 1737.

Tout le monde connaît ce que c’est qu’une traite faite avec eux (les «sauvages»), et les scènes révoltantes avec lesquelles il faut se familiariser, pour tirer les fourrures des mains des enfants dégradés de la nature, à qui nous ne portons que des vices nouveaux ajoutés à ceux dont ils se souillent déjà eux-mêmes, au lieu des arts, de la civilisation que nos liaisons devraient leur communiquer. LE CANADIEN, 5 décembre 1807.

L’histoire des Indiens de Canada est une chronique scandaleuse du manque d’intérêt de l’homme blanc, de son mépris délibéré du droit des Indiens et de ses abus de confiance répétés. CARDINAL, Harold. La Tragédie des Indiens du Canada, traduit par Raymond Gagné et Jacques Vallée, Éditions du Jour, 1972.

Si j’ai vu quelques fois des sauvages méchants, j’en ai vu aussi de bien inoffensifs. J’en ai même connu un très bon et qui, pour la reconnaissance, aurait pu en remonter à bien des gens civilisés. FRÉCHETTE, Louis. Mémoires intimes, 1900.

Les sauvages du temps de Champlain, du père de Brébeuf, de Dollard des Ormeaux, étaient bien méchants. GÉLINAS, J.-C. Cité par les Frères du Sacré-Cœur, Mon Livre de français (4e année)

Les Indiens (Algonquins du Témiscamingue) deviennent de plus en plus misérables tous les ans et cela par la faute des blancs qui ravagent leurs terres de chasse, déboisent leurs forêts et détruisent même le gibier, unique source d’existence pour ces pauvres gens. GRÉGEN, J.-P. Annales de la Propagation de la foi, juin 1879.

les sauvages, si on en excepte quelques-uns, n’aiment ni les Français ni les Anglais; ils savent que les uns et les autres ont besoin d’eux, et il est naturel qu’ils pensent que c’est l’intérêt seul du commerce qui nous les fait rechercher. HOCQUART, Gilles. Mémoire, 1937.

Le caractère et les mœurs des sauvages sont connus. Les missionnaires travaillent avec bien peu de succès à leur conversion à la religion; ils ont un éloignement infini pour tout culte, sans cependant qu’ils le fassent connaître. Il suffit de dire qu’ils aiment passionnément leur liberté en tout genre, et qu’ils sont ennemis de toute contrainte. HOCQUART, Gilles. Mémoire, 1937.

Pour l’esprit des Sauvages, il est de bonne trempe. (…) la seule éducation et instruction leur manque. Leur âme est un sol très bon de sa nature, mais chargé de toutes les malices qu’une terre, délaissée depuis la naissance du monde, peut porter. Les Sauvages ont plus d’esprit que nos paysans ordinaires. (…) (Ils) sont heureux : car les deux tyrans, qui donnent la géhenne et la torture à un grand nombre de nos Européens, ne règnent pas dans leurs grands bois, j’entends l’ambition et l’avarice. (…) Une seule chose les abat : c’est quand ils voient qu’il y a de la mort. Car ils la craignent outre mesure. LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1634.

Ils s’entr’aiment les uns les autres (…) Ils ne sont point vindicatifs entre eux, mais bien envers les étrangers (…) ils sont ingrats au possible avec les étrangers. (…) Je n’oserais assurer que j’aie vu exercer aucun acte de vraie vertu morale à un Sauvage. Ils n’ont que leur seul plaisir et contentement en vue. Ajoutez la crainte de quelque blâme et la gloire de paraître bons chasseurs. Voilà tout ce qui les meut dans leurs opérations. LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1634.

Les Sauvages sont remplis d’erreurs, le sont aussi de superbe et d’orgueil. (…) Ils s’imaginent que par droit de naissance, ils doivent jouir de la liberté des ânons sauvages (…) Leur vie se passe à manger, à rire et à se moquer les uns des autres (…) ce sont de vrais badins, de vrais enfants qui ne demandent qu’à rire. LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1634.

On m’avait dit que les Sauvages étaient assez chastes. Je ne parlerai pas de tous, ne les ayant pas tous fréquentés. Mais ceux avec qui j’ai conversé sont fort lubriques, hommes et femmes. LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1634.

Il n’y a cruauté semblable à celle qu’ils exercent contre leurs ennemis. Sitôt qu’ils les ont pris, ils leur arrachent les ongles à belles dents; (…) je remarquai la cruauté même des filles et des femmes, pendant que ces pauvres prisonniers dansaient. Car comme ils passaient devant le feu, elles soufflaient et poussaient la flamme dessus eux pour les brûler. Quand ils les font mourir, ils les attachent à un poteau, puis (…) ils les font souffrir tout ce que la cruauté et le diable leur mettent en l’esprit. Enfin pour dernière catastrophe, ils les mangent et les dévorent quasi tout crus. LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1634.

Un Français devient plutôt sauvage qu’un sauvage ne devient Français. MARIE DE L’INCARNATION.

(Les Amérindiens) disparaîtront comme les Canadiens français, les Incas et les Vikings. C’est terrible mais normal. Les Indiens, comme un beau souvenir, ne servent plus que de modèles à ceux qui veulent avoir l’air cool en s’habillant comme eux. PÉLOQUIN, Claude. Propos tenus le 15 avril 1973.

Montréal a pour écueil le voisinage des nations sauvages, dont les femmes sont presque aussi portées à l’impureté que leurs maris à l’ivrognerie. La police se met peu en peine de réprimer ces désordres, ils ne sont contrariés que par la voix souvent trop faible des pasteurs. Tous les Sauvages en général ont l’esprit et l’entendement assez bons, et ne sont point si grossiers et si lourdauds que nous nous imaginons en France. Ils sont d’une humeur assez joyeuse et contente; toutes fois ils sont un peu saturniens, ils parlent fort posément, comme se voulant bien faire entendre (…) Ils craignent le déshonneur et le reproche, et sont excités à bien faire par honneur. SAGARD, Gabriel. Histoire du Canada et Voyages que les Frères Mineurs Récollets y ont faits pour la conversion des infidèles…, 1638.

si on en vient à parler de l’honnêteté et de la civilité, il n’y a pas de quoi les louer (…) Ils n’usent d’aucun compliment parmi eux et sont fort mal propres et mal nets en l’apprêt de leurs viandes. (…) Ils sont aussi grandement addonnés à la vengeance et au mensonge (…) Ils sont aussi naturellement fort paresseux et négligents et ne s’adonnent à aucun travail du corps que forcé par la nécessité (…) (Ils) ne faussent jamais leur parole donnée publiquement, et moins trahissent-ils leurs frères ni leur patrie pour chose qui puisse arriver. SAGARD, Gabriel. Histoire du Canada et Voyages que les Frères Mineurs Récollets y ont faits pour la conversion des infidèles…, 1638.

Vous me croirez si vous voulez, mais je vous dis qu’il n’y a pas d’homme plus heureux qu’un bon sauvage. TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

Quand un sauvage est décidé à ne rien entendre, il n’y a pas de sourd qui soit plus sourd que lui. TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

AMI

On ne choisit pas ses amis… On les prend comme ils viennent. FERRON, Jacques. La Sortie, Écrits du Canada français, no 19, 1965.

je crois que les seuls vrais amis, les seuls amis de cœur, sont les amis d’enfance, les amis du collège. L’amitié de ceux-là est éternelle, parce qu’elle est sincère et désintéressée. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard le défricheur, 1862.

AMITIÉ

il faut donner aux amis ce qu’ils attendent de vous, rien d’autre. L’amitié se doit de rester à l’extrême limite de la discrétion. BERNARD, Anne. Le Soleil sur la façade, Le Cercle du Livre de France.

L’amitié, ce désespoir en commun. BAILLARGEON, Pierre. Commerce, Éditions variétés, 1947.

Que n’ai-je pu lui dire qu’aucune idée ne devrait jamais séparer deux amis. Il n’y a aucune des lueurs que nous possédons sur la réalité, aucune de ces approximations du réel que nous appelons des vérités, que nous devions mettre au-dessus de notre affection pour un homme ou une femme. CHARBONNEAU, Robert. Chronique de l’âge amer, Éditions du Sablier, 1967.

Les amitiés de l’adolescence, rien ne peut en effacer complètement la trace dans notre cœur. Ce que nous avons de meilleur, nous le devons à la pureté et à la grandeur des sentiments qu’elles nous ont fait éprouver. Par contre, les amitiés formées au cours de la jeunesse ne tiennent pas autant. Il entre plus d’égoïsme dans les rapports des jeunes gens, moins de liberté et moins de générosité. CHARBONNEAU, Robert. Fontile, L’Arbre, 1945.

L’amitié, c’est l’amour en habit de semaine. Proverbe québécois.

AMOUR (affection; aimer; amour libre; baiser; cœur; tendresse) L’amour est une folie qui a pour remède sa contagion. BAILLARGEON, Pierre. Le Scandale est nécessaire, Éditions du Jour, 1962.

Un corps plongé dans l’eau de l’amour subit des pressions dont la force est égale à l’inverse de la raison et devient non pas plus léger mais plus lourd. BASILE, Jean. La Jument des Mongols, Éditions du Jour, 1964.

C’est cela l’amour, un sentiment insensé qui vous livre corps et âme à un être, même si votre raison le rejette, et de se sentir dans ses bras la plus heureuse des femmes. BERNARD, Anne. La Chèvre d’or, Le Cercle du Livre de France, 1966.

Vivre avec une autre personne, c’est exigeant, épuisant même. Quand on a reçu l’éducation que j’ai eue, on se méfie de toutes les religions, même de celle d’aimer. BLAIS, Marie-Claire. Le Devoir, 29 novembre 1966.

Ma bouche est-elle rouge ainsi qu’une cerise? Mon nez grec ou latin? Ai-je un pied de marquise? Ai-je le col d’un cygne? Un velours sur ma main? On ne me l’a pas dit. Non, jamais être humain Pour moi n’a répété ces mensonges habiles Que l’amour dicte à l’homme et que les cœurs dociles Se chantent à mi-voix tout en n’y croyant pas. CHABOT, Cécile. Vitrail, 1939.

Ne dis pas que l’amour ne vit qu’un instant, Puisque sa flamme, ami, jamais ne s’est éteinte; C’est ton cœur méprisable et toujours inconstant, Qui ne sait mériter son immortelle étreinte. CHARBONNEAU, Jean. La Flamme ardente, Beauchemin, 1928.

Un amour vrai est celui qui repose d’abord sur des raisons solides, et non sur des illusions ou des mensonges que l’on se fait soi-même plus ou moins consciemment. CHENTRIER, Théo. Psychologie de la vie quotidienne, Éditions du Jour, 1961.

Vous ne serez que trop aimée – ce qui est un grand malheur. CONAN, Laure. À l’œuvre et à l’épreuve, 1891.

Au cirque des esclaves qui font l’amour les deux mains pognées dans le ciment, moi, je préfère l’univers où les dieux se galvaudent dans les nuages en baisant leurs déesses. COUTURE, Gilbert. La Tôle, Le Cercle du Livre de France, 1970.

Elle m’a dit : «Soyons amis, mais sans excès, Sans rien de ces horreurs que l’amour autorise; Passe pour l’amitié, moins sujette aux excès, Qui sait garder les tons dans une teinte grise. DANTIN Louis. Le Coffret de Crusoé, Éditions Albert Lévesque, 1932.

Moi, je dis que l’on enseigne ou que l’on apprend bien que si l’on aime; un cœur chaud au fond de la poitrine stimule les talents et les vertus. DESROSIERS, Léo-Paul. L’Ampoule d’or, Gallimard, 1951.

Étrange Et merveilleuse chose Que l’amour Les épines et les roses De l’amour On apprend tout par cœur Ou oublie tout de même On aime Mais c’est d’abord l’amour qu’on aime DOR, Georges. La ballade de l’amour (chanson), disque Deram-Londom XDEF-108

Tu parles de couvent… Montre-moi des murailles Que l’amour ne saurait ni percer ni franchir!… FRÉCHETTE, Louis. Véronica, 1900.

Parce que l’amour, Tit-Louis, l’amour jusqu’au trognon, comme dans les romans, ça vaut pas de la chiure de mouches! Les filles à tant de l’heure, c’est encore ce qui se fait de plus sûr. Au moins, avec elles, tu sais à quoi t’en tenir. GÉLINAS, Gratien. Ti-Coq, Beauchemin, 1948.

Assez souvent l’amour est accompagné d’un sentiment de tristesse; on va même jusqu’à dire que l’homme le plus spirituel devient stupide quand cette passion s’empare de lui. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard, économiste, 1864.

L’amour, évidemment, n’est que le fruit d’une entente, d’une convention acceptée afin de pouvoir croire en une évasion. LANGEVIN, André. Évadé de la nuit, Le Cercle du Livre de France, 1951.

L’amour consume plus que la mort. LASNIER, Rina. L’Arbre blanc, Éditions de l’Hexagone, 1966.

Qu’importe que l’arbre brûle sans feu tout l’hiver Que la neige soit portée par le muscle du vent Si je vois par l’épouvante de la lumière Que nous brûlons l’amour à pleines flammes de bras… LASNIER, Rina. Mémoire sans jours, L’Atelier, 1960.

l’amour vaut mieux que la haine. LAURIER, Wilfrid. Discours, novembre 1918.

Une rose vous caresse? Une épine vous blesse.

Vous découvrez l’amour? La douleur n’est pas loin. LEBLANC, Madeleine. Ombre et lumière, Éditions de Brume, 1960.

Quand on aime on ne fait pas ce qu’on veut (…). L’amour c’est plus fort que n’importe quoi! LEGAULT, Rolland. La Rançon de la cognée, Éditions Lumen, 1945.

La douleur qu’un amour vous laisse En s’en allant comme un ingrat,

Petites filles, petits gâs,

Un autre amour la guérira Qui, renégat à sa promesse, Trois fois passera.

LÉVEILLÉE, Lionel. Ronde enfantine (poème), 1916.

Et notre amour sera comme un beau jour de mai,

Calme, plein de soleil, joyeux et parfumé!

Et nous vivrons ainsi, dans une paix profonde,

Isolés du vain bruit dont s’étourdit le monde,

Seuls comme deux amants qui n’ont besoin entre eux Que de se regarder, pour s’aimer, dans les yeux!

LOZEAU, Albert. L’Âme solitaire, 1907.

Mais surtout, mon enfant, sois sourde au «Je vous aime»

De tous ces hommes qui te crieront leur désir.

Ferme ton cœur, s’il te fallait en mourir même,

Car C’est l’amour, vois-tu, qui fait le plus souffrir. MORIN, Paul. Poèmes de cendre et d’or, Éditions du Dauphin, 1922.

c’est l’amour qui fait la terre belle, et c’est l’amour qui fait battre le cœur. Mais c’est aussi l’amour qui le tue sans blessure apparente. SAVARD, Félix-Antoine, La Folle

»Amour» est un mot qui peut désigner des sentiments si divers : comme on emploie le mot «feu» pour parler de la flamme d’une allumette et d’un incendie de forêt… SIMARD, Jean. Séparation, Châtelaine, octobre 1970.

AMOUR LIBRE

Amour libre : deux mots contradictoires par définition. Tout comme les maisons closes qui sont toujours ouvertes et les filles perdues que l’on retrouve partout. GAUDET, Renault. La Presse, 14 juillet 1973.

L’amour libre? Ça ne veut rien dire du tout. L’amour attache. Depuis quand est-on libre quand on aime? ROY, Gabrielle. Propos recueillis par Céline Légaré, Perspectives, 7 octobre 1972.

ANCÊTRE

quels misérables nous serions, si nous n’étions pas fiers de nos ancêtres. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

La mort n’endort pas les aïeux, Leur souvenir vit, plane, opère; Et dans les chemins hasardeux, Comme un soutien, à côté d’eux,

Les fils sentent l’ombre du père.

DUVAL, Clovis. Champlain et Laval (poème), 1917.

ANGLAIS

en dépit de ses remarquables facultés de gouvernement et, somme toute, l’humanité de ses procédés, – quand la cupidité ou l’esprit de domination ne le poussent pas aux brutalités -, l’Anglo-Saxon ne sait pas gagner la confiance, encore moins l’affection des peuples qu’il domine, ni même de ceux qu’il s’associe. BOURASSA, Henri. Le problème de l’empire : indépendance ou association impériale, 1916.

AH! Quel bonheur pour la Nouvelle-France, On n’y craint plus les armes des Anglais, Le ciel s’offense De leur projets, Et pour ne point exposer les Français, Il prend tout seul le soin de leur défense. CHANSON DE 1711.

L’Anglais en fureur Porte la terreur À l’entendre dire, Sous son empire Tout doit se ranger. CHANSON DE 7111.

Et l’Anglais? – Of course, il ne possède pas, comme le Français, toute une gamme de mots galants. Ainsi, quand il se trouve devant une jolie femme, l’Anglais est différent du Français. C’est comme s’il s’arrêtait aux douanes! – Aux douanes? Je ne saisis pas… – Yes, il n’a jamais rien à déclarer! CHEZ MIVILLE, Éditions du Jour, 1962.

Chacun son goût : pour moi, je ne serai jamais anglomane; car à l’église John Bull à abdomen proéminent, à mine renfrognée et hargneuse, à l’air hautain et aristocratique, je préfère Brother Jonathan à l’œil intelligent, à manière sans gêne et à principes d’égalité. LE FANTASQUE, cité dans L’Avenir, 2 décembre 1848.

Il n’y a point de nation aussi industrieuse que les Anglais quand il s’agit de la maltôte et de frauder les droits. JAUGE, Simon. Lettre à François Baby, 17 avril 1762.

Tant mieux, je ne verrai pas les Anglais dans Québec. MARQUIS DE MONTCALM, sur son lit de mort, 1759.

l’Argent, dans une balance anglo-saxonne, ne pèse pas moins que la Théologie. SIMARD, Jean. Les Sentiers de la nuit, Le Cercle du Livre de France, 1959.

ANGLAISE You see, une femme anglaise, à supposer qu’elle se lève par un beau matin ensoleillé, vous savez ce qu’elle fait? Elle chante : «Oh! What a beautiful morning»… et elle va s’asseoir à l’ombre. CHEZ MIVILLE, Éditions du Jour, 1962.

ANGLETERRE (Anglais; anglomanie; anglo-saxonnisme; Commonwealth; reine d’Angleterre; thé)

La Grande-Bretagne a été le pionnier mondial de la liberté et la protectrice du faible contre le fort. CHURCH, T.L. Débats, Communes du Canada, 19 mars 1942.

ANGLETERRE ET LES CANADIENS, L’

les Canadiens connaissent la vérité et, dans leur for intérieur, ils savent que nous devons à la métropole seule notre régime de défense, notre liberté, notre civilisation (…) L’Amérique a envers elle (la Grande-Bretagne) une dette de reconnaissance dont elle ne pourra jamais s’acquitter devant Dieu. CHURCH, T.L., Débats, Communes du Canada, 19 mars 1942.

Quoi qu’on puisse dire du parti conservateur, ou de ceux qui en font partie, on ne peut pas dire et on ne pourra jamais dire que ce parti ait jamais refusé son allégeance à la Couronne britannique, ou rejeté le principe du lien britannique. HANSON, R.B. Débats, Communes du Canada, 18 février 1942.

Ces gens (des régions rurales de la Nouvelle-Écosse) estiment qu’il est de leur devoir de défendre ce qu’ils appellent l’Empire britannique, et ce que moi-même je désigne ainsi, dans toutes les parties du monde où l’existence de cet Empire est en péril… Pour quelques-uns, cette ambiance, cette attitude, peut paraître vieux jeu, mais peut-on mettre en doute sa justesse inspirée, sa noblesse? ISLEY, J.L. Débats, Communes du Canada, 4 février 1942.

Certains Canadiens français ont encore l’impression que leurs concitoyens de langue anglaise restent étroitement unis à leurs parents et à leurs amis d’Angleterre. Cela est vrai dans une certaine mesure, mais il convient de ne pas se faire une idée exagérée de ces sentiments. Lorsque le premier ministre (Mackenzie King) a déclaré que le Canada ne serait jamais entré en guerre pour l’Angleterre seule, j’avoue que j’ai eu un accès de honte. JACKMAN, H.R. Débats, Communes du Canada, 5 février 1942.

,,, nous avons formé un peuple loyal à la couronne britannique et aux traditions britanniques, fiers de reconnaître l’Union Jack comme son drapeau. PURDY, G.T. Débats, Communes du Canada, 12 février 1942.

ANGLICISATION DES CANADIENS FRANÇAIS (langue française au Canada et au Québec; minorités canadiennes-françaises)

Nous vivons dans un milieu anglo-saxon (…) L’anglais nous pénètre par tous nos pores. Même les mieux prémunis en sont victimes (…). À force de respirer, de sentir, de voir, d’entendre, de toucher anglais, nous finissons par adopter tantôt un terme anglais, tantôt une tournure anglaise. C’est une prise de possession sournoise (…) Notre position géographique ne favorise guère notre langue. BARBEAU, Victor. Le Ramage de mon pays, Éditions Valiquette, 1939.

Si, dès 1878, on avait planifié l’anglicisation et l’assimilation (des Canadiens français), on n’aurait pu espérer de meilleurs résultats. LACHAMBRE DES NOTAIRES DU QUÉBEC. La Presse, 1 décembre 1965.

Aujourd’hui on ne se donne guère de soin pour trouver des mots français; on s’empresse d’adopter les mots anglais. Qui voudra prétendre que c’est une amélioration? GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard le défricheur, 1862.

Les chiffres démontrent la progression de l’assimilation des Canadiens français. En 1921, 3.5% des Canadiens français avaient adopté l’anglais comme langue maternelle. En 1961, la proportion s’élève à 9.2%. 68,339 Canadiens français du Québec ne parlent plus le français et 34.3% des Canadiens français établis en dehors du Québec ne parlent plus français.MORIN, Rosaire. L’Immigration au Canada, Éditions de l’Action nationale, 1966.

l’un des périls du parler national est l’intrusion de mots anglais. PREMIER CONGRÈS DE LA LANGUE FRANÇAISE AU CANADA, Québec, 1912.

ANGLOMANIE (thé)

J’en remercie le ciel, Colonel, chaque jour. Je devois en effet être bien ridicule! Ma femme, ma maison, mes meubles, ma pendule, Rien n’était à l’angloise, et jusqu’à mes couverts Tout rappeloit chez moi le tems des Dagoberts; Mais docile à vos soins, à vos conseils fidèle, Je changeai tous mes plats, je fondis ma vaisselle;

En changeant l’or en cuivre et l’argent en laiton, Ma maison fut un peu mise sur le bon ton.

QUESNEL, Joseph. L’Anglomanie, 1802.

ANGLO-SAXONNISME

L’avenir repose entre les mains des peuples de langue anglaise. LORD TWEEDSMUIR. Propos tenus au Sénat des États-Unis d’Amérique, 1937.

ANNÉE (âge)

j’ai l’écorce beaucoup plus dure er je suis moins intransigeante, on s’amollit avec les ans, on accepte beaucoup de choses, on perd le goût de la perfection et de la lutte. RIOUX, Hélène. Yes Monsieur, Éditions La Presse, 1973.

ANNEXION DU CANADA AUX ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE

L’annexion du Canada aux États-Unis n’est plus qu’une simple question de temps. L’AVENIR, 2 juin 1849.

L’annexion aux États-Unis serait moins nuisible que l’état dans lequel nous vivons aujourd’hui. Nous aurions ici le système électif dans toute sa plénitude; conséquemment, nous élirions notre gouverneur, qui serait probablement Canadien français; nous élirions un nombre de représentants proportionné a`notre majorité numérique (…) nous aurions ici notre chambre locale composée comme tout bon semblerait; nous aurions le gouvernement entre nos mains; la langue française, comme langue de majorité, serait langue légale; enfin nous serions maîtres chez nous. L’AVENIR, 16 juin 1849.

Si le Canada était indépendant et annexé à la république américaine, nous aurions des centaines de manufactures qui donneraient amplement de l’emploi et qui répandraient la richesse dans tout le pays. Mais il est impossible que des manufactures puissent prospérer dans un pays qui ne peut régler lui-même ses lois de commerce et qui dans sa position coloniale ne pourrait expédier chez nos voisins ses produits manufacturés. BLANCHET, Pierre. L’Avenir, 22 décembre 1857.

Si malheureusement, le Canada passait, dans la suite des temps, sous la domination américaine, on ne tarderait pas à sentir l’avidité et l’esprit d’accaparement des Américains (…) les Américains, en prenant le Canada, envahiraient la plupart des propriétés canadiennes et réduiraient pas là les Canadiens à la triste condition d’esclave. Il faudrait un volume pour vous faire sentir les avantages de notre indépendance et de notre union avec la glorieuse République Américaine. DORION, J.-B.-E. Manifeste de J.-B.-E. Dorion aux électeurs du comté de Champlain…, 1851.

ART

L’art est difficile. BEAUCHEMIN, Nérée. 1928.

l’absence de liberté dans l’art, c’est la décadence de l’art ou sa mort. COSTISELLA, Joseph. L’Esprit révolutionnaire dans la littérature canadienne-française de 1837 à la fin du XIXe siècle, Beauchemin, 1968.

l’art est avant tout la splendeur vivante de la forme. En poésie, comme en peinture, le style n’est pas seulement l’homme, il est presque toute l’œuvre. DANTIN, Louis, Émile Nelligan et son œuvre. Beauchemin, 1903.

Tout art est «régional» avant d’être international. DASSYLVA, Martial. Un Théâtre en effervescence, HMH, 1975.

Nous définirons l’art : la création par l’homme du beau qui lui est connaturel. Création, acte créateur : voilà l’essentiel de l’art. Création du beau qui n’a d’autre raison d’être que d’être beau. HERTEL, François. Encyclopédie Grolier, tome 1, 1947-1948.

Ce n’est pas que l’on doive s’objecter aux mots art d’agrément ou art inutile. L’art étant, en soi, un artifice, s’accommode sans danger de ces définitions innocentes. Ne semble-t-il pas, cependant, que l’on a vite fait d’épuiser le charme des choses utiles et que l’esprit a besoin, quelquefois, de s’intéresser à des besognes moins utilitaires que le transport en commun, ou l’encombrement de la circulation dans le centre de la métropole? MORIN, Léo-Pol. Papiers et musique, 1930.

Le grand art consiste à dépasser la réalité et non à la fuir. Il faut qu’on puisse dire : «comme c’est cela; et quelque chose de plus». C’est dans ce plus que réside l’art. SAINT-DENYS GARNEAU, Hector de. Journal, Beauchemin, 1954.

Le rôle des artistes est de laisser pressentir les changements imminents et l’apparition de nouveaux rapports de force à l’intérieur d’une société qui a désormais des dimensions planétaires. SAINTE-MARIE, Gilles. Cinéma, télévision et culture, Culture vivante, no 4, 1966.

L’art n’est pas seulement le fait de brèves illuminations, pour indispensables qu’elles soient, mais d’une aride et terriblement quotidienne recherche. SIMARD, Jean. Nouveau répertoire, HMH, 1965.

Signe de l’esprit, l’art doit jouer un rôle essentiel dans la recherche d’une formule d’existence équilibrée qui, aux valeurs pratiques de la technique, allie la gratuité et le désintéressement propres aux valeurs culturelles. SOUCY, Jean. L’art : langage, jeu et thérapeutique, Columbia, décembre 1971.

L’art n’est-il pas une espèce d’auto-exhortation à dépasser ses propres blocages? TOUPIN, Gilles. Le charmant tableau de nos expositions de galeries, La Presse, 15 février 1975.

ART DU QUÉBEC, L’

L’art est pour nous une discipline tout aussi bien que la langue; et l’art sera la source de toute une vie économique quand on se résoudra dans ce pays à reconnaître ses puissances, sa richesse, à admettre que l’art pour les Français que nous sommes est un singulier foyer de rayonnement. MONTPETIT, Édouard. L’avenir économique des Canadiens français, 1935.

La sensibilité doit échapper à la compétence de l’artiste. Voilà le secret. Et à sa conscience jusqu’à un certain point. Elle passe de son cœur à son œil, de son œil et de la main à la matière sans qu’il sache comment. Tout ce que l’artiste peut faire consciemment, c’est travailler fort et avec sincérité, un point c’est tout. CHICOINE, René, Carrefour des hasards, Le Cercle du Livre de France, 1959.

Pour l’artiste, toutes les manifestations de la vie ont, aujourd’hui, leur intérêt, leur beauté, leur côté pittoresque. L’esthétique moderne n’a plus les limites étroites d’autrefois. Cependant celui qui voudra rester fidèle à l’idéal unique du passé : l’idéal de la beauté, de la vertu et de la force, aura toujours choisi la meilleure part. NEVERS, E. de. L’Avenir du peuple canadien-français, Fides, 1896.

Un artiste cherche toujours à reconquérir son enfance, c’est ce qu’il a de plus pur. PELLAN, Alfred. Propos recueillis par Paquerette Villeneuve, Châtelaine, avril 1970.

ASCÈSE

L’ascèse dégénère aisément en culte de soi. TOUGAS, Gérard. Histoire de la littérature canadienne-française, Les Presses Universitaires de France, 1960.

ASIE (Japonais)

En Asie, les monarchies se perdent dans la nuit des temps, parce que les hommes n’y furent jamais que des troupeaux d’esclaves. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Puisqu’il n’est pas d’endroit qu’une ville d’Asie Ne surpasse en mystère, en calme, en volupté; J’y connaîtrai la chaude et tendre frénésie D’un chant de rossignol, dans le soir turc, – l’été.

MORIN, Paul. Poèmes de cendre et d’or, Éditions du Dauphin, 1922.

ASPIRATION (ambition; désir)

L’aspiration est une fleur d’espérance. Si l’atmosphère dans laquelle elle s’épanouit n’est pas favorable, elle se dessèche et tombe; si, au contraire, l’atmosphère lui convient, elle prend vigueur, elle est fécondée et produit un fruit; mais si quelqu’un s’avise de cueillir ce fruit avant qu’il ne soit mûr, tout est perdu. UN JOURNAL cité par J.-P. Tardivel, Pour la patrie, 1895.

ASSIMILATION DES CANADIENS FRANÇAIS (anglicisation des Canadiens français; immigration et le Canada, l’)

La Gazette de Montréal décide que définitivement le Bas-Canada va être anglais (…) Pour ma part, je ne compte guère que sur le secours d’en haut pour déconcerter tant de projets iniques qui tendent à anéantir le bon et paisible peuple canadien. Jusqu’ici la Providence a si bien veillé sur lui que pendant les horribles secousses de ces jours derniers, il n’est pas tombé un seul cheveu de ma tête. J’en béni Dieu. BOURGET, Ignace. Lettre à Mgr Turgeon, 2 mai 1849.

L’assimilation des Canadiens français comme collectivité a commencé le jour même où les conquérants anglais sont devenus maîtres de la colonie. Elle se poursuit sans arrêt depuis bientôt deux siècles. Elle est appelée à se prolonger au cours des générations qui nous suivront. La Conquête les a privés de leur droit à l’auto-détermination.????

Le groupe britannique est en voie de devenir le seul bénéficiaire des transferts linguistiques nets puisque, en 1961, ces transferts linguistiques nets se faisaient à 82,1% vers l’anglais (…) On pourrait donc craindre que les Canadiens français (du Québec) commencent à s’assimiler à l’anglais comme ils le font déjà depuis longtemps dans les autres provinces. CHARBONNEAU, H. et MAHEU, R. Rapport de synthèse en démographie préparé pour la Commission Gendron, cité pas R. Maheu, Les interprétations du commissaire Matte, Le Devoir, 8 mars 1973.

Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada : ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique celui de la race supérieure (…) La fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises, et de n’en confier le gouvernement qu’à une Assemblée décidément anglaise… LORD DURHAM. Report on the Affairs of British North America from the Earl of Durham, Londres, 1839.

Et cette nationalité canadienne-française, devrions-nous la perpétuer pour le seul avantage de ce peuple, même si nous le pouvions? Je ne connais pas de distinctions nationales qui marquent et continuent une infériorité plus irrémédiable. La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise (j’applique cela à tous ceux qui parlent anglais) y apparaît dans un état d’infériorité. C’est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais. LORD DURHAM, Rapport, 1839.

Je serais bien étonné que les plus réfléchis parmi les Canadiens français eussent encore l’espérance de conserver leur nationalité. Quelque résistance qu’ils fassent, l’absorption de leur race est déjà commencée. Notre langue se propage comme fait tout naturellement la langue des employeurs et des riches. LORD DURHAM, Rapport, 1839.

D’ici moins d’un demi-siècle, en raison de la masse d’Anglais qui s’installeront autour d’eux et au milieu d’eux, ils (les Canadiens français) sont destinés à se mêler et à s’incorporer à notre peuple, à la fois quant à la langue et quant aux mœurs. FRANKLIN, Benjamin. Cité par R. Lacour-Gayet, Histoire du Canada, Fayard, 1966.

The sooner we take up our French Canadians and make them British, the less trouble will we leave for posterity. McCARTHY, D’Alton. Cité par D.M. Le Bourdais, Nation of the North.

(Que mes compatriotes) travaillant eux-mêmes de toutes leurs forces à amener une assimilation qui brise la barrière qui les sépare des populations qui les environnent de toutes parts (et qu’ils) posent les fondements d’un grand édifice social sur les bords du Saint-Laurent et composent avec tous les éléments sociaux épars sur les rives de ce grand fleuve une grande et puissante nation. PARENT, Étienne. Le Canadien, 23 octobre 1839.

The French Canadian is just beginning to realize he does not have to assimilate. He controls his own territory and within this territory he can make the decisions about how things are going to be done. He won’t accept any rules dictated by those outside. THE TELEGRAM. Sociological report on quebec commissioned by The Telegram for its Canada 70 series probing the mood of the nation, 14 juin 1969.

ATTENTE

J’attends parce qu’un jour il y aura des roses, J’attends parce qu’un jour il y aura des fleurs, J’attends parce qu’un jour il y aura des choses, Mais des choses d’espoir et des choses d’ardeur. BÉLANGER, Jeannine. Stances à l’éternel absent, 1941.

AU-DELÀ (ciel)

De toute façon, croire en l’au-delà, ça ne suffit plus. Il faut croire aussi en la vie. FERRON, Madeleine. La Fin des loups-garous, HMH, 1966.

Le monde de l’au-delà est devenu un refuge contre le monde d’ici-bas. Il faut éviter toute fuite dans l’au-delà. MOREAU, André. La Mort angélique.

AUTEUR (écrivain)

AUTOMNE

Le ciel est gris, le vent est froid, la terre est rousse;

L’automne est revenu, par septembre apporté, Et les arbres, devant la mort du bel été, Pleurent des larmes d’or et de sang sur la mousse. DESROCHERS, Alfred. Rondel d’automne

En automne, le temps est traître (…) On pense qu’on brûle. On n’a pas la tête revirée, qu’on gèle. L’automne!… GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

Le charme dangereux de la mort est en toi, Automne, on le respire en ton souffle, on le boit. Tu fais le ciel couleur de cendre et de fumée, Et ton ombre est si douce, ô saison bien-aimée, Que dès qu’elle a touché, pâle encor, notre seuil, L’âme faible s’y couche ainsi qu’en un cercueil. LOZEAU, Albert. L’Âme solitaire, 1907.

Automne cher! saison propice au souvenir,

Comme un vieil air joué dans l’âme allant finir! Je ne t’ai pas toujours goûté, je m’en étonne;

Puisque qu’aujourd’hui, pareils en mes regrets nombreux, Pour me sentir le cœur déçu moins malheureux,

Il me suffit d’un peu de musique et d’automne. LOZEAU, Albert. L’Âme solitaire, 1907.

Automne… vent du soir… souvenir du passé… Long rêve qui se meurt… Tout s’endort et s’efface,

Et marche vers l’oubli d’un blanc tombeau glacé… Tout meurt, tout disparaît. Oui, ici-bas, tout passe! SAINT-DENYS-GARNEAU, Hector de. La Presse, 19 mars 1929.

AUTOMOBILE

L’auto qu’on vend, ce n’est pas un véhicule, c’est un concept, c’est un mythe, c’est un objet vidé de sa fonction et chargé des valeurs de l’homme contemporain, c’est une satisfaction illusoire de besoins frustrés. LE QUARTIER LATIN, 25 février – 11 mars 1970.

AUTONOMIE PROVINCIALE AU CANADA, L’

Ma seule réponse aux déclarations équivoques de l’honorable M. (Maurice) Duplessis sur l’automobile de la province, la seule que je ferai de toute la campagne électorale, c’est que les libéraux de la province de Québec combattraient ouvertement n’importe quel régime fédéral qui tenterait d’y porter atteinte en temps de paix ou en temps de guerre. ???

La souveraineté et l’autonomie des provinces sont à l’antipode de toute tutelle fédérale. La province de Québec, entre autres, a atteint sa majorité il y a longtemps. GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, conférence du rétablissement, 29 avril 1946.

L’indépendance des provinces s’évanouira (si on accepte les propositions du gouvernement fédéral). C’en sera fait de l’autonomie provinciale. La dignité provinciale disparaîtra. Les gouvernements provinciaux deviendront de simples rentiers d’Ottawa. La vie publique provinciale – et je ne juge pas l’expression trop forte – sera avilie, dégradée. MACDONALD, A.L. Conférence du rétablissement, 29 avril 1946.

L’Union nationale considère que l’autonomie provinciale, garantie par le pacte fédératif, est essentiel aux meilleurs intérêts de la province, conforme à ses traditions, à ses droits et à ses prérogatives indispensables. LE PARTI DE L’UNION NATIONALE, communiqué de presse, 24 septembre 1939.

AUTORITÉ

Toute autorité légitime sur terre vient de Dieu. Ceux donc qui la détiennent dans la société civile reçoivent de Lui un dépôt sacré dont ils devront rendre compte au moment du jugement. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, Bellarmin, 1950.

Qu’avons-nous à vous recommander pour échapper aux malheurs qui désolent tant de grandes et puissantes nations? Le voici en deux mots : Soyez fidèles à Dieu et respectez toutes les autorités légitimement constituées. Telle est la volonté du Seigneur. N’écoutez pas ceux qui vous adressent des discours séditieux. BOURGET, Ignace, Lettre pastorale, 18 janvier 1849.

la source première de l’autorité est Dieu. LE COURRIER DU CANADA, 23 février 1857.

l’autorité vient de Dieu et (…) les détenteurs de l’autorité exercent un mandat d’origine divine. DELORME, Jean et BOUILLE, Léo. Questions de vie politique, Montréal, Ministère de la Jeunesse, Services des cours pas correspondance, 1951.

l’autorité n’a jamais été aussi écrasante, aussi omniprésente, aussi efficace. C’est au point qu’il n’y a plus que quelques hommes libres de par le monde. DESBIENS, Jean-Paul. Les Insolences du Frère Untel, Éditions de l’Homme, 1960.

ce n’est pas mal de dire la vérité, ce n’est pas mal de blâmer l’injustice. Tant pis si c’est l’autorité qui la commet. Je ne puis pas me soumettre mollement, lâchement, il faut que ma volonté s’affirme ou bien, j’en serais malade. DESSAULLES, Henriette. Journal, 30 décembre 1875, HMH, 1971.

Qu’est-ce en effet qu’une autorité contre laquelle il serait permis au sujet de se pourvoir en invoquant ses libertés! LES ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Lettre pastorale, 22 septembre 1875.

l’autorité vient de Dieu. LAFLÈCHE, Louis-François. Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille, 1866.

Le culte trop souvent exclusif et quelquefois même idolâtre qu’on a voué chez nous à l’autorité risque d’affaiblir indûment notre sens de la liberté. L’autorité vient de Dieu, nous rappelle-t-on souvent. Bien sûr, et nous en sommes convaincu le premier. Mais la liberté aussi vient de Dieu. Et elle vient même avant l’autorité dans l’ordre des réalités humaines. LÉVESQUE, Georges-Henri. Cité par G. Dion et L. O’Neill, Le Chrétien en démocratie, Éditions de l’Homme, 1961.

dans l’ordre temporel et politique, il n’y a d’autorité légitime que celle qui a le consentement de la majorité de la nation. PAPINEAU, Louis-Joseph. Annuaire de l’Institut canadien pour 1867.

AVENIR

L’avenir est un livre que le temps effeuille sous nos yeux page par page. FOURNIER, Jules. Mon Encrier, 1922.

J’ai beaucoup mieux à faire qu’à m’inquiéter de l’avenir : j’ai à le préparer. SAVARD, Félix-Antoine. L’Abatis, Fides, 1943.

L’avenir! Quelle part de notre durée si proche de nos actes actuels! Et quel lien mystérieux et indissoluble unit ce que je fais à ce qui sera! SAVARD, Félix-Antoine. L’Abatis, Fides, 1943.

AVIATION

Ah! Que sont les merveilles de l’aviation comparées à ce vol des âmes qu’un esprit plus puissant que tous les moteurs soulève de terre et emporte vers les régions sereines, où vivent toujours ceux que l’on croit morts? ROUTHIER, Adolphe-Basile. Le Centurion, 1908.

AVOCAT

Les avocats et les médecins pullulent : deux classes fort utiles. Les uns tuent, les autres ruinent. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Le travail d’avocat est un travail très souvent parasitaire et improductif. Dans une société transformée et plus égalitaire, c’est sans doute une profession qui va disparaître. LEMIEUX, Robert. Le Quartier latin, 25 février – 11 mars 1970.

AVORTEMENT

il existe un lien, une ressemblance entre l’avortement et l’euthanasie positive. Dans les deux cas, on se moque éperdument du respect pour la vie humaine. DESMARAIS, Marcel-Marie. Le Père Marcel-Marie Desmarais parle d’euthanasie et d’avortement, La Presse, 27 mai 1974.

Si l’homme portait les enfants dans son sein, il y a belle lurette que l’avortement serait légalisé! FORTIER, Lise. Discours, novembre 1972.

Ainsi encore est-il faux de considérer l’interruption d’une grossesse comme une affaire exclusivement personnelle. Proclamer que «la femme est maîtresse de son corps» et qu’elle peut en disposer à sa guise est une affirmation que contredit formellement la médecine. Le fœtus qu’une femme nourrit et protège n’est pas une partie d’elle-même : c’est très exactement un hôte qu’elle abrite. Pour la femme enceinte, comme pour chacun de nous, la vraie liberté est inséparable de la responsabilité. GRÉGOIRE, Paul. Déclaration publiée le 5 mars 1974.

Vivre ce n’est pas seulement manger et boire. Vivre, c’est être heureux et épanoui dans un milieu qui nous accepte. Il est insensé de mettre un petit au monde pour le faire vivoter tant bien que mal dans la misère. Ainsi, le véritable respect de la vie peut parfois impliquer l’arrêt d’une grossesse. JOBIN, Maurice. Cité dans Le Montréal-Matin, 21 novembre 1972.

L’expérience prouve que dans les pays où on a libéralisé l’avortement des effets désastreux et tragiques en sont résultés qui ont poussé les autorités à abroger la loi de la libéralisation de l’avortement et dans certains à la restreindre. Pourquoi ne pas profiter de l’expérience de ces pays…????

Si on force une femme à avoir des relations sexuelles sans son consentement, c’est un viol. Si le gouvernement force une femme à avoir un enfant contre son gré, c’est aussi un viol. MORGANTALER, Henry. Propos tenus en mars 1972.

AVRIL

Rien n’est sûr en avril. Allez, je connais les embûches des bois, les crevasses hypocrites, les branches cassées où s’empêtrent les pieds, la neige qui dérobe des plaques d’eau… les pierres glissantes, la boue qui colle au talon. LASNIER, Rina. Le jeu de la voyagère, Société des Écrivains canadiens, 1941.

Avril, avril, ton souffle est plein de volupté. Tes matins et tes soirs, mois toujours enchanté, Éveillent l’harmonie, épandent la lumière. Avril, tu viens enfin égayer la chaumière Dont la bise d’hiver a glacé le foyer. LEMAY, Pamphile. Les Épis, 1914.

BAISER

Et ma lèvre, au repli sonore De ton baiser contagieux, Sent un fourmillement éclore De microbes délicieux. DANTIN, Louis. Le Coffret de Crusoé, Éditions Albert Lévesque, 1932.

Tu ne m’as jamais dit : Baise-moi sur les yeux Lentement, longuement, afin de goûter mieux… Tu ne m’as jamais dit cela… Tes deux mains nues, Je les ai quand je veux, d’elles-mêmes venues. Tes lèvres, je les sais prêtes à mon baiser : Elles n’ont pas voulu jamais se refuser. LOZEAU, Albert. L’Âme solitaire, 1907.

Baisers! Silence à deux, pollen neigé des lèvres, Timides appuiements qui délivrent la fièvre; Ivresse du jardin où le jour s’écroula, Baiser, chavirement d’air bleu dans les lilas, Dont ne peut plus dormir la chair qui s’émerveille Comme un pistil ravi de la première abeille.

VÉZINA, Medje. Chaque heure a son visage, 1934.

BAPTÊME

Pour recevoir le baptême, il faut avoir le regret de nos péchés. CATÉCHISME CATHOLIQUE (3e à 7e année), par les Sœurs de l’Assomption de la Sainte Vierge.

BATTERIE

Batterie – C’est, dans un orchestre, le groupe des instruments à percussion, dont le rôle, autrefois rythmique, est devenu épileptique. BRIE, Albert. Les propos du timide, La Presse, avril 1966.

«BAZAR»

On pourrait définir cela une conspiration ourdie par un certain nombre de jolies femmes pour dévaliser les riches au profit des pauvres. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard le défricheur, 1862.

BEAUTÉ

Il n’y a pas de cœur à l’épreuve de la beauté. CONAN, Laure. À l’œuvre et à l’épreuve, 1891.

Enfin aucune femme ne peut être belle si elle n’est née belle, si la nature lui a refusé des charmes; tous les ornements deviennent superflus et ajoutent même un degré à la laideur. LA GAZETTE DE MONTRÉAL,

BERNHARDT (SARAH)

cette trotteuse couronnée qui prêche partout le vice et se moque de la vertu; pour elle, Jésus-Christ doit descendre le l’autel et Satan prendre sa place. LACASSE, Z. Dans le camp ennemi, 1893.

BIBLE Ce qu’il y a de plus précieux à dire à l’homme à son sujet et au sujet de Dieu, est imprimé entre les couvertures de la Bible. Il est incompréhensible que les croyants tiennent si peu compte de l’Écriture. ROY, Paul-Émile. Claudel, poète mystique de la Bible, Fides, 1957.

BIBLIOTHÈQUE L’Église se trouve incontestablement investie du droit de régler l’administration de toutes les bibliothèques du monde. BOURGET, Ignace. Lettre pastorale.

la création d’une bibliothèque publique est en soi une entreprise périlleuse. (…) il est presque impossible (…) que la fondation d’une bibliothèque publique, civique ou autre, n’ait pas pour résultat d’établir un foyer d’infection intellectuelle et morale plus ou moins actif. CHAPAIS, Thomas

BIEN

Les biens qui ne pèsent pas sont ceux qui pèsent le plus dans la balance de l’homme civilisé. POISSON, C. La Guerre civile espagnole, devant l’opinion mondiale, L’Action paroissiale, 1937.

si l’objet de la vertu est le bien, pour y arriver, il faut avoir à lutter contre le mal qui vous ronge. PROVOST, P.-E. Préface à L’Épreuve, PELLETIER, A., 1900.

BIEN COMMUN

Le bien commun ne se confondrait-il pas tout simplement avec l’obligation qu’ont les membres d’un groupe humain de se souffrir les uns les autres puisqu’ils ne peuvent pas se séparer et vivre isolément? BRUNET, Michel. Québec-Canada anglais, deux itinéraires, un affrontement, HMH, 1968.

BILINGUE

Un bilingue, c’est celui qui parle mal deux langues, et dont l’esprit fourche. BAILLARGEON, Pierre. Le Scandale est nécessaire, Éditions du Jour, 1962.

BILINGUISME Le bilinguisme apparaît toujours comme un état confusionnel où deux langues se croisent un moment : celle qui sort et celle qui entre. BELLEAU, André. Liberté, mars-avril 1964.

Le bilinguisme national ne nous semble ni possible, ni souhaitable. Il est la phase de transition exigée par un peuple qui ne peut faire autrement. Pratiquement inaccessible pour la majorité de la population, il demeure toujours l’indice de la soumission pour un peuple qui aspire à la liberté. BIBEAU, Gilles. Nos enfants parleront-ils français? Éditions Actualité, 1966.

Le bilinguisme en Belgique et en Suisse apparaît donc, paradoxalement, comme un parallélisme linguistique régional, c’est-à-dire comme la coexistence, côte à côte, de deux ou plusieurs portions du territoire national où est pratiqué, dans le domaine des affaires et de la vie courante, l’UNILINGUISME français, allemand ou italien comme en Suisse, ou français et flamand comme c’est le cas en Belgique. À certaines variantes près, les choses se passent d’une façon identique en Finlande et en Union Sud-Africaine. BROCHU, Michel. La réalité du bilinguisme au Canada, 1962.

La psychologie a démontré qu’en général les individus voyaient leur rendement intellectuel diminuer quand ils devaient raisonner avec des concepts tirés d’une langue étrangère. CORBEIL, Jean-Claude. Propos recueillis par Pierre Turgeon, Perspectives, octobre 1973.

C’est l’État qui doit être bilingue plutôt que l’individu puisque c’est l’État qui est fait pour les hommes et non ceux-ci pour l’État. GAGNON, Jean-Louis. Le Petit Journal, juillet 1960.

peu de têtes peuvent porter deux langues sans les mêler. GROULX, Lionel, Le Devoir, décembre 1960.

Tous les peuples libres du monde assurent, à l’enfant, la maîtrise suffisante de la langue maternelle, en ne permettant d’aborder l’étude d’une seconde langue qu’après l’obtention du certificat d’études primaires. Seuls font exception les pays en tutelle où l’on impose l’étude d’une seconde langue dès l’école primaire. HART, G.K. Laurentie, mai 1960.

D’aucuns saisissent mal la nocivité du bilinguisme parce qu’ils ne se rendent pas compte qu’il consiste effectivement dans le modelage de l’esprit de l’enfant au moyen de deux moules divers de pensée. LACHANCE, Louis. Les Cahiers de l’Académie canadienne-française, 1960.

À quelques très rares exceptions près, on n’a institué l’enseignement d’une langue seconde au cycle primaire dans aucun pays du monde occidental, justement parce que l’enfant, même en milieu national «normal», n’est pas suffisamment apte à manier sa propre langue et conséquemment à la faire servir de support à l’étude sommaire d’une langue seconde. Or, une communauté doit résister d’autant plus aux pressions en faveur de l’enseignement dès le primaire d’une langue seconde que cette langue est celle d’un groupe humain infiniment plus nombreux qu’elle. LÉGER, Jean-Marc. Le Devoir, septembre 1963.

Le bilinguisme généralisé est la phase naturelle de transition vers le règne de l’unilinguisme (…) la formation de l’esprit humain exige une seule langue, comme instrument de pensée. LÉVESQUE, Albert. La Dualité culturelle au Canada, Éditions Albert Lévesque, 1959.

si connaître une langue seconde est un enrichissement culturel et une précieuse utilité sociale, vivre pour l’essentiel dans une telle langue c’est toujours commencer à changer de pensée, de culture, de mœurs, de civilisation et d’identité. LORRAIN, R. La Mort de mon joual, Éditions du Jour, 1966.

Le milieu de bilinguisme est une serre qui asphyxie même les unilingues. (…) Seuls le colonisateur ou le colonisé inconscient prônent la nécessité du bilinguisme. OUELLETTE, Fernand, Liberté, mars-avril 1963.

Un État bilingue est nécessairement un État affaibli. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL. Le bilinguisme et l’union canadienne, 1964.

l’histoire confirme que l’état de bilinguisme collectif est un stade forcément transitoire aboutissant toujours à un nouvel état de bilinguisme, celui de la langue dominante. Ainsi, un Québec bilingue évolue nécessairement vers l’unilinguisme anglais. UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL. Mémoire du département de linguistique, 1974.

la présence d’un bilinguisme et d’un biculturalisme approfondit la connaissance de deux cultures et permet à l’homme de s’améliorer et de s’élever intellectuellement. UNIVERSITÉ McGILL. Mémoire, 1965.

BILINGUISME AU CANADA ET AU QUÉBEC, LE

On a longtemps voulu faire croire que la fortune souriait aux bilingues, mais une célèbre enquête de la Commission BB nous a appris que les unilingues anglophones font plus d’argent que les francophones bilingues. À BAS LE BILL 63! Édition spéciale du Pouvoir, décembre 1971.

Le bilinguisme non seulement demeure le fait d’une petite minorité et n’a réalisé aucun progrès depuis vingt ans, mais il est même en régression. (…) si le pourcentage des bilingues diminue, ce n’est pas que les Canadiens français n’apprennent pas l’anglais, c’est qu’ils ne savent plus que l’anglais et qu’ils sont devenus unilingues. ARES, Richard. La Presse, février 1965.

c’est nous qui faisons les frais du bilinguisme alors que notre langue se détériore, s’anglicise d’une façon alarmante. BARBEAU, Raymond. J’ai choisi l’indépendance, 1961.

Le bilinguisme bien compris est un exercice qui doit se pratiquer à deux, c’est-à-dire constituer un but à atteindre aussi bien pour les anglophones que pour les francophones. BELL CANADA. Mémoire, 1969.

Il est injuste et inexact de prétendre que notre pays soit bilingue. (…) Le Canada compte deux langues officielles, mais il n’est pas un pays bilingue. BENNETT, R.B. Débats, Communes du Canada, 1936.

If French Canadians want to spread thier language, they should do it themselves. Bilingualism is a dream in western Canada. If it helps Canada to dream, then let them. BENNETT, W.A.C. Cité par John Marshall, The Telegram, avril 1969.

que tous les prêtres (du Canada) s’appliquent à posséder la connaissance et la pratique de l’une et l’autre langue, anglaise et française, et qu’écartant toute susceptibilité ils se servent tantôt de l’une, tantôt de l’autre, selon les besoins des fidèles. BENOÎT XV. 1918.

le bilinguisme c’est une utopie et il faut arrêter d’y croire (…) Soyons bilingues comme individus. Mais comme peuple, exigeons le respect de la langue et de la collectivité francophone du Québec. BERTRAND, Guy. 1967.

Les Canadiens d’origine française ont beaucoup plus besoin d’apprendre une langue seconde pour leur développement économique que les Canadiens d’origine anglaise. BOUCHARD, T.D. Débats, Sénat du Canada, 1944.

le bilinguisme généralisé leur enlèverait (aux Canadiens français) beaucoup d’emplois dans le commerce, dans les services de relations extérieures, dans le fonctionnarisme fédéral et dans l’industrie. (…) De plus, a-t-on songé aux effets assimilateurs du bilinguisme intégral? BRUNET, Michel. La Présence anglaise et les Canadiens, Beauchemin, 1958.

Le Canada est réputé bilingue, mais en fait il n’est bilingue que dans le Québec et au Parlement fédéral. KEN BRYDEN.

C’est une grande et belle chose que de parler les deux plus belles langues des temps modernes, celles des deux plus grandes nations de l’Europe. C’est même un immense avantage, au point de vue du développement de l’intelligence; car là où double la peine, double aussi est le récompense. CHAUVEAU, Pierre-Joseph-Olivier. Discours, 1969.

Les collets blancs francophones doivent être bilingues. Les anglophones peuvent être unilingues. CRANE CANADA. Mémoire, 1969.

Au Canada, ce qu’on appelle bilinguisme équivaut le plus souvent au massacre des deux langues. D’ANJOU, J. Relations, no 252.

Avant d’enseigner une langue seconde, il faut avoir besoin de l’enseigner. Le besoin canadien d’enseigner le français est purement politique et l’économie n’embarque pas. À coup de millions, le gouvernement essaie de jeter de la poudre aux yeux de la population du Québec (ou au mythe de la population canadienne). DEMERS, P.-J. L’enseignement politique des langues à Ottawa, Le Devoir, mai 1972.

Nous comprenons tous l’anglais dans la législature! (…) C’est vous qui ne voulez parler que votre langue! C’est vous qui méprisez la langue que vos compatriotes, at home, se font gloire de parler! La langue qui est devenue la langue universelle, la langue des traités, parce qu’elle est plus précise et plus exacte que la vôtre! C’est vous qui, après quinze années passé dans le Bas-Canada, pouvez à peine dire bonjour en français! (…) vous détestez instinctivement tout ce qui porte un nom français! (…) Qui donc, montre de l’hostilité de race, de la déraison nationale? DESSAULLES, Louis-Antoine. Le Pays, décembre 1891.

Mais le Québec est le seul parmi les gouvernements provinciaux, pour qui le bilinguisme soit autre chose qu’un mot. ENCYCLOPÉDIE GROLIER, tome 2, 1947-1948.

les Canadiens français bilingues deviennent de plus en plus unilingues anglais en dehors du Québec. ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS. Les cahiers des États généraux du Canada français, 1963.

si le Québec demeure un État bilingue, où les deux langues sont reconnues officiellement, la vie française en Amérique, au lieu de s’épanouir, diminuera de génération en génération. ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS. Mémoire, 1969.

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Quand les deux principales langues du pays seront d’un usage courant d’un océan à l’autre, nous aurons tellement multiplié les ponts de contact entre nos deux races que beaucoup de nos difficultés auront disparu d’elles-mêmes. GODBOUT, Adélard. Discours, 1940.

On nous enseigne à l’école deux langues. Nous ne saurons jamais parfaitement ni l’une ni l’autre. GRIGNON, Claude-Henri. Ombres et clameurs, Éditions Albert Lévesque, 1932.

Le régime fait à la langue française dans tous les services fédéraux (…) constitue l’application la plus déloyale du pacte fédéral. (…) Dans la plupart des provinces où dominent des majorités anglophones, l’État s’est montré ce qu’il a été dans toutes les fédérations : il a tendu à l’uniformité, par tous les moyens, y compris ceux de la force arbitraire. GROULX, Lionel. 1922.

le bilinguisme en Ontario ne fera pas du français la langue de la finance, du commerce, des affaires et du travail à Toronto tandis que le bilinguisme au Québec maintient l’anglais comme langue de la finance, des affaires, du commerce et du travail à Montréal. GROULX, Yvon. Rapport du président général, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1967-1968.

le bilinguisme est souvent un stade vers l’unilinguisme de la langue du groupe conquérant et dominant. Je n’éprouve pas le besoin excessif d’insister sur l’espèce d’unilinguisme que nous aurions au Québec si la position sociale et économique du français n’était pas renforcée dans un bref délai. LEFEBVRE, Gilles. Telle langue, tel peuple, Culture vivante, 1968.

Il est temps que soit proclamée une conception sérieuse du bilinguisme : la coexistence avec droits égaux de deux langues, de deux nations, le gouvernement central étant, lui, bilingue (…) La minorité française hors du Québec doit utiliser la langue de la majorité, comme l’expression normale et unique du milieu; la minorité anglophone doit faire de même quant au français. LÉGER, Jean-Marc. Le Devoir, septembre 1963.

La seule façon de garder le Canada uni est d’avoir pour chacun une politique de bilinguisme saine et juste. MARCHAND, Jean. L’Action, mars 1969.

D’ailleurs, l’odieux, c’est que l’étude du français améliore l’usage de l’anglais alors que c’est le contraire qui se produit dans notre sens, notre langue se trouvant déformée, dévastée par les tournures, les ellipses, les structures de la langue anglaise. MARTIN, Claire. Propos recueillis par Alain Pontaut, La Presse, septembre, 1966.

J’ai retrouvé au Canada une version d’un phénomène à peu près constant dans la plupart des situations coloniales, et que j’ai appelé : le bilinguisme colonial. Une langue officielle, efficace, qui est celle du dominant, et une langue maternelle, qui n’a aucune prise ou presque sur la conduite des affaires de la cité. Que les gens parlent deux langues ne serait pas grave, si la langue la plus importante pour eux n’était pas ainsi écrasée et infériorisée. Ce qui différencie le bilinguisme colonial du bilinguisme tout court. MEMMI, Albert. Portrait du colonisé, Éditions de l’Étincelle, 1972.

Dans un pays comme celui-ci où deux langues sont d’une égale nécessité, les enfants pourront avec avantage fréquenter une école mixte, surtout pour habituer leur organe aux sons particuliers de la langue qui leur est la moins familière. MORIN, A.-N. De l’éducation élémentaire.

le bilinguisme du Québec n’a été rien d’autre que l’obligation pour la majorité d’apprendre la langue de la minorité. MOUVEMENT POUR L’INTÉGRATION SCOLAIRE. Mémoire, 1969.

It is a matter of simple justice to place both official languages in Canada on the same basis. But it is also a matter of life and death for Canada if it wishes to survive as a political entity distinct from the United States. The presence of French language and culture within our borders clearly constitutes the most original element of Canadian identity. PELLETIER, Gérard. Discours, 1969.

Une compagnie d’huile progressive demande deux représentants pour l’huile à chauffage bilingue. PETITE ANNONCE.

The Quebecor learns this in his daily life : being bilingual means that priority is given English as a working language. (…) bilingualism in Quebec favors the continuation of the status quo, that is the slow but inexorable weakening of the French Fact. PIOTTE, Jean-Marc. Quebec’s language Fears, The Montreal Star, septembre 1969.

Le Québec est, sans doute avec l’Acadie, le région la plus bilingue du Canada, et la seule province qu’on puisse dire bilingue. RAPPORT PARENT. 1964.

Le bilinguisme divisera le pays au lieu de l’unir. SHEPHERD, Jonas. Cité par Rosaire Morin, L’Immigration au Canada, Éditions de l’Action nationale, 1966.

Y a-t-il encore des gens qui croient que le Canada puisse devenir un jour un pays bilingue de l’Atlantique au Pacifique? Le Canada n’a jamais été bilingue et il l’est de moins en moins. (…) Seul le Québec est bilingue. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL. Le statut de la langue française au Québec, 1967.

Le bilinguisme au Québec serait la perte du français. (…) Introduire le bilinguisme dans les instances politiques et administratives des provinces anglophones, c’est une aumône faite au français, en contrepartie du bilinguisme au Québec. STRAKA, G. Propos recueillis par Claire Roy, Le Nouvelliste, décembre 1968.

La Suisse est une réalité composée d’au moins trois territoires officiellement unilingues, et c’est uniquement l’État fédéral qui se définit comme officiellement trilingue. Quant à lui, l’État fédéral canadien se définit bien comme officiellement bilingue mais le Québec, seul, est un territoire bilingue alors que les neuf autres provinces sont des territoires unilingues. UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL. Mémoire du département de linguistique, 1974.

«BILL 63»

À bas le bill 63! Pourquoi? Parce que toutes les statistiques prouvent que le bill 63 n’a pas stoppé mais a plutôt accéléré le mouvement d’anglicisation des immigrants et qu’il a aggravé, pour les francophones, le danger de devenir minoritaire à Montréal. À BAS LE BILL 63! Édition spéciale du Pouvoir, décembre 1971.

le tristement célèbre bill 63. LA CONFÉDÉRATION DES SYNDICATS NATIONAUX, Le Pouvoir, décembre 1971.

God save the bill 63! (…) plus de 95% des Néo-Québécois vont à l’école anglaise, et de plus en plus de francophones y envoient leurs enfants, mais, à la lumière d’un examen attentif et partial de la situation, l’observateur averti estimera qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer, ni de songer à des solutions radicales qui priveraient le secteur scolaire anglophone de droits acquis de peine et de misère… GAGNON, Lysiane, God save the bill 63! La Presse, 14 février 1973.

En adoptant le tristement «bill 63», le gouvernement québécois de l’époque avait renoncé, dans les faits, à faire du Québec un État français. (…) il consacrait la tendance déjà manifeste des immigrants à se diriger vers l’école anglaise. MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS. Janvier 1972.

Le cœur de cette infamie législative, c’est da garantie de permanence, accordée par un texte du Parlement, au phénomène d’anglicisation des immigrants (et aussi) d’un nombre sournoisement croissant des nôtres) qui s’accentue depuis des années dans la région métropolitaine. On ne trouvera (…) de démission comparable, abjecte et partiellement suicidaire, chez les représentants d’aucun autre petit peuple culturellement menacé. PARTI QUÉBÉCOIS. Le Pouvoir, décembre 1971.

La loi 63 leur apparaît une abomination, alors qu’elle marque un grand pas en avant. Elle ouvre les portes des écoles (catholiques) francophones à tous les immigrants. PELLERIN, Jean. Le français ne se meurt pas, La Presse, mars 1973.

en demandant la répudiation du bill 63, nous n’enlevons rien aux autres; nous réclamons simplement le respect de nos droits les plus élémentaires, en demandant à d’autres qui se sont montrés trop envahissants de se pousser un peu pour que nous puissions nous aussi vivre notre vie. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL. Le Pouvoir, décembre 1971.

BLANCS, LES

Le Grand Esprit créa l’Esquimau de sa tête… Il créa aussi (l’Iroquois). Celui-ci fut fait des bras du Grand Esprit… Le Grand Esprit créa l’homme au visage pâle de ses ongles. C’est pourquoi celui-ci veut toujours voler ce qui appartient aux sauvages. Ils vont partout pour s’emparer des terres du monde entier. Ils fabriquent de l’eau de feu pour rendre fous ceux qu’ils veulent voler. Ils se croient fins tandis qu’ils ne sont que coquins. Le Grand Esprit créa ensuite l’homme par excellence (…) le Naskapi enfin. UN NASKAPI, Les Annales de la Propagation de la Foi, 1879.

BLASPHÈME … une terre couverte de sacres ne sera pas longtemps couverte de blé (…) Que le blasphème disparaisse et notre beau pays ne verra pas les malheureux jours de la France. LACASSE, Zacharie. Une mine produisant l’or et l’argent découverte et mise en réserve pour les cultivateurs seuls, 1880.

BONAPARTE Bonaparte n’est plus : Peuples soyez heureux… Français, brûlez son corps, brûlez jusqu’à sa cendre. Que de ce monstre impie il ne reste plus rien. MERMET, J., Lettre, 1814.

Oui, Bonaparte est mort! D’un tyran exécrable, c’est l’acte le plus sage… et le seul excusable. VIGER, J. Lettre, 1814.

BONHEUR

Il est souvent facile d’émouvoir en offrant un tableau de malheur, de souffrances atroces, de grandes infortunes, mais s’agit-il de peindre le bonheur, le pinceau de l’artiste s’y refuse et ne trace que de pâles couleurs sur le canevas. AUBERT DE GASPÉ, P. Les Anciens Canadiens, 1863.

et je suis heureux. Le suis-je par choix, par sagesse, par philosophie? J’incline à croire que je le suis par volonté. Nul à mon humble avis ne peut être heureux qu’il ne le veuille. Le bonheur, c’est l’auto suggestion. Est heureux qui veut l’être et l’art d’être heureux, c’est l’art de diriger sa volonté. BEAUCHEMIN, Nérée.

Être heureux, c’est jouir de ce qu’on a et de s’en contenter,. BUIES, Arthur. 1875.

Une étoile filante illumine la nuit, Puis se perd aussitôt dans l’infini livide. Apprends que nos bonheurs, même les plus splendides,

Ne durent plus guère que cet astre qui fuit.

CODERRE, Émile. Les Signes sur le sable, 1922.

le bonheur est comme ces essences capiteuses qu’on ne peut prendre sans danger qu’à très petites doses, et encore… bien mélangées. CONAN, Laure. À l’œuvre et à l’épreuve, 1891.

il n’y a pas deux sortes de bonheur. Aimer et être heureux, c’est absolument la même chose. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

Ce bonheur de la terre, n’en connaissons-nous pas la pauvreté, même quand nous pourrions l’avoir dans sa richesse, ce qui n’est pas. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

«Notre bonheur, nous ne le cherchons pas ici,» répondit-elle (une religieuse). «Vous avez tort, surtout quand vos supérieures passent leur temps à vous faire croire que l’AUTRE bonheur est si difficile à atteindre. N’allez pas les croire, je vous prédis que vous arriverez au ciel tout droit. Vous vivrez comme des anges, on vous terrifie et on vous torture avec des scrupules. DESSAULLES, Henriette. Journal, 1876, HMH, 1971.

Être heureuse, mais c’est cela vivre, peut-on imaginer une vie sans bonheur? C’est pire que la mort qui au moins donne le repos. DESSAULLES, Henriette. Journal, 1877, HMH, 1971.

Être heureux, c’est être bon. DESSAULLES, Henriette. Journal, 1874, HMH, 1971.

Le bonheur est la récompense et la compagne de la vertu. ENCYCLOPÉDIE GROLIER. 1947-1948.

Le bonheur, c’est la possession de ce que l’on désire. GAGNON, Jean-Louis. La Fin des haricots

Malheureusement, on finit par s’habituer au bonheur comme à toutes choses, jusqu’à ne plus s’apercevoir qu’on le possède, qu’on en vit. DE GRANDPRÉ, Pierre. Marie-Louise des champs, Fides 1948.

Le bonheur, ça se paie. Plus on est heureux, plus on est puni, ça, c’est certain. Alors, je fais très attention de ne pas céder au bonheur. HÉBERT, Anne. Le Temps sauvage, HMH, 1963.

je renonce à être heureux : même le bonheur est inaccessible! LANGUIRAND, Jacques. Les Violons de l’automne, Le Cercle du Livre de France, 1962.

L’homme heureux est hypocrite. LECLERC, Félix. Le Fou de l’île, Fides, 1958.

Le vrai bonheur ici-bas consiste premièrement dans la possession des biens surnaturels, les biens de la grâce, et secondairement dans la possession des biens de l’ordre naturel. Le nouveau monde, 1973.

Que me sert-il d’avoir cherché, constante chimère,

Le bonheur constamment caché, la joie éphémère?… Nul n’est heureux qu’en toi couché, Glèbe, ô notre mère!

RAINIER, Lucien. Chanson dernière (poème)

On est toujours mieux à deux pour être content. Même un chien connaît cela. ROY, Gabrielle. Alexandre Chênevert, Beauchemin, 1954.

Que le bonheur est dangereux, et toute puissance et toute ivresse! Il faut par une longue discipline de soumission et d’amour avoir été rendu maître de soi pour résister au danger du bonheur. SAINT-DENYS-GARNEAU, Hector de. Journal, Beauchemin, 1954.

je sais le prix du bonheur et je le prends où il est. THÉRIAULT, Yves. N’Tsuk

BONHOMIE

Les bonnes gens perdent leur bonhomie dès lors qu’ils s’étudient. LANDRY, Louis. Fables

BOURASSA (HENRI)

(Henri Bourassa est) le grand interprète de la pensée canadienne et, particulièrement, de la pensée canadienne-française et catholique. (…) Il a été le champion de la liberté scolaire. Il n’a point cherché la discorde, mais bien la justice, créatrice de concorde et de paix. Le Devoir, 1944.

Bourassa n’a rien fait que de la discorde. GODBOUT, Adélard. L’Action catholique, 1944.

BOURGET, (IGNACE)

Ce que voulait l’évêque Bourget, c’était une docilité absolue, la suppression de toute opinion libre et une dépendance entière de l’autorité ecclésiastique. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

BÛCHERON

Voici l’hiver arrivé, Les rivières sont gelées, C’est le temps d’aller au bois Manger du lard et des pois! Dans les chantiers nous hivernerons! CHANSON DES BÛCHERONS CANADIENS. Rapporté par J.-C. Taché, Forestiers et voyageurs, 1863.

quelle doit être l’influence avantageuse que l’acte restreignant, dans ses effets, le commerce du bois en ce pays, doit produire sur notre agriculture et sur la moralité? On sait que nos bûcherons, et ceux employés à la préparation de nos bois de commerce, sont presque tous de jeunes agriculteurs qui, entraînés par l’appât que leur offre le travail des pinières, en leur procurant quelques piastres, sacrifient un avenir heureux à un avantage momentané et précaire. Dans les chantiers, ils ne sont plus sous la surveillance de leurs parents; ils contractent avec le dégoût pour la culture de la terre, que trop souvent des habitudes vicieuses. On ne peut le nier, là ils se forment une école d’ivrognerie; et de retour chez eux, généralement ils viennent la propager, et dépenser dans la débauche et la dissolution, ce qu’ils ont gagné misérablement à la sueur de leurs fronts. La Minerve, 1842.

BUT … pour être sûr de parvenir au but, il faut chercher à le dépasser. Quand on ne veut que l’atteindre, il est rare qu’on ne reste pas en deçà. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

CAMPAGNE (village) La campagne exerce sur les mœurs une influence des plus salutaires : elle empêche le rural de se livrer aux divagations de l’esprit en l’astreignant à un labeur rude et absorbant. CHICOINE, F. Précis de doctrine rurale à l’usage des Canadiens français, 1948.

CAMPAGNE CANADIENNE-FRANÇAISE, LA (village vu par les Québécois, le) …

L’ennui sévit à la campagne, malgré les dénégations du poète attardé et du conférencier payé. Un ennui qui s’incruste, une torpeur qui s’étale, en particulier le dimanche et durant les mois d’hiver. Ce phénomène inconnu jadis (…) s’accentue de jour en jour, grâce au travail mécanique qui n’écrase plus son homme, et grâce aux communications avec la ville. LAMARCHE, Marcolin-Antonio. Projections, Éditions du Lévrier, 1944.

CANADA A Acadie-Acadien Acte constitutionnel Acte de l’Amérique du Nord britannique Acte de Québec Acte d’Union Affaire de Suez et le Canada (l’) Amérindiens Angleterre et le Canada, (l’) Annexion du Canada aux États-Unis (l’) Autonomie provinciale

B Bilinguisme au Canada et au Québec

C Canada anglais Canada français Canadiens Castor Centralisme politique au Canada, le Commonwealth Communisme au Canada, le Confédération canadienne, la Conférences fédérales-provinciales, les Conquête de la Nouvelle-France, la Crédit social, le Crosse

D Députés du Québec à Ottawa Deuxième Grande Guerre et le Canada, la Dominion

E Érable

F Fédéralisme coopératif, le Fédéralisme décentralisé, le

G Gouvernement responsable au Canada, le

Grande coalition de 1864, la

Grand Nord canadien, le

Guerre de Corée et le Canada, la

Guerre de Sept-Ans, la

Guerre et le Canada, la

H Hiver au Canada, l’

I Immigration au Canada, l’

Indépendance du Canada, l’

L Langue anglaise au Canada et au Québec, la

Langue française au Canada et au Québec, l’

M Manifeste annexionniste

Manitoba

Minorités canadiennes, les

Minorités canadiennes-françaises, les

N Nationalisme au Canada, le

O Ontario

Orangisme

Ottawa

P Parlement du Canada, le

Placard d’Amherst

Pôle Nord

Politique au Canada, la

Proclamation royale

Première Grande Guerre et le Canada, la

Provinces canadiennes, les

Q Québec, le

R Rapport de la Commission des relations entre le Dominion et les provinces

Rapport Durham

Régime seigneurial au Canada, le

Riel, l’affaire Louis

S Serment du Test

Société nord-américaine

Statut de Westminster

T Toronto

Traité d’Aix-le-Chapelle

Traité de Paris

Traité de Ryswick

Traité d’Utrecht

U Unité nationale au Canada, l’

Il est naturel, il est même à souhaiter que les races française et anglo-saxonne, ayant maintenant une patrie, vivent sous les mêmes lois, après des haines, après des luttes séculaires, se rapprochent par des alliances intimes. AUBERT DE GASPÉ, Philippe. Les Anciens Canadiens, 1863.

Sans le capital et les entreprises américaines, le Canada serait sûrement un pays de trappeurs et de sales paysans, et il n’occuperait pas, dans la colonne des pays dont le niveau de vie est élevé, le deuxième rang.

BARON’S, 18-25 novembre 1974.

Le Canada donne l’impression d’un trop grand bateau qui fait eau par dix fissures, ce que savent certains membres de l’équipage qui ne font pas preuve d’une hâte fébrile pour les colmater, comme s’ils craignaient d’effrayer les passagers. BERGERON, Gérard. Le Canada français après deux siècles de patience, Éditions du Seuil, 1967.

Et cette race qu’on retrouve dans toutes les provinces de la Confédération, et qui en est la clef de voûte, c’est le peuple canadien-français. C’est lui qui doit être la force vive de cet empire qui ne sera ni anglais ni français, mais seulement et glorieusement canadien. BERNIER, T.-A. Lettre à L.-A. Chapleau, 1881.

en se séparant, les Canadiens français et les Canadiens anglais feraient la part plus belle que jamais au «colossal» voisin et (…) leur union, si hasardée qu’elle soit, paraît la meilleure chance à tous pour que ce greffon européen conserve son originalité dans le cadre américain. BEUVE-Mery, Hubert. Cité par J.-P.-W. Ostiguy, Nouvelle mesure de notre taille et mesures pour l’accroître, Commerce-Montréal, 11 septembre 1967.

Provinces autonomes dans un Canada libre! BOUCHARD, Paul. Mot d’ordre du Parti Nationaliste fédéral, discours, 20 novembre 1938.

Britannique, oui, mais Canadien d’abord et, si nécessaire, rupture du lien britannique, plutôt que de sacrifier le Canada. BOURASSA, Henri. Débats, Communes du Canada, 22 juin 1926.

La nation canadienne n’atteindra ses suprêmes destinées, elle n’existera même, qu’à la condition d’être bi-ethnique et bilingue, et de rester fidèle au concept des Pères de la Confédération : la libre et volontaire association de deux peuples, jouissant de droits égaux en toutes matières. BOURASSA, Henri. La Conscription, 1917.

Il n’y a pas un seul grand problème de politique intérieure ou extérieure que nous puissions régler au Canada sans tenir compte de la politique des États-Unis. BOURASSA, Henri. Débats, Communes du Canada, avril 1935

Le Canada n’est pas une nation mais une confédération de deux peuples profondément divisés. Toute solution de rechange crée la méfiance chez les Canadiens français et l’indifférence chez les Canadiens anglais. BRILLANT, Jacques. L’Impossible Québec, Éditions du Jour, 1968.

Depuis qu’il existe, le Canada se pose toujours la même question : Comment se protéger efficacement contre l’attraction qu’exerce un voisin trop puissant? BRUNET, Michel. Histoire du Canada par les textes, Fides, 1963.

Nous sommes le peuple le plus arriéré du monde comparativement à ce que nous devrions être, formés que nous sommes de deux races qui marchent à la tête de la civilisation. BUIES, Arthur. Réminiscences, 1892.

Essayer d’avoir deux peuples ayant des langues, des lois, des mœurs différentes, c’est absurde, c’est semer des germes de discorde. Que la constitution qui régit les Canadiens soit basée sur leur nature même; que l’on gouverne les Anglais d’après les institutions de l’Angleterre. BURKE, Edmund

si l’on ne perd pas de vue la situation exceptionnelle de cette colonie et si l’on tient compte que nous ne pouvons compter que sur la race canadienne pour l’augmenter de la population, il s’ensuit que le maintien des coutumes de cette province est la meilleure politique à suivre. CARLETON, Guy. Lettre à Shelburne, 7 novembre 1767.

,,, nous voulons faire en sorte qu’il (le Canada) soit partout notre patrie (aux Canadiens français)… CHOQUETTE, Armand. Débats, Communes du Canada, 5 février 1944.

Le Canada traverse actuellement (…) la crise majeure de son histoire. Cette crise a sa source dans le Québec… Tout se passe comme si l’état des choses établi en 1867 était pour la première fois refusé par les Canadiens français du Québec. COMMISSION LAURENDEAU-DUNTON. Rapport préliminaire, 1965.

le grand fait de la vie canadienne est la coexistence de deux univers, l’un français, l’autre anglais.

FALARDEAU, Jean-Charles. La Dualité canadienne, Presses de l’Université Laval et Presses de l’Université de Toronto, 1960.

Peut-on imaginer un pays aussi vaste que le nôtre avec une population de 19,300,000 âmes? Le Canada devrait avoir une population quatre fois supérieure et je suis certain qu’il pourrait la faire vivre. FANE, F.J.W. Débats, Communes du Canada, 3 août 1964.

Le Canada avant tout, le Canada seul, mais aussi le Canada toujours. GAUTHIER, Pierre. Débats, Communes du Canada, 24 janvier 1939.

Le temps écoulé entre la paix de 1783 et la guerre de la révolution française en 1792 fut un temps de grande misère en Canada : nous n’avions pour payer nos approvisionnements de marchandises anglaises, que l’argent déboursé pour les dépenses du gouvernement colonial, peu considérable alors, le produit de la traite des pelleteries, et d’un peu de blé exporté de temps à autre à l’Espagne et au Portugal. LA GAZETTE DE QUÉBEC, 21 septembre 1820.

À la ruche nationale, il n’est pas une abeille canadienne-française qui n’apporte son miel à côté de celui des abeilles canadiennes-anglaises. GODBOUT, Adélard. Discours, décembre 1940.

Aucun pays au monde ne peut se targuer d’être indépendant s’il ne parvient pas à demeurer maître de ses moyens de diffusion, de ses institutions financières et, d’une manière ou d’une autre, des décisions d’ordre général que prennent les dirigeants de ses industries de base. Nous, Canadiens, devons nous placer dans cette situation si nous voulons conserver notre identité nationale et une mesure raisonnable d’indépendance nationale. GORDON,??? Walter. Cité par Claude Julien, Le Canada, dernière chance de l’Europe, Grasset, 1965.

j’abonde dans le sens de la majorité des conseillers législatifs en considérant les Canadiens comme le peuple de ce pays. HALDIMAND, Frédérick. Lettre, 25 octobre 1780.

In Canada, for example, there are 2.6 persons par square mile; in other country, perhaps 16, 18, 20 or 26 persons. Well, no matter how stupidly one managed one’s affaire in such a country, a decent living would still be possible. HITLER, Adolf. Discours 1940.

Le Canada! Voilà le mot magique qui faisait vibrer en nous l’attente, l’espoir, l’expectative, en même temps que l’inquiétude et l’angoisse. KATTAM, Naim. L’Arrivée

Le Canada est la terre de nos ancêtres; il est notre patrie, de même qu’il doit être la patrie adoptive des différentes populations qui viennent des diverses parties du globe, exploiter ses vastes forêts dans la vue de s’y établir et d’y fixer permanemment leur demeure et leurs intérêts.

LAFONTAINE, L.-H. Programme-manifeste, 25 août 1840.

To me Canada is not a normal country – it is artificial – there are no normal ties between Canadians. In other words, politically Canada exists because it has been created, otrerwise it would not exist. LALIBERTÉ, Raymond. Cité par Brian Upton, The Telegram, 25 avril 1969.

La Chambre est fermement convaincue que chaque fois que le besoin s’en fera sentir, le peuple canadien se montrera prêt et disposé à faire tous les sacrifices nécessaires pour prêter aux autorités impériales son concours le plus loyal et le plus cordial en toute mesure tendant au maintien de l’intégrité et de l’honneur de l’Empire. LAURIER, Wilfrid. Débats, Communes du Canada, 29 mars 1909.

Chaque fois que je retourne dans ma province, je regrette d’y constater qu’un sentiment y existe que le Canada n’est pas fait pour tous les Canadiens. Nous sommes forcés d’arriver à la conclusion que le Québec seul est notre patrie, parce que nous n’avons pas de liberté ailleurs. LAURIER, Wilfrid. Cité par R. Lacour-Gayet, Histoire du Canada, Fayard, 1966.

Nous sommes un peuple heureux et libre; et nous sommes heureux et libres, grâce aux institutions libérales qui nous régissent, institutions que nous devons aux efforts de nos pères et à la sagesse de la mère-patrie. LAURIER, Wilfrid. Discours, juin 1877.

La destinée de Canada est d’être anglais. LAURIER, Wilfrid. Débats, Communes du Canada, 1890.

As I see it, Canada is not truly a nation except in the political sense. LESTER, Richard. Cité par Bill Bachop et Dave Hardy, The Telegram, 2 mai 1969.

Une certaine coexistence pacifique n’a été possible, en Amérique du Nord, que parce que le peuple conquis s’est toujours résigné, pour rester fidèle à lui-même, à vivre en marge du reste du pays, et assujetti, dans sa propre «réserve», à la domination politico-économique du conquérant. LÉVESQUE, Albert. L’Action nationale, janvier 1967.

Pour le Canada, dans ses relations avec l’Angleterre, (nous voulons) la plus large mesure d’autonomie politique, commerciale et militaire, compatible avec le maintien du lien colonial. (…) Pour toute la Confédération, adoption d’une politique de développement économique et intellectuel exclusivement canadien. LIGUE NATIONALE CANADIENNE. Programme, adopté le 1er mars 1903.

Les Français sont demeurés Français, et les Britanniques sont demeurés Britanniques, et il en sera ainsi jusqu’à la fin. LUCAS, C.P. Lord’s Durham Report on the Affairs of British North America, 1912.

Dieu et la nature ont uni les deux Canadas et qu’il ne soit permis à aucun politicien cabaleur de les séparer. Finis alors pour toujours nos rêves de devenir un grand empire. MACDONALD, John A. Address of the Hon. John A Macdonald to the electors of the City of Kingston, with extracts from Mr. Macdonald’s speeches delivered on different occasions in the Years 1860 and 1861.

La déclaration souvent faite que le Canada est un pays conquis, est une déclaration toujours faite sans à-propos. Que le Canada ait été conquis ou cédé, nous avons une constitution en vertu de laquelle tous les sujets anglais sont sur un pied d’égalité parfaite, ayant des droits égaux en matière de langue, de religion, de propriété et relativement à la personne. Il n’y a pas de race supérieure; il n’y a pas de race conquise, ici, et nous sommes tous des sujets anglais, et ceux qui ne sont pas d’origine anglaise, n’en sont pas moins des sujets anglais. MACDONALD, John A. Débats, Communes du Canada, 17 février 1890.

Gouverner le Canada équivaut à conduire neuf chevaux dans neuf directions différentes, en même temps.

MACKENZIE KING, W.L.

Notre pays doit en premier lieu prendre des décisions qui intéressent le Canada. En envisageant son propre bien-être, le Canada tiendra naturellement compte des intérêts de tous les pays avec lesquels il peut être associé, mais dans ce cas encore, l’attitude du Canada s’inspirera de son propre intérêt eu égard à la situation du moment. MACKENZIE KING, W.L. Débats, Communes du Canada, 25 janvier 1937.

Nous avons eu cent cinquante ans de domination française; nous avons eu un peu plus de cent cinquante ans de domination britannique. Aujourd’hui les descendants des deux peuples vivent côte à côte, unis dans la tâche de bâtir une entité nationale à l’intérieur de l’Empire britannique. Les différences du passé sont oubliées; les inimitiés sont enterrées (…) Nous cherchons uniquement à devenir un peuple uni, libre sous la protection du drapeau britannique, et prêt à fournir sa contribution à l’Empire britannique chaque fois que les intérêts communs de celui-ci sont menacés ou en péril. MACKENZIE KING, W.L. Discours, 1923.

Si quelques pays ont trop d’histoire, nous avons trop de géographie. MACKENZIE KING, W.L.

Combien la Couronne a contribué à nous donner notre caractère national distinct en tant que nation dans les Amériques! MASSEY, Vincent. Allocution, juin 1953.

tous les esprits soucieux de la sécurité de notre pays (les États-Unis d’Amérique) arriveraient, en général, à cette conclusion : il faut réduire le Canada. COTTON, Mather, 1702.

(We must) make this a British country in fact and in name. MCCARTHY, D’Alton. Cité par D.M. Le Bourdais, Nation of the North

Le Canada ressemble à une hydre à dix têtes avec chacune desquelles un voyageur égaré devrait plaider pour sa vie. Chacune de ces têtes a déjà dévoré une partie de son être et le malheureux continue d’expliquer qu’il a le droit d’exister, qu’il était là le premier, qu’il… etc. MORIN, Jacques-Yvan. Discours de clôture des assises nationales des États généraux du Canada français, 9 mars 1969.

C’est ici (à Londres) que notre système a pris naissance et s’est développé. C’est ici que la nation canadienne a commencé. NICHOLSON, John R. Discours, 1er juillet 1965.

J’étais vraiment passablement bon sujet en Canada. Sincère admirateur des Anglais et de leur Gouvernement mais j’y remarque tous les jours de si insupportables abus que j’y deviens assez mauvais sujet. PAPINEAU, Louis-Joseph. Lettre, 22 juillet 1823.

Même uns constitution parfaitement établie sur la base de l’égalité complète des deux peuples sur tout le territoire du pays, ne saurait apporter au Canada des garanties de durée, si l’esprit et le cœur des hommes n’y sont pas… Nos compatriotes anglais n’ont pas joué franc jeu (…) Et pour que le Canada continue, ils devront non seulement éviter de verser dans le même triomphalisme mais s’efforcer d’en effacer les moindres traces. Il leur faudra se dépouiller de leur complexe de Jéhovah, comme les Canadiens français devront se défaire de leur complexe d’infériorité et oublier leurs vieilles rancunes. PARÉ Gérard. Au-delà du séparatisme

Notre nation est centrée sur l’association des Canadiens anglais et des Canadiens français et c’est sur cette base que repose le régime fédératif. PEARSON, Lester B. Message télédiffusé, 23 avril 1963.

au point de vue historique, linguistique et culturel, notre pays est formé fondamentalement de deux nations qui doivent avoir des droits égaux et des chances égales. PEARSON, Lester B. Cité dans les Cahiers des États généraux du Canada français, 24 mai 1967.

Le Roi de France, en nous cédant à la fin par le traité de Paris un pays que nous tenions de la victoire, a confirmé la conquête et la possession qu’avait effectuées la valeur historique. Le Canada est donc à nous, Bretons… pour être par vous colonisé, à votre loisir et à votre plaisir. PÉTITION DE MONTRÉAL CONTRE LES GRIEFS, 1832.

Si c’est vrai que les contradictions tuent, le Canada n’en a plus pour longtemps à vivre car il a atteint un pourcentage maximum de ces contradictions en son sein. LE QUARTIER LATIN, 25 février – 11 mars 1970.

ce pays ingrat

Où l’esprit est plus froid encore que le climat.

QUESNEL, Joseph.

Le Canada s’est révélé un pays fondamentalement dépourvu de culture et nous attendions impatiemment le jour où nous pourrions le quitter. RAMPA, Lobsang. Vivre avec le lama, Éditions La Presse, 1972.

(Le Canada est) un État composé de deux nations. ROSE, Fred. Débats, Communes du Canada, 29 novembre 1944.

Toutes les fois que Français et Anglais se sont tenus ensemble, la population tout entière en a bénéficié. Chaque fois qu’ils ont été divisés, tous en ont souffert, à l’exception de ceux qui voulaient les voir séparés.

ROSE, Fred. Débats, Communes du Canada, 29 novembre 1944.

Ô Canada! Terre de nos aïeux,

Ton front est ceint de fleurons glorieux,

Car ton bras sait porter l’épée,

Il sait porter la croix.

Ton histoire set une épopée

Des plus brillants exploits;

Et ta valeur de foi trempée

Protègera nos foyers et nos droits.

ROUTHIER, Adolphe-B. Les Échos, 1882.

Mais malheureusement on sait que dans une certaine partie de notre province de Québec, cette idée qu’il doit s’établir une nation canadienne unie et forte, qui aura une place importante dans la famille des nations, ne fait pas l’affaire de tout le monde. SAINT-LAURENT, Louis. Discours, 18 septembre 1954.

ce Canada, qui est nôtre, sera (-t-il) britannique et rien que britannique, ou (doit-il) être un pays un pays bâtard avec deux langues officielles et soumis à une autorité divisée? SELLAR, Robert. The Tragedy of Quebec, 1916.

C’est presque un hasard historique qu’il y ait un pays spécial appelé Canada, distinct des États-Unis. Son existence est un paradoxe historique. SIEGFRIED, André. Le Canada, puissance internationale, Colin, 1937.

Le Canada m’a tout donné : la santé, l’argent, la culture. Mais il ne m’a pas donné la chose essentielle : le sens de mon identité, sans lequel tout le reste est inutile… On ne peut pas indéfiniment croire en une nation qui n’existe pas. STOCK, Brian. The Atlantic Monthly, novembre 1964.

Le Canada existe à cause de la fourrure. THÉRIAULT, Yves. Le Roi de la Côte-Nord.

Les Anglais et les Français se fondent si peu que les seconds gardent exclusivement le nom de Canadiens, les autres continuent à s’appeler Anglais. TOCQUEVILLE, Alexis de.

Notre seul véritable problème est celui de la communication. Elle peut paraître absurde, mais la réponse à ce problème est que les Canadiens se marient entre eux. VANIER, Georges. Le Devoir, 11 juin, 1965.

CANADA ANGLAIS (Canada; la langue anglaise au Canada et au Québec; Manitoba; la minorité anglaise du Québec; Ontario; orangisme; Ottawa; les anglophones québécois; Toronto; Westmount)

les Canadiens d’origine britannique n’ont pas tous le pied fourchu, ni des cornes sur la tête, (ils) sont animés des mêmes bons sentiments que les Canadiens de descendance française. BOUCHARD, T.-D. Débats, Sénat du Canada, 21 juin 1944.

Les Canadiens français ne sont pas les seuls, au Canada, à s’interroger sur leurs chances de survivre. Le Canada anglais s’est bâti contre les États-Unis. Il ne doute plus de sa puissance matérielle. Il en est même très orgueilleux. Il cherche, cependant, à consolider ses assises spirituelles et culturelles. Depuis sa fondation en 1763, le Canada britannique se pose toujours la même question : Comment devenir une Nation-État capable de résister victorieusement à l’attraction qu’exerce un voisin trop puissant? BRUNET, Michel. Canadiens et Canadiennes, Fides, 1954.

En apprenant notre langue, en étudiant notre histoire, en cultivant notre littérature comme nous cultivons la leur – beaucoup plus qu’ils ne la supposent – pourquoi de même que le roi chevalier demandait sa part de l’héritage d’Adam, ne réclamaient-ils point leur part de notre glorieux héritage? CHAUVEAU, P.-J.-O. Discours, 24 juin 1889.

Jean-Baptiste hocha la tête. – C’est bien possible qu’il soit anglais, dit-il, ce veau-là : il est en train de prendre ma place. – Ta place! Vivez-vous donc à l’étable? – Non, monsieur le curé, nous ne vivons pas à l’étable. Seulement, le veau, lui, il vit dans la maison. – Mé, mé, dit le curé, c’est sûrement un veau anglais. – Sûrement : il n’a pas grand’ religion. FERRON, Jacques. Contes du pays incertain, Éditions d’Orphée, 1962.

Bref, on se battait du matin au soir; c’étaient des prises de corps continuelles. En allant à l’école, en revenant de l’école, toujours la même ritournelle, le conflit était inévitable. Hourrah pour Papineau! Et cogne, mes amis! Que voulez-vous, c’était notre manière, à nous, de prendre notre revanche de Saint-Charles et de Saint-Eustache. Sans compter les plaines d’Abraham. FRÉCHETTE, Louis. Mémoires intimes, 1900.

Nos Canadiens-anglais (…) c’est du «bien bon monde» (…) Ils respectent ceux qui commencent par se respecter eux-mêmes et méprisent ceux qui ne se respectent pas et s’aveulissent. C’est pourquoi nos députés québécois à Ottawa ne sont pas tenus en haute considération. GRÉGOIRE, Gilles. Aventure à Ottawa, 1969.

Si les Anglais sont aujourd’hui si puissants au point de vue économique, ce n’est pas parce que nos ancêtres furent moins habiles… mais c’est d’abord parce que l’Anglais, possédant le pouvoir politique, les a empêchés de lutter, dès le début, à armes égales. O’LEARY, Dostaler. Séparatisme, doctrine constructive. 1937.

S’ils (les Canadiens anglais du Bas-Canada) ne peuvent s’amalgamer à nous, qu’ils demeurent dans leur île.

PAPINEAU, Louis-Joseph. Discours, février 1835.

nous ne nourrissons aucun sentiment de haine ou de jalousie contre cette nationalité étrangère, dans laquelle je ne comprends pas seulement la population anglo-saxonne du Canada, mais aussi celle des pays voisins qui, à mon avis, est encore plus menaçante que l’autre. PARENT, Étienne. Discours, janvier 1846.

les Anglais d’Ottawa (…) qui nous mangeront de la laine su’ le dos. RINGUET. Trente Arpents, Flammarion, 1938.

Pourquoi donc nos collègues anglais se récrient-ils en nous voyant décidés à conserver nos usages, nos lois et notre langue maternelle? ROCHEBLAVE, P. de. Discours à l’Assemblée, 17 décembre 1792.

(L’Anglais était) l’ennemi héréditaire, proposé par l’histoire, l’école, l’entourage. ROY, Gabrielle. Alexandre Chênevert, Beauchemin, 1954.

Le Canada anglais ne pouvait s’édifier, se développer, sans ruiner, sans provincialiser le Canada français.

SÉGUIN, Maurice. L’Idée d’indépendance au Québec, Le Boréal Express, 1971.

Il faut ignorer entièrement la belle et glorieuse histoire du Canada pour parler des Anglais comme des «maîtres» des Canadiens français. C’est une flétrissure que, Dieu merci, nous ne méritons pas. (…) nous pouvons lever fièrement la tête en face des Anglais et leur dire : Nous sommes vos égaux au moins. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, 17 décembre 1881.

Ça prend des Anglais pour nous envoyer des gars qui parlent pas français. Y s’croient des vrais maîtres, y’a pas à dire!

THÉRIAULT, Yves. Les Vendeurs du temple, Institut littéraire du Québec, 1951.

Les classes riches appartiennent pour la plupart à la race anglaise. Bien que le français soit la langue universellement parlée, la plupart des journaux, les affiches, et jusqu’aux enseignes des marchands français sont en anglais. Les entreprises commerciales sont presque toutes entre leurs mains. C’est vraiment la classe dirigeante du Canada. TOCQUEVILLE, Alexis de. Tocqueville au Bas-Canada, présenté par J. Vallée, Éditions du Jour, 1973.

le nationalisme canadien-britannique s’exprima tout simplement par le mépris : des générations entières d’anglophones ont vécu dans le Québec sans trouver le moyen d’apprendre trois phrases de français. TRUDEAU, Pierre E. Le Fédéralisme et la société canadienne-française. HMH, 1967.

Le Canadien anglais est beaucoup moins enclin à des réactions émotives (que le Canadien français) mais, quand le sens commun et la raison cèdent devant elles, l’explosion est beaucoup plus violente, quoique de courte durée.WADE, Mason. Les Canadiens français de 1760 à nos jours, Le Cercle du Livre de France, 1963.

CANADA FRANÇAIS

A Acadie-Acadien

Acte constitutionnel

Acte de l’Amérique du Nord britannique

Acte de Québec

Acte d’Union

Affaires et les Québécois, les

Agriculteur canadien-français, L,

Agriculture au Québec, l’

Anglicisation des Canadiens français, l’

Art au Québec, l’

Assimilation des Canadiens français, l’

Autonomie provinciale

B Bilinguisme au Canada et au Québec, le

Bourassa (Henri)

Bourget, (Ignace)

Bûcheron canadien-français, le

C Campagne canadienne-française la

Canada

Canadiens

Canadiennes-françaises

Catalogne

Centralisme politique au Canada, le

Champlain (Samuel de)

Chanson au Canada français, la

Chasse-galerie

Château Frontenac

Chénier (Jean-Olivier)

Clergé canadien-français, le

Cléricalisme au Canada français, le

Colonisation au Canada français, la

Combat de Long-Sault

Commerce et les Québécois, le

Confédération canadienne

Conférences fédérales-provinciales

Conquête de la Nouvelle-France

Conscription au Canada, la

Coopération au Québec, la

Coureur de bois

Crédit social

Criée, la

Culture au Québec, la

D Déclaration de Saint-Ours

Déclaration d’indépendance du Bas-Canada

Déportation des Acadiens

Députés du Québec à Ottawa, les

Dollard des Ormeaux

Duplessis (Maurice)

E Économie du Québec, l’

Écrivains québécois, les

Éducation et les Québécois, l’

Émigration des Canadiens français aux États-Unis, l’

Enseignants du Québec, les

Érable

États généraux du Canada français, les

Été au Québec, l’

Exode rural au Canada français, l’

F Famille et les Québécois, la

Feu

Filles du Roy, les

Fleurdelisé

Franco-Américains d’origine canadienne, les

Franco-Canadiens de la Saskatchewan, les

Franco-Manitobains, les

Fréchette (Louis)

Front de Libération du Québec

G Gaspésie

Génie

Gouvernement responsable au Canada, le

Groulx (Lionel)

Guerre de Sept-Ans

H Habitant

Hindelang (Charles)

Hiver au Canada, l’

Hochelaga

Homme politique au Canada français, l’

I Idéologie au Canada français, l’

Ignolée, la

Immigration au Canada, l’

Indépendance du Bas-Canada, l’

Indépendance du Québec

Indépendantistes du Québec, les

Industrialisation du Québec

Industrie et les Québécois, l’

Insurrection au Canada français (l’idée d’)

Insurrections de 1837 et 1838, les

J Jeunesse du Canada français, la

Joual

Journalistes québécois, les

L Langue anglaise au Canada et au Québec, la

Langue française au Canada et au Québec, la

Langue québécoise, la

Laurentides

Laurier (Wilfrid)

Libertinage au Canada français, le

Littérature québécoise

Livre au Québec, le

Loi 63

Loi 22

M Manicouagan (barrage de la )

Manifeste annexionniste

Mariage au Canada français, le

Maringouin

Mère au Canada au Canada français, la

Minorités canadiennes

Minorités canadiennes-françaises

Missions canadiennes

Montréal

Mont-Royal

N Natalité au Québec (le taux de)

Nationalisme au Canada français

Néo-Québécois

Nouvelle-France

O Octobre 1970

Ontario

Ordre du Bon Temps

Ormeaux (Dollard des)

Outremont

P Papineau (Louis-Joseph)

Parlement du Canada, le

Paroisse canadienne-française, la

Partis politiques au Québec, les

Parti Québécois

Parti Rouge

Patriotes de 1837 et de 1838, les

Patriotisme au Canada français, le

Peinture au Québec, la

Pelleteries au Canada (le commerce des)

Placart d’Amherst

Poésie au Québec, la

Poètes québécois, les

Politique au Canada, la

Presse canadienne-française, la

Proclamation royale

Professions libérales et les Canadiens français, les

Q Québec, le

Québec, ville de

Québécois

Québécois anglophones

Québécoises

R Radio et la télévision au Québec, la

Rapport de la Commission Rowell-Sirois

Rapport Durham

Régime seigneurial au Canada, le

Regroupement national

Relations internationales du Québec, les

Religieuse au Canada français, la

Religion et les Québécois, la

Ressources naturelles du Québec, les

Révolution tranquille

Riel, l’affaire Louis

Rocher Percé

S Saguenay (rivière)

Saint-Henri

Saint Jean-Baptiste

Saint-Jean-Baptiste, la

Saint-Laurent (fleuve)

Saint-Laurent (rue)

Sécurité sociale au Québec, la

Serment du Test

Sexualité au Québec, la

Socialisme au Québec, le

Société nord-américaine

Société Saint-Jean-Baptiste

Soupe aux pois

Souveraineté du Québec

Stadaconé

Statut d’État associé

Statut particulier

Syndicalisme au Québec, le

T Théâtre québécois, le

Tire

Traité d’Aix-la-Chapelle

Traité de Paris

Traité de Ryswick

Traité d’Utrecht

«Traitte de l’Eau de Vie aux sauvages»

Trappeur

Tremblay

Trois-Rivières

U Unilinguisme au Québec, l’

Unité nationale au Canada, l’

Urbanisation du Québec, l’

V Voyageur

W Westmount

La communauté canadienne-française ne se sent chez elle que dans la seule province de Québec (…) cette province, elle la veut de plus en plus tout entière à elle avec un État qui jouira du maximum possible de pouvoirs et de liberté. ARES, Richard. Le statut particulier, minimum vital, L’Action nationale, juin 1965.

Par atavisme, par vocation aussi bien que par nécessité, nous sommes un peuple de paysans. ARES, Richard. Notre question nationale, Éditions de l’Action nationale, 1943.

On ne peut, nous Canadiens, se passer de la France… C’est ensuite que nous, les Français d’Amérique, nous ne resterons Français que par la France. ASSELIN, Olivar. Pourquoi on aime la France

Les Canadiens français forment une nation distincte du Canada. Ils se savent égaux aux Canadiens d’origines différentes. Groupés surtout dans le Québec, ils ont fondé leurs propres institutions qu’ils croient juste et raisonnable de développer en fonction de leurs besoins. L’ASSURANCE-VIE ET LES CANADIENS FRANÇAIS, Conseil d’Expansion économique, 1962.

nous avons donné l’exemple d’un peuple qui abandonnait son libre arbitre pour subir l’opinion de ceux qui, nous devant tout, popularité, position, succès, prétendaient nous dicter ce que nous devions penser, dire et faire… Voilà ce qui a fait dire souvent que les Canadiens étaient une race inférieure aux autres races, un peuple sans volonté à lui, un peuple de moutons. L’AVENIR, 10 octobre 1851.

Mais qu’ont donc les Britanniques à se plaindre des Canadiens français? Ils sont sous la domination française? Mais l’origine britannique est en majorité dans le ministère, dans la chambre d’assemblée, dans le conseil législatif, sur le banc de la justice, dans tous les bureaux publics. Partout, les Canadiens français ne forment que des exceptions! L’AVENIR, 5 mai 1849.

L’instinct de conservation s’est développé chez nous au détriment de tous les autres instincts. Il nous a permis de garder notre langue, notre foi et notre loi, mais au prix de l’isolement avec tout ce que l’isolement comporte d’appauvrissement pour l’esprit. En même temps que nous luttons contre l’assimilation par les Anglais, nous luttons contre les forces de rajeunissement et de transformation qui surgissent au sein de notre groupement. BAILLARGEON, Pierre. La Neige et le feu, Éditions Variétés, 1948.

Let us acknowledge once and for all that the French-speaking Canadians were in 1763, still are, and always be a distinct, defined and established people and nation. BALANTINE, Murray. Confederation and Quebec, The Canadian Register, 1947.

Malgré les dorures de nos salons, la ferblanterie de nos églises, nous sommes pauvres, effroyablement pauvres. Nous sommes des prolétaires, des manœuvres, de la chair à usine. Nous sommes un peuple de petits commis, de petits fonctionnaires, de petits ouvriers, de petits rentiers, un peuple de petites gens.

BARBEAU, Victor. Mesure de notre taille, 1936.

nous sommes asservis aux Anglo-Saxons au même degré que les nègres et les Indiens l’ont été aux conquérants de l’Afrique et de l’Amérique. BARBEAU, Victor. Mesure de notre taille, 1936.

Des Français dans une enveloppe (à moins que ce soit une coquille) canadienne, voilà ce que nous sommes.

BARBEAU, Victor. Les Cahiers de Turc

Qu’avons-nous apporté aux Anglais de véritablement nôtre, d’authentiquement français? De quoi avons-nous doté le Canada qui sans nous n’y serait pas ou n’y serait qu’à demi? La seule richesse indiscutable dont nous l’ayons comblé (…) est l’apport de nos missionnaires, de nos prêtres, de nos frères, de nos religieuses à l’édification d’une société chrétienne, à la diffusion de l’enseignement d’un océan à l’autre, à la fondation et au maintien d’innombrables œuvres de charité et de miséricorde. L’apostolat du Québec est son premier et son plus grand actif. BARBEAU, Victor. Le Nouveau Journal, 30 novembre 1961.

Pour moi, le Canadien français est un être qui se sent inférieur dans tous les domaines, encore plus collectivement qu’individuellement (…) Disons que deux solutions s’offrent au Québécois : être assimilé, s’américaniser, ou assumer ses responsabilités collectives, devenir adulte. BENOIST, André.

Et cette race qu’on retrouve dans toutes les provinces de la Confédération, et qui est la clé de voûte, c’est le peuple canadien-français. C’est lui qui doit être la force vive de cet empire qui ne sera ni anglais ni français, mais seulement et glorieusement canadien. (…) C’est ainsi (par une politique de peuplement de l’Ouest) que nous rachèteront le passé, et que nous pourrons reprendre notre ascendant, d’abord dans le Manitoba puis enfin dans toute la Confédération. BERNIER, T.-A. Lettre à L.-A. Chapleau, avril 1881.

Vous êtes peuple colonisé et non pas minorité dominante. Vous êtes les Algériens de l’Amérique et non ses colons. BERQUE, Jacques.

Oh! Combien ce pays renferme d’ignorants,

Qu’on aurait pu compter au nombre des savants,

S’ils n’eussent un peu trop écouté la Paresse,

Et s’ils se fussent moins plongés dans la mollesse!

BIBAUD, Michel. L’Aurore des Canadas

Les Canadiens français ont-ils eu tort de conserver avec un soin jaloux (…) leur génie national? Si, par malheur, ils devaient se contenter de marcher à la remorque des autres peuples du continent, le caractère distinctif qu’ils conservent ne saurait être pour eux un honneur et un avantage. Mais si, comme nous le croyons, la Providence leur a inspiré ces idées pour leur permettre d’accomplir une mission civilisatrice (…) leur persistance nous apparaîtra sous un jour bien différent. BOUCHETTE, Erroll. Emparons-nous de l’industrie, 1901.

Nous n’accomplirons nos destinées qu’à la condition d’être de toutes manières les forts de notre siècle. Nous n’y arriverons jamais en nous traînant à la remorque de nos compatriotes de langue anglaise. BOUCHETTE, Erroll. Études sociales et économiques sur le Canada, 1905.

Britanniques, nous le sommes autant que n’importe quelle autre race au Canada. Nous ne le sommes pas par le sang et par la langue, mais nous le sommes par la raison et par la tradition. BOURASSA, Henri. Pour la justice, 1912.

nous ne resterons catholiques qu’à condition de rester Français et nous ne resterons Français qu’à condition de rester catholiques. BOURASSA, Henri. Le Cinquième anniversaire du Devoir, 1915.

Soyons intensément catholiques et français. À défaut de la supériorité du nombre ou de la richesse, que nous n’aurons sans doute jamais, notre foi, pourvu que nous sachions la vivre, nous assurera une supériorité morale; notre civilisation, pourvu que nous sachions ne pas déroger, nous assurera une supériorité intellectuelle. BOURASSA, Henri. Discours sur le devoir national, 1916.

Les Canadiens français ont résisté en masse parce qu’ils sont, en masse, nationalistes d’instinct et depuis maintes générations. BOURASSA, Henri. Discours, 10 septembre 1910.

Mais, dira-t-on, vous (les Canadiens français) n’êtes qu’une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte? Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais ce n’est pas à l’école du Christ que j’ai appris à compter le droit et les forces morales d’après le nombre et les richesses. Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre. BOURASSA, Henri. Discours, 10 septembre 1910.

les Canadiens français constituaient une nationalité homogène bien avant l’arrivée des Anglais au Canada. BOVEY, W. The French Canadians today

la situation des Canadiens français sera toujours périlleuse en Amérique du Nord. Non pas à cause de la majorité canadienne-anglaise, somme toute infime, mais à cause de l’environnement anglophone nord-américain de 200 millions d’habitants. BOYER, Gilles. Une politique des langues, Le Soleil, 4 octobre 1969.

Nous

Les bâtards sans nom

Les déracinés d’aucune terre

Les boutonneux sans âge

Les demi-révoltés confortables

Les clochards nantis

Les tapettes de la grande tuerie

Les entretenus de la Saint-Jean-Baptiste.

BRAULT, Jacques. Suite fraternelle

Les Français de Canada constituent une sorte de gens qui ne connaissent aucune autre façon de se procurer la richesse et l’honneur qu’en se faisant sycophantes de cour. BROWN, J. 1775.

Politiquement dominés, les Canadiens étaient condamnés à devenir économiquement asservis. Ainsi se résume toute l’histoire de la collectivité canadienne-française depuis la Conquête. BRUNET, Michel. Les Canadiens après la Conquête, Fides, 1969.

La société canadienne-française n’a jamais eu, depuis la Conquête, une bourgeoisie capitaliste capable de prendre l’initiative dans le développement économique du Canada français. Voilà le grand fait et le grand drame de l’histoire des Canadiens français. BRUNET, Michel. Canadiens et Canadiennes, Fides, 1954.

Un trait distinctif de notre race, c’est la fossilisation dès le bas âge; il semble que nous ne soyons bons qu’â mis en bocal ou conservés dans l’esprit de térébenthine. Tout Canadien a une peine infinie à sortir de l’écaille; s’il pouvait y vivre indéfiniment renfermé, comme l’huître, il attendrait, dans une immobilité satisfaite, le réveil des morts à la vallée de Josaphat. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

(Le) peuple canadien (est) une race vigoureuse et intelligente dont on a fait un troupeau de parias honteux.

BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Dans un pays qui compte 1 200 000 habitants dont 300 000 à peine sont d’origine étrangère, quels sont les dominés, les méprisée, les incapables? C’est nous. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Nous sommes des moutons, et qui le veut peut nous tondre. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

l’élément français est destiné à vivre et à se perpétuer dans le nouveau monde. BUIES, Arthur. Réminiscences, 1892.

Faucille en main, au champ de la fortune

On voit courir l’Anglais et le Canadien

Tous deux actifs et d’une ardeur commune

Pour acquérir ce qu’on nomme le bien.

Mais en avant l’Anglais ayant sa place

Heureux faucheur, il peut seul moissonner

L’autre humblement le suivant à la trace

Travaille autant et ne fait que glaner.

LE CANADIEN, 20 décembre 1806.

le commerce des pelleteries s’étant toujours fait par le Canada, les Canadiens ont, en quelque sorte, pris les mœurs des sauvages par l’habitude qu’ils ont de vivre avec eux. Mais établissons d’abord le fait que les Canadiens aiment mieux vivre avec les sauvages qu’aucune autre nation en Amérique. LE CANADIEN, 5 décembre 1807.

Quant à ce que je pense des Canadiens, je crois qu’ils n’y a rien à craindre de leur part aussi longtemps que nous serons dans la prospérité et rien à espérer dans un temps de détresse. CARLETON, Guy. Lettre, 28 septembre 1776.

Il y en a (parmi les Canadiens français) qui sont guidés par le sentiment de l’honneur, mais la multitude n’est influencée que par l’espoir du gain ou la peur du châtiment… Le peuple le plus ingrat qu’il y ait sous le soleil. CARLETON, Guy

Les Canadiens français sont des Anglais qui parlent français. CARTIER, Georges-Étienne

Ô mon pays! De la nature

Vraiment tu fus l’enfant chéri;

Mais d’Albion la main parjure

En ton sein le trouble a nourri.

CARTIER, Georges-Étienne. Ô Canada! Mon pays! Mes amours! (poème), 1835.

N’oublions pas que si nous avons notre autonomie de mœurs, de religion, de lois, de langue, nous ne possédons plus, au même degré, dans le vrai sens du mot, notre autonomie politique. Dans l’ordre des choses actuel – c’est-à-dire dans le canada-Uni -, nous ne comptons déjà que pour guère plus du tiers, et, en Bas-Canada même, près d’un quart de la population constitue une origine différente. CAUCHON, Joseph. L’Union des provinces de l’Amérique britannique du Nord, 1865.

il peut être utile et enrichissant pour l’ensemble de l’humanité qu’un petit peuple comme le nôtre conserve son originalité (…) Mais encore faudrait-il s’appliquer sérieusement à assurer le progrès de cette richesse humaine et culturelle. (…) Devenons d’authentiques américains ou devenons nous-mêmes authentiquement. Mais pas en même temps l’un et l’autre. C’est de la bouillie. CHAMPAGNE, André. Vivre ou survivre, Cité libre, août-septembre 1961.

À l’heure actuelle, le peuple canadien-français est un peuple catholique, un peuple moral, un peuple conservateur, dans le sens social du mot. CHAPAIS, Thomas. Discours et conférences, 1897.

Une conduite admirable a poussé lentement mais sûrement notre brave petit peuple dans la voie de tous les progrès : progrès agricole, progrès industriel, progrès scientifique et littéraire, l’État, dans ces derniers temps surtout, faisant noblement sa part. Non seulement ce peuple a su se maintenir où il était, mais il s’est étendu dans toutes les directions, et ce qu’on croyait avoir de plus sérieux à lui reprocher – le reproche n’est malheureusement pas aussi fondé qu’il l’était autrefois – c’est de savoir se contenter de peu, au point de vue matériel. CHAVEAU, P.-J.-O. Discours, juin 1889.

Les Canadiens français aiment la France dont ils sont sortis, mais ils sentent la nécessité de ménager l’Angleterre. Ils se sont donc fabriqué une patrie fictive, honorant dans un même culte des gens qui se battaient avec fureur il y a cent cinquante ans. CHEVILLARD, V. Paysages canadiens, 1891.

Nous (les Canadiens français) sommes, avant tout et par-dessus tout, des Canadiens et nous voulons que le Canada tout entier appartienne d’abord à ses citoyens et qu’il soit l’héritage de tous et chacun de nous. Nous réclamons l’indépendance complète pour notre pays. CHOQUETTE, Armand. Débats, Communes du Canada, 5 décembre 1944.

Les Canadiens français ont, à présent, des caractéristiques nationales; ce ne sont plus des Français. Sans doute est-ce là, en grande partie, le résultat d’événements historiques; mais c’est aussi le fait du climat, du froid intense qu’ont à endurer les habitants pendant de longs mois, de la lutte contre l’hiver, contre la neige épaisse qui tombe inexorablement et ensevelit toute chose. COLLET, Paulette. L’Hiver dans le roman canadien-français, Les Presses de l’Université Laval, 1965.

Si le Canada de langue française connaît une vie authentique, s’il constitue une collectivité si véritablement cohérente, il le doit à sa loyauté envers certaines valeurs spirituelles et, par-dessus tout, à sa fidélité à une tradition historique. COMMISSION ROYALE D’ENQUÊTE SUR L’AVANCEMENT DES ARTS, LETTRES ET SCIENCES AU CANADA, Rapport, 1951.

Nous ne requérons pas de vous (les Canadiens français) dans cette adresse d’en venir à des voies de fait contre le Gouvernement de notre Souverain, nous vous engageons seulement à consulter votre gloire & votre bien-être, & à ne pas souffrir que des ministres infâmes vous persuadent et vous intimident jusqu’au point de devenir les instruments de leur cruauté & de leur despotisme. CONGRÈS CONTINENTAL AMÉRICAIN (PREMIER), appel lancé aux Canadiens le 26 octobre 1777.

En vérité, il semble que ce soit leur désir (aux Canadiens français) d’être considérés comme formant une nation séparée. La nation canadienne est leur expression constante. CRAIG, J. Lettre, mai 1810.

Nous aurons le nombre, nous avons la doctrine, gage de succès. (…) C’est lorsque les Canadiens français gouverneront le Canada que le peuple canadien, y compris les Anglo-Canadiens (…) que notre pays sera le plus vraiment heureux. D’ANGLE, Pierre. L’avenir canadien du Canada, L’Action nationale, mars 1944.

Nous sommes un peuple de petits rentiers. Nous n’aimons rien tant que d’avoir notre petit trésor sous la main, pour le regarder grossir sans effort et sans danger. Nous aimons mieux y ajouter un sou aujourd’hui qu’une piastre demain s’il faut courir le moindre risque pour avoir la piastre. DAVID, L.-O. L’Opinion publique, 4 septembre 1873.

Peut-être qu’une des meilleures définitions, une des plus fondamentales qu’on puisse donner des Canadiens français, est d’être les hommes qui ont gagné la bataille de l’hiver laurentien; Ils sont les fils de leur hiver… C’est peut-être l’hiver qui a gardé au pays son originalité, les Canadiens français, protégés de tous contact avec d’autres peuples, notamment les Anglo-Saxons, qui les enserrent et même les submergent presque, durant les autres saisons, vivent l’hiver repliés sur eux-mêmes et sur les traditions. DESFONTAINES, Pierre. L’Homme et l’hiver au Canada, Gallimard, 1957.

Pour que l’on danse avec entrain, il faut que ceux de l’orchestre jouent et ne dansent pas. C’est là toute l’explication du double record que le Canada a battu sur tous les peuples du monde : le nombre des célibataires par vertu (les prêtres), celui des pères de famille les plus nombreuses. Les exemples d’austérité généreuse des premiers sont absolument décisifs pour les seconds. Les chiffres donnés sont si écrasants qu’ils nous dispensent de commentaires. DESGRANGES, abbé. Bréviaire des incroyants, La palatine, 1957.

1. les Canadiens français constituent une nation. 2. Le Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental de cette nation. 3. La nation canadienne-française a le droit de disposer d’elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre. ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRNAÇAIS. Résolution de la commission générale, Les Cahiers des États généraux du Canada français, 27 novembre 1967.

son histoire (à la société canadienne-française) se confond en tout point avec celle de l’Église canadienne. FALARDEAU, J.-C. Rôle et importance de l’Église au Canada français, Esprit, août-septembre 1952.

On a appris à fabriquer l’exil sur place; c’est la découverte du siècle (…) Tu restes banni de tes foyers, mais tu n’as plus à parcourir les pays étrangers. Tu verses ta larme ici; ça ménage tes souliers. FERRON, Jacques. Les Grands soleils, Éditions d’Orphée, 1959.

étant nés Français vous serez toujours enviés, persécutés par les rois anglais et (…) ce titre sera plus que jamais aujourd’hui un motif d’exclusion pour tous les emplois. LES FRANÇAIS LIBRES À LEURS FRÈRES LES CANADIENS, 1793.

Canadiens, vous avez en vous tout ce qui peut constituer votre bonheur. Éclairés, laborieux, courageux, amis de la justice, industrieux, qu’avez-vous besoin de confier le soin de vous gouverner à un tyran stupide, à un roi imbécile dont les caprices peuvent entraver vos délibérations et vous laisser sans lois pendant des années entières. LES FRANÇAIS LIBRES À LEURS FRÈRES LES CANADIENS, 1793.

Les Canadiens de l’état commun sont indociles, entêtés et ne font rien qu’à leur gré et fantaisie. FRANQUET, Louis

Moi, fait le père Aubry, je suis français, Madame.

Français? Eh bien, pardi, c’est dans nos environs;

Pour être Canadiens on n’est pas des Hurons.

On est tous des Français, nous aussi, que je pense!

FRÉCHETTE, Louis. La Légende d’un peuple, 1887.

Ö notre histoire! Écrin de perles ignorées!

Je baise avec amour tes pages vénérées.

FRÉCHETTE, Louis. La Légende d’un peuple, 1887.

Le Canada d’expression française, quoi qu’on en dise, est composé d’êtres fort sérieux, très peu ouverts à la bonne blague, au franc-parler et à l’enthousiasme fanatique. Malheur surtout à celui qui s’avise d’y pratiquer l’humour. GAGNON, M.-A. La Lanterne d’Arthur Buies, Éditions de l’Homme, 1964.

La caractéristique principale de l’histoire économique et sociale des Canadiens français est la récurrence de crises mettant en jeu la survivance même du groupe. GARIGUE, P. Les problèmes du développement économique et social des Canadiens français, Le pont, octobre 1960.

Le sort des Canadiens n’est pas plus incertain aujourd’hui qu’il l’était il y a un siècle. GARNEAU, François-Xavier. Histoire du Canada, 1845-1848.

Les Canadiens sont aujourd’hui un peuple de cultivateurs dans un climat rude et sévère. Il n’a point en cette qualité les manières élégantes et fastueuses des populations méridionales, et ce langage qui semble sortir de cette nature légère et intarissable qu’on ne connaît point dans les hautes altitudes de notre globe. Mais il a de la gravité, du caractère et de la persévérance (…) il s’est montré digne des deux grandes nations aux destinées desquelles son sort s’est trouvé ou se trouve encore lié. GARNEAU, François-Xavier. Histoire du Canada, 1845-1848.

Que les Canadiens soient fidèles à eux-mêmes; qu’ils soient sages et persévérants, qu’ils ne se laissent point emporter par le brillant des nouveautés sociales et politiques. Ils ne sont pas assez forts pour se donner carrière sur ce point. C’est aux grands peuples à essayer les nouvelles théories (…) Pour nous, une partie de notre force vient de nos traditions; ne nous en éloignons ou ne les changeons que graduellement.

GARNEAU, François-Xavier. Histoire du Canada, 1845-1848.

Tout démontre que les Français établis en Amérique ont conservé ce trait caractéristique de leurs pères, cette puissance énergique et insaisissable qui réside en eux-mêmes et qui, comme le génie, échappe à l’astuce de la politique aussi bien qu’au tranchant de l’épée. Ils se conservent, comme type, même quand tout semble annoncer leur destruction. GARNEAU, François-Xavier. Histoire du Canada, 1845-1848.

Un Canadien défend le territoire,

Comme il saurait venger la liberté.

GARNEAU, François-Xavier. Poème.

Et puis maintenant je vois le présent, le présent du Canada français, c’est-à-dire un pays vivant au possible, un pays qui est en train de devenir maître de lui-même, un pays qui prend en main ses destinées. Cela est indispensable aujourd’hui à un peuple, et vous êtes un morceau du peuple français. Votre peuple canadien-français, français-canadien, ne doit dépendre que de lui-même. DE GAULE, Charles. Allocution prononcée à Donnacona le 24 juillet 9167.

Deux choses ont rendu et rendront toujours notre nationalité canadienne-française heureuse et prospère : ce sont la Religion et l’Agriculture. LA GAZETTE DES CAMPAGNES, 27 août 1874.

Est-il possible de n’avoir pas l’âme grande et noble et de n’être pas bons chrétiens quand on appartient à une race comme la nôtre? GÉLINAS, J.-C.

Ce qu’on désigne parfois de miracle canadien, le miracle de la survivance du Canada français, a là son explication : L’HABITANT se suffit à lui-même. GÉRIN, Léon. La famille canadienne-française, sa force, ses faiblesses, La Revue Trimestrielle, mars, 1932.

Les Canadiens français ne veulent plus être considérés comme une minorité «tolérée». Ils se considèrent à part entière et de plein droit comme l’un des deux peuples qui composent le Canada. GÉRIN-LAJOIE, Paul. La dualité canadienne à l’heure du Québec, conférence, 1964.

Le Canada français n’est certes pas le corps de la France, mais c’est l’âme de la France qui continue, dans un corps nouveau et pour des destinées nouvelles, dont chacun sait qu’elles seront grandes, même s’il ne sait quelle forme elles doivent un jour revêtir. GILSON, Étienne. Cité par J. Bruchési, Le Chemin des écoliers, Valiquette.

Faire que les Canadiens français vivent et non seulement survivent (…) qu’ils vivent comme un peuple libre, peuple de maturité politique qui tiendrait bien en main tous les leviers de commande d’une vie ordonnée (…) au rôle de satellite ou de remorqué, préférer la noble aventure du destin personnel. GROULX, Lionel. Conférence, juin, 1952.

Nous ne songeons à dépouiller personne; seulement nous n’entendons pas, non plus, être dépouillés. Nous n’empêchons personne de vivre; mais nous voulons vivre nous aussi. Et, J’estime que ce n’est pas prendre la place des autres que de prendre la nôtre. GROULX, Lionel. Directives, Éditions Alertes, 1959.

Notre seul destin, légitime et impérieux (…) ne peut être que celui-ci : constituer en Amérique, dans la plus grande autonomie possible, cette réalité politique et spirituelle… un État catholique et français (…) Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, notre État français nous l’aurons. GROULX, Lionel. Directives, Éditions Alertes, 1959.

ce peuple de cinq millions de personnes qui parle français et qui constitue plus de quatre cinquièmes de la population du Québec, ne se trouve chez lui qu’au Québec (…) il ne peut qu’au Québec se créer une riche et vigoureuse identité nationale. GROULZ, Yvon. Rapport du président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1967-1968.

Le drame du Canadien français (…) c’est qu’il se cherche une patrie… Nous vivons cette tragédie d’un peuple balloté entre deux patries, L,une qui colle à sa chair, le Québec, l’autre artificielle et hélas! mensongère… le Canada. GROULX, Yvon. Discours, 14 mars 1965.

À ce stade-ci de son évolution, le Canadien français est un sujet britannique, un objet américain et un projet québécois. GUÉRIN, Raymond. Nos intrépides découvreurs, Actualité, septembre 1973.

La position du Canadien de langue française en Amérique du Nord demeure un non sens et une gageure. Ayant réchappé, tant bien que mal, un héritage français désuet, professant le culte d’un passé bien révolu, subissant quotidiennement les assauts d’une langue étrangère dans la force de l’âge, le Canadien français courbe le dos et savoure son humiliation. Il persiste comme une épine plantée au cœur du continent américain. HÉBERT, Anne. Quand il est question de nommer la vie tout court, nous ne pouvons que la balbutier, Le Devoir, 22 octobre 1960.

Les Canadiens français, ça se parle pas. HÉBERT, Jacques. Les Écoeurants

Nous sommes venus il y a trois cents ans, et nous sommes restés (…) S’il est vrai que nous n’ayons guère appris, assurément nous n’avons rien oublié. (…) Nous avons marqué un plan du continent nouveau, de Gaspé à Montréal, de Saint-Jean-d’Iberville à l’Ungava, en disant : Ici, toutes les choses que nous avons apportées avec nous, notre culture, notre langue et jusqu’à nos faiblesses deviennent des choses sacrées, intangibles et qui devront demeurer jusqu’à la fin. (…) De nous-mêmes et de nos destinées, nous n’avons compris que ce devoir-là : persister… nous maintenir… Et nous nous sommes maintenus, peut-être afin que dans plusieurs siècles encore le monde se tourne vers nous et dise : Ces gens sont d’une race qui ne sait pas mourir. HÉMON, Louis. Maria Chapdelaine, Fides, 1914.

Qui dit Canadien français, dit catholique. HERBETTE, Louis. 1904.

Nous avons presque honte d’être ce que nous sommes. HERTEL, François. Le Beau risque

Les Canadiens sont naturellement grands, bien faits, d’un tempérament vigoureux. (…) la nécessité les a rendus industrieux… Ils aiment la distinction et les caresses, sont extrêmement sensibles au mépris et aux moindres punitions. Ils sont intéressés, vindicatifs, sont sujets à l’ivrognerie, font un grand usage d’eau-de-vie, passent pour n’être pas véridiques. Ce portrait convient au plus grand nombre, particulièrement aux gens de la campagne. Ceux des villes sont moins vicieux. Tous sont attachés à la religion. On voit peu de scélérats. Ils sont volages, ont trop bonne opinion d’eux-mêmes, ce qui les empêche de réussir comme ils pourraient le faire dans les arts, l’agriculture et le commerce. Joignons à cela l’oisiveté à laquelle la longueur et la rigueur de l’hiver donnent occasion. Ils aiment la chasse, la navigation, les voyages, et n’ont point l’air grossier et rustique de nos paysans de France. Ils sont communément assez souples lorsqu’on les pique d’honneur et qu’on les gouverne avec justice; mais ils sont naturellement indociles. HOSQUART, Gilles. Mémoire, 1731.

La survivance des Canadiens français est un miracle culturel héroïque devant lequel il convient de s’incliner. Cet hommage cependant ne doit pas faire oublier le fait écologique brutal que le système rural du Québec – fondement de sa culture traditionnelle – n’aurait pu se développer ni survivre sans une Amérique ouverte et capable d’en absorber les surplus : le système devait rejeter à chacune des générations une large fraction de sa population. HUGHES, E.C. L’industrie et le système rural au Québec, The Canadian Journal of Economics and Political Science, 3 août 1938.

la nation canadienne-française a la permission d’exister dans les cadres confédératifs d’un pays anglais. Voilà ce qui n’est pas moral et voilà ce qui doit changer. JUTRAS, René. Le Québec aux Québécois, Éditions Actualités, 1965.

Les hommes sont extrêmement polis et saluent en ôtant leurs chapeaux chaque personne indistinctement qu’ils rencontrent dans la rue… Ici, tout le monde est Monsieur ou Madame, le paysan aussi bien que le gentilhomme, la paysanne comme la plus grande dame… la politesse des habitants est bien plus raffinée que celle des Hollandais et des Anglais des colonies appartenant à la Grande-Bretagne. KALM, Peter, 18siècle.

La nation est constituée par l’unité de langue, l’unité de foi, l’uniformité de mœurs, de coutumes et d’institutions. Les Canadiens français possèdent tout cela et constituent bien une nation. LAFLÈCHE, Louis-F. Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille, 1866.

Les Canadiens ou Créoles sont bien faits, robustes, grands, forts, vigoureux, entreprenants, braves et infatigables, il ne leur manque que la connaissance des belles-lettres. Ils sont présomptueux et remplis d’eux-mêmes, s’estimant au-dessus de toues les nations de la terre et par malheur ils n’ont pas toute la vénération qu’ils devraient avoir pour leurs parents. LAHONTAN, baron de. Mémoire, 1708.

le Canadien français restera Français – au pis aller il sera yankee – mais jamais il ne sera british.

LANCTOT, M. L’Union nationale, 17 août 1865.

Nous ne reconnaissons à personne le droit d’arrêter les Canadiens français à la frontière de la province de Québec et de leur dire : hors de là vous n’êtes plus chez vous. Nous sommes chez nous partout au Canada.

LANGEVIN, J.-P.-F. Discours, 1912.

Le Canadien français, dit-on parfois prétentieusement, est un Français PERFECTIONNÉ. Prouvons-le.

LAFLAMME, Rodolphe. L’effort économique de notre race de la conquête à nos jours, 31 juillet 1926.

Nous voulons que nos compatriotes soient traités comme des égaux partout, reçoivent leur part dans les commandements et l’administration. LAPOINTE, Ernest. Discours, septembre 1939.

Des Canadiens français applaudissent toujours plus volontiers aux anathèmes contre l’extrême-gauche qu’aux anathèmes contre l’extrême-droite. Nous sommes trop souvent de ceux qui pensent, suivant la formule de La Vie intellectuelle, que Dieu est à droite. LAURENDEAU, André. L’Action nationale, novembre 1937.

en général tous les Habitants du Canada sont bons, affables, laborieux & (…) il n’y a presque jamais ni querelles, ni disputent parmi eux. Comme le climat du Pays est froid, ils parviennent à une belle vieillesse. J’y ai vu quantité de bons Vieillards, forts, droits & point caducs. Je m’imaginois quelquefois en me promenant dans leurs Habitations être au commencement des premiers Siècles, parmi nos anciens Patriarches qui ne s’amusoient qu’à l’Agriculture. LEBEAU, C. Voyage curieux et nouveau parmi les Sauvages de l’Amérique septentrionale, 1738.

Je veux perdre l’habitude de m’excuser d’être Canadien français et de demander pardon à mon voisin d’être catholique. Ce sont là deux vêtements chauds bien à moi que je salis, que je corrige, que je critique, que je couds, que je découds, mais auxquels je tiens, parce qu’ils sont faits sur mesure pour moi dans ce pays rigoureux. LECLERX, Félix. L’Auberge des morts subites

Le pire ennemi du Canadien français, c’est encore un Canadien français. LECLERC, Félix. Propos recueillis par Martial Dassylva, La Presse, 18 décembre 1965.

Les Canadiens français ressemblent plus aux Français qui furent leurs aïeux qu’aux Français actuels : deux âmes qui ne rendent pas le même son. LÉGER, Jules. Le Canada français et son expression littéraire, Nizet et Bastard, 1938.

Les Canadiens français ne sont pas tous comme M. (Théophile) Plouffe, anglophobes et farouchement nationalistes. En temps d’élection, cependant, il leur plaît qu’on attaque les Anglais sur la tribune, parce que c’est la tradition politique et qu’en rouspétant contre les anciens conquérants, ils se sentent des fiers-à-bras qui ont la réputation de ne pas se laisser marcher sur les pieds. Mais vienne une belle parade, 1760 n’existe plus, et hourra pour la procession! Élevés dans une province où l’on dépense des sommes folles pour la pompe et le décorum, il n’est rien qui les charme plus que les cirques et les confetti. Romains par le cœur, Normands par la tête, ils ont tout pour déconcerter les étrangers qui veulent les comprendre. Ils sont à la fois Français et Américains, ils sont simples et compliqués, ça leur fait plaisir et, l’œil ouvert, ils se laissent emporter dans les cercles vicieux avec un sourire malin. LEMELIN, Roger. La Famille Plouffe, Le Cercle du Livre de France, 1948.

Pensez-vous qu’un bon Canayen comme vous, un fils de cultivateur de chez nous, tous vous autres, les bons curés qui nous avez appris comment les Anglais nous ont envahis, comment ils ont essayé de nous faire perdre la Foi, notre langue, comment vous les avez combattus, comment vous nous avez conservés tels qu’on était, pensez-vous qu’un bon Canayen comme vous va me faire accroire qu’il est pour le roi des Anglais? LEMELIN, Roger. La Famille Plouffe, Le Cercle du Livre de France, 1948.

Nous estimons que les Canadiens français ont une contribution essentielle à faire sur le plan canadien ne serait-ce que pour conjurer la menace d’un envahissement culturel américain. LESAGE, Jean. Discours, 26 juillet 1960.

Les descendants des valeureux Français qui ont colonisé le Canada, la croix sur la poitrine, tenant d’une main leur fusil et de l’autre dirigeant la charrue, ne craignent ni la bataille ni les balles lorsqu’il s’agit de défendre, comme dans la lutte actuelle, l’intégrité du vaste empire qui leur assure la plus grande somme de liberté et de bonheur qu’il fut jamais accordé à un peuple de goûter. LESPÉRANCE, D.-O. Débats, Communes du Canada, 19 août 1914.

Il aurait fait du bruit en France

Si l’opiniâtre Providence

– Elle aurait pu tout aussi bien –

Avait daigné l’y faire naître,

Mais il avait la guigne d’être

Un Canayen.

LÉVEILLÉ, Lionel. Vers la lumière, Librairie d’Action canadienne-française, 1931.

Le Canada français n’a aucune chance d’obtenir une politique étrangère strictement canadienne, pour ne rien dire du respect de la constitution canadienne. Dans chaque parti, la représentation des nôtres est soumise à la dictature d’une majorité anglo-canadienne qui s’unit, chaque fois que la chose fait son affaire, pour s’opposer à une entente conforme aux aspirations légitimes des Canadiens français. La volonté brutale du nombre l’emporte presque toujours. L’HEUREUX, Camille. Le Droit, 6 septembre 1939.

Traitez les Canadiens français comme une nation et ils se comporteront comme le fait généralement un peuple libre, c’est-à-dire généreusement. Traitez-les comme une faction, et ils deviendront factieux. MACDONALD, John A.

Nous n’avons pas d’Histoire, mais une suite de défaites. Menacés et affaiblis, nous n’avons même pas la volonté de résister, la volonté de devenir des hommes. MAJOR, André. Le Cabochon, Éditions Parti Pris, 1964.

C’est ainsi que nous entendons la nationalité canadienne : la religion, le catholicisme d’abord, puis la patrie. Les mélanges religieux, 27 juin 1843.

l’on n’est pas dominé dans l’absolu, mais toujours par rapport à quelqu’un, dans un contexte donné. De sorte que même si l’on est favorisé comparativement à d’autres gens et à un autre contexte, on peut parfaitement vivre une domination avec toutes les caractéristiques habituelles de la domination, même les plus graves. C’est bien ce qui paraît arriver aux Canadiens français. MEMMI, Albert. Portrait du colonisé, Éditions de l’Étincelle, 1972.

l’avenir n’est pas rassurant pour la population franco-canadienne. Sa natalité sans doute est très forte, et, de ce côté, elle n’a rien à craindre… mais elle n’est pas renforcée par l’immigration, qui, au contraire, amène un contingent de plus en plus nombreux d’éléments non français. MEURIOT, Paul. Journal de la Société historique de Paris, 1918.

Je crois réellement que les habitants canadiens sont laborieux, paisibles et bien intentionnés, mais par suite de leur manque d’éducation et de leur extrême simplicité, ils peuvent être induits en erreur par des hommes insidieux et trompeurs. Il faudra s’attendre aux pires conséquences si jamais ils se rendent compte entièrement de leur indépendance, car ils sont de fait les seuls propriétaires de presque toutes les terres cultivées du Bas-Canada. MILNES, R.S.

Quand j’étais enfant, j’entendais seulement parler anglais dans la rue; le monde extérieur était anglais pour moi, ce fut une agression perpétuelle; le modèle culturel de la société canadienne-française, c’est l’homme dissocié, séparé et divisé en lui-même. MIRON, Gaston. Cité par Marcel Rioux, Les Québécois, Seghers, 1974.

Les Canadiens se croient, sur tous les points, la première nation du monde. MONTCALM, Marquis de.

Être Canadien, c’est être attaché à un territoire et être Français ce n’est pas être attaché à la France, mais c’est accepter de garder sur cette terre l’héritage français. MONTPETIT, Édouard. L’avenir économique des Canadiens français. 1935.

Le recours spontané aux armes n’a jamais été le moyen de prédilection utilisé par les Canadiens français pour réaliser leurs objectifs ou pour faire valoir leurs réclamations. Lafontaine qui les connaissait bien disait que leur arme principale était l’inertie et, ajoutons-le, l’agitation verbale. OUELLET, Fernand. Histoire économique et sociale du Québec, Fides, 1966.

Notre peuple est insulté tous les jours. Canadiens français, il est temps de nous faire respecter et de ne plus permettre que l’on nous écrase comme en Ontario. PAGÉ, L.-N.-J. 23 août 1916.

Après t’avoir dit que nous ne pouvons espérer d’être toujours en majorité dans le Pays, vu que l’on a pas le droit d’empêcher nos co-sujets bretons de venir s’y établir; que même quand nous serions restés sous le gouvernement françois on n’aurait pas pu s’empêcher de modifier nos lois civiles puisqu’elles l’auraient été en France; qu’à mesure que l’émigration augmentera, ceux qui viendront feront tout leur possible pour rapprocher les institutions de ce Pays de celles auxquelles ils auront été accoutumés chez eux; qu’à la fin ces changements se feront brusquement si on s’obstine toujours à n’en pas faire. PAPINEAU, D.-B. Lettre, 8 janvier 1836.

nous ne sommes pas seulement une race civilisée, nous sommes des prisonniers de la civilisation. PAQUET, L.-A. Discours et allocutions, 1915.

Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées. PAQUET, L.-A. Discours, 23 juin 1902.

N’allons pas descendre du piédestal où Dieu nous a placés, pour marcher au pas vulgaire des générations assoiffées d’or et de jouissance. Laissons à d’autres nations, moins éprises d’idéal, ce mercantilisme fiévreux et ce grossier naturalisme qui les rivent à la matière. PAQUET, L.-A. Discours, 1902.

On peut maintenir dans un état d’infériorité politique, on peut nous opprimer; on a l’appui d’une armée et toutes les forces de l’empire à sa disposition pour cela; mais certes, non, jamais nous ne prêterons la main à notre propre asservissement, à notre dégradation… Nous avons bu la coupe jusqu’à la lie; depuis un demi-siècle, nous sommes abreuvés d’amertume; on peut nous faire endurer plus que nous avons souffert; nous sommes familiers avec les souffrances et nous les redoutons moins que le déshonneur. PARENT, Étienne. Le Canadien, 1842.

Et l’on ne s’imagine pas, sans doute, que nous maintiendrons notre nationalité sans quelques efforts, sans quelques sacrifices, sans dévouement, surtout situés comme nous le sommes, environnés, étreints de toutes parts, imprégnés même sur plusieurs points importants du dissolvant d’une nationalité étrangère. PARENT, Étienne. L’industrie comme moyen de conserver notre nationalité, discours, 22 janvier 1846.

Nous avons toujours considéré que notre «nationalité» ne pouvait se maintenir qu’avec la tolérance sincère, sinon l’assistance de la Grande-Bretagne; mais voici qu’on nous annonce que bien loin de nous aider à conserver notre nationalité on va travailler ouvertement à l’extirper de ce pays. Situés comme le sont les Canadiens français, il ne leur reste d’autre alternative que celle de se résigner avec la meilleure grâce possible (…) L’assimilation, sous le nouvel ordre de choses, se fera graduellement et sans secousse, et sera d’autant plus prompte qu’on la laissera à son cours naturel. PARENT, Étienne. Le Canadien, 13 mai 1839.

Si les francophones se sentent toujours dans leurs petits souliers dans leur propre pays, ce n’est pas parce qu’ils sont inférieurs ou spoliés par des usurpateurs, mais seulement parce que (séparés ou non du reste du Canada) ils sont culturellement minoritaires dans ce continent. Mais cette minorité est intéressante et à la fine pointe du progrès. PELLERIN, Jean. Français : profits et pertes, La Presse, 18 décembre 1972.

Il y a longtemps que les Canadiens de langue française ne se sentent ni sur un pied d’égalité, ni tout à fait à l’aise dans leur propre pays. PELLETIER, Gérard. Discours, décembre 1968.

les Canadiens français font figure d’une classe ethnique défavorisée au même titre que les autres groupes ethniques de néo-canadiens. PORTER, John. Cité par Marcel Rioux, Conscience nationale et conscience de classe, Les Cahiers internationaux de sociologie, 1965.

Mille nouveaux ennemis, chaque jour, les assaillent. Le saxonisme brutal d’autrefois est devenu l’insinuant américanisme; une lutte nouvelle s’engage entre l’esprit méditerranéen de la petite France américaine et l’institut accaparateur de l’américanisme. POTVIN, Damase. Le Français, Garand, 1925.

nous croyons que l’héritage canadien-français est un des biens précieux du Canada, donnant à l’identité canadienne sa marque de distinction. PROTESTANT SCHOOL BOARD OF GREATER MONTRÉAL, 30 septembre 1969.

un choix qui n’a pas dépendu du choix de la majorité du Peuple de cette Province, son Origine Française et son usage de la Langue Française, est devenu pour les Autorités Coloniales un prétexte d’injure, d’exclusion, d’infériorité politique et de séparation de droits et d’intérêts (…) la majorité des habitants du Pays n’est nullement disposée à répudier aucun des avantages qu’elle tire de son origine, et de sa descendance de la Nation Française. LES QUATRE-VINGT-DOUZE RÉSOLUTIONS, 1834.

Accorder un souci moindre à l’industrie et au commerce, s’adonner davantage à l’agriculture (…) s’attacher avec la plus grande sollicitude, non pas seulement à répandre l’instruction, mais à en rehausser le niveau en même temps que celui de l’intelligence générale, marier l’élévation des idées à la pensée, voilà le but que les Canadiens français doivent se proposer, et l’essence même du caractère national, se faisant jour par leurs tendances et leurs goûts, les y porte naturellement. SAINT-PÈRE, Rameau de. La France aux colonies, 1859.

l’opinion abusive mise en circulation et encouragée par des démagogues, «que les Canadiens d’extraction française doivent demeurer un peuple distinct, et qu’ils ont droit à être regardés comme une nation»; préjugés dont la conséquence nécessaire sera que la Province du Bas-Canada (…) sera regardée comme leur territoire national… REQUÊTE DE LA MINORITÉ BRITANNIQUE DE LA PROVINCE DE QUÉBEC, 1859.

Nous croyons que nos compatriotes d’origine française doivent avoir une garantie sur certains droits et privilèges fondamentaux. Nous reconnaissons et sympathisons avec les désirs des Français du Canada de préserver leur langue, leurs traditions et leur culture comme partie intégrante de la vie canadienne. ROBARTS, John. Discours, 9 août 1967.

Le Canada français porte encore aujourd’hui les stigmates de cette conquête. Nous n’avons pas encore, après deux siècles, l’impression d’être des citoyens à part entière dans ce pays que nous appelons le nôtre et que nous avons pour une large part bâti. ROCHETTE, Louis. Le Rêve séparatiste, Les Presses Libres, 1969.

Les Français qui habitent le Canada sont de corps bien faits, agiles, vigoureux, jouissant d’une parfaite santé, capable de soutenir toutes sortes de fatigues et belliqueux, ce qui a fait que les armateurs français ont toujours donné pendant cette dernière guerre (de la Succession d’Espagne) le quart de plus de paye aux Français-Canadiens qu’aux Français d’Europe. D’AUTEUIL, Ruette. Mémoire, 12 décembre 1715.

Les Canadiens français ont montré beaucoup de patience et d’indulgence au cours des cent dernières années et les autres Canadiens ne doivent pas leur tenir rigueur s’ils perdent patience maintenant. RYAN, Claude. Allocution, 18 janvier 1969.

Quant à nous, les Canadiens français, il n’y a pas d’autres places (que le Canada) où nous pourrions aller. Et même si nous le voulions, nous ne sommes pas assez nombreux pour bouter dehors les autres et prendre la place partout au pays. Alors nous sommes destinés par la Providence à vivre, sinon ensemble, du moins à côté les uns les autres. SAINT-LAURENT, Louis. Discours, 18 septembre 1954.

Le grand rêve du Canada français de s’associer avec le Canada anglais sur un pied d’égalité, en vue d’inscrire dans la réalité canadienne la grande et prestigieuse idée d’une société biculturelle bien vivante, a été bafoué par la réalité économique, politique et sociale. SAUVÉ, Maurice. Conférence, 5 octobre 1967.

Ce qu’on appelle communément le miracle de notre vie, comme peuple, est l’œuvre de vertus telles que, si nous les avions encore, nous ferions bien d’autres prodiges. SAVARD, Félix-Antoine. L’Abatis, Fides, 1943.

La Canadian Protestant League rappelle que les Canadiens français forment un peuple conquis. SHEPHERD, Jonas

Malgré la fidélité raisonnée qu’elle témoigne à l’Angleterre, la masse des Français du Canada n’aimera jamais les Anglais. SIEGFRIED, A. Le Canada : les deux races, 1906.

Le Canadien français est l’un des individus les plus charmants au Canada, mais, comme collectivité, il mérite un bon coup de pied. SMALLWOOD, J. Le Soleil, 25 février 1967.

Les Canadiens français constituent une nation, fait sociologique et culturel, dont les fils composent la grande majorité de la population québécoise. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE. Manifeste adopté lors des assises de la 24e assemblée générale annuelle, 1969.

Il n’en est pas un d’entre eux (les Canadiens français) qui ne caresse le rêve d’abriter un jour sa demeure embellie par une jolie femme et de nombreux enfants, à l’ombre d’une église franco-canadienne desservie par un prêtre canadien-français et protégée par l’organisation puissante d’une Société Saint-Jean-Baptiste.

SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE QUÉBEC, Annales, 1903.

les Canadiens français (sont) des Américains vivant sous un régime britannique et parlant français.

SYLVESTRE, Guy. Panorama des lettres canadiennes-françaises, Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1964.

Notre origine française est assez noble pour que ceux qui ne la partagent pas dussent la respecter. TACHÉ, A. Lettre, 7 décembre 1885.

Les Canadiens sont pas des fous :

Partiront pas sans prendre un coup!

TACHÉ, Joseph-Charles

Une petite population comme la nôtre n’a pu conserver sa nationalité distincte en dépit des circonstances, sans faire pour cela des sacrifices matériels considérables et parmi ces sacrifices sont ceux qui sont résultés du refus d’accepter des institutions nouvelles pour nous et qui nous eussent infailliblement détruits; et notre petit peuple s’est montré en cela doué d’un esprit national de conservation dont nous bénissons la Providence; car pour nous, conserver notre foi catholique et rester français sont deux choses qui l’emportent sur tous les avantages matériels du monde. TACHÉ, Joseph-Charles. Le Courrier du Canada, 31 mars 1857.

Si le Canada français n’a pas été traité comme l’Irlande, il faut se rappeler que c’est une simple question de géographie qui en est la cause. Notre proximité des États-Unis nous a valu bien des «faveurs» (…) n’oublions pas non plus que si nous n’avons pas été absorbés, écrasés, anéantis, ce n’est pas la faute de l’Angleterre. Elle y a travaillé constamment pendant près d’un siècle. TARDIVEL, Jules-Paul. 1er septembre 1881.

(L’histoire de Canada français est) une histoire non seulement belle et glorieuse comme une épopée, mais de plus merveilleuse comme une légende. Le doigt de Dieu est là (…) Il est impossible, moralement impossible, que le créateur des peuples ait jeté des assises aussi solides (…) s’il n’avait eu le dessein d’ériger sur ces fondements massifs une nation forte et puissante. (…) Le bon Dieu n’aurait pas entouré notre berceau d’une protection aussi manifeste, aussi spéciale si, dans les desseins de la Providence, nous ne devrions pas parvenir à la plénitude de la vie nationale. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, 15 avril 1899.

Notre mission est de posséder la terre et de semer des idées. Nous accrocher au sol, élever des familles nombreuses, entretenir des foyers de vie intellectuelle et spirituelle, tel doit être notre rôle en Amérique.

TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, 1902.

Les Canadiens français sont plus anglais que français par les coutumes, par les habitudes, par ces mille petits détails (…) au fond du cœur nous sommes Français, Français du bon vieux temps, mais à la surface nous nous sommes laissés entamer par le contact des Anglais. TARDIVEL, Jules-Paul. Notes de voyage

Les Canadiens français vivant en milieu urbain demeurent (…) attachés à des symboles et à des valeurs établis dans un contexte différent. TAYLOR, N.W. A Study of French Canadians as Industrial Entrepreneurs, thèse de doctorat, Yale, 1957.

Au total, cette race d’hommes nous a paru inférieure aux Américains en lumières, mais supérieurs quant aux qualités de cœur. On ne sent ici en aucune façon cet esprit mercantile qui paraît dans toutes les actions comme dans tous les discours de l’Américain. La raison des Canadiens est peu cultivée, mais elle est simple et droite, ils ont incontestablement moins d’idées que leurs voisins, mais leur sensibilité paraît plus développée; ils ont une vie de cœur, les autres de cœur. TOCQUEVIELLE, Alexis de. Tocqueville au Canada, présenté par J. Vallée, Éditions du Jour, 1973.

si les Canadiens ne sortent pas de leur apathie d’ici à 20 ans, il ne sera plus temps d’en sortir. (…) il y a ici tous les éléments d’un grand peuple. Les Français d’Amérique sont aux Français de France ce que les Américains sont aux Anglais. (…) ils ont en eux tout ce qu’il faudrait pour créer un grand souvenir de la France dans le nouveau monde. TOCQUEVIELLE, Alexis de

Nous avons retrouvé ici le Français d’il y a un siècle, conservé comme une momie pour l’instruction de la génération actuelle… Cette société, la plus morale peut-être qui existe, est aussi la plus heureuse : on lui reproche d’être stationnaire, de s’agglomérer dans un même milieu, sans songer qu’un jour le terrain lui manquera. On a raison de lui faire ce reproche. Mais cet état stationnaire est un des éléments de son bonheur présent : chacun est attaché au lieu qui l’a vu naître. Ce n’est plus cette société américaine, errante (…) abandonnant le sol natal, sa famille, ses amis, pour un gain de quelques dollars. Ici le fils tient à la terre que ses pères ont possédée (…) Tous veulent rester au sein de la famille; aucun ne songe à gagner de l’argent; on travaille pour vivre, mais on considère surtout que la vie consiste dans les relations de famille, dans les souvenirs, dans l’estime des vieux amis. À vrai dire, chaque paroisse est une famille. TOCQUEVIELLE, Alexis de. Tocqueville au Canada, présenté par J. Vallée, Éditions du Jour, 1973.

Quels sont les peuples qui, passés sous la domination étrangère, peuvent considérer leur conquête définitive sans trop d’amertume? C’est pourtant le cas du peuple canadien-français. TOUGAS, Gérard. Histoire de la littérature canadienne-française, Les Presses Universitaires de France, 1960.

Si l’avenir de l’humanité dans un monde unifié est appelé, dans son ensemble, à être heureux, alors je prédirais que demain réserve un grand rôle dans l’ancien monde aux Chinois et, sur l’Île de l’Amérique du Nord, aux Canadien français. Quel que soit l’avenir du genre humain en Amérique du Nord, j’ai la conviction que ces Canadiens de langue française, en tout cas, prendront part aux derniers événements de l’histoire. TOYNBEE, A.J. Civilization on Trial, 1948.

Ils ont d’étranges caractères;

Puis, si dociles, si soumis;

Des modèles de prolétaires

Qui des patrons sont les amis.

Ayant en horreur les colères,

Ils ont pour emblème un mouton…

Ils gagnent de petits salaires…

– Les Canayens y z’ont ça d’bon!

TREMBLAY, Ernest. Les Canayens y’z’ont ça d’bon (poème), 1912.

l’âme canadienne est essentiellement une âme française. VATTIER, Georges. Essai sur la mentalité canadienne-française, Champion, 1928.

nous sommes devenus des Nord-Américains (…) Les Canadiens français se reconnaissent Français cependant, Français de souche, mais transplantés et non déracinés, presqu’aussi différents des Français de France, des Parisiens en tout cas, que des Canadiens anglais. D’où notre inconfort, notre insécurité sans doute, et notre force aussi. Nous sentons, encore confusément, que nous sommes en train de devenir un lien et d’opérer une sorte de synthèse entre le Nouveau-Monde et l’Ancien. VIAU, Guy. La peinture moderne au Canada français, Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1964.

Le canadien (français) n’avait pas été formé pour la lutte moderne. Il avait surtout été préparé pour une vie dans un monde meilleur. VIAU, Roger. Au Milieu de la montagne, Beauchemin, 1951.

J’ai vu souvent dans ma patrie

Mes trop légers concitoyens,

Canadiens contre Canadiens,

Lutter avec même furie;

Nouveaux venus nos pertes calculer,

S’en enrichir et de nous se moquer.

VIGER, Denis-Benjamin. Le lion, l’ours et le renard (fable), 1823.

Comme un vaisseau qui laisse derrière lui toute une famille, dans une île déserte, la France a jeté au Canada une population malheureuse qui s’appela quelque temps la Nation Canadienne et qui parle la langue que j’écris. (…) s’ils aiment leurs vieilles lois, c’est qu’elles sont contraires aux coutumes anglaises; s’ils les défendent c’est surtout pour désobéir et demeurer Français : nous devons bien peut-être quelque indulgence à ce crime. VIGNY, Alfred de. Lettre, 17 mars 1839.

Non, notre patriotisme doit s’étendre à tout le Canada. La divine Providence semble avoir destiné les Canadiens de langue française à coopérer pour édifier une nation assise sur la civilisation anglo-saxonne et française. CARDINAL VILLENEUVE. La Patrie, 17 avril 1941.

De nos jours, le Canadien français considère le Canada tout entier, et non plus la seule province de Québec, comme sa patrie, bien qu’il conserve encore une affection toute spéciale pour son pays.

WADE, Mason. Les Canadiens français de 1760 à nos jours, traduit par Adrien Venne avec le concours de Francis Duvau-Labeyrie, Le Cercle du Livre de France, 1963.

Le Canadien français donne fréquemment libre cours à ses émotions refoulées, mais il ne leur permet pas de le faire dévier d’une ligne de conduite raisonnable dictée par la logique. WADE, Mason. Les Canadiens français de 1760 à nos jours, Le Cercle du Livre de France, 1963.

CANADIANISME Voir Québécisme.

CANADIEN (Acadie-Acadiens; Amérindiens; Canada français; Canadiennes-françaises; minorité anglaise du Québec; minorités canadiennes; minorités canadiennes-françaises; Néo-Québécois; Québécois; Québécois anglophones; Québécoises)

Je ne suis ni fier ni honteux d’être canadien… Je le suis, un point, c’est tout. BESSETTE, Gérard. Les Pédagogues, Le Cercle du Livre de France, 1961.

Nous devrions comprendre que, sous certains rapports, la population du Québec diffère quelque peu du reste de la population canadienne. (…) n’allons pas lui demander d’aimer les Îles britannique comme nous-mêmes les aimons. Nos cœurs et nos esprits se tournent vers l’Angleterre. (…) La Grande-Bretagne est le pays de nos ancêtres, et c’est de là que vient cette vaste différence dans nos sentiments à son égard. BLAIR, J.K. Débats, Communes du Canada, février 1842.

il n’y a pas de Canadiens, il n’y a que des Canadiens français et de Canadiens anglais, par naissance ou par adoption. GROULX, Yvon. Rapport du président général, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1967-1968.

Le premier devoir d’un Canadien n’est pas envers le Commonwealth britannique des Nations, Mais envers le Canada et le roi du Canada. Ceux qui le nient rendent, à mon avis, un très mauvais service au Commonwealth. LORD TWEE DSMUIR. Discours, octobre 1937.

le Canadien ne fut pas seulement le premier anti-américain de l’histoire mondiale, il est (…) l’anti-américain idéal tel qu’il existe dans l’esprit de Dieu. UNDERHILL, F.H.

CANADIENNES FRANÇAISES

(Les Canadiennes français) sont d’assez bonne humeur… mais elles ne sont pas trop bien faites. BAUGY, chevalier de.

Les dames m’ont paru avoir la même vivacité que les Dames françaises et m’ont semblé plus belles. Les Dames (de Montréal), qui semblent faire du plaisir leur unique affaire, m’ont paru belles. (…) Elles ont un air de vivacité qui charme. BROOKE, F. The History of Emily Montague, 18e siècle.

Les commencements ont été durs, ben durs. (…) Sans les créatures qui les encourageaient à rester, les hommes seraient repartis, tous… GUÉVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

le sang du Canada est fort beau. Les femmes y sont généralement belles; les brunes y sont rares; les sages y sont communes. Les paresseuses sont en assez grand nombre. Elles aiment le luxe au dernier point, et c’est à qui mieux prendra les maris au piège. BARON DE LA HONTAN

Chez les Canadiennes, le sourire est toujours plus des yeux que des lèvres. RINGUET

les mères ont gardé ce pays catholique et français, car ce sont elles qui, en acceptant les lourdes charges de maternités renouvelées, ont accompli ce miracle canadien de la revanche des berceaux. SAINTE-MARIE ÉLEUTHÈRE, La Mère dans le roman canadien-français, Les Presses de l’Université Laval, 1964.

CANDEUR

La candeur rend le faible égal au plus puissant qu’il maîtrise en le désarmant. LANDRY, Louis. Fables

CAPITALISME

il ne peut y avoir de capitalisme national. Le capitalisme, par sa nature même, est anational, apatride, amoral. On ne fait pas du capitalisme francophone ou anglophone. On fait du capitalisme pour aller chercher un maximum de profits, sans aucune espèce de considérations sociales, nationales, patriotiques, ou quoi que ce soit. CHARTRAND, Michel. Mars 1969.

L’appétit du gain tempéré par le désir de servir, voilà le capitalisme sous sa forme la plus belle. LANK, H.H. Les carrières économiques et les Canadiens français, L’Actualité économique, mai 1945.

Le capitalisme, c’est péché de l’adorer. Mais c’est folie et naïveté que de vouloir s’en passer. POULIN, Antonio. Le Message de Lénine

CASTOR

le castor fait toutes choses parfaitement bien. Il nous fait des chaudières, des haches, des épées, des couteaux, du pain, bref il fait tout. LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1636.

le castor (représente) l’intelligence et l’industrie qui doivent être, la première sans cesse notre guide, et la seconde notre plus sûre ressource dans le besoin. MEILLEUR, J.-B. Mémorial de l’éducation au Bas-Canada, 1860.

CATALOGNE

Je cherche, pauvre gueux sans bourse et sans dada,

Un modeste tissé que la lessive embaume :

La catalogne aux fils tordus du Canada.

TREMBLAY, Jules. La Catalogne

CATASTROPHE

En histoire, comme dans la simple vie de l’homme, les pires catastrophes ne procèdent pas toujours d’idées ou de volontés perverses; des idées courtes, des volontés trop longtemps passives y peuvent suffire.

GROULX, Lionel. Histoire du Canada français, Fides, 1966.

CATHOLICISME

l’église catholique, fondée par un révolutionnaire qui voulait établir un royaume d’amour, est devenue une institution capitaliste, exploitatrice, assoiffée de pouvoir temporel et pénétrée de l’esprit d’oppression, de domination et de colonialisme. BERGERON, Léandre. Petit manuel d’histoire du Québec, Éditions Québécoises, 1971.

Notre sainte religion arrange tant de choses. GÉLINAS, J.-C. Cité par le Frères du Sacré-Cœur, Mon Livre de français (4e année).

(La religion catholique) seule a le droit de s’établir partout (…) toutes les autres religions sont des religions de mensonges et par conséquent d’esclavage. LACASSE, Z. Autour du drapeau, 1895.

Longtemps, il fut à la mode de se contenter d’un catholicisme cague, catholique de contrebande, sans action sur la vie, sans répercussions dans les actes – catholicisme à contractions et à dilatations. Il faut aux jeunes d’aujourd’hui un catholicisme qui prenne l’homme tout entier. VÉZINE, François. Paroles d’espoir, L’Action française, septembre 1918.

CATHOLIQUE (chrétien; christianisme; religion)

Je ne me convaincrai jamais que pour être catholique, il faille se dépouiller des attributs inaliénables de l’homme, et n’être plus qu’une espèce de polype, livré aux caprices d’un homme qui n’est pas devenu Dieu, pour avoir été sacré évêque. DOUTRE, Gonzalve. Lettre à Mgr Ignace Bourget, mai 1866.

CAUSE

Aucune cause n’est plus grande que les hommes qui la défendent.

BOURGAULT, Pierre. Québec quitte ou double, Ferron, 1970.

Ta cause est perdue, parce qu’elle est trop belle… Toutes les belles causes sont vouées à l’échec… pour réussir, il ne faut rien vouloir, ni rien faire. TOUPIN, Paul, Brutus, 1950.

CHAIR

Seigneur, pourquoi fis-tu

Sans limite notre âme et le corps si fragile?

Pourquoi tant d’idéal, tant d’amour et tant d’ardeur,

Si l’on est enlisé dans la chair, ô Seigneur?

CHOQUETTE, Robert. À travers les vents, Éditions du Mercure, 1926.

La croix prêche que je m’abstienne,

Mais la chair murmure : «Jouis».

DANTIN, Louis. Le Coffret de Crusoé, Éditions Albert Lévesque, 1932.

Avez-vous remarqué comme beaucoup de catholiques n’osent pas aimer la chair? Ils la confondent avec le péché. La chair semble leur violer Dieu. GIROUX, André. Le Gouffre a toujours soif, Institut littéraire du Québec, 1953.

Le curé aurait-il raison lorsqu’il effraye ses paroissiens avec la tristesse de la chair? Où a-t-il pris cette vérité-là, lui? LANGEVIN, André. Poussière sur la ville, Le Cercle du Livre de France, 1953.

Qu’importe la chair fugitive

Et sa débilité?

Pour oublier la chair l’âme a l’éternité.

ROUTIER, Simone. Les Psaumes du jardin clos, Éditions de la Lyre et de la Croix, 1947.

Partout ailleurs, il y a sept péchés capitaux. Au pays de Québec, il n’y en a qu’un – un seul -, celui de la chair… que les gens rêvent de commettre, craignent de commettre, consentent à commettre, commettent, ont commis, regrettent d’avoir commis, mais commettront de nouveau. SIMARD, Jean. Cité par Gérard Tougas, Histoire de la littérature canadienne-française, Les Presses Universitaires de France, 1960.

dans la province de Québec celui des péchés qui surpasse tous les autres en horreur et en punition est celui de la chair. THÉRIAULT, Yves. Les vendeurs du temple, Institut littéraire du Québec, 1952.

Ah, vous ne savez pas combien triste est la chair. VÉZINA, Medje. Chaque heure a son visage, 1934.

CHAMPLAIN (SAMUEL DE)

À cette heure, bien mieux que le bronze ou la pierre,

L’avenir, ô Champlain! te consacre un autel.

Vois! après trois cents ans, tout un peuple immortel

Germe sur ton cercueil et vit de la poussière.

DANTIN, Louis. Le Coffret de Crusoé, Éditions Albert Lévesque, 1932.

CHANCE

La chance, c’est l’outil dont rêvent les paresseux. FERRON, Madeleine. Le Baron écarlate, HMH, 1971.

CHANSON

La chanson est vraiment l’art de l’instant, l’art du présent. C’est pourquoi elle est appelé à jouer un rôle de communication, d’échange immédiat, rapide et facilement diffusé. (…) La chanson est dépositaire de l’héritage des traditions, elle est la mémoire même du peuple. JULIEN, Pauline. Conférence, 1972.

CHANSON CANADIENNE-FRANÇAISE, LA

La chanson canadienne embrasse donc tous les genres, depuis la complainte mélancolique jusqu’aux couplets enlevants de la chanson bachique. Elle célèbre tour à tour la patrie, l’amour, la bonne chère et le labeur; elle pleure avec la douleur et crie son allégresse aux festins des noces; elle endort l’enfant au berceau et conduit le soldat à la victoire; elle accompagne toutes les manifestations de la vie, elle est universelle, elle est immortelle. MORIN, Victor. La Chanson canadienne, 1927.

CHANTEUR

Mais ce qui me ravit plus que tout le reste, ce fut de l’entendre chanter (…) Je pouvais facilement saisir et comprendre chaque mot qu’elle prononçait, chose étonnante de nos jours où il semble être de mode d’éviter autant que possible d’être compris. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard le défricheur, 1862.

CHARITÉ

La charité joue dans l’Église le même rôle mystificateur que la démocratie illusoire dans le système capitaliste. VALLIÈRES, Pierre. Nègres blancs d’Amérique, Éditions Parti Pris, 1968.

La charité en habit de deuil

De la plus belle soie

De la meilleure coupe

Vient de passer la main tendue

Elle demandait qu’on entretienne

La misère.

VIGNEAULT, Gilles. Balises, Éditions de l’Arc, 1964.

CHASSE-GALERIE

Tu sais bien qu’avec la chasse-galerie on voyage au moins cinquante lieues à l’heure lorsqu’on sait manier l’aviron comme nous. Il s’agit tout simplement de ne pas prononcer le nom du bon Dieu pendant le trajet, et de ne pas s’accrocher aux croix des clochers en voyageant. (…) Nous sommes déjà sept pour faire le voyage, mais il faut être deux, quatre, six ou huit (…) mais il faut faire un serment au diable (…) Satan (…) nous te promettons de te livrer nos âmes, si d’ici à six heures, nous prononçons le nom de ton maître et du nôtre, le bon Dieu, et si nous touchons une croix dans le voyage. À cette condition, tu nous transporteras, à travers les airs, au lieu où nous voulons aller, et tu nous ramèneras de même au chantier. Acabris! Acabras! Acabram!… Fais-nous voyager par-dessus les montagnes! BEAUGRAND, Honoré. Conteurs canadiens-français du XIXe siècle, Beauchemin, 1924.

CHÂTEAU FRONTENAC

Les Anglais ayant enlevé le Canada à la France en 1760, et les Québécois s’étant obstinés à rester Français dans leurs mœurs, dans leur langue et dans leur architecture, les conquérants semblent avoir cru bon, pour défier cette résistance, de dresser sur un site stratégique un édifice qui marquât leur victoire : le Château Frontenac. Cet immense et luxueux hôtel du Pacifique Canadien, dont les plus importants actionnaires, dit-on, sont Anglo-Saxons, coiffe le Cap Diamant de ses lourdes tourelles de briques (…) Cette pacifique forteresse est perchée si haut qu’elle dépasse de cent coudées les plus audacieux clochers et jette de l’ombre sur les séminaires, l’Archevêché, les monastères et les couvents, qui sont pourtant, Dieu le sait, installés sur les plus beaux sites de Québec. LEMELIN, Roger. La Famille Plouffe, Le Cercle du Livre de France, 1948.

CHÉNIER (JEAN-OLIVIER)

Et toi, brave Chénier, magnanime héros,

Dont la cendre sacrée éveille nos sanglots,

Ton vengeur sortira du champ où tu reposes!

Sur la terre où tu dors, il est des lauriers-roses

Qui devaient couronner ton front…

Dans la foule des morts le trépas te confond,

Mais ces mots à jamais se liront sur ta tombe :

«Un martyr gît à jamais ici pour qu’une larme y tombe!»

BARTHE, G.

CHOSE

On peut se servir des choses, mais on peut faire davantage que s’en servir; on peut en faire des compagnes.

SAINT-DENIS-GARNEAU, Hector de. Journal, Beauchemin, 1954.

CHRÉTIEN (christianisme)

Vous le savez, nous ne sommes pas chrétiens pour être heureux sur la terre, mais dans le ciel. CONAN, Laure. À l’œuvre et à l’épreuve, 1891.

Le chrétien n’est pas un homme qui aime Jésus-Christ; c’est un homme qui croit que Jésus-Christ l’aime.

DESBIENS, Jean-Paul. Sous le soleil de la pitié, Éditions du Jour, 1965.

Dans nos cours de justice un témoin parle quand on l’interroge, tandis qu’un témoin de Jésus-Christ doit parler sans cesse : par la conduite, la prière, les écrits, la parole, le silence même. Chaque occasion lui crée une obligation. LAMARCHE, M.-A. Préface de L’Amour et les chrétiens, de M.-M. Desmarais, Éditions du Lévrier, 1943.

Le désarroi de bien des chrétiens est profond. Tout change dans l’Église. Tout change trop vite. Beaucoup de croyants ont été élevés dans une défiance profonde envers le «monde». On leur avait dit, ils avaient cru, ils avaient constaté que le monde est redoutable pour le chrétien, plus encore par ses séductions que par ses menaces… Et soudain, volte-face de l’Église. L’optimisme le plus résolu succède au pessimisme et à la prudence. Le monde est bon… Les chrétiens doivent y être présents le plus possible. Ils n’ont rien à redouter. C’est là qu’ils trouveront Dieu, au milieu des foules, dans les enceintes des partis, au cœur des luttes syndicales… Beaucoup ne comprennent pas et s’inquiètent. Ils soupçonnent des naïvetés; ils redoutent des imprudences! LE PRÉCURSEUR, novembre-décembre 1973.

CHRISTIANISME

Le christianisme demande à l’homme une soumission absolue de son intelligence en présence de la vérité révélée. LES MÉLANGES RELIGIEUX, 1848.

CIEL (au-delà)

le ciel nous attend pour être notre repos éternel. BOURGET, Ignace. Lettre, mars 1846.

Si le ciel existe, je l’envisage comme un grand lit où les élus éjaculent éternellement. Là il n’y aura ni solitude, ni maladie, ni vieillesse, ni mort. CLÉMENT, Michel. Confidence d’une prune, Éditions du Jour, 1970.

Souviens-toi qu’à part le Ciel, tout le reste ne vaut pas la peine qu’on se donne pour l’obtenir. TACHÉ, Joseph-C. Forestiers et voyageurs, 1963.

CIMETIÈRE (mort)

Et vous trouvez ce bien, au fond du cimetière,

Que cherche vainement notre existence entière,

Vous trouvez le repos.

CRÉMAZIE, Octave. Les morts (poème).

CINÉMA

Notons que le cinéma est la seule activité humaine où d’abord l’on réalise, puis ensuite on projette. TARD, Louis-Martin. Si vous saisissez l’astuce, Éditions du Jour, 1968.

CITOYEN

Le devoir du citoyen est là tracé par la main de Dieu; celui qui s’en écarte volontairement, ou qui s’aveugle, fait plus de mal à la société que le filou qui compte la bourse de son voisin; celui-ci ne nuit qu’à sa victime, le mauvais citoyen s’attaque à la société tout entière. L’AVENIR, 31 juillet 1851.

le dernier des sujets doit être aussi libre que le plus riche. LE CANADIEN, 9 décembre 1809.

Le premier devoir du citoyen vertueux (…) c’est de croire à une justice supérieure qui lui tiendra compte de tout ce qu’il y a de sacrifices à faire dans ce monde; le second c’est d’endurer avec patience les peines et les incommodités de son passage sur la terre. Jamais vous n’aurez un bon citoyen dans l’homme qui attend sa récompense de ce monde. LE COURRIER DU CANADA, 20 février 1857.

Nous avons envers la société les mêmes obligations qu’envers notre famille; il faut que chaque citoyen agisse en vue du bien commun. GRATTON, Valmore. La Question sociale

L’âme d’un citoyen doit être grande et propre, ouverte aux nobles perspectives de l’action. Il ne suffit plus, pour être utile à son pays, de ces petites vertus qui s’exercent au coin du feu. La vertu de ce siècle doit être le désintéressement, le dévouement à tout ce qui est généreux. LAMARCHE, M.-A. Discours, 1910.

CIVILISATION

J’aime beaucoup les autres. J’aime regarder vivre les hommes, les observer dans leurs mesquineries et leurs grandeurs, sans méchancetés. Mais notre civilisation, dont on dit qu’elle est chrétienne, ne nous permet pas chaque jour d’aimer notre prochain. FILIATRAULT, Jean. Propos recueillis par J.-C. Pilon, La Presse, 17 novembre 1962.

Les structures, les vertèbres, l’entité humaine, ce qui fait que l’homme est lui et non autre, ce qui fait que l’homme peut entrer en relation avec l’autre, est détruit par la «métaphysique», les valeurs que le milieu social représente. L’homme se dissout dans le bac à l’électrolyse. C’est ce que le XXe siècle découvre. La civilisation tue l’homme. GIROUARD, Laurent. La Ville inhumaine, Éditions Parti Pris, 1963.

On vit dans une société où les gens libres (qui font ce qui plaît) sont devenus des curiosités. Pourquoi? Parce que la mode est de se caser au plus tôt, par peur du risque et de l’aventure, se mettre à l’abri dans une petite prison jusqu’à la fin de nos jours. La civilisation commence par des pionniers et finit par des prisonniers. LECLERC, Félix. Calepin d’un flâneur, Fides, 1961.

CLARTÉ

Pourquoi parler, même en vers, si on ne peut s’exprimer clairement? RAIMIER, Lucien

CLASSE SOCIALE

Les classes de chaque nation, si elles sont conduites à mener une lutte nationale, n’en conduisent pas moins une lutte qui les oppose aux autres classes de leur propre nation. Une classe veut s’imposer dans sa nation comme elle veut imposer sa nation. BOURQUE, Gilles. Classes sociales et question nationale au Québec, Éditions Parti Pris, 1970.

Infailliblement, le monde laborieux tend à se diviser en deux grandes classes séparées par un abîme. En haut, une pincée de financiers, servis par des ingénieurs, des savants, des artistes, des comptables, des hommes d’affaires, des missionnaires commerciaux plus ou moins grassement payés. En bas, un peuple de manœuvres et d’hommes de peines, gagnant juste de quoi ne pas mourir de faim, travaillant de force et n’ayant que peu de ces consolations humaines qui aident à vivre. LE MONDE, octobre 1892.

Il n’y a pas d’antagonisme entre les classes et la société. Que Dieu les a créées en harmonie, que chacune a sa place marquée d’avance, et que c’est de leur concorde seule que peuvent résulter la paix et le bien-être général. Que la constance et l’intimité des rapports du patron et de l’ouvrier ne font pour ainsi dire qu’une seule et même famille, qui grandit, prospère, ou tombe en même temps. LE NOUVEAU MONDE, mai 1872.

Mais une erreur capitale est de croire que les classes sociales sont ennemies-nées l’une de l’autre alors qu’elles ne sont opposées en fait que par manque de charité. Riches et pauvres, patrons et prolétaires, savants et ignorants, doivent s’aider réciproquement à atteindre leur fin dernière dans le ciel, et, sur la terre, leur bien-être matériel et moral. Leur amour fraternel n’aura pas pour effet de faire disparaître la variété des conditions, ni par conséquent la diversité des classes sociales, pas plus que dans un corps vivant, il n’est possible à tous les membres d’avoir la même fonction et la même dignité. PETIT, Gérard. Bases d’une cité heureuse, Fides, 1943.

CLERGÉ (prêtre)

Le clergé n’a d’empire que celui qu’on lui laisse prendre, et de puissance que celle qu’on lui abandonne.

BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Le clergé doit, dans sa vie publique et privée, demeurer neutre dans les questions qui ne touchent en rien aux principes religieux. Il doit, néanmoins, instruire le peuple de ses obligations dans l’exercice de ses droits civils, politiques et religieux; car tous doivent savoir que quand il s’agit du choix de Représentants en Parlement, de Maires, d’Officiers Municipaux, de Commissaires d’écoles, etc., ils doivent se prononcer en faveur de ceux qui de bonne foi, sont jugés capables de défendre et de soutenir ces mêmes droits. SECOND CONCILE DE QUÉBEC. Règlement disciplinaire.

Gardien de la propriété du peuple qui lui est confié, c’est au clergé à le diriger dans les voies qui le puissent sûrement mener au bonheur temporel; c’est un devoir doublement sacré que nous remplissons, en lui procurant sur le sol natal l’abondance des biens terrestres, en même temps que toutes les consolations du culte de ses pères. TURGEON, P.-F. Circulaire adressé au clergé, 1848.

CLERGÉ QUÉBÉCOIS, LE

Le désir de dominer qu’il (le clergé) a montré toujours et partout, ne lui a jamais fait négliger ce moyen puissant d’influence (l’éducation). Il a osé même prétendre que la direction de l’éducation lui appartient de droit divin. En effet, au moyen de l’éducation, il s’empare de l’esprit de la jeunesse, et d’ailleurs il ne donne à la jeunesse que l’espèce d’éducation qui lui convient pour le maintien de son empire sur les masses. Nos professeurs au collège préconisaient le gouvernement absolu comme le seul bon (…) parce que (…) il approche le plus du gouvernement paternel et qu’il est l’image la plus vraie du gouvernement de Dieu-même! L’AVENIR, 17 janvier 1850.

En politique, l’intervention cléricale est fatale à nos intérêts, à nos droits, à tout progrès utile. L’AVENIR, mars 1851.

Si le peuple canayen a survécu c’est malgré le clergé qui, lui, était prêt aux pires trahisons nationales pour conserver sa domination. BERGERON, Léandre. Petit manuel d’histoire du Québec, Éditions Québécoises, 1971.

Oui, nous vous (les évêques) respectons, mais gardez votre prestige sur le peuple et ne vous faites pas les instruments de politiciens sans conscience qui vous exploitent. BOURASSA, Henri, août 1944.

Ceux qui ont la mauvaise habitude d’accuser les Canadiens français de former un peuple conduit par ses curés n’ont rien compris à l’histoire du Canada français depuis la Conquête anglaise. Les historiens et les sociologues qui répètent cette accusation se sont-ils demandé à la suite de quelles circonstances le clergé canadien-français a été appelé à jouer un rôle prépondérant dans la société québécoise? Cette primauté cléricale n’est-elle pas l’une des caractéristiques de toute société soumise à un joug étranger? Les prêtres y deviennent – pendant au moins une longue période – les principaux leaders de leurs compatriotes que l’occupation ennemie a privé de la plupart de leurs cadres laïcs. Pourquoi tenir le clergé canadien-français responsable d’une situation qui est la conséquence de la Conquête? BRUNET, Michel. Les Canadiens après la Conquête 1759-1775, Fides, 1969.

que le peuple soit enfin arraché à l’odieuse domination, à la succion cléricale. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Le clergé d’aujourd’hui est bien le descendant de ce clergé qui forçait Copernic à dire que le soleil est immuable. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

La grande majorité du clergé de ce pays est monarchiste et ne voit le vrai en politique que dans le légitimisme. Le légitimisme laïque est souvent très libéral et généralement sincère : le légitimisme clérical est toujours hargneux, intolérant et ennemi juré des idées démocratiques! Il ne s’inspire presque jamais que des besoins de la Hiérarchie ou de prétentions ambitieuses et dominatrices. La démocratie n’a donc jamais eu les sympathies sincères du clergé, parce que sous le régime démocratique il n’est rien, pendant que sous l’ordre monarchique il est puissant. (…) plus le monde marche, moins vous (les «messieurs » du clergé) devenez nécessaires dans l’ordre moral, moins vous devenez importants dans l’ordre social, plus vous êtes déplacés dans l’ordre politique. Votre seul domaine dorénavant, c’est le confessionnal… DESSAULES, Louis-Antoine. L’Avenir, novembre 1849.

Je suis obligé de fermer les yeux sur bien des choses jusqu’à ce qu’il paroisse que la cour a la bonté de me soutenir pour établir l’ordre dans le Clergé qui scandalisent le publique par leur indépendance, leur division et leur irrégularité. Si l’on diffère plus longtemps à le corriger je crains que le mal ne devienne incurable.

DOSQUET, P.-H. Lettre à Maurepas, 1730.

(Il y a) à Québec tant d’ecclésiastiques inutiles qui, faute d’occupation, commencent à donner dans les amusements mondains, le jeu, la bonne chère et le dérèglement. Cette oisiveté fait qu’ils ne pensent qu’à chicaner, à semer la division tant entre eux qu’entre les laïques. DOSQUET, P.-H. Lettre à Maurepas, 1729.

En l’absence générale d’institutions civiles permanentes, l’église catholique a présenté presque l’unique apparence de stabilité et d’organisation, et a fourni le seul soutien efficace à la civilisation et à l’ordre. Le clergé catholique du Bas-Canada a droit à ce témoignage de mon estime, non seulement parce que tout ceci est vrai mais aussi en reconnaissance des services éminents qu’il a rendus par son opposition aux menées des mécontents. DURHAM, Lord. Rapport, 1839.

La société canadienne-française a été, depuis les débuts même de son établissement, à tel point circonscrite, contenue et dominée tout entière par le clergé et les chefs ecclésiastiques, que son histoire se confond en tout point avec celle de l’église canadienne. FALARDEAU, J.-C. Rôle et importance de l’église au Canada français, Esprit, août-septembre 1952.

Je leur reproche (aux prêtres) de nous avoir faits à dessein ce que nous sommes, ignorants, hostiles à la vérité scientifique. Je leur reproche d’être la source de notre humiliation sous prétexte d’accroître notre humilité, de nous intimider par des moyens coercitifs. (…) Oui, ils m’ont cruellement blessé. J’accuse leur système de m’avoir rendu aveugle. GOBEIL, Jules. Le Publicain, Le Cercle du Livre de France, 1958.

Vous autres, nos bons curés, vous nous avez conservés et vous n’avez jamais changé de moyens. C’est simple : on a été, on est contre, pis on sera toujours contre les Anglais. Avec les évêques, c’est toujours plus compliqué. (…) Rappelez-vous 1837. Les Troubles. Vous autres les curés, vous étiez avec le Peuple (…) Pis, tout d’un coup, bang! les évêques décident qu’on était mieux de rester fidèles à l’empire britannique. (…) Peut-être que les évêques ont pensé, parce que les Anglais restent l’autre bord de l’eau, qu’ils avaient moins de chance que les Américains de venir se mêler des affaires de la province de Québec? Ça se pourrait bien. LEMELIN, Roger. La Famille Plouffe, Le Cercle du Livre de France, 1948.

nous ayant sauvé, l’autorité ecclésiastique en conservera l’habitude et tendra ensuite à nous sauver de la vie. Ayant eu peur avec raison, elle transposera sa peur dans l’illusoire, craindra tout ce qui n’est pas elle et développera une xénophobie radicale dont la logique l’amènera sinon à refuser l’humain du moins à l’adultérer, à l’amenuiser. LE MOYNE, Jean. Convergences, HMH, 1961.

Pendant bon nombre d’années, le clergé catholique de ce pays était à peu près le corps le plus instruit (…) les villes seules possédaient presque tous les laïcs vraiment instruits. Dans un tel état de choses, bien entendu que le curé de campagne fut obligé de faire toute la besogne (…) Mais depuis ce temps, l’éducation s’est répandue peu à peu parmi nous et les meilleures choses ont des abus (…) mais beaucoup de nos docteurs de campagne n’ont qu’une demi-éducation, et voilà l’origine de tous les troubles (…) Le clergé, la première source de l’éducation parmi nous n’a donné des verges que pour le fouetter.

La Minerve, avril 1831.

le clergé a le mérite de conserver ses traditions et la langue française au Canada. NAPOLÉON, Prince, 1861.

ce que prêchent les fanatiques du Haut-Canada, que les Canadiens français du Bas-Canada sont menés par le bout du nez par leur clergé : «That they are priest-ridden.» On sait qu’il n’y a rien qui fait autant de tort à nos intérêts que ce préjugé qui se répand rapidement dans cette partie de la province. (…) S’il est du devoir du curé d’intervenir et de désigner le candidat digne des suffrages, il s’en suit évidemment que ses paroissiens, en bons catholiques, doivent suivre les recommandations de leur pasteur. Ainsi abolissons donc les journaux, les tribunes politiques, et déclarons que le prêtre est tout dans la société et que le citoyen n’est rien, si ce n’est un automate docile à la volonté du premier. LE NATIONAL, cité dans Le Pays, novembre 1856.

Il faut s’affranchir du clergé, corps composé de sujets extrêmement minces et qui pour la plupart ne sont distingués que par la coupe de leur habit. PAPINEAU, Louis-Joseph. 1837.

(Au temps de Mgr Briand) il y avait plus de respect pour le clergé et moins d’yeux ouverts pour observer ses démarches. Les fidèles étaient plus dociles et encore à l’abri des effroyants progrès qu’ont faits dans les esprits les principes de liberté et de démocratie… PLESSIS, J.-Octave. Lettre, 1815.

Nous ne pouvons nous rendre qu’un compte très avantageux du bon exemple que les ecclésiastiques continuent de donner au pays par leur zèle et de l’attention avec laquelle ils travaillent au salut des peuples.

RAMEZAY, Claude de et BÉGON, Michel. Lettre, 1715.

C’est le clergé qui nous a tenus arriérés, dit Morency. – Non, non. C’est nous autre mêmes. C’est notre défaut national (…) – On fait comme les chiens, on lèche la main de celui qui nous bat. RICHARD, J.-Jules. Le Feu dans l’amiante, 1956.

Le mot du curé d’Ars, dont l’exemple a influencé des générations de clercs, pourrait avoir été dit par un grand nombre de curés canadiens : «Je désire une paroisse pauvre et petite que je pourrai mieux gouverner et où je pourrai me sacrifier plus facilement». SAVARD, Pierre. Québec 68, mai 1968.

Par le fait des circonstances, et du reste pour le salut de la race qui lui était confiée, l’Église a été amenée à assumer des fonctions excessives, à vrai dire anormales, qu’elle ne veut plus partager. Comme certains parents, elle a quelque peine à admettre que ses enfants spirituels, devenus grands, s’émancipent.

SIEGFRIED, A. Le Canada, Colin, 1956.

Je ne pardonnerai jamais au clergé québécois le mal qu’il nous a fait, en tant que peuple, en nous endormant de sornettes, en nous maintenant pendant si longtemps dans cet état de sous-développement intellectuel et spirituel où tant des nôtres se sont enlisés, se complaisent encore. SIMARD, Jean. Nouveau répertoire, HMH, 1965.

La mentalité de la population est sous l’influence très puissante et directe du bas clergé et celui-ci est (…) sous le contrôle immédiat de ses supérieurs. C’est les cas dans le Bas-Canada tout spécialement à un degré que je n’ai vu dans aucun pays. BARON DE SYDENHAM. Lettre, 1841.

Les ecclésiastiques sont toujours fort réguliers et ponctuels à faire pratiquer au peuple tous les devoirs du christianisme et il n’y a rien à désirer d’eux au-delà de ce qu’ils font.

VAUDREUIL, Philippe de Rigaud de et BÉGON, Michel. Lettre, 1714.

CLÉRICALISME

Le cléricalisme est un mal et on ne peut l’approuver. Il nuit à l’Église, trouble l’harmonie au sein de la communauté ecclésiale et détourne les clercs de leurs devoirs spirituels. Il nuit à l’État en lui fournissant un prétexte pour ne pas prendre ses responsabilités dans les domaines qui lui appartiennent. Bannir le cléricalisme, c’est servir l’Église. DION, G. et O’NEIL, Louis. Le Chrétien en démocratie, Éditions de l’Homme, 1961.

CLÉRICALISME AU CANADA FRANÇAIS, LE

Que le cléricalisme soit la plaie de notre chrétienté, c’est un lieu commun de notre sociologie que tous les étrangers soulignent.

RIOUX, Bertrand. Réflexions sur notre chrétienté, Cité libre, novembre 1960.

CLOCHE

C’est une pieuse relique :

On peut la baiser à genoux;

Elle est française et catholique

Comme les cloches de chez nous.

BEAUCHEMIN, Nérée. Les Floraisons matutinales, 1897.

CŒUR (sentiment)

Pour bouleverser la mer il faut la tempête, mais pour troubler le cœur, jusqu’au fond, que faut-il?… Hélas! un rien, une ombre. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

Ah! mon cœur est un gouffre insondable et béant

Où le désir écume et bout comme une braise,

Et, pauvres oiseaux fous qu’attirait le néant,

Tous mes amours sont là tombés dans la fournaise.

DANTIN, Louis. Le Coffret de Crusoé, Éditions Albert Lévesque, 1932.

Le cœur est une forte pièce. MARIE DE L’INCARNATION

COLISÉE

Quand je te vois, gisant sur ton lit de poussière,

Immense Colisée aux arceaux surannés,

Je me die que sans doute, ô grand monstre de pierre,

Tu cuves les festins que César t’a donnés!

ROUTHIER, Adolphe-Basile. Les Échos, 1882.

COLLECTIVITÉ (civilisation; société)

le but même de la collectivité, c’est de mieux assurer les libertés personnelles. (Ou alors on est fascistes…) TRUDEAU, Pierre-Elliot. Le Fédéralisme et la société canadienne-française, HMH, 1964.

COLONIE

On ne s’est pas proposé de s’étendre sur l’utilité des Colonies. Il y a peu de personnes aujourd’hui qui ne conviennent qu’elles ne soient en quelque sorte nécessaire à un grand État. BARON DE LA GALISSONNIÈRE. Mémoire, 1750.

on n’establit (des colonies) que pour l’utilité des pays qui les forment. LOUIS XIV. Mémoire du Roy, 1704.

COLONISATION AU CANADA FRANÇAIS, LA

Le moyen qui a été jugé le plus efficace pour opérer un si grand bien (la colonisation) est le même que celui usité dans la Propagation de la Foi, parce que d’abord vous y êtes accoutumés et qu’ensuite il est facile et à la portée des pauvres comme des riches. Les deux associations vont se donner la main, car elles sont sœurs et filles de la divine charité… L’association des Établissements canadiens dans les Townships est une œuvre de foi autant qu’une œuvre patriotique. BOURGET, Ignace. 1848.

Que tous les Canadiens continuent cette noble et patriotique œuvre de la colonisation de nos terres inoccupées. Les sacrifices faits dans ce but ne peuvent qu’attirer la bénédiction du ciel. CIRCULAIRE adressé au clergé de la province ecclésiastique de Québec, 1871.

Rien ne doit être négligé pour facilité l’établissement des Townships aussi bien que des seigneuries qui ne le sont pas encore entièrement. Votez pour la colonisation des terres incultes mises à la portée des classes pauvres. DORION, J.-B.-E. Manifeste de J.-B.-E. Dorion aux électeurs du comté de Champlain… 1851.

COLONISATION FRANÇAISE

Pour les hommes de France, coloniser, c’est créer de la civilisation (…) Quelle noblesse dans l’attitude de la France à l’égard des nations indigènes! GROULX, Lionel. La Naissance d’une race, Bibliothèque de l’Action française, 1919.

COMBAT DU LONG-SAULT (Dollard des Ormeaux; Long-Sault, combat du)

COMMERCE

Le commerce n’est jamais un état sûr : (…) tout est incertain pour un peuple qui se voue tout entier au commerce sans ménager d’autres ressources. LE CANADIEN, janvier, 1808.

On dit que ce commerce (des bois) enlevait les hommes à l’agriculture, qu’il produisait le dérèglement des mœurs, qu’il n’était pas lucratif même pour ceux qui l’exerçait et qu’il n’avait enrichi que quelques marchands de la Grande-Bretagne. On en pourrait dire autant de tout commerce et même de presque toutes les professions… Il est même des sources d’immoralité que le commerce aide essentiellement à tarir; ce sont la misère et le besoin pressant. LA GAZETTE DE QUÉBEC, 1821.

Le commerce est le meilleur lien pour attacher les colonies aux pays qui les ont formés; c’est un lien d’intérêts et de besoins mutuels, sur lesquels on peut en tout temps se fier. LA GAZETTE DE QUÉBEC, 1820.

Le commerce fait la richesse et conséquemment la puissance des États. COMTE DE MAUREPAS, Mémoire, 1745.

Qu’on compte un peu moins sur l’argent mis en circulation par le commerce; le commerce est essentiellement agiotage et l’agiotage qui peut par circonstance faire la fortune de quelques individus, ne fera jamais celle d’une nation. LES MÉLANGES RELIGIEUX, 1843.

COMMERCE ET LES QUÉBÉCOIS, LE

Le commerce, à qui l’agriculture est sacrifiée et qui est à la base de toutes les grandes fortunes de cette époque (qui a suivi la Conquête), n’est guère praticable qu’aux Anglais. Sous un régime où les vaisseaux anglais sont seuls admis dans les eaux canadiennes et où les échanges avec les États-Unis sont presque impossibles, les Canadiens de vieille souche, désavantagés par la langue et leur inexpérience, manquant de crédit, sont forcés d’abandonner aux nouveaux venus l’importation comme l’exportation. Cette situation durera jusqu’au commencement du 20e siècle, et pour les mêmes causes, auxquelles viendra s’ajouter la résignation fataliste d’un peuple habitué à la pauvreté. ASSELIN, Olivar. Les Canadiens français et le développement économique du Canada, L’Action française, mai-juin 1927.

Le Canada ne peut jamais être un pays ou un État commerçant. (…) le Canada ne peut jamais arriver à un grand degré de prospérité par le commerce et (…) sa tendance naturelle est du côté de l’agriculture qui est, dans tous les états, le moins précaire. LE CANADIEN, 1808.

Il y en a quelques-uns (parmi les Canadiens français) qui sont engagés dans les branches inférieures du commerce; ils tiennent des magasins et de petites boutiques de campagne, demi-auberges et demi-magasins, mais généralement ils ne sont pas un peuple commerçant et de ceux qui se sont occupés du commerce, peu sont parvenus à se distinguer ou à y amasser beaucoup de biens.

MCGILLIVRAY, Simon. 1828.

Le commerce a fait de la ville de Montréal ce qu’elle est. Qu’elle perde son commerce et elle tombera.

La Minerve, 1845.

Venons au commerce. C’est peut-être sur cet article que les Canadiens ont le plus d’obstacles à vaincre. Ils n’ont pas fait à cet égard tout ce qui est à leur portée. D’abord très peu de Canadiens savent le commerce pour l’avoir étudié et l’avoir appris. (…) Les Canadiens engagés dans le commerce autrefois s’en sont graduellement retirés. (…) Ils ont, dit-on, eu souvent à se plaindre de défaut d’exactitude de la part de ceux à qui ils s’adressaient, soit ici, soit en Angleterre pour se tirer des marchandises quand ils ont voulu tenter le commerce d’outre-mer. LA MINERVE, 1829.

Il est naturel de supposer que dans une colonie l’affluence des capitaux de la métropole doit jeter le haut commerce entre les mains des nouveaux venus (…); c’est ce qui est arrivé dans ce pays. (…) nous (les Canadiens) n’avons aucune protection hors de ce pays; nous ne nous servons pas des capitaux étrangers pour nous en créer à nous-mêmes. (…) Tandis que nous sommes partout ailleurs au moins les égaux des étrangers, ils sont nos maîtres en fait de commerce; nous ne sommes que leurs employés ou les détaillants; (…) Pourtant nous pouvons avoir aussi la supériorité en ce genre. LA MINERVE, 1832.

COMMONWEALTH

Étant (donné) les liens de sang et les traditions qui nous unissent au Commonwealth, il est inconcevable que nous puissions jamais rompre avec ce groupement de nations libres, groupement parfois étrange, sans cesse changeant et incontestablement puissant. Notre indépendance au sein du Commonwealth, nous l’avons conquise peu à peu, mais une fois devenus autonomes, nous avons opté pour la coopération avec nos partenaires. WILGRESS, L.D. Discours, 1952.

COMMUNICATION (diffusion, techniques de)

COMMUNISME

le communisme nie le spirituel, Dieu et l’au-delà; il rabaisse l’être humain et falsifie les notions de liberté, d’égalité et d’État. Sa conception du mariage, en sapant les bases de la famille, cellule de la société, et ses théories de l’autorité civile, constituent des ferments d’anarchie. DELORME, J. et BOUILLÉ, L. Questions de vie politique, Montréal, Ministère de la Jeunesse, 1951.

Le communisme se glisse dans l’ombre comme une vipère, il tâche de pêcher dans l’eau trouble et essaie de soulever les ouvriers contre leurs patrons, contre la religion et contre le clergé… PARENT, C.-E. 1944.

Viser à rendre tous les peuples heureux; faire en sorte de donner aux plus déshérités au moins le pain dont ils ont besoin pour calmer leur faim et leur rendre la bonne humeur; accorder aux diverses nationalités la facilité de se déployer selon la ligne normale de leurs aspirations nationales, religieuses et culturelles; aider les peuples à établir leur économie de telle sorte qu’ils ne soient pas toujours les valets d’un groupe de pays qui les subjuguent, les exploitent, en suscitant ainsi chez eux les sentiments de haine et de rancœur; voilà (…) un exposé très incomplet et très imparfait des moyens qui, moins coûteux et moins inhumains que la guerre, n’en constituent pas moins la première et la meilleure arme contre le communisme. POULIN, Raoul. Débats, Commune du Canada, septembre 1950.

De quelque nom qu’il se couvre, le communisme reste condamnable. Le Devoir, octobre 1943.

COMMUNISME AU CANADA, LE

Aller combattre le communisme au loin avec des armes, c’est peut-être bien; mais il eût été bien plus sage de commencer par le museler chez nous, en empêchant sa propagande de prendre pied et de se répandre, en refusant à ses zélateurs la facilité de se promener partout (…) et surtout le droit de se porter candidats aux élections. (…) J’aurais voulu (…) que les œuvres communistes au pays fussent mises hors la loi. POULIN, Raoul. Débats, Commune du Canada, septembre 1950.

CONDITION

Mieux vaut être tête de souris que queue de lion.

Proverbe québécois.

CONFÉDÉRATION CANADIENNE

A Autonomie provinciale

C Canada

Canada anglais

Canada français

Canadiens

Conférences fédérales-provinciales

D Dominion

F Fédéralisme décentralisé

Fédéralisme coopératif

P Parlement de Canada

Politique au Canada, la

R Rapport de la Commission (Rowell-Sirois) des relations entre le Dominion et les provinces

U Unité nationale au Canada

les Canadiens français se sont imaginé que la Confédération signifiait, ou du moins finirait par signifier, une association dans l’égalité avec les Anglo-Canadiens, que le Canada, tout le Canada, serait légalement leur patrie, et qu’en conséquence il y seraient partout chez eux et que leur communauté nationale recevrait l’égalité de traitement dans les organismes fédéraux ainsi que dans les systèmes scolaires des autres provinces. Ils ont dû vite déchanter et comprendre, mais un peu tard, que la Confédération avait fait d’eux une minorité dont la langue serait tout au plus tolérée dans les services fédéraux et proscrites dans les écoles de toutes les autres provinces que le Québec. ARES, Richard. Conférence, 1967.

La Confédération, les statistiques nous forcent à le reconnaître, a été bonne et généreuse pour le groupe britannique et pour la langue anglaise, mais elle s’est montrée d’une implacable dureté pour le groupe français et pour la langue française. En un siècle, le Canada anglais s’est enrichi de deux millions et demi de nouvelles recrues, alors que le Canada français s’appauvrissait d’un demi-million des siens; le premier n’a jamais connu autre chose que la pleine liberté de s’exprimer et de croître d’un océan à l’autre, le second a été réduit, hors du Québec, à une sorte de ghetto d’où ses membres ne pouvaient s’échapper qu’en trahissant leur langue et leur culture propres. ARES, Richard. Relations, numéro 267

la confédération canadienne, née d’une entente entre les quatre provinces pionnières, est d’abord et surtout un pacte d’honneur entre les deux grandes races. ASSEMBLÉE NATIONALE DU QUÉBEC, Loi instituant une commission royale d’enquête sur les problèmes constitutionnels, 1953.

On aura peut-être (avec la Confédération) la gestion de nos ponts, chaussées et rigoles de notre localité, mais la moindre affaire devra, il est plus que probable, être passée au congrès général où nous serons toujours en minorité. L’AVENIR, 1847.

L’objet de cette union c’est de prolonger la durée du système colonial (…) c’est le même système de restriction, de privilège et de dépendance, qui détruit aujourd’hui toute prospérité parmi nous, pendant que nos voisins jouissent d’un bonheur et d’une prospérité immenses sous un système de liberté (…) cette confédération n’est par rapport à nous que l’addition de la représentation de Nouveau-Brunswick au Haut-Canada. Nous entrerons dans cette confédération comme un sixième quant à notre force, et nous y entrerons sans communauté d’intérêts, sans sympathie pour les cinq sixièmes de cette confédération composée d’une nationalité étrangère. À cette nationalité étrangère appartiendra le pouvoir. L’AVENIR, 1848.

Il est tout à fait normal – c’est l’essence même du fédéralisme – que des provinces versent plus à Ottawa qu’elles n’en retirent. (…) La véritable question est de savoir, bien au-delà des sommes versées et des argents reçus, s’il y a des avantages économiques et politiques à unir ses efforts à ceux des autres. BÉLANGER, Michel. Les dépenses du gouvernement fédéral au Québec et les revenus qu’il en retire, 1968.

la seule considération que nous aurons le contrôle de nos affaires dans le Bas-Canada, avec la confédération, m’engagerait à voter en faveur du projet. BELLEAU, N. 1865.

Les Canadiens français ont été en majorité favorables à la Confédération, il y a cent ans, parce que c’était là la seule solution réaliste qui s’offrait à eux et même ceux qui s’y opposèrent se contentèrent d’affirmer qu’elle était prématurée et n’offrirent pas une solution de rechange. La Confédération s’est réalisée parce que les Canadiens anglais avaient besoin que les Canadiens français en soient et que ceux-ci ne pouvaient alors devenir indépendants. BONENFANT, Jean-C. Les Canadiens français et la naissance de la Confédération, Société historique du Canada, 1966.

Pour nous faire avaler la Confédération, les politiciens – et aussi (Henri Bourassa) – nous l’ont représentée comme l’achèvement le plus complet de notre libération politique et, dans leur imagination, ils ont fait du Canada une espèce de pays franco-britannique où, pour le charabia traditionnel, les deux grandes races, les deux cultures et forcément les deux langues, la française et l’anglaise, jouissaient de la plus parfaite égalité. Or, cette situation idyllique ne correspond ni à la réalité des faits, ni au texte de la constitution. BOUCHARD, Paul. La Nation, 1938.

Quoique nous fassions, nous serons toujours, dans le Dominion canadien, la minorité ethnique, obligée de subir la pression politique et économique de la majorité saxonne. BOUCHARD, Paul. La Nation, 1936.

au point de vue moral, il est incontestable que la Confédération est le résultat d’un pacte… Notre constitution est une constitution écrite, le résultat d’un contrat entre deux races, d’une entente entre diverses provinces. BOURASSA, Henri. Débats, Communes du Canada, 1927.

Au point de vue légal et constitutionnel, il est donc juste de dire que la Constitution de 1867 était avantageuse en principe et en droit aux Canadiens français, mais qu’en fait elle leur a été préjudiciable.

BOURASSA, Henri, Le Devoir, février 1918.

La Confédération (…) fut la résultante d’un contrat national. Ses auteurs avaient en vue deux objets principaux : grouper les diverses colonies anglaises de l’Amérique du Nord et mettre fin aux conflits séculaires des deux races. Le second de ces objets occupe une place plus importante que le premier dans l’esprit des hommes d’État du Haut et du Bas-Canada. BOURASSA, Henri, La Langue française au Canada, 1915.

La Confédération a vécu, en puissance. Durera-t-elle 20 ans ou 30 ans, je l’ignore; mais elle doit se dissoudre un jour. En annexant cet immense territoire de l’Ouest, où devrait pénétrer l’influence américaine, les pères de la Confédération ont fait une erreur capitale. BOURASSA, Henri, Le Devoir, 1921.

La formule fédérative est certes la forme de gouvernement qui assurera aux Québécois le plus haut niveau de bien-être, leur développement culturel, leur présence active dans la communauté des peuples, en particulier des peuples francophones. Mais tout cela ne se réalisera qu’à la condition de corriger les abus et les glissements qui ont amoindri l’expérience du fédéralisme depuis cent ans.

BOURASSA, Robert. Cité dans Le Séparatisme? Non! Cent fois non! Les Presses libres, 1970.

Le jour où les Québécois commenceront à penser en Français, la Confédération sera foutue. L’action passe par la réflexion. La réflexion suppose un instrument de travail, la langue, qui permette de faire des analyses, sinon on balbutie.

BOUTHILLIER, Guy. Cité par Micheline Lachance, Québec-Presse, 11 février 1973.

La plus grave des difficultés soulevées par la Confédération est celle d’une planification intégrale presqu’impossible par le fait que la province (le Québec) na possède pas les pouvoirs fiscaux, monétaires et commerciaux qui garantissent le succès de la planification comme dans les pays unifiés. BOUVIER, Émile. L’autodétermination de l’économie de la province de Québec, La Revue de l’Université de Sherbrooke, mai 1964.

For Quebec federation is a pact of two peoples and not merely of ten provinces. When it insists upon unanimity in amendments affectings provincial powers, it does so to make this pact secure. It has no wish to be in the position of coerced minority. Thus the difficulties of the amending process merely serve to illustrate the complex character of Canadian federalism and the cultural base upon which it rests. BRADY, Alexander. Democracy in the Dominion, 1952.

Cent années se sont écoulées de puis la Conquête. Et voici que les descendants des vainqueurs et des vaincus sont assis à côte les uns des autres. Tous, ils reconnaissent que par le cœur, ils sont attachés à la Couronne britannique. Ensemble, du fond de leur conscience, ils délibèrent sur les meilleurs moyens de faire participer leur pays aux bienfaits des institutions britanniques et cherchent à créer sur ce continent une nation puissante, tout en restant en liaison étroite avec la Grande-Bretagne. Où, dans quelles pages de l’histoire, trouverions-nous une situation semblable? BROWN, George. Discours, 1867.

Sinon du point de vue strictement légal, du moins de celui des faits et de l’équité, et dans l’esprit de ses auteurs, la constitution de 1867 est le résultat d’un pacte d’honneur entre les vainqueurs et les vaincus de 1760. BRUCHESI, Jean. Histoire du Canada pour tous, Beauchemin, 1935.

Le plus grand calme règne dans notre politique. Nous glissons tout doucement, à la dérive, vers la Confédération. L’opinion publique est indifférente et comme résignée. LE CANADIEN, août 1866.

L’autorité du gouvernement central prévaudra lorsqu’elle viendra en conflit avec celle des assemblées législatives des provinces, et de même toute question non attribuée spécifiquement dans cette mesure législative, s’il y en a, relèvera du gouvernement central. LORD CARNAVON, 1867.

Le Bas-Canada est jaloux et fier, à bon droit, de ses coutumes et de ses traditions ancestrales; il est attaché à ses institutions particulières et n’entrera dans l’union qu’avec la claire entente qu’il les conservera… C’est avec ces sentiments et à ces conditions que le Bas-Canada consent maintenant à entrer dans cette Confédération. LORD CARNAVON

La question se réduit à ceci : il nous faut ou avoir une confédération de l’Amérique britannique du Nord ou bien être absorbé par la confédération américaine. CARTIER, Georges-Étienne. Discours 1865.

cette confédération ne devrait pas se réaliser si elle devait faire disparaître ou seulement affaiblir le lien qui nous attache à la Grande-Bretagne. Je suis pour la confédération, parce que je pense que l’établissement d’un gouvernement général donnerait plus de force encore à ce lien qui nous est si cher à tous. CARTIER, Georges-Étienne. Discours 1864.

.. la Confédération est une union monétaire. Ce fut d’ailleurs une des raisons importantes de sa création.

CHAMBRE DE COMMERCE DE LA PROVINCE DE QUÉBEC. Rapport du comité sur les problèmes constitutionnels, 1968.

Nous sommes peut-être à la veille de jours sérieux, d’une forte tempête pour la vigne nationale. La plante est tendre et le climat est rigoureux. Tous ces plans de fédération dont on parle, plus ou moins, sont autant de signes précurseurs qui nous annoncent l’orage qui gronde autour de nous. C’est le moment de se rallier autour de la vigne pour lui prodiguer tous les soins dont nous sommes capables. DORION, J.-B.-E. Le Défricheur, décembre 1862.

La Loi de l’Amérique du Nord britannique est donc une loi, mais une loi qui tire son origine d’un pacte préalable. Pour modifier cette loi, il est donc logique que ce soient les parties contractantes qui aient le droit de conclure une nouvelle entente. DUHAMEL, Roger. L’amendement à la constitution canadienne, L’Action nationale, août-septembre 1943.

La Confédération a été fondée contre le principe de M. (Louis) Saint-Laurent, principe selon lequel le gouvernement d’Ottawa a le droit de tout prendre et les provinces auraient les restes, s’il s’en trouve. C’est une politique qui n’est pas juste, qui n’est pas canadienne. Elle est contraire à la constitution. Si elle fait l’affaire des provinces anglaises, elle ne fera pas l’affaire de la province de Québec. Nous ne l’accepterons jamais. (…) L’accepter, cela serait remplacer notre droit de propriété, notre maîtrise chez nous dans tous les domaines par le titre et la fonction de pensionnaire. DUPLESSIS, Maurice. Discours, 1954.

Le pacte fédératif est une convention qui ne saurait être amendée, surtout sur une question vitale, sans le consentement unanime de toutes les parties contractantes. C’est un traité conclu entre les deux grandes races du pays. DUPLESSIS, Maurice. Télégramme adressé à W.L. Mackenzie King, 1943.

(La Confédération 🙂 un nouvel exemple (…) de l’alliance du pot de fer avec le pot de terre. FONTAINE, Raphaël. Le Journal de Saint-Hyacinthe, 1864.

Nous pouvons espérer que dans un avenir assez rapproché nous consentirons à entrer dans une union législative au lieu d’une union fédérale comme celle qui est aujourd’hui proposée. Nous aurions tous désiré une union législative, et voir le pouvoir concentré entre les mains du gouvernement central (…) mais nous avons vu qu’il était impossible de le faire tout de suite. GALT, A.T. Discours, 1865.

nous devrions avoir une constitution essentiellement canadienne, faite au Canada, par des Canadiens et pour les Canadiens. Elle (la province de Québec) considère que la constitution canadienne doit être complètement affranchie de tout vestige de colonialisme. LE GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Mémoire soumis au comité des procureurs généraux, 1950.

Dans l’opinion du gouvernement de Québec, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique est la ratification d’un pacte d’une nature nettement contractuelle. LE GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Mémoire soumis à la commission Rowell-Sirois, 1938.

après plus d’un demi-siècle d’existence, la Confédération canadienne reste encore un géant anémique porteur de maints germes de dissolution. GROULX, Lionel, 1927.

Ce mal de la conquête s’est aggravé, depuis 1867, du mal du fédéralisme. (…) Notre situation particulière dans l’alliance fédérative, l’isolement de notre province catholique et française au milieu de huit provinces à majorité anglaises et protestantes, le déséquilibre des forces qui s’ensuit, accru quelquefois par la politique hostile de quelques gouvernants, entraînent peu à peu la législation fédérale vers des principes ou des actes qui mettent en péril nos intérêts fondamentaux. Le système politique de notre pays, tel qu’en voie de s’appliquer, ne conduit pas à l’unité, mais tout droit à l’uniformité. GOURLX, Lionel. L’Action française, 1921.

(La Confédération) paraît s’en aller inévitablement vers la rupture. L’issue paraît certaine aux esprits les plus clairvoyants; la date seule de l’échéance reste encore dans l’inconnu. GROULX, Lionel, 1922.

le régime fédéral actuel (…) brime les droits fondamentaux des Canadiens français, ne leur accorde pas l’égalité avec les autres citoyens du Canada et les assujettit à la domination de la majorité anglo-canadienne. GROULX, Yvon. Rapport du président général, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1967-1968.

(L’Acte de l’Amérique du Nord britannique) n’a été que l’acte du Parlement impérial légalisant la convention. Les parties du pacte sont seules à pouvoir le changer.

GUTHRIE, Hugh. Débat, Communes du Canada, 1927.

La Confédération est un cadre, mais quand le cadre devient carcan, il faut le changer. JOHNSON, Daniel.

Que les règles du fédéralisme et les principes consacrés par la Constitution n’aient pas été respectés, c’est une aveuglante vérité que l’immense majorité des anglophones ne veut pourtant pas admettre. JULIEN, Claude. Le Canada, dernière chance de l’Europe, Grasset, 1965.

Le Dominion a des pouvoirs extrêmement limités, parce que la fédération était une convention conclue par les provinces entre elles, et l’on reconnaît que le Parlement fédéral ne peut légalement modifier les termes de ce contrat sans le consentement général des provinces. KEITH, A.B. The Constitution, Administration and Laws of the Empire, 1924.

Nous devons nous ôter de l’idée que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique est un «contrat» ou un «traité». Je ne veux pas examiner de dernier point, mais il n’est fondé ni au point du vue historique, ni au point de vue juridique. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique est une loi et elle a toujours été interprétée comme telle. KENNEDY, W.P.M. 1935.

La Confédération était dotée de presque toutes les caractéristiques par lesquelles un pays est défini en droit international (…) Malheureusement, un attribut essentiel lui manquait, celui qui donne la vie aux autres, et par le lien des souvenirs et des espérances est garant d’unité et de continuité : l’esprit national. LACOUR-GAYET, R. Histoire du Canada, Fayard, 1966.

La confédération (…) offrira une immuable garantie pour nos institutions, notre langue et tout ce que nous avons de plus cher au monde. LANGEVIN, H. 1865.

La Loi de l’Amérique du Nord britannique est un traité, parce qu’elle reproduit les 72 Résolutions, qui, elles sont un traité formel, conclu par des parties capables, avec leur libre consentement, portant sur un objet licite, négocié, rédigé et ratifié comme tout traité. LANGIS, P.-P. Nature juridique de la constitution canadienne, La Revue du Droit, mai, 1939.

Le pouvoir fédéral est l’enfant des provinces; il n’en est pas le père. LAPOINTE, Ernest. Débats, Communes du Canada, 1925.

Les diverses colonies ont conclu entre elle une convention déterminant les pouvoirs du Parlement central et du même coup les pouvoirs des différentes provinces (…) et cette convention a été ratifiée par le Parlement impérial de l’époque. (…) Nombre d’autorités en droit constitutionnel maintiennent que ce traité ne peut être modifié et il me semble qu’en justice aucune modification n’y devrait être acceptée sans le consentement préalable de tous les signataires. LAPOINTE, Ernest. Débats, Communes du Canada, 1924.

la Confédération ne nous apparaît nullement comme un danger qu’il faille redouter. LAROQUE, C. Lettre pastorale, juin 1867.

La Confédération est un pacte (…) On ne devrait y toucher que dans les cas de nécessité réelle et après que les provinces auront eu l’occasion de se prononcer. LAURIER, Wilfrid. Débats. Communes du Canada, 1907.

C’est un fait historique qu’en l’absence de la population française du Québec, l’union des provinces de l’Amérique du Nord britannique aurait été une union législative. La population française du Québec n’aurait jamais consenti à une telle forme, puisqu’elle aurait signifié sa disparition en tant qu’élément distinct. C’est le Québec qui suggéra la forme fédérale et elle doit être acceptée avec toutes ses conséquences. LAURIER, Wilfrid.

Le fédéralisme au Canada (…) repose sur la souveraineté du Parlement fédéral et des législatures provinciales dans leurs domaines respectifs de juridiction. LESAGE, Jean. 1960.

l’union fédérale est le résultat d’un traité, et la province de Québec n’a voulu souscrire à ce traité qu’à des conditions qui lui permissent de vivre, à côté des autres nationalités du Canada, sans craindre ni pour son autonomie, ni pour son prestige dans la Puissance. MIGNAULT, P.-B. Manuel de droit parlementaire, 1889.

La Confédération consacre l’existence et la puissance des principes monarchiques sur ce continent. Tous les faux libéraux, tous les partisans des formes de gouvernement radicales, tous les admirateurs outrés de la domination par les masses, repoussent la confédération parce qu’elle vient contrecarrer leurs désirs et leurs besoins. LA MINERVE, 1867.

la confédération n’est pas une menace pour la religion (catholique) et la nationalité (canadienne-française). LA MINERVE, 1867.

Canadiens, rallions-nous tous autour du nouveau drapeau. Notre constitution assure la paix et l’harmonie. Tous les droits seront respectés; toutes les races seront traitées sur le même pied, et tous (…) nous formerons un État puissant, capable de lutter contre les influences indues de voisins forts (…) Nous ne craindrons plus l’annexion. LA MINERVE, 1867.

L’union des colonies, c’est la consécration de notre existence politique et nationale et la garantie de notre avenir. LA MINERVE, 1865.

C’est pour nous assurer un force et des moyens de défenses suffisants (contre les États-Unis d’Amérique) que nous désirons une union de toutes les provinces destinées en cas de guerre à marcher sous le même drapeau. LA MINERVE, 1865.

..la confédération sera le coup de grâce donné à l’œuvre de Lord Durham, bien loin d’en être la continuation. LA MINERVE, 1864.

La constitution actuelle n’est pas très ancienne, mais déjà on sait, on comprend qu’elle est insuffisante, étroite et surtout obscure. C’est cette obscurité, cette ambiguïté qui est la cause des embarras actuels. LE MONDE, 1894.

Il est bien entendu que nous sommes entrés, nous Canadiens français, dans la Confédération grâce à une liste de droits parfaitement définis et garantis. Si, aujourd’hui, cette définition et cette garantie sont niées, oubliées, mises de côté, nous devons cesser d’être partie au contrat. LE MONDE, 1894.

On s’apercevra que l’intention des auteurs du plan de Québec était de constituer une forte autorité centrale dotée de pouvoirs suprêmes et d’établir dans les diverses parties de l’union des organisations provinciales subalternes et ayant un caractère purement municipal pour l’administration des affaires strictement régionales. LORD MONK. Lettre, 1866.

Jamais Ottawa, ni aujourd’hui, ni à aucun autre moment depuis le début de la Confédération, n’a remis une de ses compétences aux provinces, de cela il résulte que rien n’arrêtera les tendance normale et conforme à la dynamique du fédéralisme canadien vers la centralisation des pouvoirs gouvernementaux déterminants.

MORIN, Claude. Le Combat québécois, Éditions du Boréal Express, 1973.

Pour un Canadien français, la Confédération est un pacte conclu entre quatre provinces et entre les deux principaux groupes ethniques. Les conférences de Charlottetown et de Québec ont défini les termes du pacte. Londres n’a fait que sanctionner cette entente. MORIN, Rosaire. L’Immigration au Canada, Éditions de l’Action nationale, 1966.

En approuvant la Confédération, nous avons tout approuvé (…) l’idée de former une nationalité canadienne et de comprendre dans cette nationalité tous les habitants des provinces. Mais les Canadiens d’origine française n’ont pas renoncé par là à leur langue ni à leur lois, ni à leurs institutions. LE NOUVEAU MONDE, 1877.

La Confédération a besoin de Québec, comme contrepoids; et Québec trouve également dans la Confédération la garantie de son autonomie. LE NOUVEAU MONDE, 1872.

Le prétendu pacte de la Confédération n’existe pas. O’CONNOR, W.F. Rapport, 1939.

la Confédération comme on l’appelle n’est pas une confédération (…) ce n’est pas un contrat (…) il n’y a pas de raison, excepté dans des cas très spéciaux, pour que le consentement de toutes les provinces soit nécessaire pour modifier la constitution.

OLIVIER, Maurice. 1935.

La nature et leur intérêt réciproque enseigneront aux pays qui bordent le Saint-Laurent du former une espèce de confédération, soit à l’instar de celle des États-Unis, soit sur d’autres principes… et c’est ce qui arrivera probablement aussitôt que le temps de leur indépendance sera venu. PARENT, Étienne. Le Canadien, avril 1833.

l’existence de la Confédération, loin d’être rentable pour le Québec, défavorise son développement.

PARTI QUÉBÉCOIS. Le «coup» du fédéralisme, Éditions du Parti Québécois, 1972.

Dans l’intérêt du Bas-Canada le parti libéral devra chercher à donner plus d’élasticité au lien fédéral, et à repousser les éléments de centralisation dans la distribution des pouvoirs, dans le patronage du gouvernement et dans la constitution même des diverses branches des différentes législatures, de manière à en faire une véritable confédération et de nous éloigner le plus possible des principes adoptés et qui font de la confédération actuelle plutôt une union législative qu’une union fédérale. LE PAYS, 1867.

Puisque le ministère actuel n’a pas l’intention de demander au peuple son opinion sur les changements constitutionnels qu’il nous prépare, il faut que ce dernier prenne l’initiative et qu’il prouve qu’il n’est pas disposé à signer sans examen l’espèce d’arrêt de mort qu’on lui présente (le projet d’une confédération canadienne). LE PAYS, 1865.

La Confédération ne constituait peut-être pas un traité, à proprement parler, ni un pacte entre États. Mais il s’agissait d’une entente pour arriver à un règlement entre les deux races fondatrices du Canada (…) Pour les Canadiens de langue française, la Confédération créait une nation bilingue et biculturelle. Elle protégeait leur langue et leur culture dans tout le Canada. PEARSON, Lester B. Débats, Communes du Canada, 1962.

(La constitution de 1867) fut la dernière phase d’un traité, d’un pacte, d’un contrat, intervenu entre deux races (…) deux communautés religieuses (…) voulant toutes deux que cette fédération maintienne l’égalité parfaite de traitement entre ces deux groupes. PERREAULT, Antonio. L’Action nationale, novembre 1947.

I maintain Confederation is also a pact between English and French Canada. French Canadians were supposed to have been given the understanding it was a bilingual country. ROBICHAUD, Louis. Cité par Robert MacDonald, The Telegram, 17 mai 1969.

Dans la perspective d’uns saine psychologie historique, l’on peut donc correctement affirmer que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique participait à la nature d’un pacte non officiel (…) et cette conclusion paraît logique, qui affirme qu’on ne peut changer la Confédération sans le consentement officiel ou non des parties contractantes. ROTHNEY, G.O. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique, Le Quartier latin, décembre 1947.

Nous croyons qu’il est possible et souhaitable, du moins pour une ou deux générations, de maintenir au Canada un régime fédéral, à condition toutefois que ce régime consacre, dans le droit et dans les faits, la position distincte du Québec, sous la forme d’un «statut particulier». RYAN, Claude. Le Devoir, 30 juin 1967.

The Confederation compact was the outcome of an agreement not merely between separate colonies, but between the ruling classes of two nationalities. RYERSON, S.B. French Canada, 1944.

Les premiers ministres du Québec et du Nouveau-Brunswick (…) croient comme d’autres que nous en arriverons un jour au point où nous voudrons rédiger une nouvelle constitution, ici même au Canada, sous la forme, soit d’un traité, soit d’un autre document national qui soit, en apparence comme en réalité, un document vraiment canadien. Cependant, je crains que ce ne soit là un travail que nous ne puissions entreprendre immédiatement.

SAINT-LAURENT, Louis. 1950.

L’union fédérale de 1867 n’est que l’union législative de 1840 améliorée en ce qui concerne les concessions locales faites aux Canadiens français, mais également consolidée en ce qui a trait à la prépondérance britannique dans l’exercice des grands pouvoirs. Nulle égalité de fait entre les deux nationalités, nulle égalité de droits. L’union fédérale de 1867 n’est pas un échec. Elle recouvre avec exactitude la réalité sociale. Elle est l’expression continuelle d’un échec colonial d’une part, et d’une réussite coloniale d’autre part. SÉGUIN, Maurice. L’Idée d’indépendance au Québec, Éditions du Boréal Express, 1962.

En toute supposition, l’Acre de l’Amérique du Nord britannique n’est donc pas un contrat; il est une loi : et toujours il a été considéré comme tel. (…) Est-ce à dire que les tractations si graves de Charlottetown, de Québec et de Londres n’aient aucune valeur? À Dieu ne plaise! À notre avis, elles constituent une parole d’honneur de la plus haute essence : elles sont des pourparlers garantis par l’équité. Aussi, les provinces et les nationalités du Canada sont-elles tenues de les respecter. SIMARD, Georges. Le Canada d’aujourd’hui et de demain, La Revue de l’Université d’Ottawa, avril-juin 1938.

The chief weakness of Confederation is this ambition to make Canada a bilingual country. If this is the price we have to pay for confederation, I question whether or not we can pay for it. SMITH, John. Cité par Eric Dowd, The Telegram, 31 mai 1969.

Des difficultés ont surgi de cette dualité de races; et c’est pour remédier à ces difficultés qu’on a conclu le pacte de la Confédération. Ce fut l’objet essentiel de ce contrat. Les véritables parties furent deux civilisations… SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL. Le Canada, pays anglo-français, 1938.

La confédération des provinces est devenue une nécessité absolue, et (…) c’est pour nous une question de vie ou de mort. Si nous désirons demeurer anglais et monarchistes, et si nous désirons transmettre ces avantages à nos enfants, cette mesure, je le répète, nous est absolument essentielle. TACHÉ, Étienne-Pascal. 1865.

Les pouvoirs de la confédération ne devraient s’étendre, suivant nous, qu’à des objets d’une nature purement générale et ne lui être conférés, dans l’esprit et la lettre de la constitution, qu’en vertu d’une cession perpétuelle, mais limitée dans son objet, de la part des diverses provinces. TACHÉ, J.-C. Des Provinces de l’Amérique du Nord et d’une union fédérale, 1858.

Nous sommes de ceux, plus nombreux qu’on ne pense, qui n’acceptent pas la Confédération, mais qui la subissent seulement, en attendant des jours meilleurs. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, 1893.

la forme actuelle de notre gouvernement ne saurait être le dernier mot de notre existence nationale (…) Nous n’avons pas été arrachés vingt fois à la mort; nous ne nous sommes pas multipliés avec une rapidité qui tient du prodige… pour aller périr misérablement dans un grand tout quelconque. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, 1889.

La Confédération est un contrat (…) Je me demande comment un semblable contrat pourrait être modifié sans l’assentiment de toutes les parties. TASCHEREAU, Alexandre. 1930.

The British North America Act of 1867 was a formal compact… TODD, A. Parliamentary Government in the British Colonies, 1894.

It is significant that for the clause protecting minorities, the measure of Confederation would not have been accomplished. TUPPER, Charles. Débats, Communes du Canada, 1896.

La confédération et le fédération seraient préjudiciables aux intérêts du Bas-Canada, mettraient son autonomie en danger et seraient une renonciation virtuelle au plus important de ses droits, savoir : le rappel pur et simple de l’union législative actuelle. L’UNION NATIONALE, septembre 1864.

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique n’est pas un pacte (…) il ressemble beaucoup plus à ce qui me paraît constituer le mariage catholique, c’est-è-dire un sacrement. L’union dure depuis des années, des enfants sont venus et les conjoints doivent apprendre à vivre en paix… WOODSWORTH, J. S. Débats, Communes de Canada, 1931.

CONFÉRENCES FÉDÉRALES-PROVINCIALES, LES

Pour le Québec, les conférences fédérales-provinciales ressemblent à des récitals de poésie en plusieurs langues et elles conduisent à peu près aux mêmes résultats. Les provinces anglophones ne sont guère intéressées aux déclamations du Québec, qui leur apparaissent la plupart du temps exaltées et pas du tout «business». (Ces conférences) font partie de l’arsenal tactique dont dispose le pouvoir fédéral pour mettre un frein à ses aspirations, l’obligation à plaider devant neuf autres juges qui n’entendent guère son langage, sauf s’il s’agit de gros sous. MORIN, Jacques-Yvan. Discours de clôture des assises nationales des États généraux du Canada français, 1969.

CONFIANCE

Les hommes peuvent se faire confiance mutuellement, sachant le degré exact de malhonnêteté qu’ils sont en droit d’attendre. LEACOOK, S.

CONNAÎTRE, SE

Il y a si peu de temps pour se connaître. Certains se connaissent si bien et ont une vision si clairvoyante d’eux-mêmes qu’ils ne peuvent se supporter le cœur toujours envahi de scrupules et la mémoire défaillante sous les souvenirs, ils rêvent de mettre fin à ce règne de transparence qui composent leur vie. BLAIS, Marie-Claire. L’Insoumise, Éditions du Jour, 1970.

CONQUÉRANT

Les conquérants, quand ils peuvent s’épargner cette dure échéance, ne se laissent par gouverner par les peuples qu’ils ont placés sous leur domination. BRUNET, Michel. Précis d’histoire du Canada, Librairie de l’Université de Montréal, 1972.

CONQUÊTE

Si le droit de conquête est légitime, le droit de reconquête l’est dans la même mesure. LAMARCHE, Gustave. L’Action nationale, mars 1967.

Conquest is a type of slavery (…) the entire life-structure of the conquered is laid open to their masters. They become second-rate people. LOWER, A.R.M. Colony to Nation, Ryerson Press, 1966.

Toute conquête est un mal lorsque le peuple conquis possède une civilisation et une culture égales ou supérieures à celles du conquérant. En règle générale, la conquête équivaut à la mise en tutelle ou à l’esclavage des conquis. MARION, S. Le pacte fédératif et les minorités françaises du Canada, Éditions Ferland, 1966.

les conquêtes entraînent avec elles l’arbitraire partout. TACHÉ, Joseph-Charles. Des Provinces de l’Amérique de Nord et d’une union fédérale, 1858.

CONQUÊTE DE LA NOUVELLE-FRANCE

Quel a été le premier résultat de la conquête britannique de 1960, sinon la perte de la maîtrise de ses institutions politiques et économiques? Repoussé à la campagne, le peuple canadien-français s’y est établi à demeure, avec ses institutions à lui, et il a créé la seule civilisation à laquelle il pouvait alors aspirer : une civilisation rurale… ARES, Richard. Les Caisses populaires er la communauté canadienne-française, conférence, 1961.

Il serait inouï qu’une colonie arrachée à la mère-patrie et presque ruinée par la guerre, pressurée par le conquérant, restât pendant trois quarts de siècle sans chefs civils ou politiques, sans écoles et pour ainsi dire sans moyens de communication avec le monde extérieur, et qu’elle n’en fût pas profondément atteinte dans ses forces vives. ASSELIN, Olivar. Les Canadiens français et le développement économique du Canada, L’Action française, mai-juin 1927.

The Boston News Letter, 1760.

Après un siècle de généreux dévouement, pour défendre la cause commune, la religion et la patrie, la divine Providence, toujours adorable dans ses desseins, donna la victoire aux Anglais qui, en 1759, assiégeaient Québec; et qui, l’année suivante, vinrent occuper Montréal, et complétèrent ainsi la conquête de tout le pays. BOURGET, Ignace. Lettre pastorale.

la Conquête transforme les traits nationaux de la formation sociale (du peuple conquis). Les instances économique, politique et idéologique du mode de production auront pour effet la constitution d’une nouvelle nation (et d’une classe dominante en son sein) qui dominera la nation française. BOURQUE, Gilles et FRENETTE, Nicole. La structure nationale québécoise, Socialisme québécois, avril, 1971.

La Conquête et l’occupation anglaises avaient mis fin à une colonisation française intégrale de la vallée du Saint-Laurent. Une autre colonisation, qui n’était pas au service des Canadiens, s’y était substituée. Tel est le fait essentiel qu’il faut retenir si l’on veut comprendre l’histoire des Canadiens français depuis 1760. BRUNET, Michel. Les Canadiens après la Conquête 1759-1775, Fides, 1969.

Les habitants, particulièrement les paysans, paraissent très satisfaits d’avoir changé de maîtres. BURTON, Ralph. Rapport, 1762.

il ne faut pas perdre de vue que le peuple canadien ne se compose pas de Bretons émigrés et qui ont apporté les lois d’Angleterre avec eux, mais d’habitants occupant une colonie établie depuis longtemps, que les armes de Sa Majesté ont forcé à se soumettre à sa puissance, à certaines conditions. CARLETON, Guy. Lettre, 1767.

La Providence, qui gouverne les événements suivant de mystérieux desseins, avait décrété ce changement de souveraineté contre lequel nous ne pouvions nous insurger. Force nous était de nous adapter au régime nouveau. Cette adaptation constituait-elle vraiment pour nous une obligation très difficile? Non, messieurs, nous devons le reconnaître si nous scrutons les réalités de la situation. CHAPAIS, Thomas. Cours d’histoire du Canada, 1919.

Lorsqu’après une résistance courageuse & glorieuse le sort des armes vous eut incorporé au nombre des sujets Anglais, nous nous réjouîmes autant pour vous que pour nous d’un accroissement si véritablement précieux; & comme la bravoure & le grandeur d’âme sont jointes naturellement, nous nous attendions que nos courageux ennemis deviendraient nos amis sincères. CONGRÈS CONTINENTAL AMÉRICAIN (PREMIER), 1774.

De nos bords s’élevaient de longs gémissements,

Comme ceux d’un enfant qu’on arrache à sa mère.

CRÉMAZIE, Octave. Le Drapeau de Carillon, 1858.

En 1760-1763, le Canada n’est pas simplement conquis, puis cédé à l’Angleterre; il est défait. Défaite signifie désintégration. Une armée subit la défaite : il peut rester encore des soldats, il ne reste plus d’armée. En 1763, il reste encore des Canadiens, il ne reste plus de Canada. Éliminés de la politique, éliminés du commerce et de l’industrie, les Canadiens se replieront sur le sol. FRÉGAULT, Guy. La Société canadienne sous le régime français, Société historique du Canada, 1954.

Je pense que les Anglais, comme d’habiles gens, voudront traiter favorablement leurs nouveaux sujets pour se les attacher. Il leur en coûtera peu pour leur faire goûter l’avantage d’avoir changé de maîtres, puisqu’ils n’ont qu’à faire le contraire de ce que nous faisions. ABBÉ DE FRISCHEMAU. Lettre, 1763.

Les conséquences de la conquête ont durement pesé sur lui (le peuple canadien-français); ses lois, sa langue ont été entamés; sa culture intellectuelle fut longtemps entravée; son système d’éducation a dévié en quelques-unes de ses parties, sacrifié plus qu’il ne convenait à la culture anglaise; son domaine naturel a été envahi, ne le laissant que partiellement maître de ses forces économiques; par l’atmosphère protestante et saxonne ses mœurs privées et publiques ont été contaminées. Un maquillage désolant a recouvert graduellement la physionomie de nos villes et de nos villages, signe implacable de la sujétion des âmes à la loi du conquérant. Ce mal de la conquête s’est aggravé, depuis 1867, du mal du fédéralisme. GROULX, Lionel. L’Action française, janvier 1921.

La conquête sonne le glas de la société féodale et de la société marchande. Les élites politiques (…) quittèrent le pays au moment de l’effondrement (…) L’élite militaire suivit leur exemple. Le clergé local et les HABITANTS demeurèrent sur place. À défaut de chefs civils, les membres du clergé devinrent alors les dirigeants incontestés de la population. Ainsi, la victoire militaire anglaise consacra le triomphe des conceptions cléricales relatives à la forme d’organisation sociale convenant au Canada français. Celle-ci s’en trouva simplifiée et orientée vers le développement rural à l’exclusion de toute autre voie de développement social. GUINDON, Hubert. Réexamen de l’évolution sociale du Québec, The Canadian Journal of Economics and Political Science, novembre 1960.

Si nous étudions avec soin qu’elle était alors la situation de la France, la démoralisation profonde où l’avaient jeté irrésistiblement les abominables doctrines de l’impiété révolutionnaire (…) (nous nous convaincrons) que la conquête n’a pas été pour nous un malheur, mais qu’elle a été le moyen providentiel dont Dieu s’est servi pour nous sauver comme peuple. LAFLÈCHE, Louis-F. Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille, 1866.

Considérant qu’il est raisonnable de croire que la Providence en donnant le Canada à l’Angleterre, a voulu le familiariser, par la conquête, puis par l’usage des institutions parlementaires, avec la jouissance de la liberté… LIGUE NATIONALISTE CANADIENNE. Programme adopté en 1903.

Si les Français du Canada avaient eu la liberté de choisir leurs conquérants, ils n’auraient pas pu faire un choix meilleur que celui que le sort avait fait pour eux. LOWER, A.R.M. Colony to Nation, Ryerson Press, 1946.

il n’y a pas de race conquise, ici, et nous sommes tous des sujets anglais, et ceux qui ne sont pas d’origine anglaise, n’en sont pas moins des sujets anglais. MACDONALD, John A. Débats, Communes du Canada, 1890.

La reddition de cette colonie n’a point fait sa perte : ceux qui la composoient s’y seroient vus mourir de faim au milieu de la splendeur de leur fortune apparente. MÉMOIRE CONCERNANT LES FACULTÉS DE LA PROVINCE DU QUÉBEC, par des marchands canadiens-français, 1765.

(Les Britanniques) ne sont pas venus pour ruiner et détruire les Canadiens, mais pour leur faire goûter les douceurs d’un gouvernement juste et équitable. MONCKTON. Proclamation, 1759.

La Providence, en vous détachant, il y a un siècle, de la mère patrie, vous a préservé des honteuses alternatives d’anarchie et de despotisme où elle se débat depuis si longtemps… COMTE DE MONTALEMBERT. Lettre, 1854.

Nos pères, après avoir vaillamment défendu leur sol natal, passèrent par une capitulation honorable sous la domination de la Grande-Bretagne. Leurs personnes, leurs biens et leurs privilèges furent reconnus inviolables, et les vainqueurs, contents de succéder aux droits de la couronne de France, ne portèrent aucune atteinte à ceux des habitants de leur nouvelle colonie. Ces derniers ne perdirent donc rien; ils avaient même dans le gouvernement stable et modéré de l’Angleterre, un plus sûr garant de leur tranquillité et de leur bonheur qu’une monarchie affaiblie et sur le penchant de sa ruine.

MORIN, Auguste-Norbert. Lettre, 1825.

Le DRAME DE LA CONQUÊTE avait-il comme certains l’ont soutenu, tellement entamé les forces vitales des Canadiens qu’on ne puisse désormais miser que sur leur défaitisme? Rassurons-nous : le choc brutal de la conquête n’affecta pas surtout les contemporains de l’événement fatal mais, rétrospectivement, leurs plus vulnérables descendants et cela de 1800 à nos jours. OUELLET, Fernand. Histoire économique et sociale du Québec 1760-1850, Fides, 1966.

Depuis (la conquête) le règne de la loi a succédé à celui de la violence, depuis ce jour, les trésors, la marine et les armées de la Grande-Bretagne ont été employés pour nous procurer une protection efficace contre tout danger extérieur; depuis ce jour ses meilleures lois sont devenues les nôtres (…) tous ces avantages sont devenus pour nous un droit de naissance. PAPINEAU, Louis-Joseph. Discours, 1820.

On a souvent décrit la situation du Canada français au lendemain de la conquête : coupé de sa métropole dont il aurait eu besoin encore pour de longues années à venir (…) assujetti à des institutions économiques et politiques dont il ne possédait ni l’esprit ni l’usage; décapité de soin élite civile : administrateurs civils, entrepreneurs, commerçants, chefs sociaux; privé de son enseignement supérieur (…) ruiné financièrement; écarté du commerce et de l’industrie, donc des sources de la richesse, et refoulé vers l’exploitation de la terre et l’exercice des métiers complémentaires comme seule source de travail et de subsistance. PARÉ, Paul. Le Canada français et la vie des affaires, L’Action nationale, mars 1961.

nous avons écrasé nos ennemis sous nos pieds, et nous nous sommes élevés sur leurs ruines. THE PENNSYLVANIA GAZETTE, 1760.

Il ne me coûterait pas d’être mis à bord d’un vaisseau de guerre, plutôt que de trahir ma conscience. PLESSIS, J.-O.

CONSCRIPTION ET LES CANADIENS, LA

je suis, comme je l’étais en 1917, de toutes mes forces et de toute mon énergie, contre la conscription des hommes. Le très honorable M. King a déclaré, avant et depuis la guerre, qu’il était formellement opposé à la conscription et que son gouvernement ne la décrèterait jamais. (…) Mères de famille, soyez tranquilles, ne versez pas de larmes inutiles : vos enfants ne vous seront pas arrachés, ils resteront chez vous tant qu’ils le voudront, avec les libéraux au pouvoir… CADRIN, P.-J.-A. Discours, octobre 1939.

La conscription, la contrainte pour arracher aux foyers la fleur d’une jeunesse afin de l’envoyer à l’étranger (…) vers de lointains champs de carnage, c’est une mesure abusive et tyrannique CHAPAIS, Thomas. Débats, Sénat du Canada, novembre 1944.

Je suis, je serai toujours contre la conscription. DUPLESSIS, Maurice. Discours, octobre 1939.

le gouvernement d’Ottawa ne décrétera jamais la conscription militaire (…) je m’engage sur l’honneur, en pesant chacun de mes mots, à quitter mon parti et même à le combattre si un seul Canadien français (…) est mobilisé contre son gré sous un régime libéral. GODBOUT, Adélard. Discours, septembre 1939.

Nous avons dit à nos compatriotes de tout le pays que nous accepterions avec eux les mesures prises en vue d’aider la Grande-Bretagne et la France dans ce conflit (la deuxième Grande Guerre), mais que jamais nous ne consentirions à la conscription et que nous refuserions d’appuyer un gouvernement qui essaierait de la mettre en vigueur. (…) L’unité canadienne exige l’absence du service militaire au delà des mers. LAPOINTE, Ernest. Discours, octobre 1939.

La province entière de Québec (…) ne voudra jamais accepter la conscription en dehors du Canada. (…) Je suis autorisé par mes collègues de la province dans le Cabinet (…) à déclarer que nous ne consentirons jamais à la conscription, que nous ne serons jamais membres d’un gouvernement qui essaiera d’appliquer la conscription et que nous n’appuierons jamais un tel gouvernement. Est-ce assez clair? LAPOINTE, Ernest. Débats, Communes du Canada, septembre 1939.

Un pays a le droit de contraindre ses sujets à se battre pour la défense de ce pays, mais non pas pour la défense des autres, à plus forte raison quand il a déjà fourni un effort de guerre aussi considérable que le nôtre. RAYMOND, Maxime. Débats, Communes du Canada, novembre 1944.

CONSEIL

Je ne donne jamais de conseils. Ce sont des mots perdus. GRANDBOIS, Alain. Avant le chaos, Éditions Modernes, 1945.

Pour qu’un conseil soit vraiment à propos, il faut qu’il explique une bêtise. Autrement (…) beau dommage que c’est de la bouillie pour les chats! PELLETIER-DIAMINI, L. Les tricoteuses (nouvelle), Châtelaine, janvier 1970.

CONSERVATEUR

Si l’esprit conservateur consiste à respecter, à sauvegarder, à défendre les idées, les traditions, les lois, les coutumes, qui assurent aux sociétés la stabilité, l’ordre et la paix, il ne consiste pas à s’immobiliser obstinément dans les formules surannées, à se raidir opiniâtrement aux conceptions routinières que la poussée du temps va bientôt faire crouler dans l’abîme des institutions mortes. CHAPAIS, Thomas, Discours et conférences, 1943.

CONSOLATION

Il n’y a qu’une manière de consoler effectivement quelqu’un, c’est de lui faire une transfusion de la joie que l’on a de vivre et de l’intérêt profond qu’on porte à tous les hommes. CHENTRIER, Théo. Psychologie de la vie quotidienne, Éditions du Jour, 1963.

CONSTITUTION

La constitution d’un pays est sa loi fondamentale. Elle indique en quelque sorte les règles du jeu. En cas de doute, on doit s’y référer et la faire interpréter par des tribunaux appropriés. Les gouvernements qu’elle régit doivent s’y conformer. GOUVERNEMENT DU Québec, 1967.

CONSTITUTIONS CANADIENNES (Acte constitutionnel; Acte de l’Amérique du Nord britannique; Acte de Québec; Acte d’Union; Proclamation royale)

CONTESTATION

l’esprit contestataire représente l’enfantillage de la raison critique. On dirait que la puissance adulte du jugement est tombée au-dessous de l’enfance. DUSSAULT, L. et TEFAS, G. L’École contre la culture, Leméac, 1972.

(La contestation doit) être une attitude que tous les citoyens doivent adopter s’ils ne veulent pas être le jouet passif des forces économiques, sociales ou politiques qui les entourent et s’ils veulent participer de façon active à l’effort créateur perpétuel de la société. MASSE, Marcel. Discours, 1968.

Lorsque limitée à des groupes minoritaires, la contestation si violente soit-elle ne saurait être qu’un catalyseur, qu’un détonateur, c’est-à-dire qu’en l’absence de conditions favorables, d’une situation révolutionnaire, elle ne saurait faire basculer les masses ou l’opinion publique du côté du changement. (…) Par ailleurs, la contestation, surtout la contestation spontanée et inorganisée ne saurait constituer une stratégie susceptible de favoriser la conquête du pouvoir en l’absence d’une force politique fortement structurée, organisée et disciplinée. SOLASSE, Bernard. La démarche critique d’Herbert Marcuse, La Revue canadienne de science politique, décembre 1969.

CONTINENCE

La continence est une grande vertu, mon fils. –Vous avez bien raison, mon père, mais seulement quand elle est pratiquée avec modération. LES JOYEUX TROUBADOURS, 1973.

CONTRACEPTION (avortement; grossesse; naissance)

Si vous êtes en âge d’être enceinte, vous êtes en âge de savoir comment éviter de l’être. FÉDÉRATION DU QUÉBEC POUR LA PLANIFICATION DES NAISSANCES, annonce, 1972.

CONVENANCES

Quand il faut manger à quatre pattes on oublie de mettre la table. PERRAULT, Pierre. Au cœur de la Rose, Beauchemin, 1964.

COOPÉRATION

La formule coopérative de consommation est celle qui convient à notre situation et à nos besoins. Par la force du nombre, du pouvoir d’achat et d’accumulation de capital que permet le nombre, elle rend possible à des groupes relativement pauvres et en position d’infériorité de se libérer des diverses dominations qui les oppriment. ANGERS, F.-A. L’Avenir économique et social des Canadiens français, L’Action nationale, juin 1956.

CORPORATISME

Nous avons, ici et là, quelques bribes de justice sociale, mais ces semblants de correctifs ne suffisent pas. C’est plus que cela qu’il nous faut : c’est du corporatisme. CARDINAL VILLENEUVE, L’Action nationale, 1938.

CORRIGER, SE

on ne se corrige jamais autant que lorsqu’on est le plus près de la perfection. BUIES, Arthur, Réminiscences, 1892.

COUCHE

Vous n’avez jamais lavé de couches? C’est écoeurant et merveilleux. Il s’agit tout simplement de voir plus loin que les couches. GIROUX, André. Le Gouffre a toujours soif, Institut littéraire du Québec, 1953.

COURAGE

La bravoure militaire, cette valeur fougueuse qui se manifeste de temps à autre en présence de l’ennemi, sur un champ de bataille, est bien au-dessous, à mon avis, de ce courage calme et froid de ce courage de tous les instants qui n’a pour stimulants ni les honneurs, ni les dignités, ni la gloire humaine, mais le seul sentiment du devoir et la noble ambition de bien faire. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard le défricheur, 1862.

COUREUR DE BOIS

Depuis quelques années il s’est établi des coureurs de bois, principalement du côté de Michilimakinac; ils mènent la même vie que les sauvages; et font non seulement le commerce étranger, mais prennent des impressions chez les Anglais très pernicieuses à la colonie. HOCQUART, Gilles. Mémoire, 1737.

Les coureurs de bois, eux, avaient conquis sur la forêt elle-même leur hardiesse au milieu des périls, leur endurance à la misère, leur ingéniosité dans tous les besoins. SAVARD, Félix-Antoine. Menaud maître-draveur, Fides, 1937.

CRAINTE

si, par crainte du poison, on cesse de se nourrir, on meurt de faim, ce qui est une façon tout aussi sûre que l’autre d’aller au cimetière. BOURASSA, Henri. Discours, 1912.

CRÉDIT

Sur le crédit, ils disent : Acheter à crédit, c’est s’faire voler plus tard. VIGNEAULT, Gilles. Pour une soirée de chansons, Éditions de l’Arc, 1965.

CRÉDIT SOCIAL

Le crédit social c’est exactement l’antipode du socialisme (…) Nous du Crédit social nous proposons à la population libre d’une province libre en démocratie, nous proposons le respect de l’entreprise privée, le respect de l’individu, le respect de l’individu qui veut accéder à un nouveau poste, qui veut s’améliorer dans la vie, qui veut aller là où son cœur le pousse, là où son ambition légitime l’appelle (…) puisque le Crédit social se penche sur la personne humaine, nous allons permettre que les foyers soient heureux, nous allons permettre que le travailleur soit heureux, nous allons permettre que l’homme d’affaires, l’homme d’entreprise, soit capable de faire des profits raisonnables sans qu’on vienne l’étouffer et sans qu’on vienne lui donner des ordres d’en haut qui le découragent et qui ralentissent les investissements dans notre province. La liberté existe encore au Québec. Je sais que nous arrivons à temps. Il est temps d’arriver avec une formation qui se situe au centre, allant vers la droite, c’est-à-dire allant du côté de l’ordre, de la discipline, pas de l’autorité fasciste, pas de l’autorité outrancière, mais de l’autorité normalement et démocratiquement constituée. DUPUIS, Yvon. Discours

CRI

Il faudrait trouver le cri qui rallie toutes

les angoisses, qui exprime toutes les joies,

qui fasse enfin communiquer l’homme avec l’homme

par les entrailles de ses plus secrètes convoitises.

HENAULT, Gilles. Voyage au pays de mémoire, 1960.

CRIÉE

Ces criées, qui se font régulièrement le dimanche à la porte des églises, sont regardées comme de la plus haute importance par la population des campagnes. LACOMBE, Patrice. La Terre paternelle, Beauchemin, 1912.

CRIME (gibet; peine capitale; prison; torture; voler)

Un jour viendra sans doute où toutes les prisons seront changées en collèges. C’est lorsque l’instruction, cette grande moralisatrice, aura banni l’ignorance et la misère qui sont la cause de tous les crimes. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

CRITIQUE

Travailler à cœur ouvert et surtout dans la chair vive, voilà le lot ordinaire du critique, qu’il soit affecté à la littérature, aux beaux-arts, au cinéma ou au théâtre. Car l’œuvre artistique implique les créateurs dans ce qu’ils ont de plus cher (et de plus chair aussi) : leur talent, leur métier, leur créativité, leur argent et leur gagne-pain. DASSYLVA, Martial. Un Théâtre en effervescence, HMH, 1975.

CRITIQUE LITTÉRAIRE

La vraie critique littéraire n’exclut pas la fermeté, mais elle s’accompagne de sympathie, même envers les auteurs médiocres. L’auteur n’a pas toujours droit au respect de son œuvre; il a toujours droit au respect de sa personnalité. BAILLARGEON, Samuel. Littérature canadienne-française, Fides, 1965.

Des critiques se croient les sorciers du génie

Que l’avenir buldozera aux gémonies.

BRIEN, Roger. Prométhée, Éditions du Bien Public, 1965.

Retenons comme principe rarement démenti qu’un écrivain médiocre déteste toujours la critique, cependant que la réciproque n’est pas toujours exacte. DUHAMEL, Roger. Bilan provisoire, Beauchemin, 1958.

Soyons justes, soyons indulgents, n’oublions jamais en critiquant un livre que nous sommes peut-être les seuls à le lire, traitons les ouvrages des autres comme s’ils étaient les nôtres. FABRE, Hector. Discours, 1866.

CROIRE (mystique)

L’art de croire n’est rien; tous les imbéciles viennent au monde perfectionnés dans cet art-là. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Il y a un temps pour croire et un temps pour cesser de croire à ce qu’on croyait. TOUPIN, Paul. Brutus, 1950.

CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Cette conception n’implique nullement l’arrêt de la croissance économique, mais seulement qu’on la considère comme un moyen et non plus comme une fin. La croissance économique doit demeurer un élément moteur essentiel : c’est en effet l’une des conditions pour qu’il y ait des ressources additionnelles à répartir là où elles sont insuffisantes (…) Désormais, l’effort collectif devra toutefois porter sur l’organisation de la croissance, notamment pour combattre le gaspillage des ressources et la pollution de l’environnement. CASTONGUAY, Claude. Conférence, 1974.

CROSSE

La partie de crosse : expression authentique de notre mentalité nordique. Jeu sauvage. Jeu prodigieusement viril, où la force et le sang-froid, la fougue, la souplesse, la subtilité s’affrontent et se complètent les unes le autres. HERTEL, François. Le Beau risque

CUL

Maudit cul! TREMBLAY, Michel. Les Belles-sœurs, Holt, Rinehart et Winston, 1968.

CULTURE

La culture n’est pas réservée à une classe; tous y ont droit, les ouvriers aussi. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC, Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, Bellarmin, 1950.

la culture est l’état de grâce dans l’ordre intellectuel et national. BRUNET, Michel. Canadians et Canadiens, Fides, 1954.

Une culture n’est pas seulement une manière d’être, de vivre ensemble; ce n’est pas statique; c’est une fécondité originale et, dans ce sens, une culture n’est vivante que si les participants ont le goût de faire quelque chose ensemble. GRANDMAISON, Jacques. Propos recueillis par Paule Lebrun, Éducation Québec, avril 1973.

La culture est largement conditionnée par les phénomènes économiques et par les phénomènes politiques…

RIOUX, Marcel

CULTURE QUÉBÉCOISE

Nous disons pensée française par opposition à la pensée anglo-saxonne, parce que la langue française implique pensée française, c’est-à-dire une certaine façon de sentir, de raisonner, de juger, propre à la race française. C’est cette manière de sentir, de penser, de juger, que nous devons tenir à l’honneur de cultiver en nous, sans laquelle nous, de sang français, nous serions, dans l’ordre intellectuel, des bâtards et des dégénérés. ASSELIN, Olivar. L’Action, 1913.

la culture canadienne ne doit qu’aux Canadiens de survivre et de fructifier. GIBSON, E. Le Monde, juin 1946.

le problème de la culture au Canada français est d’abord un problème d’ordre national (…)

il est intimement lié aux structures politiques et économiques du Canada français. Un peuple ne peut pas être un foyer rayonnant sur le plan culturel (…) être un milieu créateur, s’il n’a pas la maîtrise de son destin dans toute la mesure où le permettent les conditions du monde actuel. PÉPIN, Jean-Luc. Vers un Québec fort, 1962.

En plus des traits culturels que diffuse le dominant, du fait même qu’il possède le pouvoir d’imposer une partie de sa culture, il déclenche des mécanismes de changements chez le dominé qui vont bien au-delà de l’acceptation de traits culturels manifestes, comme ceux qui sont liés au genre de vie et même au langage. Ces traits latents concernent l’image de soi et du monde, les valeurs et les symboles, en un mot la vision du monde qui caractérise une culture. Il semble bien qu’au Québec, cette sorte d’acculturation, de dépossession de soi s’est produite; elle est plus difficilement repérable que les anglicismes (…) mais elle est beaucoup plus nocive, parce qu’elle agit sur des couches profondes et cachées de la culture et de la personnalité. C’est une espèce d’acculturation de second degré et qui attaque la fibre même d’un peuple.

RIOUX, Marcel. Les Québécois, Seghers, 1974.

La culture canadienne-française est fortement influencée par la culture française. Par contre, les écrivains et penseurs du Québec ne peuvent faire abstraction du contexte anglo-saxon dans lequel baigne la «belle Province». (…) Le problème culturel des Canadiens français provient donc de leur situation politique et économique. Les Canadiens français n’ont jamais été les véritables maîtres de leur destin. Cette situation d’infériorité, que cache dans une certaine mesure une grande illusion nationale, entraîne une maladresse fondamentale lorsqu’il s’agit de créer. TURCOTTE, Raymond. Introduction à la première partie de Québec : hier et aujourd’hui

DAMNATION

ce n’est pas Dieu qui damne; c’est l’homme qui se damne.

HERTEL, François, Encyclopédie Grolier, 1947-1948.

DANSE

La danse n’est-elle pas la marche dans son apothéose; marche noble, dépouillée de but utilitaire, et libre comme un jeu d’enfant? HÉBERT, Anne. Le Torrent, HMH 1963.

Ah! je ne saurais trop vous mettre en garde, mes très chers frères, contre la danse. C’est là une des ressources de l’enfer, un des pièges que vous tend l’esprit des ténèbres qui tourne sans cesse autour de vous comme un lion rugissant, quorens quem devoret. GIRARD, R. Marie Calumet, 1904.

DÉBROUILLARDISE

Mon fils, si tu as besoin d’un coup de main dans la vie, n’oublie pas de regarder au bout de tes deux bras.

MAILLET, Andrée. Les Remparts de Québec, Éditions du Jour, 1965.

DÉCEMBRE

Au Canada, en décembre, il y a de la neige, mais il y a aussi du soleil, beaucoup de soleil; les couchers de soleil de décembre et de janvier sont des merveilles. LENORMAND, Michelle. La Maison aux phlox, Le Devoir, 1941.

DÉCLARATION DE SAINT-OURS

Que ne nous regardant plus liés que par la force au gouvernement anglais, nous lui serons soumis comme à un gouvernement de force, attendant de Dieu, de notre bon droit et des circonstances un sort meilleur, les bienfaits de la liberté et un gouvernement plus juste. DÉCLARATION DE SAINT-OURS, 7 mai 1837.

DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DU BAS-CANADA

Qu’à compter de ce jour, le Peuple du Bas-Canada est ABSOUS de toute allégeance à la Grande-Bretagne, et que toute connexion politique entre cette puissance et le Bas-Canada CESSE dès ce jour.

DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DU BAS-CANADA, 28 février 1838.

DÉCOURAGEMENT (désespoir)

Au découragement n’ouvrons jamais nos portes :

Après les jours de froid viennent les jours de mai;

Et c’est souvent avec ses illusions mortes

Que le cœur se refait un nid plus parfumé!

FRÉCHETTE, Louis. Les Fleurs boréales, 1880.

DÉMOCRATIE

En termes précis, la démocratie se définit de la façon suivante : elle est un système politique dans lequel les citoyens, égaux devant la loi, sont appelés à désigner les titulaires de l’autorité publique, à les conseiller et à contrôler leur administration. DION, Gérard et O’NEIL, Louis. Le Chrétien en démocratie, Éditions de l’Homme, 1961.

la démocratie produit la prospérité, élève l’humanité en la rendant libre; parce qu’elle tire sa source de ce qu’il y a de plus pur et de plus fort dans la société : la souveraineté populaire. DORION, J.-B.-E. Manifeste de J.-B.-E. Dorion aux électeurs du comté de Champlain… 1851.

La démocratie, aujourd’hui, ne se localise plus au sommet. Elle est autant démocratie de participation que démocratie de représentation : la participation des citoyens et des groupes à la gestion des affaires qui les concernent est aussi importante, pour la vigueur de notre démocratie, que la tenue d’élections libres ou la souveraineté du parlement. GÉRIN-LAJOIE, Paul. Hebdo-Éducation, 1964.

La meilleure forme de gouvernement est la monarchie tempérée (l’Église et la famille en sont des exemples; la plus imparfaite est la démocratie). LAFLÈCHE, Louis. Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille, 1866.

la démocratie est l’Eldorado vers lequel émigre le monde moderne. MERCIER, Honoré

Tiens, il paraît que la démocratie n’est pas athée?… Encore une fois c’est au catéchisme que nous renvoyons ces messieurs. TACHÉ, Joseph-Charles. Le Courrier du Canada, octobre 1857.

DÉPENDANCE

La dépendance est une chaîne solide, un bât lourd à porter; chacun voulait s’en délivrer. THÉRIAULT, Yves. Les Vendeurs du temple, Éditions de l’Homme, 1964.

DÉPORTATIONS DES ACADIENS

Il n’y a pas d’exemple, dans les temps modernes, d’un châtiment infligé à tout un peuple paisible et inoffensif avec autant de calcul, de sang froid et de barbarie que celui dont il est question ici. GARNEAU, François-Xavier. Histoire du Canada, 1845-1848.

Nous formons actuellement le noble et grand projet de chasser de cette province les Français neutres qui ont toujours été nos ennemis secrets et ont encouragé nos sauvages à nous couper la gorge. Si nous pouvons réussir à les expulser, cet exploit sera le plus grand qu’aient accompli les Anglais en Amérique, car au dire de tous, dans la partie de la province que les Français habitent, se trouvent les meilleures terres au monde.

THE NEW YORK GAZETTE, août 1755.

Comme il avait été décidé antécédemment d’expulser les habitants français de la province s’ils refusaient de prêter le serment, il n’y avait plus par conséquent qu’à prendre les mesures nécessaires pour opérer leur expulsion et à décider à quels endroits les déporter. Après mure délibération, il fut convenu à l’unanimité que pour prévenir le retour des habitants français dans la province et les empêcher de molester les colons qui pourraient s’être établis sur leurs terres, il était urgent de les disperser dans les diverses colonies sur le continent et de noliser immédiatement un nombre de vaisseaux pour les y transporter. SÉANCE DU CONSEIL TENUE CHEZ LE GOUVERNEUR, À HALIFAX, juillet 1755.

Les Anglais ont fait le diable dans l’Acadie et sur les côtes de la Baie; ils ont tué, pillé, brûlé, et le diable leur rend ce qu’ils lui ont prêté. TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

je leur ai communiqué (aux Acadiens) au moyen d’interprètes les ordres du roi, savoir : Messieurs, j’ai reçu de Son Excellence le gouverneur Lawrence les instructions du roi, que j’ai entre les mains. C’est par ces ordres que vous êtes assemblés pour entendre la résolution finale de Sa Majesté concernant les habitants français de cette sienne province de la Nouvelle-Écosse où depuis près d’un demi-siècle vous avez été traités avec plus d’indulgence que les autres sujets dispersés dans ses États. Vous savez mieux que tout autre quel usage vous avez fait d’une telle bonté. (…) vos terres et vos maisons et votre bétail et vos troupeaux de toutes sortes, sont confisqués au profit de la couronne, avec tous vos effets, excepté votre argent et vos mobiliers, et que vous-mêmes vous devez être transportés hors de cette province. WINSLOW, John. Journal, septembre 1755.

DÉPUTÉ (élection; homme politique)

nous savons que les députés de toutes étiquettes, tant au Parlement qu’aux Assemblées législatives, sont d’abord et surtout des produits de l’organisation de leur parti. CHEVALIER, Willie. Le Droit, juin 1967.

DÉPUTÉS DU QUÉBEC À OTTAWA, LES

Minoritaires à Ottawa au sein des vieux partis politiques, nos députés québécois se comportent comme des avachis, des croulants et des rampants, et pour reprendre l’expression employée quelques mois plus tard par Pierre-Elliot Trudeau, parlant des députés libéraux, des moutons «s’élançant avec l’élégance du bétail, vers la mangeoire». GRÉGOIRE, Gilles. Aventure à Ottawa, 1969.

DÉSESPOIR (découragement; douleur)

«Que fais-tu du désespoir?» – C’est l’exaspération de l’espoir, sa nécessité poussée au paroxysme! ANNE-MARIE. Maintenant et toujours, Le Cercle du Livre de France, 1967.

Désespoir, ce crime des âmes lâches. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

Nous avons tant de désespoir

Que notre sabot en est noir.

NELLIGAN, Émile. Poésies complètes, Fides, 1903.

DÉSILLUSION

Être désillusionnée ce n’est pas être détachée. Mon ami, vous le savez, l’arbre dépouillé tient toujours à la terre. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

DÉSIR

Il semble qu’on désire les choses avec d’autant plus d’ardeur qu’on en ignore la valeur. Lorsqu’on obtient, enfin, ce qu’on a longtemps convoité, on s’étonne de constater comme c’était, en définitive, peu de choses, et l’on se demande comment on a pu désirer avec autant d’intensité ce peu de choses. PELLERIN, Jean. L’importance de vivre, La Presse, décembre 1972.

Gibier qu’on désire n’est pas toujours gibier qu’on mire. SAVARD, Félix-Antoine. Menaud maître-draveur, Fides, 1937.

DÉSOBÉISSANCE CIVILE

acts of political dissent are quite often acts of great moral. AKE, Claude. Political obligation and political dissent, La Revue canadienne de Science politique, 1969.

DESTIN-DESTINÉE

on ne fait pas sa destinée, on la subit. FRÉCHETTE, Louis. Mémoires intimes, 1900.

Il y a de ces hommes qu’on dirait marqués par un mauvais destin. Mais à ceux qui ont manqué leur vie, il reste à la finir en beauté. GROULX, Lionel. Mémoires, tome 4, Fides.

DEVOIR

Le devoir, c’est la prière humble et fervente, c’est le travail modeste et assidu, c’est la raison lucide, c’est la charité héroïque, c’est l’économie discrète et prévoyante.

CHAUVEAU, Pierre-Joseph-Olivier. Charles Guérin, 1846-1847.

DEUIL

par ce moyen (des présents) le deuil en est bientôt passé. SAGARD, Gabriel. Histoire du Canada et voyages… 1636.

??? DEUXIÈME GRANDE GUERRE ET LE CANADA, LA SECONDE GUERRE MONDIALE (guerre et le Canada, la)

Notre pays, qui fait partie de la Société des nations britanniques, ne peut rester indifférent dans la lutte qui s’ouvre. On ne peut sérieusement prétendre que nous sommes membres de cette association des nations britanniques, à laquelle nous sommes tous fiers d’appartenir, uniquement pour en retirer des bénéfices ou des avantages. Qui peut sérieusement contester qu’une déclaration de neutralité de la part de notre pays équivaudrait à une déclaration d’indépendance? J’ai donc raison de croire que j’exprime l’opinion de la majorité des électeurs de la province, en déclarant que je suis favorable à une coopération raisonnable et mesurée, conforme à nos intérêts et à nos moyens d’action. BLANCHETTE, J.-A. Débats, Commune du Canada, septembre 1939.

Je suis en faveur de la participation à la guerre dans la mesure de nos moyens financiers. CARDIN, P.-J.-A. Discours, octobre 1939.

Il est difficile de faire partager à tous les Canadiens une commune sympathie et un sentiment d’union, quand on leur demande d’intervenir dans un conflit international, où il ne semble pas, au premier abord, que leur intérêt particulier et spécial soit engagé. (…) la majorité de son peuple réclame que le Canada porte assistance à la mère-patrie. Sentiment noble et bien naturel et qui n’admet aucun démenti. (…) Ceux de mes compatriotes, en ce pays, qui ne sont pas soulevés par cette émotion irrésistible, ont le devoir de la respecter. (…) ils seront (ainsi) en meilleur mesure pour leur demander en retour de ne pas transformer en devoir national un sentiment que l’ensemble de la nation ne partage pas au même degré. C’est de cette façon, et de cette façon seule, que l’unité nationale du Canada sera sauvegardée. DANDURAND, Raoul. Débats, Sénat du Canada, septembre 1939.

en restant neutres, nous prendrions bel et bien parti pour Adolf Hitler. LAPOINTE, Ernest. Débats, Communes du Canada, septembre 1939.

Je suis Canadien avant tout, il est vrai, mais je crois que le Canada aidera la métropole jusqu’à la limite de ses ressources. MACKENZIE, H.A. Débats, Communes du Canada, février 1942.

Nous préconiserons la défense du Canada; nous préconiserons la coopération de notre pays avec la Grande-Bretagne et si la Chambre ne nous accorde pas son appui dans cette politique, elle devra se trouver un autre gouvernement qui assumera les responsabilités actuelles. MACKENZIE KING, W.L. Débats, Communes du Canada, septembre 1939.

En tant que partie de l’Empire britannique, nous sommes aujourd’hui en guerre. Cela ne saurait être mis en doute. MANION, R.J. Débats, Communes du Canada, septembre 1939.

Je n’ai jamais cru que le Canada avait autorité de décider si nous sommes en guerre ou non. Je n’ai pas changé d’avis. Nous faisons partie de l’empire britannique ou nous n’en faisons pas partie, et nous savons que la première proposition est la vraie. Nous ne pouvons être en paix quand la tête de l’Empire est en guerre. Le postulat de Laurier demeurera toujours. MEIGHEN, Arthur. Débats, Communes du Canada, septembre 1939.

Le Canada, pays britannique, pays autonome et libre, et qui entend demeurer tel, ne peut se désintéresser de la lutte gigantesque où la Grande-Bretagne et la France sont engagés pour défendre une cause éminemment juste dont le triomphe est pour nous une question vitale… Tout Canadien réfléchi comprend que notre titre ou, mieux, notre état de nation autonome dans le Commonwealth britannique, ne comprend pas seulement des droits, mais aussi des devoirs. PRÉVOST, Jules. Débats, Sénat du Canada, septembre 1939.

Nous battre… pourquoi? Pas pour défendre le territoire canadien, il n’est ni attaqué, ni menacé. Pas pour repousser une agression contre l’Angleterre, – c’est elle qui a déclaré la guerre à l’Allemagne. Nous irions nous battre pour défendre le territoire de la Pologne, parce que la Grande-Bretagne, «pour faire honneur aux garanties données et à ses obligations en vertu des traités», a décidé de déclarer la guerre à l’Allemagne à la suite de l’invasion de la Pologne. Nous sommes-nous obligés de nous battre chaque fois que l’Angleterre décide de se battre? Sûrement non. Pays souverain, – on nous l’a dit et répété sur tous les tons – nous sommes libres. Où est la justification, alors? RAYMOND, Maxime. Débats, Communes du Canada, septembre 1939.

Les Canadiens ont joué un rôle important dans la première guerre mondiale. Il nous incombe de prouver au monde que la Canada peut aujourd’hui répéter, sur une plus grande échelle, ce qu’il a accompli de 1914 à 1918. RENNIE, A.S. Débats, Communes du Canada, février 1942.

Je ne laisserai personne insinuer que je ne me suis pas toujours efforcé de placer notre pays aux côtés de la mère-patrie et de prendre les mesures les plus efficaces possibles en vue de battre nos ennemis et d’assurer la victoire. SLAGHT, A.G. Débats, Communes du Canada, février 1942.

DEVOIR

Le devoir, c’est la prière humble et fervente, c’est le travail modeste et assidu, c’est la raison lucide, c’est la charité héroïque, c’est l’économie discrète et prévoyante. CHAUVEAU, P.-J.-O. Charles Guérin, 1846-1847.

Tout est vain sauf le devoir. CONAN, Laure. L’Obscure souffrance, L’Action sociale, 1924.

je trouve le plaisir à me dire : j’ai rempli mon devoir quelque pénible qu’il ait été à remplir dans le moment du sacrifice; l’on est consolé plus tard. PAPINEAU, Louis-Joseph

DIABLE

Farine du diable se retrouve en son. TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

DIEU

l’amour de Dieu entraîne nécessairement l’amour du prochain et cet amour ne se conçoit pas sans le sens social, sans la volonté d’une justice parfaite. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

Toi qui ne m’es connu que par le grand système

Des mondes infinis,

D’un esprit sûr, pourtant, je crois en Toi. Je t’aime,

Seigneur, je te bénis.

BEAUCHEMIN, Nérée. Patrie intime, Librairie d’Action canadienne-française, 1928.

Debout, peuple, debout! Dieu parle, et sa parole,

Du lointain crépuscule au plus lointain levant,

Dans tout l’orbe des cieux, par tout l’univers, vole,

Sur les ailes de l’aigle et sur l’aile du vent.

BEAUCHEMIN, Nérée. Patrie intime, Librairie d’Action canadienne-française, 1928.

Mon Dieu, quand ainsi je te nomme,

C’est ton Christ que je veux nommer;

J’ai peur de ne t’avoir aimé

Que parce que tu t’es fait homme.

BERNIER, Jovette-Alice. Les Masques déchirés, 1932.

Dieu vous aime pour vous punir comme ça! BLAIS, Marie-Claire, Une Saison dans la vie d’Emmanuel, Éditions du Jour, 1966.

Il faudrait des troupes; elles persuaderaient mieux que la parole de Dieu que nous annonçons. BRIAND, Jean-Olivier. Lettre, 1775.

Dieu! voilà le terme dernier et suprême auquel tout doit aboutir. Ils me font pitié et peine surtout ceux qui veulent l’exclure d’une œuvre humaine, quelle qu’elle soit. BUIES, Arthur. Le Soleil, février 1901.

Dieu se manifeste et ne se démontre pas. Si l’on pouvait le discuter, il n’existerait plus. BUIES, Arthur

Rien ne prouve vraiment que Dieu existe, mais rien ne prouve non plus qu’il n’existe pas. Dans les deux cas, il faut une foi aveugle. CLOUTIER, Eugène. Les Témoins, Le Cercle du Livre de France, 1953.

Si jamais Dieu existe, il est certainement habité lui-même pas le diable. COCKE. Emmanuel. Sexe pour sang, Éditions Guérin, 1974.

Dieu seul est grand, mes frères, disait Bossuet, un Évêque qui en valait bien un autre. Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 1858.

Mon Dieu, qui m’avez créé délicat et catholique, qui m’avez enseigné l’art de mourir avant l’âge et de salir tout ce qui n’est pas éternel. Vous qui m’avez donné le goût des choses amères qui racontent le malheur. Je n’attends plus rien de vous. J’accepte de vivre enfin et d’avoir peur. DEROME, Gilles. Qui est Dupressin? Écrits du Canada français, 1962.

Mais si Lui, le grand bon Dieu, le veut et l’a décidé, cela se fera puisque je suis sa chose. Ce mystère-là est insupportable. Pourquoi nous a-t-il créés, qui lui faisons-nous et que lui importe que nous soyons ou pas…

DESSAULES, Henriette. Journal, 1876, HMH, 1971.

Mon Dieu! mon Dieu! que vous faites de tristes choses! (…) Comment Dieu peut-il être en même temps si bon et si cruel? (…) Mon Dieu, je ne veux pas voir en vous un maître dur, pardonnez-moi et faites-moi voir ce que je ne comprends pas dans votre sévérité, car il doit y avoir quelque chose de caché que je ne sais voir et qui expliquerait cette douleur dont vous accablez le monde. DESSAULES, Henriette. Journal, 1875, HMH, 1971.

Dieu n’est qu’un commis-voyageur qui n’offre que des produits périssables. DUBÉ, Marcel. Pauvre amour

Qu’on me nomme cardinal et je refais le calendrier. Je ne consacrerais pas tous les jours au bon Dieu, je ferais la part des choses, et un ambigu comme Tartuffe aurait bien un mois dans l’année. FERRON, Jacques. Propos recueillis par Jean Marcel, Jacques Ferron malgré lui, Éditions du Jour, 1970.

c’est difficile de ne pas penser au bon Dieu quand on a peur du diable. FRÉCHETTE, Louis, Mémoires intimes, 1900.

le naturalisme qui bannit Dieu de la société, de la famille, de l’éducation, de l’enseignement soit littéraire soit scientifique, qui fait des lois sans Dieu, de la politique sans Dieu, des constitutions sans Dieu, règne aujourd’hui dans le monde civilisé. C’est là la grande erreur contemporaine, la plus monstrueuse de toutes les erreurs; elle les résume toutes. LA GAZETTE DES CAMPAGNES, 1871.

DIFFUSION (TECHNIQUES DE)

Les mass medias n’informent que superficiellement les individus. Des études ont démontré que l’individu était beaucoup plus informé et influencé par l’information médiatisée. GILBERT, Marcel. Pour une politique d’information au Québec, Le Québec d’aujourd’hui, regards d’universitaire, HMH, 1971.

The medium is the message. McLUHAN, Marshall. Understanding Medias

Communications are the thread which binds together the fibres of a nation (…) They can inform and educate in the arts, the sciences and commerce. They can help market a nation’s products and promote its material wealth. Report of the Commission on publication, Ottawa, Queen’s Printer, 1961.

DIMANCHE

il faut des siècles de désoeuvrement pour pouvoir supporter l’oisiveté du dimanche.

HÉBERT, Anne. La Mercière assassinée, HMH, 1958.

DIPLÔME

À lui seul, le diplôme constitue la panoplie complète du chasseur de charges et dignités. Il est magique comme la baguette de la fée et d’un pouvoir tel qu’il peut convertir une buse en phénix, en moins de temps qu’il ne faut pour dire «cum laude». BRIE, Albert. La diplômite, Le Devoir, novembre 1971.

DISCIPLINE

Faut avoir de la discipline pour faire des grandes choses.

DUBÉ, Marcel. Zone, Leméac, 1953.

DIVERTISSEMENT

Les divertissements ne doivent pas répondre aux goûts les plus faciles et parfois les moins nobles. Ils doivent au contraire assurer un plein épanouissement de la personne par l’entretien des forces physiques et par le développement des facultés intellectuelles et des vertus morales. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC, Le problème ouvrier de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

Le dix-neuvième siècle est un vaste tournant

Où, presque épouvantés des étapes franchies,

Les peuples voient, au front des aubes rafraîchies,

Poindre l’avenir rayonnant.

FRÉCHETTE, Louis, La Légende d’un peuple, 1887.

DOLLAR DES ORMEAUX (Long-Sault, combat de)

DOMESTIQUE

Maintenant va faire ta toilette; et nettoie tout de même la baignoire; il y a des choses qu’on ne laisse pas aux domestiques. MAILLET, Andrée. Les Remparts de Québec, Éditions du Jour, 1965.

DOMINION (Confédération canadienne)

(Les Dominions sont), au sein de l’empire britannique, des collectivités autonomes de statut égal; elles ne sont d’aucune manière subordonnées les unes aux autres à aucun point de vue domestique ou extérieur; mais elles sont unies par une allégeance commune à la même couronne et associée librement comme membres du Commonwealth des nations britanniques. RAPPORT BELFOUR, 1926.

DONNER

Ce qu’on donne, Amable, est jamais perdu. Ce qu’on donne à un, un autre nous le remet. Avec une autre sorte de paye. Et souvent au moment où on s’attend à rien. J’ai connu un matelot nègre qui jetait toujours à l’eau la première tranche de pain qu’il recevait sur le bateau. Il disait que, dans un naufrage, c’était grâce à un goéland s’il était pas mort de faim. GUÉVREMONT, Germaine. Le Survenant, Beauchemin, 1945.

(Donner?) C’est de se priver de quoi qu’on aime pour en faire présent à quelqu’un qu’on aime pas. GUÉVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

On grandit quelqu’un en acceptant qu’il nous donne. Ceux qui ne donnent pas souvent ont peut-être plus que d’autres le besoin de donner. Et puis, ils apprendront peut-être le bonheur de donner. SAINT-DENYS-GARNEAU, Hector de. Journal, Beauchemin, 1954.

DOULEUR

Ne fuis pas la douleur, mais fais-en ton amie :

Tu te purifieras à son creuset de fer.

Un jour, tu connaîtras l’orgueil d’avoir souffert;

Ton âme s’ouvrira, sereine et raffermie…

CODERRE, Émile. Les Signes sur le sable, 1922.

Quand je dors, j’entends

Ma douleur qui veille.

Ma douleur ne dort pas,

Elle n’attend pas,

Elle veille.

HÉBERT, Anne. Les Songes en équilibre, Éditions de l’Arbre, 1942.

J’ai beaucoup appris de la douleur… et la douleur est nécessaire. SAINT-DENYS-GARNEAU, Hector de. Lettre, 1933.

toute douleur légitime porte en elle comme un baume qui en adoucit l’amertume. TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

DRAPEAU

À propos du drapeau : c’est pour décorer le mât. Mais ça fait pas avancer le bateau. VIGNEAULT, Gilles. Pour une soirée de chansons, Éditions de l’Arc, 1965.

DROGUE (stupéfiant)

DROIT

Le Droit ne meurt pas, parce que Dieu, créateur et gardien du Droit, ne meurt pas. BOURASSA, Henri. Discours, 1914.

Ne parlons pas seulement de droits, songeons quelquefois aussi aux obligations qui les garantissent… CARDIN, P.-J.-A. La question du plébiscite, 1942.

Partout où il y a des droits à exercer, il y a des devoirs à remplir. Faites votre devoir et vous obtiendrez vos droits. LAURIER, Wilfrid. Discours, 1916.

DROITS DE L’HOMME

Les droits de l’homme et les libertés publiques ont ceci de commun avec la santé qu’en général ils ne prennent leur importance que lorsqu’on les a perdus. ADAM, Marcel. La Presse, novembre 1972.

Il y a vingt-cinq ans déjà, les Nations unies publiaient leur Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Mais on peut se demander si ces droits affirmant l’égalité, la liberté, la justice et la dignité de tous les hommes ne sont que des déclarations de principe. Pensons aux intérêts de pouvoir et de profit qui vont parfois jusqu’à arracher le pain de la bouche de millions d’hommes. ÉPISCOPAT DU CANADA, octobre 1974.

DUPLESSIS (MAURICE)

Duplessis, l’homme que l’histoire jugera sans doute moins sévèrement que les contemporains et en qui, oubliant ses côtés déplaisants, elle verra surtout un précurseur.

LACOUR-GAYET, R. Histoire du Canada, Fayard, 1966.

ÉCOLE

Dans notre temps, (à l’école) on n’apprenait rien, d’accord! mais on le savait par cœur. BRIE, Albert. Les propos du timide, La Presse, janvier 1967.

Le rôle de l’école dans la société capitaliste est précisément de reproduire les classes sociales en pratiquant une sélection parmi les étudiants, en préparant de futurs exploiteurs et de futurs exploités, et en transmettant, parfois grossièrement mais le plus souvent subtilement, l’idéologie de la classe dominante.

CENTRALE DE L’ENSEIGNEMENT DU QUÉBEC. L’école au service de la classe dominante, manifeste, 1972.

L’école traditionnelle avait une double fonction : transmettre les connaissances et transmettre les valeurs. Cette double fonction était parfaitement justifiée dans un type de société statique (…) Dans une société vouée aux changements rapides (…) cette double fonction ne se justifie plus. Il n’est plus suffisant de transmettre les connaissances, il faut transmettre des connaissances inachevées. En d’autres termes, il faut transmettre une aptitude qui est une aptitude à apprendre. Il ne suffit plus de transmettre des valeurs, il faut donner une fonction faite de souplesse et de polyvalence. C’est une aptitude, là aussi, mais une aptitude à s’adapter à des situations sans cesse changeantes. De sorte que nous nous trouvons dans une situation assez paradoxale. C’est que, d’une part, l’école doit préparer nos enfants, mais elle doit les préparer, non plus à une société prévisible, non plus à une société acquise mais à une société sans cesse remise en question, à une société que nous avons de la peine à imaginer. CLOUTIER, François. Discours, avril 1973.

Scolariser un homme, c’est le rendre plus libre! Un gars qui sait compter est plus libre que celui qui ne le sait pas. Un gars qui a un métier est plus libre que celui qui n’en a pas. Car enfin quoi? il faut tout de même un minimum de connaissance et d’information pour exercer sa liberté. DESBIENS, Jean-Paul. Le Quartier latin, septembre 1969.

L’école doit se faire créatrice; elle doit devenir laboratoire de culture. DUMONT, Fernand, Éducation Québec, avril 1973.

ce vaste monde portant le nom, si terrifiant encore à mes oreilles, d’«école». (…) cette nouvelle vie, celle d’écolier, multiplie les difficultés. (…) Et la peur s’installe. Les menaces s’installent. Les interdits nouveaux viennent s’empiler sur les plus familiers : défendre de rire, de parler haut, de faire claquer son pupitre, de toucher aux encriers, de s’approcher des fenêtres, de jouer avec les brosses et les craies (…) Mais quand la sœur a le dos tourné… JASMIN, Claude. La Petite Patrie, Éditions la Presse, 1973.

Au collège, on n’a pas le temps de s’étudier, plongé que l’on est dans la vie des autres. LECLERC, Félix. Moi, mes souliers, Amiot-Dumont, 1955.

L’école est de plus en plus hypocrite, elle n’est pas libre, elle est devenue l’effroyable instrument d’une culture qui, à mesure qu’elle est minée de l’intérieur, doit faire des parades de force, de jeunesse, de rajeunissement. Mais cela trompe de moins en moins de monde, et surtout pas les étudiants. MARIER, Gérard. Propos recueillis par V.-L. Beaulieu, Perspectives, 24 juin 1972.

Il est maintenant évident que l’école (institution localisée dans un bâtiment ou dans un ensemble de bâtiments) ne gardera un rôle primordial que si elle sait s’adapter aux mutations inévitables du monde extérieur. Ceci passé, l’expérience scolaire peut devenir si riche et si attrayante que tout abandon éventuel de la part des élèves fera exception et qu’au contraire, elle attirera de plus en plus d’adhérents enthousiastes. McLUHAN, Marshall. Mutation 1990

À l’école, on vous enseigne des fausses connaissances qui ne servent à rien. Si! À la réflexion, elles servent quand même à quelque chose : à passer des examens. Tout le monde sait très bien que les examens sont un moyen de sélection aussi idiot qu’inefficace… Le seul savoir qui compte dans la vie, c’est le savoir-vivre et le savoir-aimer. Il y a beaucoup de crétins diplômés qui ne savent ni l’un ni l’autre. PETIT LIVRE ROUGE DE L’ÉTUDIANT, Édition québécoise, 1973.

Dans et par l’école, l’enfant prend son premier contact avec une société organisée, extérieure au milieu familial; aussi l’école doit-elle lui apporter l’expérience la plus riche possible de la vie sociale et communautaire. Le climat scolaire ne doit pas favoriser l’individualisme, il lui faut développer chez l’enfant le respect et le souci d’autrui, le sens de l’équipe, la solidarité communautaire. C’est là un besoin plus particulier de la société moderne. RAPPORT PARENT, 1963-1966.

les écoles, comme vous appelez ces prisons de l’esprit où la tradition se perd. THÉRIAULT, Yves. N’Tsuk

ÉCONOMIE (capitalisme; croissance économique; entreprise; épargne; libéralisme; production; profit)

La vie économique moderne doit donner au travailleur sa part légitime de responsabilité, de culture et de biens matériels, dans un ordre social pleinement humain. ARCHEVÊQUE ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC, Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

L’arme par excellence d’un peuple, la condition fondamentale de son existence et de ses progrès, c’est la supériorité économique. BOUCHETTE, Erroll. Emparons-nous de l’industrie, 1901.

une conclusion d’ordre économique ne peut à elle seule déterminer un choix politique. Ce n’est pas à dire que l’économie soit négligeable dans la vie de la collectivité. Au contraire, sa primauté est partout évidente… BOURASSA, Robert. Causerie, 1968.

Les piliers fondamentaux sur lesquels repose l’économie contemporaine sont la propriété privée, l’entreprise, l’intérêt personnel, la concurrence et le marché. Ils supposent la liberté personnelle, la liberté des contrats, la libre disposition des biens, l’autodétermination dans les décisions, la responsabilité et l’initiative économique. Toutefois, de cette liberté ou de cette libre concurrence, on ne peut attendre l’avènement d’un régime économique bien ordonné. BOUVIER, Émile. L’autodétermination de l’économie de la province de Qu.bec, La Revue de l’Université de Sherbrooke, mai 1964.

Les frontières et l’honneur de la nation sont, aujourd’hui, moins importantes que l’économie. BRILLANT, Jacques. L’Impossible Québec, Éditions du Jour, 1968.

les richesses, c’est-à-dire le capital de la nation, tel que nous le comprenons, peut venir d’une source principale : le développement de nos ressources naturelles (…) par une organisation suivant un plan tenant compte des intérêts nationaux (…) nous ne devons pas nous laisser leurrer, influencer ou cuisiner ni par les arguments, ni par les contes à faire peur avancés par l’entreprise privée qui prétend être plus honnête que les autres en matière d’économie politique.

DROUIN, Oscar.

L’homme doit être au centre de l’économique et le but de la planification doit être son épanouissement.

ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS. Cahiers des états généraux du Canada français, novembre 1967.

les forces économiques et les puissances d’argent commandent trop souvent les puissances morales et (…) un peuple n’est vraiment maître de sa vie spirituelle que s’il détient l’entière administration de son patrimoine matériel. GROULX, Lionel. Le problème économique, 1921.

Les besoins humains sont à la base le l’économie : plus ils se développent, plus les complexités de la vie économique s’accentuent. MONPETIT, Édouard. À propos d’un ouvrage d’Erroll Bouchette.

La richesse est une bonne servante. Mais le joug économique est beaucoup plus pénible à subir que toutes les servitudes antiques, on n’y saurait s’y soumettre sans abdiquer toute dignité.

MONPETIT, Édouard. À propos d’un ouvrage d’Erroll Bouchette.

Il n’échappe plus à personne que l’activité économique, parce qu’elle impose un régime de vie et une échelle de valeurs, conditionne le développement culturel ; du fait qu’elle détermine un système de production de la richesse et une certaine distribution de ses bienfaits, elle conditionne l’évolution sociale. Pour ces raisons, elle impose des choix politiques. PARTI QUÉBÉCOIS. La Souveraineté et l’économie, Éditions du Jour, 1970.

l’économie dirigée apparaît comme une nécessité sociale des temps présents… L’économie dirigée selon un plan méthodique et progressif assurera le meilleur développement possible des ressources naturelles, de l’industrie, du commerce… Les idées vont leur marche accélérée et l’intervention de l’État se fera de plus en plus fréquente. VAILLANCOURT, Cyrille. Cité dans Le Devoir, septembre 1943.

C’est par la finance que se fait aujourd’hui l’asservissement des peuples; c’est par l’indépendance économique qu’ils assurent leur liberté et leur survivance. VÉZINA, François. Paroles d’espoir, L’action française, septembre 1918.

ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE (affaires et les Québécois, les; commerce et les Québécois, le; industrialisation du Québec, l’; industrie et les Québécois, l’)

ce monde québécois de la haute finance, du gros commerce et de la grande industrie ne peut, du seul fait de sa présente organisation, que nous être étranger et hostile, ne peut que nous maintenir dans un état permanent de colonisation économique… ARES, Richard. Du rôle de l’État dans un Québec fort, Bellarmin, 1962.

économiquement nous sommes encore en pleine époque coloniale. Les maîtres de notre économie ne sont ni des capitaux ni des hommes de chez nous. ARES, Richard. Les Caisses populaires et la communauté canadienne-française, conférence, mai 1961.

Sachons le reconnaître : dans toutes les sphères de l’activité économique, nous n’avons cessé de penser en vaincus. ASSELIN, Olivar. L’Action française, 1921.

notre richesse économique ne dépasse pas la moitié de notre importance numérique. (…) n’est-ce pas plutôt à 1760 qu’il faudrait remonter pour trouver la cause première de notre infériorité économique?

ASSELIN, Olivar. Les Canadiens français et le développement économique du Canada, l’Action française, 1927.

Y aura-t-il jamais d’égalité économique possible pour nous, tant que, dans le Québec même, les sources mêmes de l’énergie industrielle, autant dire de la vie économique, échapperont complètement à notre influence? ASSELIN, Olivar. L’industrie dans l’économie du Canada français. 1938.

L’économie québécoise n’est pas refermée sur elle-même et, par son intégration à des marchés voisins, se développe sous l’effet de mécanismes qui, le plus souvent, prennent racine à l’extérieur d’elle-même. BOILY, R., DUBUC, A., GAGNON, F.-M., RIOUX, M. et TRUDEAU, J.-L. Données sur le Québec, Les Presses de l’Université de Montréal, 1974.

Les seuls moyens efficaces qui nous restent de redresser notre situation économique sont d’ordre politique. Politique d’abord. BOUCHARD, Paul. La Nation, novembre 1936.

Tous les peuples ont un très grand intérêt à améliorer leur situation économique. Pour les Canadiens français cet intérêt est vital. (…) Pour survivre dans cette foule (la population d’origine différente) il lui faut faire plus que les autres. BOUCHETTE, Erroll. Emparons-nous de l’industrie. 1901.

sa primauté (à l’économie) est partout évidente et particulièrement au Québec, où les centres de décision échappent, pour la plupart, à notre groupe ethnique. BOURASSA, Robert. Causerie, novembre 1968.

N’en déplaise à l’habile politique néo-centralisatrice pratiquée par Ottawa sous le couvert du fédéralisme coopératif, la libération économique ne s’accomplira à la seule condition que le Québec maîtrise son économie, l’oriente, fasse le choix des priorités, exécute des plans, repense ses structures. BOUVIER, Émile. L’autodétermination de l’économie de la province de Québec, La Revue de l’Université de Sherbrooke, mai 1964.

L’infériorité économique de la collectivité canadienne-française est la conséquence fatale de sa mise en servitude comme nation vaincue, conquise et occupée, réduite à un statut de minorité dans un pays qui ne lui appartient pas. BRUNET, Michel. L’inévitable infériorité économique des Canadiens français, causerie, 1957.

La société canadienne-française n’a jamais eu, depuis la Conquête, une bourgeoisie capitaliste capable de prendre l’initiative dans le développement économique du Canada français. Voilà le grand fait et le grand drame de l’histoire des Canadiens français. BRUNET, Michel. Canadians et Canadiens, Fides, 1954.

la principale raison du retard économique des Canadiens français a toujours été leur manque d’instruction et de connaissances requises pour faire face aux besoins d’une société industrielle moderne.

CARIGUE, Philippe. Les problèmes du développement économique et social des Canadiens français, Le Pont, octobre 1960.

notre infériorité persistante dans le domaine économique compromet jusqu’à nos chances de survie dans l’ordre politique et national, et nous crée, dans l’ordre social, une foule de problèmes impérieux, dont l’acuité ira s’aggravant à mesure que notre influence économique et politique reculera. GUIMONT, P.-H. Le placement industriel au Canada français, L’Actualité économique, 1945.

Convaincus, par autosuggestion, que notre idéalisme atavique devait nous tenir au-dessus des biens de ce monde, induits par notre éducation même à mépriser les nations commerciales, nous avons vécu en marge des réalités de la matière, laissant nos voisins, concrets et pratiques, entrer dans notre maison et s’y installer en maître. HARVEY, Jean-Charles. Marcel Faure, 1922.

Le secret de notre victoire est uniquement dans l’éducation du sens national de la masse populaire. C’est au père, à la mère, à tous les membres de nos familles canadiennes-françaises de fermer, sans tolérance, leur porte à toute pénétration étrangère. C’est à chacun de nous qu’incombe désormais le devoir de refuser, sans discussion, de confier nos économies aux compagnies d’assurances étrangères. Par ce moyen nous sauvegarderons nos intérêts personnels et ceux de la race. En négligeant cette unique méthode, nous courons aveuglément vers l’abîme de l’esclavage économique. LÉVESQUE, Albert. Où vont nos millions, L’Action française, 1924.

Si nous savons coordonner nos efforts et nous serrer les coudes par la pratique d’une solidarité économique ordonnée, la solution à nos problèmes d’asservissement économique sera l’affaire de notre génération. MARCHAND, Sarto. Plus solidaires, plus prospères, causerie, 1966.

Dans l’ensemble, l’économie canadienne-française manque de dynamisme (…) elle ne se développe pas au rythme de l’économie canadienne et (…) elle est menacée, si une telle tendance s’accentue, dans son existence même, c’est-à-dire comme entité propre représentant dans l’économie canadienne un élément significatif. MELAMCON, Jacques. Retard de croissance de l’entreprise canadienne-française, L’Actualité économique, 1956.

Nos adversaires ne sont pas de bonne foi lorsqu’ils nous reprochent notre pauvreté et les difficultés que nous éprouvons toutes les fois que leurs injustes prétentions demandent de notre part des contributions publiques. Nous ne puisons pas à la même source; nous n’avons aucune protection hors du pays; nous ne nous servons pas des capitaux étrangers pour nous en créer à nous-mêmes. LA MINERVE, 1832.

Leur sens de l’histoire (aux Canadiens français), leurs connaissances des valeurs nationales, leur acceptation des devoirs sociaux, les éloignent de la civilisation purement économique qui met en péril l’originalité des peuples où dominent les exigences du succès financier. MONTPETIT, Édouard. D’Azur à trois lys d’or, 1937.

Il est temps que l’on accepte le mouvement économique pour le diriger en respectant les principes sains de la production. Ce qui ne se fera pas avec nous se fera sûrement sans nous et, peut-être, contre nous. MONTPETIT, Édouard. L’indépendance économique des Canadiens français, L’Action française, 1921.

La question nationale devient une question économique : notre avenir ne sera assuré que par un effort vers la possession des industries et l’exploitation méthodique des ressources de notre pays. MONTPETIT, Édouard. Erroll Bouchette et l’indépendance économique des Canadiens français, L’Action française, janvier 1919.

Un peuple n’est pas pendant plus de cent cinquante ans retranché de la haute direction de sa vie économique sans en perdre le sens. Il n’est pas astreint à se replier, de génération en génération, sur des formes diminuées, rudimentaires d’organisation économique, sans perdre le goût du risque et de l’aventure qu’a constitué de tout temps et qui constitue surtout de nos jours l’entreprise industrielle ou commerciale, sans en venir à sous-estimer la valeur humaine et les exigences professionnelles de ces carrières. Ce manque d’attrait risque même de tourner à l’appréhension et au refus, si les affaires sont organisées selon un mode étranger à la tradition sociale et culturelle du milieu, et paraissent être l’apanage d’un élément de la population et de la religion, par exemple.PARÉ, René. La Canada français et la vie des affaires, L’Action nationale, mars 1961.

Parmi d’autres insuffisances, l’économie du Québec souffre de trois graves défauts : elle semble d’abord subir par rapport à l’ensemble du Canada un certain retard de croissance; elle est ensuite dominée par des étrangers; enfin elle est gravement déséquilibrée au point de vue géographique. (…) Soutiendra-t-on encore (…) qu’il est permis aux Canadiens français de se retrancher derrière leurs institutions sociales et culturelles et d’abandonner aux esprits soi-disant «matérialistes», Anglais, Juifs ou Américains, le soin de leur mettre le pain dans la bouche? Ce serait sûrement signer leur arrêt de mort en tant que communauté ethnique distincte. PARENTEAU, Roland. La situation économique des Canadiens français, Relations, octobre 1956.

Les Canadiens français, si on les considère comme peuple, ne possèdent pas la maîtrise de leur vie économique (…) La vie économique du Québec, en effet, est dominée par les Anglo-Saxons, qui effectuent leurs affaires à l’échelle nationale, sans se préoccuper des frontières provinciales. (…) On serait même tenté de dire qu’aucune frontière économique n’existe entre le Québec et les États-Unis, tant les échanges de produits, de capitaux et de techniciens sont considérables et faciles, et cela en dépit des tarifs douaniers. PARENTEAU, Roland. Un manque de maîtrise, La Chronique sociale de France, septembre 1957.

La Conquête confine les habitants sur leurs terres (…) Le commerce et les affaires passent aux mains des nouveaux maîtres. SAINTE-MARIE ÉLEUTHÈRE, La Mère dans le roman canadien français, Les Presses de l’Université Laval, 1964.

l’appauvrissement économique nous mènerait à la perte de nos droits civils et religieux. (…) dans cette ère de progrès il nous faut tenir notre rang. VERSAILLES, Joseph. Allocution, 1921.

Deux choses ne peuvent pas exister ensemble pour nous : demeurer libres et ne pas dominer notre propre race. Et nous cessons de dominer chaque fois que, par négligence, nous laissons l’étranger s’emparer de nos forces économiques, armes modernes, moyens de domination. VERSAILLES, Joseph. Discours, 1921.

La conquête économique, voilà bien l’idée en marche, la réalité de demain. VÉZINA, François. Paroles d’espoir, l’Action française, 1918.

ÉCRIRE

Écrire est un grand amour. AQUIN, Hubert. Prochain épisode, Le Cercle du Livre de France, 1965.

J’écris pour m’amuser, au risque de bien ennuyer le lecteur qui aura la patience de lire ce volume. AUBERT DE GASPÉ, Philippe. Les Anciens Canadiens, 1863.

Écrire, c’est redéfinir la relation originelle de l’homme à l’univers. BROCHU, André. L’œuvre littéraire et la critique, Parti Pris, novembre 1963.

L’art d’écrire un livre n’est pas facile, même pour celui qui a du talent, le don naturel. DESMARCHAIS, Rex. Oui ou non? Le Devoir, novembre 1963.

L’écris pour ne pas me suicider. DUCHARME, Réjean

En fait, je ne crois pas beaucoup à la création. Écrire est une façon de réfléchir, de se replier sur soi, de méditer en même temps que de s’exiler. Créature d’un milieu, on recrée pour ce milieu. FERRON, Jacques. Propos recueillis par Jean Marcel, Jacques Ferron malgré lui, Éditions du Jour, 1970.

Ceux qui veulent écrire, s’emparer d’un pouvoir d’agir sur les autres, ben ils doivent quand même le payer. C’est un métier difficile. Personne ne vous demande d’écrire. Vous le faites à vos risques et je trouve que c’est stimulant. FERRON, Jacques. Cité par Virginie Boulanger, Québec-Presse, 5 novembre 1972.

on peut dire sur le papier beaucoup de choses qu’on ne dirait pas de vive voix. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard, 1862-1864.

On n’écrit pas pour être lu mais pour transmettre sa vision du monde et engager ainsi la conscience du lecteur. C’est l’éditeur qui publie pour que l’écrivain soit lu : chacun son métier. LAMARCHE, Jacques. La Presse, février 1970.

Écrire est une forme d’attention aux autres qui permet de les aimer en les exprimant. LEMELIN, Roger. Propos recueillis par Robert Barberis, Le Quartier latin, décembre 1965.

pour vous rien ne vaut ce tourment, ce délire d’écrire, qui vous gâte parfois les plaisirs ordinaires du monde, mais qui vous remplit plus souvent d’une joie unique, d’une joie que les autres ne connaissent pas. LEMORMAND, Michelle. La Maison aux phlox, Le Devoir, 1941.

Écrire, c’est émettre. Mais ce n’est pas émettre son dedans, ses problèmes, ses amours comme font les poètes. (…) Je peux écrire et je vais le pouvoir pendant un sacré bon bout de temps parce que je reçois des ondes. Je me mets dans un état de réceptivité totale et je sors tout ce qui est émis. PÉLOQUIN, Claude. Cité dans Culture vivante, 1967.

Écrire, c’est dur. Ce doit être ce qu’il y a de plus exigeant au monde, pour que ce soit vrai, tu comprends! N’est-ce pas se partager en deux, pour ainsi dire : un qui tâche de vivre, l’autre qui regarde, qui juge. ROY, Gabrielle. Rue Deschambault, Beauchemin, 1955.

Écris. Ne permets pas qu’un moment de toi retourne au néant dont il semble venir. SAINT-DENYS-GARNEAU, Hector de. Journal, Beauchemin, 1954.

ÉCRITURE

C’est un inconnu qui a inventé l’écriture. Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’il ne savait même pas lire.

TARD, Louis-Martin. Si vous saisissez l’astuce, Éditions du Jour, 1968.

ÉCRIVAIN

La vraie mesure d’un auteur est celle de son plus haut envol. DANTIN, Louis. Poètes de l’Amérique française, Éditions Albert Lévesque, 1934.

Un écrivain peut cesser d’écrire pendant de longues périodes mais toujours son cœur et sa pensée restent à l’ouvrage. DUBÉ, Marcel. Allocution, 1973.

Le grand écrivain est celui qui réussit à créer un univers imaginaire cohérent dont la structure correspond à celle vers laquelle tend le groupe; plus précisément, la grande œuvre exprime avec le maximum de cohérence une vision du monde qui, dans un groupe ou dans l’ensemble de la société, demeure inconsciente, informulée, incohérente. FALARDEAU, Jean-Charles. Imaginaire social et littéraire, HMH, 1974.

Soulager, consoler, fortifier toute âme qui pleure, qui souffre, qui vit isolée, malheureuse ou abandonnée, voilà la belle, la grande, la sublime mission de l’homme de lettres dans la société moderne. En dévier serait pour lui plus qu’un crime, ce serait un sacrilège. FAUCHER DE SAINT-MAURICE, Edmond. L’homme de lettres dans la société moderne, La Revue canadienne.

on cherche en vain dans la plupart des écrivains modernes ce bon sens, cette justesse d’idées et d’expressions, cette morale, cette élévation de pensées qu’on trouve dans les anciens auteurs; à force de vouloir dire du nouveau, les écrivains du jour nous jettent dans l’absurde, le faux, le fantastique. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard, 1862-1864.

J’avais oublié naïvement l’essentiel : que l’écrivain est d’abord un être secret, un être de silence. J’avais oublié que moi-même je ne me livre jamais autrement qu’un stylo entre les doigts. MAHEUX-FORCIER, Louise. Journal, Le Devoir, avril 1965.

L’écrivain ne doit pas bêler avec les moutons, nu hurler avec les loups, mais penser tout haut et protéger la civilisation dans son œuvre – s’il en a le génie – ou du moins par son action. MAILLET, Andrée. Propos recueillis par Réginald Martel, La Presse, décembre 1970.

L’écrivain est un monstre. Peu lui importe où il prend sa pâture, même si cette pâture est votre dernier brin d’herbe. MARTIN, Claire. Doux-amer, Le Cercle du Livre de France, 1958.

Le but de l’écrivain, à la fin de son travail, étant de ramener l’âme à sa destinée propre – la sérénité et le bonheur qu’elle convoite – il procède, il arrive en suivant la seule voie qui y mène, en faisant précéder le bien final, par le mal qui corrompt, en montrant, à tous, ce qu’il faut souffrir souvent pour sortir de la boue et devenir honnête… PRÉVOST, P.-E. Préface à L’Épreuve, 1900.

ÉCRIVAINS QUÉBÉCOIS

Comme les religieuses ne sortent jamais seules, les écrivains canadiens n’osent jamais écrire sans être BRUNET, Berthelot

J’allais donc définir un poète canadien français… Il m’a fallu tout désapprendre. Revenir en arrière, vers le PAYS RÉEL, celui qui PARLE MAL, celui qui VIT MAL, vers ce pays d’au-delà du mépris et de la détestation, vers cette terre de limbes et de fureurs souterraines. Vivre au ras de terre, écrire auprès des hommes réels qui me côtoient et que je suis par toute la substance vive de mon être. ÉCRIRE, c’est alors choisir de MAL ÉCRIRE, parce qu’il s’agit de réfléchir le MAL VIVRE. C’est le bien écrire qui est le mensonge, c’est la correction qui est l’aberration, c’est la pureté du style qui est, ici et maintenant, l’insignifiance. CHAMBERLAND, Paul. Dire ce que je suis – notes, Parti Pris, janvier 1965.

l’écrivain canadien doit commencer par écarter de son esprit toutes les thèses fécondes et fines susceptibles de reposer sur le divorce, l’adultère, les liaisons libres, vu que rien n’existe suffisamment de cela dans nos mœurs pour en tirer parti avec vérité dans un livre. CHOQUETTE, Ernest. La Terre, 1916.

Pour notre écrivain, il n’y a pas deux ou dix variétés de français. Il n’en existe qu’un : le français international (…) Le français qu’écrivent nos écrivains doit être compris à Paris et dans le monde entier. Nos livres ne doivent pas avoir besoin d’une traduction ou d’un glossaire. DESMARCHAIS, Rex. Oui ou non? Le Devoir, novembre 1963.

Un écrivain canadien-français n’écrit jamais que par amour. ÉTHIER-BLAIS, Jean. Le Devoir, avril 1965.

notre légendaire maladresse à écrire, s’il la faut reconnaître, ne peut être fonction que d’une maladresse à vivre, d’une inaptitude plus ou moins grande à nous sentir totalement impliqués, participants responsables et, pour cela même, passionnément tentés d’être conscients. LALONDE, Michèle. En un pays tranquille, Liberté, novembre 1961.

L’écrivain canadien-français est sans cesse menacé par le silence – non pas celui de la possession mystique, mais celui de l’impuissance à communiquer. MARCOTTE, Gilles. Préface au Journal d’Hector de Saint-Denys-Garneau, Beauchemin, 1963.

Dès que j’ai essayé d’écrire, je me suis rendu compte que j’étais un BARBARE, c’est-à-dire, selon l’acception étymologique, un étranger. Ma langue maternelle n’était pas le français, mais le FRANGLAIS. Il me fallait apprendre le français comme une langue étrangère. OUELLETTE, Fernand. Liberté, mars-avril 1964.

À trois ou quatre exceptions près, nous sommes tous, au Québec, des écrivains du dimanche. Démission de la volonté de créer une œuvre. POUPART, Jean-Marie. La Presse, janvier 1970.

Quand un écrivain européen prend la plume, c’est un outil chargé d’ans, d’expérience, tiède encore des milliers de mains lettrées qui l’ont manié avant lui. Tandis que les nôtres n’ont tenu que la hache! Nous sommes les premiers intellectuels d’un peuple de bûcherons. SIMARD, Jean. Répertoire, Le Cercle de Livre de France, 1961.

Sans doute, être écrivain au Québec n’a jamais été une sinécure : ce ne l’est dans aucun pays mais ici moins que partout ailleurs. TOUPIN, Paul. Les Paradoxes d’une vie et d’une œuvre, Le Cercle du Livre de France, 1966.

C’est un devoir que d’écrire en joual tant qu’il restera un Québécois pour s’exprimer ainsi. TREMBLAY, Michel

ÉDUCATION ET INSTRUCTION

l’autonomie personnelle est la fin ultime de l’éducation. BLAIN, Maurice. Approximations, HMH, 1967.

C’est la saine éducation qui conduit à tous les succès. BOUCHETTE, Erroll. Emparons-nous de l’industrie, 1901.

Un peuple instruit est toujours libre. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1968-1869.

L’éducation cléricale est le poison des peuples. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1968-1869.

Dès qu’on est instruit, on n’est plus pauvre. DESBIENS, Jean-Paul. Sous le soleil de la pitié, Éditions du Jour, 1965.

L’éducation, c’est la vie d’un peuple. Un peuple ignorant est un peuple déchu. DORION, J.-B.-E. Manifeste de J.-B.-E. Dorion aux électeurs… 1851.

Si tout le monde pouvait aller au collège, qui est-ce qui resterait pour bâtir les collèges. DUBUC, Carl

Élever un enfant, c’était le rosser à outrance; Le corriger, c’était lui rompre les os. N’ayant pas d’autres notions philanthropiques, la victime trouvait cela tout naturel, et elle subissait son sort en se disant qu’un temps viendrait où elle prendrait sa revanche sur les petits, en leur flanquant des tripotées à son tour. Que voulez-vous, c’était la mode, et la méthode recommandée : «Pères et mères, corrigez vos enfants (…) cassez-leur un membre s’il le faut; il vaut mieux que votre enfant aille au ciel avec un bras ou une jambe de moins, que dans l’enfer avec tous ses membres. FRÉCHETTE, Louis. Mémoires intimes, 1900.

dans le temps où nous vivons, l’instruction est si généralement répandue, qu’un peuple qui la néglige ne peut éviter d’être en état d’humiliante infériorité. LANGEVIN, Jean. Cours de pédagogie ou principes d’action, 1865.

Disons surtout que l’instruction doit toujours être accompagnée de l’éducation morale et religieuse. Dans tous les pays, les Pasteurs de l’Église ont condamné les écoles et toutes les maisons d’études où l’on prétend ne donner qu’un enseignement profane et séculier, où l’on ne parle jamais assez de dogme ni de morale, sous le prétexte que les enfants les apprennent des ministres de la religion. Un tel système ne peut aboutir qu’à l’indifférentisme ou à l’athéisme. LANGEVIN, Jean. Cours de pédagogie ou principes d’action, 1865.

l’éducation bien ordonnée conduit au progrès social. (…) Si un père est assez indigne de sa mission pour négliger l’éducation de ses enfants, l’État a non seulement le droit d’intervenir, mais il en a le devoir. LE MONDE, 1894.

Si vous voulez avoir un pays paisible, grand, prospère, instruisez le peuple. Le Monde, 1883.

L’éducation, en perfectionnant l’intelligence, enseigne le devoir. (…) pour bien accomplir son devoir, il faut en avoir une idée exacte et suffisante pour en connaître toute l’étendue et la grandeur. LE MONDE, 1883.

l’État ne peut en aucune façon donner de l’argent pour l’enseignement d’aucune foi religieuse. PAPIN, Joseph, 1854.

Le père de famille a le droit strict et indubitable de dire hautement au pouvoir public : rendez-moi mon enfant, vous n’avez rien à voir avec sa formation intellectuelle et morale, cela me regarde, et je ne veux pas me servir de vous pour accomplir mon œuvre à ma place. Et l’Église a le droit de dire à ce même pouvoir, sortez d’un domaine que vous ne pouvez fouler sans profaner, parce que l’éducation est une chose essentiellement religieuse. PAQUIN, L.-P. Conférence, 1881.

La formation doit prendre le pas sur l’information, il faut apprendre à apprendre, parce qu’on devra d’instruire sans fin tout le long de la vie. RAPPORT PARENT, 1963-1964.

Nous pensons que toutes les jeunes filles ont le même droit que les garçons à se préparer à gagner leur vie honnêtement. RAPPORT PARENT, 1963-1964.

Un chauffeur de taxi ne serait pas heureux s’il était docteur en philosophie. SAUVÉ, Paul

Qui s’instruit prend pays. VIGNEAULT, Gilles. Pour une soirée de chansons, Éditions de l’Arc, 1965.

On peur définir l’éducation : «L’action exercée sur l’enfant afin de lui faire acquérir toute la perfection dont il est capable». VINETTE, Roland. Pédagogie générale, Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1948.

ÉDUCATION ET L’INSTRUCTION AU QUÉBEC, L’ (enseignants québécois, les)

Nos milieux d’enseignement sont plus sensibles aux besoins pastoraux qu’à l’excellence intellectuelle. ANGERS, Pierre. Problèmes de culture au Canada français, Beauchemin. 1960.

Par malheur, dans la Province de Québec, il suffit d’être prêtre pour tout connaître en fait d’enseignement (…) le clergé, pour s’attacher à de néfastes routines, ne devrait pas trop invoquer les services qu’il a rendus autrefois au Canada français par la fondation de maisons d’enseignement qui, depuis longtemps, ne répondent plus à nos besoins. ASSELIN, Olivar. L’Ordre, janvier 1935.

On a beaucoup vanté l’école des frères et la doctrine chrétienne à Montréal et sans doute qu’on lui doit beaucoup pour avoir moralisé grand nombre d’enfants. Cependant j’ai entendu quelques-uns des citoyens les plus éclairés de cette ville se plaindre du peu de progrès qu’y font les enfants ailleurs que dans les prières, le catéchisme, etc. Car je le répète, ce n’est pas l’éducation que l’on veut mais la domination au moyen d’un semblant d’éducation. L’AVENIR, 1850.

Le seul moyen, la seule ancre de salut qui nous reste, c’est l’éducation du peuple, non seulement l’éducation élémentaire, l’éducation théorique, mais aussi l’éducation pratique pour les fermes modèles, les bibliothèques de paroisse, etc. L’AVENIR, 1847.

Notre système d’éducation ressent trop celui du moyen âge, où l’instruction était proportionnée aux besoins de ceux que le rang ou la fortune appelait aux professions, au gouvernement ou à l’oisiveté. L’AVENIR, 1847.

Au commencement de notre misère, il y a l’École; au commencement de notre libération, il y aura l’École.

BARBEAU, Victor. Pour nous grandir, 1937.

Au Canada, un corps placé dans l’atmosphère terrestre tombe parce que Dieu le veut. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

La jeunesse sort des collèges bouffie de prétentions, mais vide de science. Elle ignore les choses les plus élémentaires, sans parler du grand mouvement scientifique de notre époque. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

il est temps de modifier profondément notre système d’instruction (…) il est temps de débarrasser l’intelligence publique de cet amas incohérent d’entraves qui arrêtent nos progrès. Il ne s’agit pas d’élever le niveau des études; il faut les spécialiser, et surtout les mettre en rapport avec les idées de notre siècle, seul moyen de les rendre profitables. Les études exclusivement classiques ont eu leur raison d’être tant qu’on a borné ses connaissances à la littérature et à la métaphysique; elles ont eu un but tant qu’on a pensé que la rhétorique d’Aristote était le nec plus ultra du perfectionnement humain : tant que les hommes n’ont pas eu l’idée du progrès et ont mis l’intérêt de la vie dans les spéculations et les hypothèses. Mais notre siècle veut autre chose; il a fait voir qu’il y avait un côté de l’intelligence humaine qui avait été tenu dans l’oubli, et que ce côté renfermait tout un monde de connaissances indispensables, tous les germes de l’avenir; et c’est dans le développement et la pression de ces facultés jusqu’alors méconnues que sont tombés les préjugés, les vieilles routines, les mystères de pure convention, les inepties de tout genre qui entravaient la marche de l’humanité. BUIES, Arthur. La réforme de l’enseignement, 1865.

Des filles que les parents ont la naïveté de leur confier, pour en faire des femmes capables de remplir leurs devoirs d’épouses et de mères, ils s’efforcent de faire des idiotes. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Dans les collèges canadiens on peut raisonner en dedans, mais dès qu’on a le malheur de le faire savoir, on est classé sans miséricorde comme un impie qui ne sera jamais bon à rien, et l’on vous fait passer pour une tête sans cervelle précisément parce que vous vous sentez une cervelle dans la tête, et que vous voulez en faire usage. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

On y est très discret, on appelle ça de la surveillance. Il y a un langage spécial au couvent : on décore les petitesses, les indélicatesses et les niaiseries de jolis noms qui ont tout à fait «bon air». (…) être bonne ici, c’est être une petite machine bien huilée, qui ne grince pas en marchant et qui obéit au moindre mouvement qu’on lui imprime. Un coup de cloche, un ordre du Signal, un signe. La Machine doit se lever, s’asseoir, marcher, prier, se confesser, communier et… Oh! tout ce qu’on ordonne de faire à la cloche et à la seconde. DESSAULES, Henriette. Journal, 1876, HMH, 1971.

ses maisons d’éducation sont en antagonisme complet et absolu, avec les seuls principes politiques et sérieux qui vont dorénavant régir le monde. On y persiste à donner une fausse direction à l’esprit des jeunes gens et à leur présenter le libéralisme, c’est-à-dire l’idée républicaine, comme dangereuse et même irréligieuse. DESSAULES, Louis-Antoine. Le Pays, mars 1867.

On fait à des enfants qui ne sont pas destinés à la prêtrise, une vie de petit séminaire; on les façonne à de minutieuses règles, à des exigences multipliées, je dirais presque au joug monastique. DESSAULES, Louis-Antoine. Six lectures sur l’annexion du Canada aux États-Unis, 1851.

Un peuple ignorant est un peuple déchu, sa mort politique et sociale ne peut être éloignée. Pour nous surtout, il importe que nous nous instruisions et que nous fassions instruire nos enfants. DORION, J.-B.-E. Manifeste de J.-B.-E. Dorion aux électeurs du comté de Champlain… 1851.

la colonie française était tout autre chose qu’une collection complète d’illettrés satisfaits. L’école avait sa place parmi les plus hautes préoccupations des Canadiens; elle surgissait au cœur des paysages les plus familiers de la Nouvelle-France. FRÉGAULT, Guy. La civilisation de la Nouvelle-France, Fides, 1944.

Nos collèges ne sont donc remplis que d’enfants?… Les uns de cinquante, les autres de douze ans : ces derniers aussi faibles dans leurs esprits inquiets que dans leurs pauvres corps en ébullition. Ceux-là aussi sottement fats. GOBEIL, Jules. Le Publicain, Le Cercle du Livre de France, 1958.

Toute l’éducation que reçoivent la plupart des enfants d’officiers et des gentilshommes se borne à très peu de choses; à peine savent-ils lire et écrire (…) il serait bien à désirer qu’ils fussent plus instruits (…) Les Canadiens ont communément de l’esprit. HOCQUART, Gilles. Mémoire, 1737.

c’est un devoir impérieux de populariser les sciences et de séculariser l’enseignement (…) Nous luttons contre un enseignement fondé sur des traditions surannées et contre un passé qui s’extasie sur des souvenirs stériles, pour un enseignement conforme à la hauteur du siècle, définissant sans crainte comme sans danger les droits individuels, donnant la plus haute expression des devoirs sociaux et politiques, seul capable de répondre à notre avenir national, et dont le besoin se fait profondément sentir. LAFRENAYE, P.-R. Discours, 1854.

Le cours classique devait le conduire tout droit au sacerdoce. (…) Elle (sa vocation) ne pouvait que s’épanouir comme une fleur de serre dans l’atmosphère surchauffée du collège. On y cultivait la Vocation avec plus de subtilité, mais non moins d’insistance que chez les frères. MARCOTTE, Gilles. Le Poids de Dieu, Flammarion, 1962.

Le peuple canadien aime l’éducation et veut sincèrement en procurer le bienfait à ses enfants (…) Il est des causes particulières qui s’opposent à l’éducation populaire dans le Bas-Canada, et les principales sont la rigueur de notre climat et la nature de nos occupations ordinaires qui en découlent, en grande partie, occupations que le besoin rend très généralement nécessaires. Nous vivons dans un pays essentiellement agricole et industriel, et le travail manuel est nécessairement notre tâche principale. MEILLEUR, Jean-Baptiste. Mémorial de l’éducation au Bas-Canada, 1860.

notre enseignement convient tout aussi bien, la plupart du temps, à un petit Chinois qu’à un petit Canadien français. MINVILLE, Esdras. Instruction et éducation, École Sociale Populaire, 1931.

On dirait que la majorité, dans la population canadienne-française, n’aime pas à s’instruire pratiquement. On préfère les études «idéalistes» aux connaissances positives qui, pourtant, sont la base la plus certaine sur laquelle puisse s’appuyer celui qui recherche la science. LE MONDE, 1895.

L’enseignement dans notre province a-t-il été jusqu’ici suffisamment pratique et méthodique? A-t-il été adapté à la situation? Il ne suffit pas d’enseigner, il faut former. Si le défaut capital des Canadiens français est le manque d’initiative et de volonté, on corrigera ce penchant à l’indolence en développant le sens de la responsabilité, le souci de l’action; on fera en sorte que l’éducation exerce sa fonction sociale. Orner l’esprit est bon; préparer la vie est mieux. MONTPETIT, Édouard. Conquête économique, 1, Les Forces, Valiquette, 1938.

C’est l’école qui finira par nous donner des générations nouvelles possédant – enfin! – l’intelligence de nos valeurs, de nos forces, le souci de l’action commune épaule à épaule, le respect de nos disciplines ethniques, la connaissance raisonnée des sciences économiques. MONTPETIT, Édouard. L’avenir économique des Canadiens français, février 1935.

On leur enseignait (aux jeunes Canadiens de l’ancien régime) un peu de latin, un peu de rhétorique et un peu de logique; mais, à tout ce qui était susceptible de stimuler la libre initiative l’école canadienne fermait prudemment ses portes… Au Canada, sous l’ancien régime, l’enseignement avait un caractère religieux et, à un moindre degré, un caractère politique. Le but réel que poursuivaient les écoles était, premièrement, de former des prêtres et, en second lieu, de former d’obéissants serviteurs de l’Église et du roi. Tout le reste était étranger à leurs préoccupations et n’avait pas beaucoup d’importance. PARKMAN, F. The Old Regime in Canada, 1898.

Il fut un temps, au milieu du siècle dernier, où nos pères se trouvèrent dans une situation bien pire que la nôtre; ils créèrent alors notre système actuel (d’éducation); ils fondèrent nos écoles normales et dès le début de la Confédération se manifesta dans le Québec un renouveau encourageant. Au milieu du vingtième siècle, nous pouvons renouveler leur exploit. (…) Je ne nie pas que le gouvernement ait un rôle de plus en plus grand à jouer dans le domaine de l’éducation, mais je ne voudrais pas qu’il soit seul à le jouer. PRÉVOST, Yves. Discours, 1958.

Au Québec, le droit à l’instruction est le droit d’une collectivité qui se définit comme francophone. Le système scolaire mis en place par l’État doit donc être défini comme francophone, à l’image de la collectivité pour laquelle il est institué. L’individu ou la minorité qui veut exercer son droit de choisir une langue d’enseignement autre que celle qui est officiellement reconnue dans le système scolaire doit, par conséquent, assumer la responsabilité de le faire en marge du système scolaire national. UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL. Mémoire du département de linguistique, 1974.

ÉGALITÉ

Tous les hommes naissent égaux et libres; et s’ils ne peuvent conserver l’égalité sociale, ils ne perdent jamais le droit qu’ils ont à l’égalité politique; égalité qu’ils ont de par la nature et qu’ils doivent conserver de par la loi. MERCIER, Honoré

Les hommes n’ont pas été créés égaux et ne devraient pas chercher à se ressembler. SELYE, Hans. Du Rêve à la découverte, Éditions La Presse, 1973.

ÉGLISE (clergé; religion)

L’Église n’est pas l’alliée des puissants. (…) Elle a dénoncé et elle dénoncera les abus du capitalisme et les tendances matérialistes du régime issu du libéralisme économique, parce que ce régime ne respecte pas la dignité de la personne… ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

L’Église dont la nature et les fins sont spirituelles, et non temporelles, n’a pas à gouverner l’État civil dont les fins sont temporelles. (…) Elle n’intervient dans la politique que pour défendre la morale et la religion, si celles-ci sont ignorées, violées ou combattues. DÉLORME, Jean et BOUILLÉ, Léo. Questions de vie politique, 1951.

L’Église étant dans l’État, et non l’État dans l’Église (…) toute l’Église même (n’a) reçu de puissance de Dieu que sur les choses spirituelles et qui concernent le salut, et non point sur les choses temporelles et civiles : Jésus-Christ nous apprenant lui-même que son royaume n’est pas de ce monde, et, à un autre endroit, qu’il faut rendre à César ce qui est à César, et qu’il faut tenir à ce précepte de l’apôtre saint Paul, que toutes personnes soient soumises aux puissances des rois, car il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu; en conséquence (…) nous déclarons que les rois ne sont soumis à aucunes puissances ecclésiastiques par l’ordre de Dieu dans les choses qui concernent le temporel. DUPUY, Claude-Thomas. Ordonnance, 1728.

Périssent le commerce, l’agriculture, les pauvres, la province, l’état, le monde entier, pourvu que l’Église triomphe. Elle sera toujours soutenue dans ses usurpations par les bigots, les esprits faibles et conséquemment superstitieux… Ces imbéciles sont toujours les plus nombreux, l’Église se reposera sur eux. LA GAZETTE DE MONTRÉAL, 1791.

Non seulement l’Église est indépendante de la société civile, mais elle lui est supérieure par son origine et par sa fin. LA GAZETTE DES CAMPAGNES, 1875.

L’Église est une communauté hiérarchique d’hommes libres où le dialogue est un devoir tout autant que l’obéissance. LÉGER, Paul-Émile

L’Église est votre Mère, vous vivez de ses richesses de grâces et puisez en elle la sève de votre vie spirituelle. LÉGER, Paul-Émile, 1959.

Telle est la nature de l’homme, telle est la société humaine; il en est des États comme des individus : ils doivent tout relever de l’autorité de l’Église. LE NOUVEAU-MONDE, 1873.

je croyais que l’église c’était ses prêtres. Je comprends maintenant que l’Église, c’est le peuple. RICHARD, Jean-Jules. Le Feu dans l’amiante, 1956.

Entre dans la mer et laisse-toi couper les jambes.

Dans la vague qui porte on n’a que faire des chevilles.

Coupe les amarres des attaches naturelles.

L’Église te prend dans ses bras

Et le corps ne peut appartenir à deux étreintes.

ROUTIER, Simone. Le Long voyage, Éditions de la Lyre et de la Croix, 1947.

L’Église n’est point une doctrine, c’est une tendresse. ROUTIER, Simone. Le Long voyage, Éditions de la Lyre et de la Croix, 1947.

L’Église enseigne, et moi je crois; elle me dit ce qu’il faut faire, et je fais de mon mieux pour suivre ses ordonnances. TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

Ne trouvez-vous pas (…) que les gens se permettent assez de redire sur l’attitude que prend l’Église en face de l’argent et des transactions financières en général? THÉRIAULT, Yves. Les Vendeurs du temple, Éditions de l’homme, 1964.

J’ai été élevée dans les soubassements d’églises (…) j’ai appris à rire à cinquante ans! TREMBLAY, Michel. Les Belles-sœurs, Holt, Rinehart et Winston, 1968.

ÉGOÏSME (altruisme)

On rend l’égoïsme presque attrayant en le donnant pour un vice qui fait rapporter tout à soi. En réalité, c’est une privation toujours plus grande d’amour. BAILLARGEON, Pierre. Le Scandale est nécessaire, Éditions du Jour, 1962.

L’égoïsme est la plus caractéristique, la plus ancienne et la plus essentielle propriété de la vie (…) et pourtant il est sordide. SELYE, Hans. Du rêve à la découverte, Éditions La Presse, 1973.

ÉLECTION (député; promesse électorale; suffrage universel)

l’élection doit assurer que le rapport des tendances et des groupes représentés au Parlement reflète le plus fidèlement possible, et cela d’une élection à l’autre, l’image vivante du pays. BOILY, Robert. Réforme de la carte électorale : les données du problème, ses implications politiques dans le Québec d’aujourd’hui, regards d’universitaires, ouvrage publié sous la direction de Jean-Luc Migué, HMH, 1971.

Pour être élus,

Que de cabales et de brigues,

Pour être élus;

Mais que je vois de gens déçus

C’est bien en vain que se fatiguent

Pour être élus.

Chanson du 18e siècle

Nous élisons notre médiocrité. DUBÉ, Marcel. Pauvre amour

Dès qu’ils commencent à creuser et à planter quelques fondations, c’est immanquable : les élections s’en viennent. GUÉVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

Avant les élections c’est : donne-moi un œuf, je te donne un bœuf. Mais après, mes vieux, c’est une autre chanson : donne-moi un bœuf, je te donne un œuf. GUÉVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

ÉMIGRATION DES CANADIENS FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS (Franco-Américains)

voyez les centaines, les milliers de jeunes Canadiens intelligents, actifs, forts et robustes qui émigrent aux États-Unis tous les ans. C’est la jeunesse, la sève, la vie de votre vie comme peuple qui s’éloigne de vous pour aller vivre avec plus de liberté, de bonheur et de prospérité que notre pays peut leur en offrir actuellement. DORION, J.-B.-E. Manifeste de J.-B.-E. Dorion aux électeurs… 1851.

Vous n’ignorez pas non plus combien est profonde la plaie nationale à laquelle cette association (l’association des Établissements canadiens dans les «Townships») se propose d’apporter un remède efficace; à savoir : le départ annuel de milliers de jeunes gens et d’un grand nombre de familles qui abandonnent les bords du Saint-Laurent pour aller chercher fortune et bonheur sous un ciel qu’ils croient plus beau et sur un sol qu’on leur dit plus fertile. Ces jeunes gens (…) ne reviennent point parmi nous ou ne reviennent que plus pauvres, souvent moins vertueux, et avec les débris d’une santé que la fatigue ou le vice a pour toujours altérée. Ces familles, au lieu de trouver le bien-être qu’elles espèrent, ne rencontrent chez l’étranger que durs travaux et superbes dédains; et loin des autels de leur jeunesse et du sol de la patrie, elles pleurent l’absence des joies religieuses de leurs premiers pas et des jouissances du toit paternel. L’abondance même qu’un bien petit nombre peut atteindre n’est qu’une faible consolation, quand on la compare à la paix, au contentement, à la franche et naïve piété, à la suave politesse, qui caractérisent notre Canada. ÉVÊQUE DU CANADA. Lettre circulaire, 1848.

Le défrichement et la mise en valeur du sol canadien leur a paru à un grand nombre (de jeunes Canadiens) un travail trop dur et par trop pénible. Au pain commun du courageux colon, ils ont préféré le pain blanc du maître américain; au travail isolé et libre du jeune cultivateur, ils ont préféré le travail enrégimenté des boutiques américaines. LAFLÈCHE, Louis-François. Discours, 1895.

Les difficultés offertes de toutes parts dans les concessions de ces terres, le peu de sortie des produits du Canada, causée par notre système exclusif de commerce avec l’Angleterre, la mauvaise administration, telles sont les vraies causes de cette émigration nombreuse. Les papiers du Haut-Canada nous apprennent que c’est à peu près la même chose dans cette province. Ces seuls faits en disent plus que des volumes contre le système colonial actuel. LA MINERVE, 1836.

N’est-il pas étonnant, mais en même temps déplorable, de voir la quantité de jeunes Canadiens qui depuis quelques années se voient forcés de s’expatrier et de gagner les États-Unis et l’Amérique du Sud, soit par leur mauvaise conduite, soit par leurs mauvaises affaires, soit pour se débarrasser de parents qui leur semblaient trop rigides et trop exigeants, ou pour fuir des créanciers qu’ils croyaient trop durs. (…) arrivent dans un pays étranger (…) assez souvent sans industrie et sans talents, et presque toujours indolents et dissipés, ils se trouvent bientôt réduits à la plus extrême misère, ne sachant où donner la tête, et conséquemment forcés de recourir à des métiers vils et honteux ou de se livrer même au vice ou à la rapine pour extorquer de quoi secourir leur misérable existence. TRUDEAU, R. Mes Tablettes

EMPIRE

Tous les Empires sont haïssables. Ils barrent la route à la liberté humaine et au véritable progrès intellectuel et moral. Ils ne servent que des instincts brutaux et des objectifs nationaux. BOURASSA, Henri, Lettre

ENFANCE

Beaux jours de mon enfance, qu’êtes-vous devenus? Alors le travail et mes jeux prenaient toutes mes heures. Alors je n’aimais que Dieu et mon père. C’était vraiment les jours heureux! Ô paix de l’âme! Ô bienheureuse ignorance des troubles du cœur! Où vous n’êtes plus, le bonheur n’est pas! CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

Comme le ciel est clair aux visions d’enfance!

Nulle insomnie alors n’avait lassé mes yeux;

Les yeux comme le cœur s’ouvraient à l’espérance;

Tout était neuf, pour moi, sur terre et dans les cieux!

DOUCET, J.-J. Au vent qui passe, 1917.

qu’on arrête le viol de l’enfance, l’irrespect de l’enfance et de l’esprit de l’enfance. LANGEVIN, André. Cité par Jean-Paul Brousseau, La Presse, novembre 1972.

Oui, la douce et naïve enfance,

Exempte des instincts pervers,

Sans calcul et sans méfiance

Se livre à ses penchants divers.

MARCHAND, F.-G. Mélanges poétiques et littéraires, 1899.

Rien n’est plus doux aussi que de s’en revenir

Comme après de longs ans d’absence,

Que de s’en revenir

Par le chemin du souvenir

Fleuri de lys d’innocence

Au jardin de l’Enfance.

NELLIGAN, Émile. Poésies complètes, 1903.

J’ai perdu une part de moi-même

Dont je me souviens à chaque pas

Oh l’affreux équilibre

De n’être plus un enfant.

PILON, Jean-Guy. La Fiancée du matin, Éditions Amicitia, 1953.

ENFANT

l’enfant que nous portons idéalement en nous est trop beau, trop noble, trop pur pour que nous puissions le réaliser concrètement. Venu au monde un enfant n’est plus ce qu’il est : de toute façon, à notre regard exigeant, un petit monstre. BASILE, Jean. La Jument des Mongols, Éditions du Jour, 1964.

ENSEIGNANT

Les meilleurs «baby-sitters» du monde, c’est encore les professeurs d’école. DUBÉ, Marcel. Virginie

L’instituteur a un noble devoir à remplir, car il est chargé d’un véritable sacerdoce : celui de former aux vertus morales et civiles, l’enfant qui lui est donné. VALADE, F.-X. Guide de l’instituteur, 1853.

ENSEIGNANTS QUÉBECOIS

Le peu de considération accordée à la noble profession d’instituteur l’a fait regarder jusqu’à ce jour comme un pis-aller. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard, 1862-1864.

On sait à quelle vie d’abnégation sont condamnés nos instituteurs; on connaît l’insuffisance du traitement qu’ils reçoivent pour leur ingrate besogne et l’exiguïté de la pension qui leur permet à peine de ne pas mourir de la faim après toute une vie dévouée à l’instruction de la jeunesse. MARMETTE, Joseph. Kirouet et Cantin

ENTREPRISE (économie)

s’il est faux d’assimiler toujours l’action privée à l’irresponsabilité égoïste et celle du gouvernement au service de l’intérêt public, il est également faux d’identifier le secteur privé comme étant l’efficacité, la productivité, le progrès et le secteur public comme représentant toujours le gaspillage, la corruption et la stagnation. BONIN, Bernard. La firme plurinationale et les pouvoirs publics au Québec, Le Québec d’aujourd’hui, regards d’universitaires, HMH, 1971.

À part la recherche de la permanence éternelle de leur existence le seul but que poursuivent les entreprises géantes est la croissance, la croissance inexorable et sans fin à un taux multiplicateur. KIERANS, Éric. Cité par Jean Poulain, La Presse, avril 1974.

(Le) principe de la libre entreprise est à remettre en question parce qu’il a abouti à une telle concentration de pouvoir qu’il étouffe aujourd’hui la moindre entreprise privée et exerce sur le prix des marchandises un monopole absolu. PARTI ACADIEN. Le Parti acadien, 1972.

ENVIRONNEMENT (nature)

Le désordre de l’environnement auquel nous faisons face en ce moment est le résultat de la différence qui existe entre les intentions et les accomplissements de l’homme. DANSEREAU, Pierre. La terre des hommes et le paysage intérieur, Leméac, 1974.

ÉPARGNE

L’épargne est une obligation pour tous; elle forme à la prudence et à la sagesse, elle concourt à la maîtrise de la vie. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

ÉPOQUE (dix-neuvième siècle; vingtième siècle)

Laissons-là ceux qui croient que le monde va crouler, parce que tout se remue et s’agite autour d’eux.

L’Avenir

Quand vous lisez dans les journaux bien-pensants ce respectable cliché : «On ne respecte plus rien!» vous pensez peut-être que c’est du nouveau, jeunes gens. Détrompez-vous : j’ai entendu cela me corner les oreilles, il y a soixante ans, au sujet de la plume d’oie, de la véritable plume d’oie (qu’on voulait remplacer par la plume d’acier). FRÉCHETTE, Louis. Mémoires intimes, 1900.

beaucoup d’hommes s’interrogent avec inquiétude et se demandent si réellement l’heure solennelle des grandes tribulations ne sonnera pas bientôt pour le monde, si même il n’est pas sur le point d’entrer dans ces temps divinement prédits où l’abomination de la désolation rendra nécessaire l’intervention de Dieu par une action directe, personnelle et souveraine. LA GAZETTE DES CAMPAGNES, 1870.

ce n’est pas moi qui chanterai, comme certains vieillards grincheux : «C’était bien mieux dans mon jeune temps!» GRIGNON, Edmond. En guettant les ours, Beauchemin, 1930.

le monde souffre de démence en ce moment. LAPOINTE, Ernest. Débats, Communes du Canada, février 1937.

Le laisser-aller et la vulgarité caractérisent notre époque en général. PELLERIN, Jean. La culture «jouale», la Presse, novembre 1972.

ÉPOUX

Il n’y a rien comme de vieux époux pour connaître, l’un et l’autre, les défauts de la cuirasse. La cible leur est à ce point familière, qu’ils font mouche à tout coup. SIMARD, Jean. Nouveau répertoire, HMH, 1965.

ÉRABLE

Il est l’orgueil de nos forêts… la feuille d’érable est sacrée, chez nous. BERNIER, Hector. Au Large de l’écueil, 1912.

l’érable, bois dur et durable, particulier au Canada, représente la fermeté de caractère que nous devons avoir, sa belle feuille verte, l’espérance qui doit nous ranimer dans les tribulations et les peines de la vie, son beau sucre, la subsistance que nous devons nous procurer par le travail… MEILLEUR, Jean-Baptiste. Mémorial de l’éducation au Bas-Canada, 1860.

ÉROTISME

L’érotisme est une des formes que peut prendre la charité envers les êtres. MOREAU, André. La Mère érotique

ESCLAVAGE-ESCLAVE (servitude)

J’aime mieux mourir que de vivre en esclave toute ma vie. DUBÉ, Marcel. Florence, HMH, 1954.

Le maintien de l’esclavage, c’est la reculade vers le droit payen; ce n’est pas le progrès. LE PAYS, 1861.

ESPOIR

L’homme étant le jouet des événements, l’espoir seul peut le rendre heureux. BUIES, Arthur

Les jours gris traînent leur lumière. FERLAND, Albert. Le Canada chanté, Deom, 1908-1910.

Quel reflet d’aube s’égare ici?

D’où vient que cet oiseau frémit

Et tourne vers le matin

Ses prunelles crevées?

HÉBERT, Anne. Le Tombeau des rois, Institut littéraire du Québec, 1953.

Et qu’importe après tout ce que dure un jour sombre?

Mon âme émue, alors, dans une vague d’ombre

Voit glisser un rayon. C’est l’espoir radieux.

LEMAY, Pamphile. Les Épis, 1914.

ESPRIT (spiritualisme)

Un homme qui fait de bonnes affaires peut se permettre d’avoir de l’esprit; s’il n’en a pas, on lui en prêtera.

FERRON, Jacques. Les Confitures de coings, Parti Pris, 1972.

ESPRIT FRANÇAIS

l’esprit français nous apparaît comme un maître incomparable de clarté, d’ordre et de finesse, le créateur de la civilisation la plus saine et la plus humaine, la plus haute expression de la santé intellectuelle et de l’équilibre mental. GROULX, Lionel. L’Action française, janvier 1921.

ESQUIMAU

L’Esquimau est pauvre et ignorant. (…) Des religieuses canadiennes l’instruisent et l’éduquent; des missionnaires canadiens lui enseignent le catéchisme et lui apprennent le chemin du bonheur. (…) L’Esquimau est lent; de plus, il se montre souvent sournois. LES FRÈRES DU SACRÉ-CŒUR. Mon Livre de français, (4e année)

(Les Esquimaux) ont cela de commun avec le pays qu’ils occupent, qu’ils sont si farouches et si intraitables, que l’on n’a pas pu jusqu’à présent les attirer à aucun commerce. Ils font la guerre à tous leurs voisins, et lorsqu’ils tuent et prennent quelques-uns de leurs ennemis, ils les mangent tout crus, et en boivent le sang. Ils en font même boire à leurs enfants qui sont à la mamelle, afin de leur insinuer la barbarie et l’ardeur de la guerre dès leur plus tendre jeunesse. JÉRÉMIE, Nicolas. Relation du détroit et de la baie d’Hudson, 1732.

ESTIME

On n’aime pas nécessairement un homme parce qu’on l’estime. FERRON, Jacques. La Sortie, Écrits du Canada français, HMH, 1965.

ÉTAT (fédération; indépendance; monarchie; république)

Gardien et protecteur du bien commun, architecte par excellence de la justice sociale, l’État doit veiller à la bonne organisation et au bon fonctionnement de la vie sociale, économique, culturelle et politique, empêchant les intérêts particuliers et privés de prendre le pas sur le bien général, facilitant à tous l’accès aux biens tant du corps que de l’esprit par leur juste répartition dans toutes les classes de la société… ARES, Richard. Du rôle de l’État dans un Québec fort, Bellarmin, 1962.

Un État n’est point dans l’obligation de fournir un emploi à chacun de ses sujets, mais il doit assurer leur état personnel, leur fortune entière, leur liberté, leur sort, celui de leur famille. En tant que ces choses sont incertaines, ils ont droit de se plaindre, et d’exiger qu’elles leur soient assurées. CHARTIER DE LORBINIÈRE, Michel. Lettre, 1773.

L’État moderne doit exercer une influence profonde sur l’économie : il faudra trouver les accommodements nécessaires pour qu’il puisse le faire efficacement. CONFÉDÉRATION DES SYNDICATS NATIONAUX, FÉDÉRATION DES TRAVAILLEURS DU QUÉBEC, UNION CATHOLIQUE DES CULTIVATEURS, Mémoire, 1966.

La société politique, ou État, existe pour les individus et non les individus pour l’État. DELORME, Jean et BOUILLÉ, Léo. Questions de vie politique, 1951.

L’État omniprésent qui existe partout en Occident n’est pas apparu par hasard. C’est la contrepartie d’une société qui est atomisée. Le vieil individualisme libéral qui, par mesure de compensation, se donne un État très fort, puisque sans cela la société se déferait… DUMONT, Fernand. La Presse, février 1972.

les gouvernements ne doivent favoriser les intérêts matériels et sociaux qu’en les subordonnant aux intérêts religieux des peuples, en suivant en tout par conséquent et avec parfaite docilité les enseignements de l’Église. LA GAZETTE DES CAMPAGNES, 1871.

l’État moderne doit être en mesure d’assurer l’administration la plus rationnelle possible des ressources de production, de satisfaire au maximum les besoins des hommes et d’assurer un niveau de vie toujours plus élevé. NADEAU. G., BERTRAND, G., CARON, G., ÉMERY, J., LARUE, A.L’État du Québec, Éditions de l’Homme, 1965.

L’État (…) a son origine dans le plan providentiel; Dieu a voulu dans sa bonté infinie que l’homme pût encore être ramené par la puissance humaine et par le bras armé du glaive de la justice dans les voies qui conduisent au royaume futur. LE NOUVEAU MONDE, 1873.

il en est des États comme des individus : ils doivent tous relever de l’autorité de l’Église. LE NOUVEAU MONDE, 1873.

L’État, c’est le grand moteur des économies modernes. C’est en quelque sorte l’animateur et le coordonnateur du développement économique. PARTI QUÉBÉCOIS. Oui, Le Parti Québécois vous offre la solution, 1970.

Mais la grandeur d’un État ne constitue point toujours son importance. Preuve, la France, Les États-Unis, L’Angleterre, la Prusse, etc., dont les territoires sont relativement de peu d’étendue. Ces pays possèdent une population dense. Leurs facilités de communication sont considérables. Ils renferment tous les éléments du progrès. De là leur supériorité universelle. LE PAYS, 1867.

l’État, gardien du bien commun et artisan du progrès global de la communauté, doit assurer la préservation des valeurs fondamentales du groupe. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL, Statut de la langue française au Québec, Mémoire, 1967.

ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS

La résolution de fondation des États généraux nous assignait comme but d’analyser la situation culturelle, social, économique, politique et religieuse du Canada français, d’en dégager l’orientation future et de nous engager dans une action qui lui permette de réaliser toutes ses aspirations. MORIN, Jean-Yves. Les Cahiers des États généraux du Canada français, janvier 1967.

ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE (Américains; américanisme; annexion du Canada aux États-Unis; émigration des Canadiens français aux États-Unis; Franco-Américains)

les États-Unis sont la proue avancée de la civilisation, la lumière des autres peuples. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

ÉTÉ

Car je t’aime, Été vert, qui borde les chemins.

Je veux fleurir, Été, dans tes métamorphoses

Et, pour que je me grise en toi, comme des roses

Je veux te tenir dans mes mains!

CHOQUETTE, Robert. À travers les vents, Éditions du Mercure, 1926.

ÉTÉ AU QUÉBEC, L’

La température y est très élevée, la moyenne de juillet à Montréal est de 22, égale à celle de Marseille (…) un tel été arrive brusquement mais tardivement; en avril, on est quelquefois encore dans la neige et en mai on vit déjà comme sous les tropiques… On se croirait proche des pays chauds; les plantes s’y trompent; la vigne sauvage s’aventure sous ces puissants étés; Jacques Cartier avait dénommé l’Île d’Orléans «île de Bacchus» tellement il avait été frappé par la profusion des grands sarments… Mais voici qu’arrivent, par le terrible vent du «Nordet», des nuages lourds et plombés… Par saccade, s’installe l’hiver, bien plus démesuré encore, plus intégral que ne l’est l’été lui-même. Ici les «temps» sont successifs, les saisons sont plus différenciées qu’ailleurs, elles sont dans le temps, comme des pays différents dans l’espace.

DEFFONTAINES, Pierre. L’Homme et l’hiver au Canada, Gallimard, 1957.

ÉTERNITÉ

L’éternité, cette mer sans rivages où nous disparaîtrons tous!

CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

ÉTOILE

Phares de l’Infini, vous éclairez mon âme!

Votre immense problème atteint l’Éternité;

Vous me révélez Dieu par votre majesté :

Je vois luire son nom dans vos disques de flammes.

GILL, C. Le Cap Éternité, 1919.

ÉTRANGER

Maudits étrangers, commença Amable… (…) C’est ça Amable, fesse dessus ou ben prends le fusil et tire-les un par un tous ceux qui ne sont pas du Chenal du Moine. GUÈVREMONT, Germaine. Le Survenant, Beauchemin, 1945.

nos pères se mirent à voir de la défiance pour tout étranger qui arrivait chez nous, même si l’on venait de la France; «c’est un étranger quand même», pensaient nos gens. POTVIN, Damase. Le Français, 1925.

un étranger est toujours suspect. RINGUET. Trente arpents, Flammarion, 1938.

Autour de nous des étrangers sont venus, qu’il nous plaît d’appeler des barbares! (…) Des étrangers sont venus! ils ont pris presque tout le pouvoir! ils ont acquis presque tout l’argent… SAVARD, Félix-Antoine. Menaud, Maître-draveur, Fides, 1937.

ÉTUDE

L’amour de l’étude devient une passion louable et la plus puissante sauvegarde contre les folles passions. PAPINEAU, Louis-Joseph

ÉVALUATION

pour les cultivateurs, le fumier c’est de l’or. GÉRIN-LAJOIE, Antoine, Jean Rivard, 1862-1864.

ÉVIDENCE

On n’élève pas des rongeurs dans une cage de bois. TRUDEL, Marcel. Vézine, Fides, 1946.

EXCÈS

rien n’est plus près de la ruine que l’excès. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

l’excès dans tout est un mal. DORION, J.-B.-E. Le Défricheur, décembre 1862.

EXISTENCE

l’existence dont la seule raison est d’être partagée par la grande majorité des hommes. FERRON, Jacques. Contes, HMH, 1968.

Il ne faut jamais mépriser l’existence et cracher dessus, elle te renvoie tout au visage. LECLERC, Félix. Le Fou de l’île, Denoel, 1958.

Mais prenons l’homme dans son individualité, et suivons-le dans les sentiers de cette vie mortelle. Ah! que d’épines aiguës croissent au milieu des quelques roses éphémères de son existence. SINGER, F.-B. Préface aux Souvenirs d’un exilé canadien, 1871.

EXTRÊMES

Amis! évitons les extrêmes…

C’est toujours bien moins périlleux!

AUBIN, Napoléon. Le juste milieu (poème), 1835.

EXODE RURAL AU CANADA FRANÇAIS, L’

Sur le compte qui nous a été rendu que les travaux considérables qui se sont faits pour le compte du Roi depuis quelques années ont attiré en cette ville (Québec) quantité d’habitants mariés de la campagne qui ont abandonné leurs terres, soit pour se mettre charretiers, soit pour travailler à la journée, ou même pour y tenir cabaret, ce qui fait un tort considérable à la colonie, les terres n’étant ni cultivées ni augmentées comme elles devraient l’être; que les dits habitants ainsi établis, il se trouve des saisons de l’année où ils ne peuvent faire subsister leurs familles., et qu’il est à craindre qu’à l’avenir, les travaux devenant moins considérables, ils se trouvent réduits à la mendicité, ce qui pourrait exposer une partie d’entre eux à de fâcheuses suites, et devenir à charge au public. Et étant de la dernière conséquence pour le bien général de la colonie d’augmenter la culture des terres, nous faisons très expresses inhibitions et défenses à tous habitants qui ont des terres à la campagne de venir s’établir dans cette ville, sous quelque prétexte que ce soit, sans notre permission par écrit, à peine contre les contrevenants d’être chassés de la ville et renvoyés sur leurs terres… BIGOT, François. Ordonnance qui défend aux habitants de la campagne de venir s’établir en ville, 1749.

On réussirait parfaitement à garder les cultivateurs sur leurs terres, si on rendait l’agriculture plus payante.

LE MONDE, 1895.

Et l’exode a commencé, lamentable et déprimant, des enfants de la glèbe laurentienne vers la fournaise des villes américaines. POTVIN, Damase. Le Français, 1925.

FAIBLESSE

Il a droit à ses faiblesses. Personne de nous n’est sans tache. THÉRIAULT, Yves. Cul-de-sac, Institut littéraire du Québec, 1961.

FAIM

Laisserons-nous encore longtemps s’élargir et se creuser le fossé entre les nantis et les pauvres? Aujourd’hui encore Lazare meurt de faim près de la table du riche. Faudra-t-il longtemps allongé le dossier comptable de telles injustices? (…) Et pendant de temps, le drame s’aggrave et prend les proportions tragiques. Il devient une sorte de cercle vicieux insurmontable. La solution ne saurait être que radicale. Il faut à la fois nous retourner le cœur, changer nos styles et niveaux de vie, bâtir de nouvelles structures de solidarité. Qui sait si l’enjeu quotidien et planétaire du pain et de la faim ne constitue pas le plus percutant appel de conversion adressé à l’humanité moderne. ÉPISCOPAT CANADIEN. Déclaration faite au synode de Rome, 1974.

d’après l’UNESCO, 400 à 500 millions d’enfants souffrent aujourd’hui de sous-alimentation dans le monde. 1 000 personnes meurent chaque jour en Inde et au Bangladesh et 10 millions de personnes, dans le monde, risquent de disparaître d’ici 8 mois, selon les experts de la FAO. On a calculé que la quantité mondiale de nourriture disponible par habitant n’a pas augmenté depuis 1936. Elle a même diminué durant les dix dernières années. (…) Dans plus de la moitié du monde, le contenu en protéines de l’alimentation n’atteint qu’environ les deux tiers de la normale. La situation présente est donc catastrophique, comme le prouvent les famines actuelles d’Asie et d’Afrique : la terre manque de nourriture. GÉRIN-LAJOIE, Paul. L’équation de Rome et la vocation du Canada, janvier 1975.

Dieu avait peut-être créé la faim la première. ROY, Gabrielle. La Montagne secrète, Beauchemin, 1961.

FAMILLE (souper de famille)

Mais sort-on jamais de la famille quiconque en sort-il jamais… BESSETTE, Gérard. Le Cycle, Éditions du Jour, 1971.

Ah! la vie de famille est pourrie! Elle vous déchire le cœur et vous aiguise les griffes! HÉBERT, Anne. Le Temps sauvage, HMH, 1963.

La famille? (…) Institution institutionnalisée qui fait l’affaire, entendez les «affaires » de l’État, qui fait l’affaire de la police (cherchez la famille, se répète le limier moderne), des avocats et des juges et des notaires, surtout, qui fait l’affaire des bureaux de l’impôt, qui fait l’affaire des églises, de la nôtre, sainte mère accablante et accablée, enfin, institution qui fait l’affaire des «forces de l’Ordre», de l’autorité établie, ou en train de s’établir, selon le degré de civilisation! JASMIN, Claude. Bonheur et famille, Liberté, décembre 1961.

La famille n’est que la nation en petit et en germe. LAFLÈCHE, Louis-François. Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille, 1866.

La famille est de soi une institution autoritaire où la femme et les enfants sont foncièrement colonisés par l’homme. Conséquemment, les autres paliers de la société ont également une structure et un esprit autoritaire : la famille est le laboratoire le plus infaillible des comportements autoritaires. Selon (Wilhelm) Reich, elle repose plus sur la force et la haine que sur l’amour. LE QUARTIER LATIN, mars 1970.

FAMILLE ET LES QUÉBÉCOIS, LA (mères québécoises, les; natalité au Québec, le taux de)

nos familles, en particulier nos nombreuses familles, ont aimé l’être humain, ont aimé l’enfant, l’ont respecté beaucoup et l’ont rendu aimant à son tour. Ce qui s’est dit et écrit contre elles n’est vrai que dans une certaine mesure. Il y avait en elles, fondamentalement, un amour actif de la vie et de la personne humaine, et un don de soi, et une tendresse, dont aucune littérature négative ne pourra détruire le souvenir. Cet amour explique seul que nous ayons centuplé en nombre en six ou sept générations. Il a été inséparable de l’expansion de la langue française en Amérique. Et il l’est encore. Plus on aime, plus on construit.

CHRYSOSTOME. Un coup d’œil en arrière, Hebdo-Éducation, juillet 1969.

Je ne suis pas un étroit d’esprit, je ne suis pas ce qu’on appelle un «nono», mais je pense qu’on peut dire sans avoir à rougir que la base de la société c’est la famille, et la famille heureuse. (…) ces cellules familiales dont nous avons besoin pour la sauvegarde de notre race, de notre patrimoine canadien français.

DUPUIS, Yvon. Discours.

La famille a assuré l’existence du Canada français. Elle a permis le peuplement du Québec. Elle a été le centre de la survivance culturelle, car elle a, dans notre histoire, représenté un cadre social largement fermé aux influences étrangères. Personne ne nie que la famille a été la source première de la nation canadienne-française. ÉTAT GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS. Les Cahiers des États généraux du Canada français, novembre 1967.

il n’y a pas de professions, de confrères, de peuples dans notre pays; il n’y a qu’une nation : c’est la famille. FERRON, Jacques. Cotnoir, Éditions d’Orphée, 1962.

la famille canadienne-française ne se comprend que si on la considère comme l’instrument de la «continuité» entre les différents stades sociologiques par lesquels est passé le Canada français. C’est elle qui, non seulement a permis la «survivance culturelle», par la transmission de certaines valeurs culturelles à un nombre assez large de personnes à chaque générations, mais qui, en donnant un univers social et culturel spécifique à chaque Canadien français, a assuré la survie d’un Canada français. GARIGUE, Pierre. La Vie familiale des Canadiens français, Presses de l’Université de Montréal et Presses Universitaires de France, 1962.

Le Regroupement National considère que la famille est la cellule de base de la société québécoise. JUTRAS, René. Québec libre, 1965.

La coopération entre les membres de la famille (au Canada français) est une tradition bien établie et n’est qu’une autre manifestation de la puissance extraordinaire de l’unité familiale. MINER, Horace. St. Denis, The University of Chicago, 1939.

FANATISME

Ma conscience d’homme, de citoyen et de chef politique bien au fait de ses responsabilités m’impose le devoir strict de dire au fanatisme : tu ne passeras pas, parce que tu es l’ennemi de mes frères et le destructeur de la nation. GODBOUT, Adélard. Le Devoir, juin 1944.

FATALITÉ (destin)

FATIGUE (ennui)

Je ne suis ni triste ni gai.

Je ne suis qu’un peu fatigué.

De qui? De quoi? De cette foule

De gens tirés au même moule.

Il y a aussi le ciel gris,

La pluie et les tramways, les cris…

Et ces maisons de pierre grise.

On voudrait faire ses valises.

GARNEAU, Sylvain. Objets trouvés, Deom, 1963.

FAUX

Faux comme diamant au Canada.

Proverbe.

FAVORITISME

la coutume du patronage est une dérogation aux normes rationnelles qui, dans une société évoluée, doivent présider au partage des avantages sociaux et des responsabilités. C’est un vestige d’une conception primitive de la société. DION, G. et O’NEILL, L. Le Chrétien en démocratie, Éditions de l’Homme, 1961.

FÉCONDITÉ (contraception; naissance; natalité)

le faible niveau de fécondité qui est en train de se généraliser dans les pays occidentaux n’est pas un problème purement monétaire. (…) le nœud du problème, me semble-t-il, c’est la concurrence où se trouvent prises les femmes mariées, entre l’éducation des enfants et d’autres aspirations, en particulier le travail à l’extérieur. HENRIPIN, Jacques. Les allocations familiales donneront-elles des enfants de plus? La Presse, septembre 1973.

FÉDÉRALISME

Il n’y a de liberté et de justice qu’entre des partenaires de plain-pied. Entre la poule et le cochon, la mesure n’est pas la même. La première peut donner de ses œufs sans rien sacrifier d’elle-même. Le second y passe tout entier quand il offre son bacon. Le fédéralisme libéral n’échappe pas à cette loi fondamentale. Il repose sur un contrat social que la philosophie politique la plus élémentaire a condamné depuis longtemps : entre le fort et le faible, l’avantage contractuel penche toujours du même bord. GRAND’MAISON, Jacques. Entre la poule et le cochon, Maintenant, décembre 1973.

FÉDÉRALISME COOPÉRATIF

(Le fédéralisme coopératif) mènerait à l’avortement sans douleur de la nation canadienne-française. LÉVESQUE, René. Les Cahiers des États généraux du Canada français, mai 1967.

Un fédéralisme sain, un fédéralisme coopératif est un système politique dans lequel les deux niveaux de gouvernement s’acquittent de leurs responsabilités respectives et se respectent l’un l’autre, en tenant compte de leurs intérêts communs. S’ils sont chargés d’une action parallèle, ce doit être une action concertée et, par conséquent, fondée sur la consultation et la coopération… C’est ce que nous entendons par fédéralisme coopératif. PEARSON, Lester B. Débats, Communes du Canada, mai 1965.

FÉDÉRALISME DÉCENTRALISÉ

le fédéralisme décentralisé confère à toutes les provinces, qui les refusent et n’ont aucun titre à les revendiquer, les compétences nécessaires à l’exercice de la fonction d’État national qu’il reconnaît au Québec. GROULX, Yvon. Rapport du président général, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1967-1968.

FÉDÉRATION

Sous le système de fédération, qui laisse au gouvernement central le contrôle de grandes questions d’intérêts général dans lesquelles les différentes races n’ont rien à démêler, les droits de race et de religion ne pourront pas être méconnus. CARTIER, Georges-Étienne. 1865.

Un gouvernement fédéral est un gouvernement dont les pouvoirs souverains sont répartis entre un gouvernement central et des gouvernements locaux. La fédération pose comme principe que les gouvernements locaux sont entièrement autonomes dans leurs domaines respectifs sur lequel ne peut empiéter d’aucune façon le gouvernement fédéral. LAWSON, W. J. La constitution canadienne, Imprimeur de la Reine, 1963.

FEMME (beauté; féministe; fille)

FEMME! Ça ne veut rien dire de si étonnant! Moi, je suis bien un homme, baptême, et je ne me décore pas les testicules d’oriflammes pour autant! ARCHAMBAULT, Gilles. La Fleur aux dents, Le Cercle du Livre de France, 1972.

À supposer (…) qu’elle (la femme) consacre le même temps que nous à la politique, ou qu’elle cherche hors de son foyer les occasions de s’instruire qui viennent au-devant de nous dans la rue, à l’atelier, au comptoir, au bureau, la femme négligera forcément le rôle que la nature lui avait assigné; sauf exception, elle sera mère d’autant plus discrète, épouse d’autant moins attentive, qu’elle sera citoyen consciencieux. ASSELIN, Olivar. Le Mâtin, février 1922.

Tout le mal qu’on dit des femmes s’applique aux hommes; non pas tout le bien. BAILLARGEON, Pierre. Le Scandale est nécessaire, Éditions du Jour, 1962.

L’entrée des femmes dans la politique, même par le seul suffrage, serait pour notre province, un malheur. Rien ne le justifie, ni le droit naturel, ni l’intérêt social. Les autorités romaines approuvent nos vues BÉGIN, Louis-Nazaire. Le Canada, avril 1922.

Il est vrai que sous tous les climats, à toutes les latitudes, qu’une femme ne se vainc que par la fuite. BERNARD, Harry. Les Jours sont longs, Le Cercle du Livre de France, 1951.

La fonction essentielle de la femme est la maternité; elle apparaît nettement tracée par les traits, les aptitudes, les facultés particulières à son sexe; toute femme est destinée à être mère, soit dans le sens physique du mot, soit dans un sens plus spirituel et élevé, mais non moins réel. Aussi sa place doit-elle être, avant tout, au foyer. BLAIS, Hervé. Encyclopédie Grolier, 1947-1948.

Le mot femme veut dire maternité et amour d’abord. BLANCHARD, Mathilda

52 % des cerveaux du Québec appartiennent à des femmes, mais c’est leur pourcentage en fesses qui nous intéresse. (…) nous sacrifions allègrement 52 % de nos cerveaux. BOURGAULT, Pierre. Québec quitte ou double, Ferron, 1970.

La femme est le nègre bariolé de l’homme. BRIE, Albert. Féminin singulier, Le Devoir, octobre 1971.

Si les femmes étaient plus souvent interrogées, elles parleraient peut-être moins. BRIE, Albert. Les propos du timide, La Presse, janvier 1967.

il est grandement temps d’élever la femme au niveau de l’homme, si nous ne voulons pas que l’homme descende au niveau de la femme. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

toutes les fois qu’on a voulu faire une esclave de la femme, on a fait de l’homme une brute. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

L’homme ne sera libre que lorsque la femme sera émancipée. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

On dit que les femmes raisonnent moins avec leur tête qu’avec leur cœur. CASGRAIN, Henri-Raymond. Étude sur Angéline de Montbrun, 1884.

Les femmes sont des virtuoses de la souffrance.

CHALEM, Nadia. La vie retrouvée (nouvelle), Châtelaine, mai 1970.

(La femme) sent bien que cette culture innée qu’on lui prête n’est qu’une image poétique dont on décore l’existence diminuée qui lui est réservée. COLLÈGES CLASSIQUES DE JEUNES FILLES DU QUÉBEC. Mémoire présenté à la Commission d’enquête sur les problèmes constitutionnels, Fides, 1954.

La CTCC estime qu’il est impossible de concilier l’ordre naturel des choses avec la présence des femmes dans les activités industrielles et commerciales. (…) Dans certaines branches de l’activité humaine, les femmes auront toujours accès assez facilement, et bien que l’on ne doive pas accepter la généralisation du travail féminin, on ne peut défendre non plus, aux veuves et jeunes filles soutiens de famille, par exemple, d’aller gagner ce qui est nécessaire à leur subsistance et à la subsistance des leurs. C.T.C.C. Tract no 8, 1946.

Depuis ces premiers jours de l’humanité, la mission de la femme n’a pas changé. En 1943, comme dans le jardin de l’Éden, l’épouse qui ne veut pas enfreindre, à la manière d’Ève, les volontés divines doit chercher à être toujours plus pour son mari une aide dans tous les sens du terme. C’est ainsi que la femme trouvera se grandeur incomparable et son véritable bonheur. DESMARAIS, Marcel-Marie. L’Amour et les chrétiens, Éditions du Lévrier, 1943.

La soirée fut agréable. J’eus une discussion avec le juge. Il prétendait avec son emphase ordinaire et son air le plus Pontife, qu’une femme qui sait lire, écrire et compter un peu, en sait suffisamment pour être une bonne maîtresse de maison et une épouse parfaite. «Parfaite pour un mari imbécile!» fis-je étourdiment.

DESSAULES, Henriette. Journal, 1878, HMH, 1971.

la jeunesse d’une femme compte lorsque c’est en fonction de son avenir qu’on évalue son présent.

DUBUC, Carl. L’homme qui choisit sa belle-mère (nouvelle), Châtelaine, février 1966.

Il y aura de la casse du côté des femmes qui se libèrent! Du pire des colonialismes, de la pire des aliénations. Du «concile» pour savoir si elles ont une âme jusqu’à Chamfort : «Il paraît qu’il y a dans le cerveau des femmes une case de moins…» Pauvre con! elle est longue la liste des conneries écrites sur la femme inégale. Manipulée depuis toujours, sa révolte sera-t-elle supportable? JASMIN, Claude. L’Outaragasipi, Éditions de l’Actuelle, 1971.

Une t’appartient ou elle ne t’appartient pas… Plus encore qu’une maison, parce que tu ne peux pas la vendre. LANGEVIN, André. Le Temps des hommes, Le Cercle du Livre de France, 1956.

Les hommes qui ne comprennent rien aux femmes se divisent en deux catégories : Les célibataires et les maris. LANGUIRAND, Jacques

La femme, c’est du monde! C’est pas seulement une mercenaire qui accouche et qui élève des enfants. La femme, elle est l’égal de l’homme. Elle doit partager avec l’homme l’intelligence et le dévouement. LECLERC, Félix. Propos recueillis par Martial Dassylva, La Presse, décembre 1965.

Les femmes! je connais quelque chose de bien mieux qu’une blonde. Ça dure plus longtemps et on le conduit : un bon bicycle de course. Une blonde, ça dure deux ans au plus. Ensuite le mariage. Le plus drôle, c’est qu’on peut jamais croire que notre femme, ça a pu être notre blonde. LEMELIN, Roger. La Famille Plouffe, Le Cercle du Livre de France, 1948.

Dieu a fait l’homme pour agir au dehors sur le monde (…) La femme, par contraste, a été faite pour vivre au-dedans (…) l’amour est la nourriture de sa vie. Car elle prolonge sa fécondité physique par une sorte de fécondité morale (…) La femme, c’est la maison, parce que la femme fait la maison et que la maison fait la femme (…) Sans la maison, il n’y a pas de femme. MARCOTTE, M. La vocation éternelle de la femme, Relations, août 1964.

Les femmes n’ont vraiment goûté le plaisir de leur amour que quand elles l’ont enfin raconté par le menu.

MARTIN, Claire. Avec ou sans amour, Le Cercle du Livre de France, 1958.

D’ordinaire, la femme ne goûte pas la politique même au meilleur sens du mot : cela supposerait de sa part une vue et un jugement d’ensemble sur les événements qui répugnent à son tempérament. MELANÇON, O. La Revue Dominicaine, juin 1960.

J’ai profondément pitié des femmes, ce sont les uniques êtres que notre révolution sociale n’a pas libérés tout en leur enlevant la principale raison de leur existence. Il fut un temps où on les prenait au sérieux. Il y avait la cour, le roi, les mondaines, les demi-mondaines et les petites ouvrières des faubourgs. Aujourd’hui, c’est fini! On n’a plus le choix qu’entre les respectueuses respectées et les putains. Les putains se crèvent et les respectueuses meurent d’ennui. PARIZEAU, Alice. Fuir, Deom, 1963.

L’homme, quoique bon, ne vaut donc pas la femme, toute méchante qu’elle est bien souvent. Retranchant ce qu’il y a de mauvais chez les deux, avouant en passant que la quantité est énorme chez la femme, ce qui reste chez cette dernière vaut encore mille fois plus que tout ce que l’homme a conservé. PRÉVOST, P.-E. Préface à L’Épreuve, 1900.

la fonction d’enfantement pour la femme, a donné lieu à tout un échafaudage de généralisations simplistes d’où résultent des contraintes et des pratiques discriminatoires. Quels que soient leur âge et leur condition, aux femmes sont automatiquement dévolues certaines tâches : tenir maison, élever les enfants et, d’une façon générale, se dévouer pour autrui… La femme est prise comme dans un étau par cette habitude séculaire qui ne lui reconnaît guère que le rôle de mère et d’épouse. RAPPORT BIRD, 1970.

Si Dieu a fait les femmes belles, ce n’est pas pour qu’on passe à côté sans les regarder… ni pour nous pousser vers l’enfer. (…) De là à caresser les filles en public… je pense qu’il y a d’autres endroits pour ça. Mais ça veut pas dire que je suis contre! RAYNAULT, Adhémar. Propos rapportés par Yves Leclerc, La Presse, mars 1974.

et j’ai vu combien une femme qui se réclame d’un mari est mieux vue dans la société qu’une femme seule. Cela me paraît injuste; je n’avais jamais remarqué qu’un homme eût besoin de sa femme pour avoir l’air important. ROY, Gabrielle. Rue Deschambault, Beauchemin, 1955.

J’ai souvent besoin d’une femme pour m’encourager, me consoler; j’ai besoin de tendresse, de caresses, et aussi d’une compagne de lit pour faire la bête à deux dos et m’ébattre en l’amoureuse liesse! SAINT-DENYS GARNEAU, Hector de. Lettre, janvier 1934.

L’intuition féminine c’est la faculté de connaissance de l’amour. Pour connaître quelqu’un dans sa vérité, il faut l’aimer. Parce que la femme sait aimer, elle saisit plus profondément et moins abstraitement les êtres que l’homme. C’est son rôle et sa grandeur que d’apprendre à l’homme à chercher et à voir au-delà des raisonnements échafaudés par l’intelligence. SAINTE-MARIE ÉLEUTHÈRE. La Mère dans le roman canadien-français, Les Presses de l’Université Laval, 1964.

Je suis fille, mais j’ai appris de ma mère tous les secrets de la femme. Et je sais qu’elle a besoin de l’homme et non une fois seulement. Oui, besoin de l’homme, de son amour, là, présent, et du souffle de l’homme sur l’œuvre de ses entrailles. SAVARD, Félix-Antoine. La Dalle-des-Morts, Fides, 1965.

La femme est faite pour être mère. Sœurs Blanches, mai-juin 1956.

D’instinct la femme est généreuse (…) Cette sensibilité à la douleur d’autrui est encore bien plus marquée chez la mère. TESSIER, Albert. Femmes de maison dépareillées, Fides, 1952.

Une femme devine toujours qui l’admire, qui l’observe, qui l’aime.

THÉRIAULT, Yves. La Rose de pierre, Éditions du Jour, 1964.

Il est dit par les Inuits, qu’une femme n’a ni le droit de penser, ni le droit de parler. THÉRIAULT, Yves. Agaguk, Éditions de l’Homme, 1961.

Ouais, vous autres, les femmes, vous voyez des tragédies partout. Quand je vas en voyage, t’as peur que je revienne entre quatre planches; quand je vas dans le bois, t’as peur que je me parde; pi tu penses toujours que la maison va passer au feu. TRUDEL, Marcel. Vézine, Fides, 1946.

La femme, la mère de famille, doit être occupée avant tout aux soins du ménage. VALOIS, L. Le foyer chrétien doit être un foyer de travail, Le Travail, février 1942.

FÉMINISTE

Dans l’ordre grammatical, la féministe ne veut pas être le sujet de l’homme; elle refuse carrément d’être son complément direct, indirect ou circonstanciel. Elle vise à devenir proposition indépendante. Pour l’instant, elle se montre aux yeux de l’homme en verbe auxiliaire. BRIE, Albert. Féminin singulier, Le Devoir, octobre 1971.

FEU

On ne s’arrête guère dans les bois sans allumer du feu, et personne n’est plus ami du feu que le Canadien, qui a pour proverbe : Bon feu, bonne mine, c’est la moitié de la vie! TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

FIDÉLITÉ

la fidélité à soi-même, c’est de la bouillie pour les chats bien nourris. BERTHIAUME, André. Contretemps, Le Cercle du Livre de France, 1971.

FILLE (femme)

Qu’est-ce qu’elles ont donc, les jeunes filles d’aujourd’hui, à être aussi réfléchies et à mettre si souvent la raison à la place du cœur. BOUCHER, A.-P. La dernière nuit (nouvelle), Châtelaine, octobre 1964.

Temps pommelé, fille fardée, de peu de durée… GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

Tout le monde se plaint avesdroit qu’il manque quelque chose d’essentiel dans l’éducation des jeunes filles de nos jours. On leur donne mille connaissances, excepté précisément celles dont elles auraient le plus besoin : les détails de l’économie domestique. (…) Moins de peinture, de broderie, d’ouvrages en laine et en cire, et plus de travaux d’aiguilles véritablement pratiques, plus de connaissances culinaires. LANGEVIN, Jean. Cours de pédagogie ou principes d’action, 1865.

FILLES DU ROY

On nous dit qu’il courait un bruit dans Paris qu’on avait mené en Canada un vaisseau tout chargé de filles, dont la vertu n’avait l’approbation d’aucun docteur. C’est un faux bruit; j’ai vu tous les vaisseaux, pas un n’était chargé de cette marchandise. Changeons de propos.

LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1641.

FLEUR

Mourez, fleurs, qui venez d’éclore

Parmi les fraîcheurs du matin;

Mourez vierges, tandis qu’encore

Rien n’a froissé votre satin.

Exhaler en pleine jeunesse

Votre âme faite de parfum;

Craignez qu’un autre jour ne naisse :

Pour vous faner il n’en faut qu’un.

MICHAUD, Benjamin. Chanson aux fleurs (poème), 1913.

FLEURDELISÉ

La grande voix de la patrie nous dit aussi qu’il nous faut un drapeau qui soit nôtre, un drapeau qui chante nos gloires dans l’azur de notre sol canadien.

FILIATRAULT, Elphège. Aux Canadiens français, 1903.

FOI

La vie de foi éveille et approfondit la vie intérieure, suscite la réflexion et promeut les valeurs de l’intelligence. Si la foi se montre intransigeante dans l’ordre du bien moral, elle se montre aussi pleine de respect à l’égard des valeurs d’art. ANGERS, Pierre. Foi et littérature, Beauchemin, 1959.

la foi et la science, venant toutes deux de Dieu, ne peuvent être opposées l’une à l’autre (…) Donc, toutes les fois que ceux qui se posent en savants, énoncent des théories opposées à ce que vous avez appris de votre curé, vous pouvez soutenir qu’ils ne savent pas ce qu’ils disent. LACASSE, Zacharie. Autour du drapeau, 1895.

la foi vaut mieux que le doute… LAURIER, Wilfrid. Discours, 1918.

Heureux ceux qui croient au surnaturel! Heureux ceux qui ont la foi. Que tout de suite et longtemps ils se prosternent et demeurent à genoux, pour remercier de ce grand don! LENORMAND, Michelle. La Maison aux phlox, Le Devoir, 1941.

La foi, mécanisme de transfiguration sublime. MAILLOT, Michèle. Le Portique, Le Cercle du Livre de France, 1967.

FORÊT

Le bois, même grand, c’est la place la plus sûre, la plus fiable au monde. La nature ne vous trompe jamais, et les animaux ne mentent pas comme les hommes. Le bois c’est comme une sorte de château sans fin où l’on n’a qu’à se pencher pour trouver tout ce qu’on veut. Je me sens plus heureux, seul au milieu de la forêt, qu’en compagnie de cent soldats sur les hauteurs de la citadelle. BENOÎT, Pierre. Martine juillet, fille du roi, Fides, 1945.

Oh! la forêt! c’est bien là le domaine des esprits qu’ont évoqué les poètes. Ce n’est pas sans raison que l’imagination populaire a placé dans les mystérieux détours du dédale qu’elle forme le séjour favori des fées, des lutins, des sylphes, des gobelins, des gnomes, et de tous ces génies fantastiques dont les histoires nous fascinent, nous épouvantent et nous charment tour à tour. (…) Ô Forêt! patrie des génies, théâtre à grands décors des enchantements et des sortilèges! TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

FOSSETTE

Maint homme amoureux d’une fossette commet l’erreur d’épouser toute la fille. LEAC0CK, S.

FRANÇAIS (citoyens de France)

Certains Français émigrent, d’autres voyagent : aucun ne quitte vraiment la France, et au Québec moins qu’ailleurs. FERRON, Jacques

Salut donc à vous tous, ô Français, ô nos frères!

Nous vous serrons la main avec un doux émoi.

Nos rives ne sont plus à la France étrangère;

Et qui vient de chez elles est parmi nous chez soi!

FRÉCHETTE, Louis. La Légende d’un peuple, 1887.

FRANCE

France dont le cœur surabonde

De gentillesse et de pitié,

Rien ne résiste, dans le monde,

Au charme de ton amitié!

BEAUCHEMIN, Nérée. Patrie intime, 1928.

Vive Québec! Vive la France!

France! redit l’écho du Nord.

Chers marins, chers Français du France,

D’Iberville est votre parent.

Par mainte fière remembrance,

Le cœur des fils du Saint-Laurent,

Malgré la cruelle secousse,

À la France tient ferme encor.

Ce nœud n’est pas un souci de mousse,

C’est un bon nœud franc, dur et fort.

BEAUCHEMIN, Nérée. Les Floraisons matutinales, 1897.

Il y a actuellement deux Frances : la France radicale et la France conservatrice, la France incrédule et la France catholique, la France qui blasphème et la France qui prie. Notre France à nous, c’est la seconde.

CHAPAIS, Thomas. Discours et conférences, 1897.

Pauvre France! Ne sommes-nous pas un peu fous de tant l’aimer… CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

Je la reconnais, la France de nos ancêtres, la belle, la noble, la généreuse France. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

Terre de nos aïeux, ô sublime contrée!

Toi dont nous conservons la mémoire sacrée,

………………………………………………

Ô Canadiens français! comme notre âme est fière

De pouvoir dire à tous : «La France, c’est ma mère!

Sa gloire se reflète au front de son enfant».

CRÉMAZIE, Octave. Œuvres complètes, 1896.

Quand des antiques jougs l’humanité se lasse,

Quand il est quelque part un peuple à secourir,

Qui donc à l’horizon voyez-vous accourir?

À genoux, opprimés! C’est la France qui passe!

FRÉCHETTE, Louis. La Légende d’un peuple, 1887.

Terre de plaisance

Où se chantent, les nuits d’été,

Tant d’airs d’amour et de gaîté,

France.

GARNEAU, Alfred. Poésies, 1906.

Qui c’est qui aimerait pas ça voir la France? GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

Si la vérité, la beauté et l’amour sont non (au Christ Jésus) rayonnement sur terre, quelle autre race que la race française t’aura davantage et plus loin rayonné! LAMARCHE, M.-A. La Revue dominicaine, juillet 1918.

la France est aimée du monde entier… La raison en est simple. Non seulement elle est grande; mais de plus, elle est généreuse. LANCTOT, Médéric. L’Union nationale, septembre 1865.

Ce que la France peut être un pays amusant, quand on y arrive avec de l’argent, un foie en bon état, et un très, très bon caractère. LEMOINE , Wilfrid. Le Funambule

La France moderne est fille de Voltaire, et son rire est monté comme une écume jusqu’au trône de Dieu. (…) Il faut bien le reconnaître : la France actuelle est déchue pour s’être trop abandonnée à la folie du plaisir. ROUTHIER, Adolphe-Basile. Causeries du dimanche, 1871.

L’intérêt, chez les Français, se limite à la frontière de sa patrie. La splendeur et la variété de la France ont, en temps de paix, de quoi combler toute la vie d’un homme. ROUTIER, Simone. Adieu! Paris, Beauchemin, 1944.

FRANCO-AMÉRICAINS D’ORIGINE CANADIENNE (émigration des Canadiens français aux

États-Unis)

il est parfaitement faux que nous soyons ici dans l’esclavage, et si c’est une croisade humanitaire que l’on entreprend (le rapatriement des Canadiens français), l’on ferait bien d’y renoncer de suite. Les Canadiens des États-Unis, comme règle générale, ne sont pas dans la misère, et que ceux qui sont chargés de mettre à exécution ce plan de rapatriement, veuillent bien se rappeler ce détail important. BEAUGRAND, Honoré. L’écho de Canada, 1874.

FRANCO-CANADIENS DE LA SASKATCHEWAN (minorités canadiennes-françaises)

Pour les francophones, la Saskatchewan, personne ne s’en cache, c’est un cimetière culturel, la langue française, une vieille photographie jaunie dans un album de famille.

DUFRESNE, Jean.-V. Le Devoir, décembre 1965.

FRANCO-MANITOBAINS (minorités canadiennes-françaises)

L’histoire des Franco-Manitobains est l’une des plus frustrantes qui soient (…) L’histoire des Canadiens français du Manitoba est une histoire tragique, une lutte perpétuelle contre l’injustice et les préjugés les plus profonds. Et, cela, tant sur le plan de la religion que sur celui de la langue. PRINCE, Vincent. La Presse, octobre 1965.

la situation du français au Manitoba est extrêmement grave. Cette minorité francophone est déjà engagée dans un processus avancé d’anglicisation rapide et massive et, si la situation scolaire ne change pas rapidement et radicalement, le français disparaîtra totalement dans un avenir rapproché. RAPPORT D’UNE ENQUÊTE FAITE POUR LE CONSEIL DE LA VIE FRANÇAISE, 1963.

FRANC-MAÇON

Un journal rédigé par des francs-maçons, c’est toujours un très mauvais journal. LACASSE, Zacharie. Dans le camp ennemi, 1893.

FRATERNITÉ

La fraternité qui ne débouche pas sur une révolution populaire est une fraternité dangereuse. Car, tôt ou tard, elle devient «religion» ou «éthique»; elle ne change finalement rien à la condition matérielle des hommes, à la division de la société en classes, à l’exploitation de l’homme par l’homme. VALLIÈRES, Pierre. Nègres blancs d’Amérique, Parti Pris, 1968.

FRÉCHETTE (LOUIS-HONORÉ)

Sois béni, pour ton œuvre abondante et vivace!…

Quand ils diront ton nom, les hommes de ta race

Seront de gratitude et d’orgueil envahis;

Et les enfants liront tes vers, dans les écoles,

Pour apprendre, aux leçons de tes nobles paroles,

À vénérer leur Dieu, leur langue et leur pays!…

RAINIER, Lucien. À Louis Fréchette (poème), 1908.

FRÉQUENTATION

La puce qui pique oun princesse,

Par exemple, il est plus heureux

Qu’oun pauvre ciron en détresse,

Dessus la peau d’oun miséreux.

CHOUINARD, Éphrem. Petit Histoire des Grandes Rois de Angleterre par oun coloniste des plus véridiques (édition augmentée, agrandie et beaucoup additionnée),1910.

FROID

l’hiver! Déjà le silence hallucinant, le froid aussi, le froid surtout, le froid qui tue l’amour et qui tourmente l’homme. GRIGNON, Claude-Henri. Un homme et son péché, Éditions du Vieux-Chêne, 1935.

FRONT DE LIBÉRATION DU QUÉBEC

Pour nous le F.L.Q. c’est un bébé qui a préféré un bonbon à un bon repas. Si on lui enlève son bonbon, il fait une crise. DUPONT. Pierre. Propos recueillis pas Daniel Marsolais, Perspectives, février, 1973.

Le Front de Libération du Québec n’est pas le messie, ni un Robin des Bois des temps modernes. C’est un groupement de travailleurs québécois qui se sont décidés à tout mettre en œuvre pour que le peuple québécois prenne définitivement en mains son destin (…) Le Front de Libération du Québec n’est pas un mouvement d’agression, mais la réponse à une agression, celle organisée par la haute finance par l’entremise de marionnettes des gouvernements fédéral et provincial (le show de la Brinks, le bill 63, la carte électorale, la taxe dite de «progrès social» (sic), power corporation, l’assurance-médecin, les gars de Lapalme…) LE FRONT DE LIBÉRATION DU QUÉBEC. Manifeste diffusé par le réseau français de radio et de télévision de Radio-Canada le 8 octobre 1970, à la demande des ravisseurs de M. James Cross.

Les aventures révolutionnaires de type F.L.Q. ne sont que romantisme importé et, dans notre contexte, foncièrement aberrantes. LÉVESQUE, René. Le Québec, Éditions du Burin, 1973.

Le groupe de personnes ou l’association appelée le Front de Libération du Québec ou tout groupe ou toute association succédant audit Front de Libération du Québec ou tout groupe de personnes ou toute association qui préconise l’emploi de la force ou la commission de crimes comme moyen de réaliser au Canada, en ce qui concerne la province de Québec, ou le statut de celle-ci par rapport au Canada, un changement de gouvernement identique ou à peu près identique à celui préconisé par ledit Front de Libération du Québec, ou d’y contribuer, est déclaré être une association illégale. LOI DE 1970 CONCERNANT L’ORDRE PUBLIC (MESURES PROVISOIRES), loi votée par le parlement du Canada, 1970.

FRONTIÈRE

On veut effacer les frontières, et voir tous les hommes unis dans la recherche du bien commun. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

FUMIER

pour le cultivateur, le fumier c’est de l’or. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard, 1862-1864.

FUNÉRAILLES

Les funérailles, ça dérange tout le monde. BLAIS, Marie-Claire. Une Saison dans la vie d’Emmanuel, Éditions du Jour, 1966.

GASPÉSIE (Rocher Percé)

Il n’est pas de pays, pas d’endroit sur la terre où souffle un vent plus pur, où vit plus de beauté. LAMONTAGNE, Blanche. Ma Gaspésie, 1928.

N’as-tu pas vu la Gaspésie

Où jadis le noble Cartier

Déploya l’étendard altier

De la vieille France chérie?

LAMONTAGNE, Blanche. Visions gaspésiennes, Imprimerie du Devoir, 1913.

GÉNÉRAL

malheureusement les généraux ont toujours tort, quand ils sont battus. DUC DE LÉVIS, Lettre, 1759.

GÉNÉRATION

Les générations qui se suivent ne peuvent rien l’une pour l’autre. FERRON, Madeleine. Le Baron écarlate, HMH, 1971.

GÉNÉROSITÉ (altruisme; donner)

GÉNIE

Parcours tout l’univers, de l’Inde en Laponie,

Tu verras que partout on fête le génie,

Hormis en ce pays; car l’ingrat Canadien

Aux talents de l’esprit n’accorde jamais rien.

QUESNEL, Joseph

GÉOGRAPHIE

Explication insuffisante du donné historique, la géographie en explique pourtant quelque chose. Indépendant, inaccessible, tant que l’on voudra, en ses parties plus secrètes ou plus hautes, l’homme n’échappe pas entièrement au carré de globe où s’écoule sa vie. GROULX, Lionel. Histoire du Canada français, Fides, 1966.

GIBET

la mort sur le gibet ne signifie pas nécessairement le déshonneur. TRUDEL, F.-X. Discours, 1885.

GLOIRE

Les autres voient les fleurs de la couronne, le lauréat en sent les épines. BAILLARGEON, Pierre. Le Devoir, avril 1965.

Rappelle-toi que la gloire n’est pas dans l’ambition, mais dans le dévouement. BUIES, Arthur, 1863.

Mais la gloire heureusement, c’est comme le mercure : chacun dans sa petite part la retrouve complète.

FERRON, Madeleine. Cœur de sucre

GOÛT (MAUVAIS)

Les comédies de Shakespeare sont couvertes de mauvais jeux de mots et tout le monde crie au génie. Le mauvais goût finit toujours par triompher. DUCHARME, Réjean. Inès Pérée et Inat Tendu, Gallimard

GOÛTER

Ah! je vas dire comme on dit, un queuqu’un qui a jamais goûté au tabac, y en pâtit pas. TRUDEL, Marcel. Vézine, Fides, 1946.

GOUVERNEMENT (État; fédération; gouverner; monarchie; république)

le gouvernement n’est qu’une simple institution humaine formée par ceux qui doivent être sujets à son action bonne ou mauvaise; (…) conséquemment la forme en peut être changée, dès qu’elle cesse d’accomplir les fins pour lesquelles ce gouvernement fut établi. ADRESSE DE LA CONFÉDÉRATION DES SIX COMTÉS AU PEUPLE DU CANADA, 1837.

Nous, au nom du Peuple du Bas-Canada, adorant les décrets de la Divine Providence, qui nous permet de renverser un Gouvernement, qui a méconnu l’objet et l’intention, pour lequel, il était créé, et de faire choix de la forme de gouvernement la plus propre à établir la justice, assurer la tranquillité domestique, pourvoir à la défense commune, promouvoir le bien général, et garantir à nous et à notre postérité les bienfaits de la Liberté, civile et religieuse… DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DU BAS-CANADA, 1838.

Il n’y a que les gouvernements qui veulent être éternels, qui forcent les peuples de recourir aux révolutions! Ce sont les gouvernements qui veulent refouler l’opinion publique qui sont brisés. Ceux qui marchent avec elle ne le sont jamais; preuve qu’elle est la vraie souveraine. DESSAULES, Louis-Antoine. Lettre à Ignace Bourget, 1862.

Le gouvernement est élu par les citoyens et doit toujours se rappeler que collectivement, les moins intelligents ont plus de votes que les plus intelligents. FAITS ET TENDANCES, bulletin publié par la maison de courtage L.J. Forget et Cie Ltée de Montréal, février 1972.

Avoir un gouvernement de son choix est un droit inhérent au peuple. On peut donc en aucun temps le revendiquer et le mettre en pratique. L’autorité d’une mère-patrie sur une colonie ne peut exister qu’aussi longtemps que cela peut plaire aux colons… LES FILS DE LA LIBERTÉ. Manifeste, 1837.

l’attachement du peuple, fondé sur la reconnaissance et les jouissances actuelles, est encore meilleur; c’est de tous les moyens de gouvernement le plus sûr, le moins coûteux, le plus honorable et le plus profitable. LA GAZETTE DE QUÉBEC, 1820.

De même que les institutions expriment une certaine conception de l’homme, de la société, de la vie, ainsi toute forme de gouvernement crée un type d’homme. GROULX, Lionel. Histoire du Canada français, Fides, 1966.

politiquement il est toujours dangereux de permettre à un gouvernement d’intervenir dans les affaires particulières des gouvernés, donnez-lui un pied il en prend deux, permettez à ce gouvernement de faire une chose, il en fera deux, et toujours bien entendu dans son intérêt. PAPINEAU, Emery. 1843.

Qu’on aime ça ou non, les gens qui sont à la tête des gouvernements ne sont que des instruments pour la réalisation des desseins d’une Providence… SAINT-LAURENT, Louis. Discours, 1954.

GOUVERNEMENT RESPONSABLE AU CANADA, LE

Le passé ne doit pas nous décourager, ni diminuer notre admiration pour notre constitution. Toute autre forme de gouvernement serait sujette aux mêmes inconvénients et à de bien plus grands encore; ce que celle-ci a de particulier, c’est qu’elle fournit les moyens d’y remédier. BÉDARD, Pierre. 1811.

à quels inconvénients ne serait pas sujet un état où il n’y auroit pas de Ministres responsables du mal qui se commet dans les affaires publiques. Si pour y remédier il fallait s’en prendre au Prince, il faudrait presque toujours en venir à une révolution, ou bien, si l’on ne se servait pas de ce moyen désespéré, l’état deviendrait un état despotique… LE CANADIEN, 1809.

Il faut peu de discernement pour reconnaître que si l’on avait imposé au Canada la forme de gouvernement (le système parlementaire) réclamée par les anciens sujets (les Britanniques), cette colonie serait devenue en 1775 un des États-Unis d’Amérique. HALDIMAND, Frédérick. Lettre, 1780.

Pour moi, je n’hésite pas à dire que je suis en faveur de ce principe anglais du gouvernement responsable. Je vois, dans son opération, les seules garanties que nous puissions avoir d’un gouvernement constitutionnel et effectif. Les colons doivent avoir la conduite de leurs propres affaires.

LAFONTAINE, L.-H. 1840.

GOUVERNER

Gouverner, c’est avoir le courage à un moment donné de risques son pouvoir pour sauver un principe.

BOURASSA, Henri

GRANDE-BRETAGNE (Angleterre)

GRANDE COALITION DE 1864

(La Grande Coalition de 1864) fut l’instrument finalement choisi par le Parlement de l’Union pour réussir à atteindre des buts que les trois grands partis politiques poursuivaient depuis longtemps. Ce fut une brillante solution pour se libérer des frustrations de l’impasse politique. CORNELL, P.G. La Grande Coalition, Société historique du Canada, 1966.

GUERRE

Allons donc à la guerre, allons!

Les coups de cann’, se payeront,

Les coups de cann’, les prisons et les gardes,

Tout se payera, à la premièr’ décharge.

BEAUPRÉ, Pierre

Nous ne voulons plus la guerre, et les enfants crachent sur celles qui les ont privés de leur père. BOSSUS, Francis. Beautricourt, Le Cercle du Livre de France, 1970.

Il faut, dans la violence de la guerre, tolérer des maux qu’on ne peut empêcher, prendre des mesures promptes, et par conséquent contraires quelquefois aux règles, tirer partie des abus même, et des vices des hommes. BOUGAINVILLE, Louis-Antoine de. Considération sur l’état présent du Canada, 1758.

La guerre déploie ses chemins d’épouvante, l’horreur

et la mort se tiennent la main, liés par des secrets

identiques, les quatre éléments bardés d’orage se lèvent

pareils à des dieux sauvages offensés.

HÉBERT, Anne. Poèmes, Seuil, 1960.

Je hais la guerre de toutes les fibres de mon âme. LAPOINTE, Ernest. Débats, Communes du Canada, 1937.

Il n’y a pas de langage pour décrire les horreurs de la guerre. Les quelques batailles que j’ai vues durant la dernière guerre me laissaient toujours la même impression : le monde est devenu fou. Les mots manquent pour décrire une guerre moderne. McRAE, A.D. Débats, Sénat du Canada, 1934.

Ils tuaient tuaient

tout ce que nous avions

d’impossible en rêve

de plus que la vie

Ils tuaient tuaient

au lieu de manger

au lieu de dormir

au lieu d’aimer

PERRIER, Luc. Des Jours et des jours, Éditions de l’Hexagone, 1954.

Si grande que soit l’aversion qu’il convient d’avoir pour la guerre, pour toute espèce de guerre, force nous est bien de reconnaître que malheureusement les conflits armés ne peuvent être condamnés absolument et en tout état de cause. POISSON, Camille. La Guerre civile espagnole, devant l’opinion mondiale, l’Action paroissiale, 1937.

l’on peut facilement décides de quelle façon on fait la guerre au début mais (…) on n’est pas maître de la façon on la termine. POULIN, Raoul. Débats, Commune du Canada, 1950.

La guerre, j’y suis allé, j’en suis revenu, je n’y retourne plus et je n’y enverrai personne. POWER, C.G. Discours, 1937.

la guerre? D’un bout à l’autre de l’échelle, c’est le profit qui mène. ROY, Gabrielle. Bonheur d’occasion, Pascal, 1947.

nous croyons que la guerre est sainte, d’institution divine; c’est une des lois sacrées du monde. VALLÉE, Pierre. Prisonnier à l’Oflag 79, Éditions de l’Homme, 1964.

GUERRE DE CORÉE ET LE CANADA, LA

Il nous incombe donc de faire notre part pour vaincre l’agression en Corée, afin que la leçon de l’échec de l’agression à cet endroit soit comprise par ceux qui en ont besoin ailleurs. PEARSON, Lester B. Débats, Communes du Canada, août 1950.

On propose d’envoyer en Corée et n’importe où ailleurs où le Gouvernement le jugera à propos, une brigade spéciale composée de militaires canadiens. Je crois de mon devoir de m’opposer formellement à cela pour les raisons que j’ai données tantôt; nous en avons besoin pour la défense de notre pays et cela serait trop onéreux pour le peuple canadien. POULIN, Raoul. Débats, Communes du Canada, septembre 1950.

GUERRE DE SEPT ANS

Depuis les Goths il n’y a pas eu de guerre d’une telle cruauté.

DUC DE BROGLIE

GUERRE ET LE CANADA, LA??? (conscription et les Canadiens, la; deuxième Grande Guerre; guerre de Corée; première Grande Guerre)

Nous n’avons pas l’intention de conquérir d’autres pays, en modernisant nos armements. Nous voulons rester tranquille sur notre terre et la défendre. CARDIN, P.-J.-A. Discours, janvier 1938.

Je suis citoyen du Canada, d’un Canada qui veut avoir la paix et qui n’a pas d’affaire à se déranger pour défendre un pays étranger au sien. Telle est ma politique; telle est la politique de mes collègues et du gouvernement libéral actuel. CARDIN, P.-J.-A. Discours, janvier 1938.

je suis nettement opposé à ce que l’on dépense un centin pour équiper ou pour envoyer un seul soldat aux guerres extérieures. FRANCOEUR, J.-N. Discours, décembre 1937.

le Canada est partie intégrante de l’Empire britannique, et, si celui-ci était entraîné dans un conflit international, que cela nous convienne ou non, le Canada y serait entraîné à son tour. HANSELL, E.G. Débats, Communes du Canada, février 1937.

Je ne crois pas qu’on puisse nier que l’opinion publique de notre pays n’approuverait jamais l’idée que le Canada devrait intervenir par la force armée dans un conflit, si peu important ou si éloigné de notre pays qu’il soit, simplement parce qu’une autre partie de l’Empire est engagée dans ce conflit. HUGESSEN, A.K. Débats, Communes du Canada, 1938.

Moi-même, on me passera sur le corps avant d’envoyer un seul Canadien participer à un conflit extérieur. LALONDE, Maurice. Discours, janvier 1938.

Je suis Canadien de toutes les fibres de mon être et je ne sacrifierai jamais mes fils, lorsqu’ils auront l’âge de porter les armes, au salut de l’Angleterre ou de n’importe quelle autre nation étrangère. LALONDE, Maurice. Débats, Communes du Canada, février 1937.

M. (J.-N.) Francoeur dit qu’il est contre toute participation du Canada aux guerres étrangères, mais qu’il reste en faveur de la défense chez lui : c’est là une politique nationale. LAPOINTE, Ernest. Discours, décembre 1937.

Je ferai tout en mon pouvoir pour empêcher le Canada d’y être entraîné (dans la guerre) (…) Quand le temps en sera venu, nous déciderons si oui ou non nous participerons à une guerre. J’espère bien que les conditions permettront alors au Canada de ne se trouver mêlé à aucun conflit. LAPOINTE, Ernest. Débats, Communes du Canada, février 1937.

Je n’hésite pas à affirmer non plus que si l’on venait à disputer un jour à l’Angleterre la suprématie sur les mers, le devoir incomberait à toutes les colonies d’entourer la mère-patrie et de constituer autour d’elle un rempart contre lequel toute attaque serait vaine. LAURIER, Wilfrid. Débats, Communes du Canada, 1909.

Le Canada doit être prêt à préserver sa neutralité et à se défendre lui-même contre les incursions d’où qu’elles viennent… Le Canada se refuse absolument, d’après moi, à prendre le moindre engagement à l’étranger et à être mêlé à la moindre complication extérieure. (…) c’est, en définitive, l’opinion du peuple qui règlera, sans tenir compte de ce qu’un gouvernement pourra faire ou ne pas faire, les questions qui pourront surgir au Canada à l’avenir. MACKENZIE, Ian. Débats, Communes du Canada, mars 1938.

Dans aucun cas possible à prévoir, la décision du Canada ne sera déterminée par la situation juridique. Nous ne nous engagerons pas dans une guerre simplement à cause de l’incertitude juridique quant à notre pouvoir de rester à l’écart. Ce n’est pas simplement parce que nous nous serions assuré une liberté juridique indiscutable que nous refuserions d’entrer en guerre. Les décisions de notre pays sur des questions si vitales seront fondées, maintenant ou plus tard, sur des forces plus profondes; elles dépendront des convictions et des sentiments de notre population. MACKENZIE KING, W.L. Débats, Communes du Canada, mars 1939.

En ce qui concerne le Canada, il n’y a pas de plus grande menace à notre unité nationale et à notre rétablissement économique qu’une participation dans une guerre prolongée. MACKENZIE KING, W.L. Débats, Communes du Canada, juin 1936.

le Canada n’est pas dans les mêmes dispositions qu’il était en 1914 (…) il n’est pas probable que le Canada s’aventure dans un conflit européen sans avoir longuement réfléchi; et si tout le monde pensait comme moi, il ne s’y aventurerait pas du tout. MACPHAIL, Agnès. Débats, Communes du Canada, janvier 1937.

Dites, si vous voulez, que je suis pacifiste international, mais je ne veux plus que nos jeunes Canadiens se battent dans des guerres à l’étranger. McRAE, A.D. Débats, Sénat du Canada, avril 1934.

sommes-nous tenus à participer à la guerre, qu’elle soit juste ou non, parce que nous appartenons au Commonwealth des nations britanniques? Je dis que non. De plus, je crois que le peuple canadien a décidé de ne plus le faire. Nous en avons fait l’expérience une fois, et elle a été joliment amère. MOLLOY, J.P. Débats, Sénat du Canada, avril 1937.

Mon mandat est de m’opposer à ce que le Canada participe à toute guerre en dehors de son territoire. RAYMOND, Maxime, Débats, Communes du Canada, février 1937.

J’affirme sans hésitation qu’il faudrait certes des circonstances exceptionnelles pour me convaincre que nous devons prendre part à un conflit européen, mais la neutralité c’est autre chose. RINFRET, Fernand. Débats, Communes du Canada, février 1937.

Le Canada n’a jamais déclaré la guerre ni fait la paix de son propre chef et, avec l’état de choses actuel, il ne pourrait pas le faire. WOODSWORTH, J.S. Débats, Communes du Canada, février 1937.

je maintiens que, dans l’histoire actuelle de notre pays, nous sommes dans une situation où tout citoyen bien pensant doit chercher par tous les moyens possibles à éviter la guerre; et de plus que, si la guerre est déclarée, le Canada n’y sera jamais entraîné. WOODSWORTH, J.S. Débats, Communes du Canada, janvier 1937.

HABITANT (agriculteurs québécois, les)

un habitant, c’est un homme qui doit sur la terre; tandis qu’un cultivateur, lui, il doit rien. GUÈVREMONT, Germaine. Le Survenant, Beauchemin, 1945.

Il n’y a pas de plus belle vie que la vie d’un habitant qui a de la santé et point de dettes. HÉMON, Louis. Maria Chapdelaine, Fides, 1914.

Il est sincère, je le sais; il parle notre langue et pratique notre religion. Que faut-il de plus pour faire un bon habitant canadien? POTVIN, Damase. Le Français, Garand, 1925.

Appeler quelqu’un un habitant, c’était donc affirmer qu’il était fixé au Canada, qu’il en avait fait sa patrie, qu’il y possédait un domaine, et par une légère restriction de sens, qu’il cultivait la terre où il demeurait. RIVARD, Adjutor. Contes et propos divers

HABITUDE

L’habitude est fatale à l’homme. L’homme ne doit pas sombrer dans l’habitude, sinon la fidélité le détruit. Il faut du changement et la seule habitude permise est de changer. LEMOINE, Wilfrid. Les Anges dans la ville, Éditions d’Orphée, 1959.

HAINE

la vie nous apprend tôt que rien de stable ne peut être érigé sur les sables brûlants de la haine.

CHAPUT, Marcel. Pourquoi je suis séparatiste, Éditions du Jour, 1961.

HÂTE (précipitation)

La hâte, c’est comme l’amour, ça rend aveugle. LEMELIN, Roger. La Famille Plouffe, Le Cercle du Livre de France, 1948.

HISDELANG (CHARLES)

Mais toi, jeune héros que la France a pleuré,

Apôtre généreux de notre liberté,

Beau jeune homme ravi dans la fleur de ton âge,

Si ta mère a ton cœur, nous avons ton image.

Le sang que tu versas sur un sol étranger,

Ce noble sang de France il saura bien germer,

Héroïque Hindelang, malgré ton sacrifice!

BARTHE, J.-G. Les douze martyrs

Tu mourus, Hindelang, mais l’histoire dira

Que l’avenir n’a pas trompé ton espérance;

Et, s’il fallait du sang le plus noble de France

Pour arroser le sol où nos droits ont grandi,

-Dors en paix, Hindelang! – la dette était payée!

FRÉCHETTE, Louis. La Légende d’un peuple, 1890.

HIPPIE

Hippie : condamne le système capitaliste mais, grâce au «pouce», voyage de Montréal à Québec, aux frais… d’un capitaliste! GAUDET, Renaud. La Presse, juillet 1973.

HISTOIRE

l’histoire, quelle qu’elle soit, mais en premier lieu, l’histoire nationale, continue d’être, comme au temps de Montaigne, «une étude de fruit inestimable». BRUCHÉSI, Jean. Le Chemin des écoliers, Valiquette.

Les hommes proposent mais l’histoire obéit à certains événements et déterminismes qui échappent au contrôle de la volonté humaine. BRUNET, Michel. Les immigrants, enjeu de la lutte entre les deux collectivités fondatrices du Canada, conférence, 1967.

Elle (l’étude de l’histoire) leur (aux enfants) fait comprendre l’obligation pour les sujets d’obéir aux lois, de servir les intérêts de la nation. (…) L’enseignement de l’histoire enfin révèle aux enfants l’action de la Providence dans les événements humains qui se succèdent au cours de l’évolution d’un peuple. DÉPARTEMENT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE DU QUÉBEC, 1959.

L’histoire est devenue, depuis un demi-siècle, une science analytique et rigoureuse : non seulement les faits, mais leurs causes veulent être indiqués avec discernement et précision, afin qu’on puisse juger des unes par les autres. La critique sévère rejette tout ce qui ne porte pas en soi le sceau de la vérité. GARNEAU, François-Xavier. Histoire du Canada, 1845-1848.

l’histoire des hommes porte en soi sa logique. Les faits ne font point que s’y juxtaposer ou s’y additionner. Ils ne surgissent pas comme des champignons, si tant est que les champignons surgissent sans cause. En histoire tout est cause et tout est causé. Le présent n’est pas seulement une suite chronologique du passé; il en est le produit; il y a, de l’un à l’autre, continuité, filiation. GROULX, Lionel. Histoire du Canada français, Fides, 1966.

L’histoire est un acte moral, non affranchi par conséquent des finalités suprêmes. GROULX, Lionel

HISTOIRE SAINTE

Ce qu’on apprend dans nos collèges, c’est la petite Histoire Sainte, cet inepte compendium des plus ridicules légendes. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

HISTORIEN

L’historien, interprète du passé, n’est ni un juge, ni un prédicateur, ni un prophète. Il se limite à décrire aussi exactement que possible ce qui s’est réellement passé. Sans préoccupations apologétiques ou patriotiques. Il n’a pas la mission d’accuser, de condamner, d’excuser ou de louer. Il n’a que celle d’expliquer en remontant aux causes, sachant très bien que celles-ci ne seront toujours que les causes secondes. BRUNET, Michel. Canadiens et Canadiennes, Fides, 1954.

L’historien est un conteur, mais un conteur vrai. La vérité est la loi suprême de son métier. CHARLAND, Thomas. Encyclopédie Grolier, 1947-1948.

L’historien doit travailler avec toute sa personnalité; s’il fait le neutre et l’indifférent, dirons-nous avec Bossuet, il abdique sa qualité d’homme. GROULX, Lionel

HITLER (ADOLF)

Potentat persécuteur et sacrilège, meurtrier des femmes et des enfants, Hitler représente la félonie et l’organisation du mal. Ses adversaires et ses victimes représentent le patriotisme et le droit. LEMELIN, Roger. La Famille Plouffe, Le Cercle du Livre de France, 1948.

HIVER (froid; neige; poudrerie)

Quand les hommes commencent à avoir le dos rond, c’est l’hiver… GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

L’hiver déjà! Que c’est triste! ROY, Gabrielle. La Route d’Altamont, HMH, 1966.

Je songe à la désolation de l’hiver

Seul

Dans la maison fermée.

SAINT-DENYS-GARNEAU, Hector de. Regard et jeux dans l’espace, 1937.

C’est la longue saison qui commence, où les femmes sont confinées aux maisons. SAVARD, Félix-Antoine. La Minuit, Fides, 1948.

HIVER AU CANADA, L’ (décembre; froid; neige; poudrerie)

Suivant une tradition en voie de devenir immémoriale, l’hiver avait toujours été la saison des réjouissances en Nouvelle France. BENOÎT, Pierre. Le Marchand de la Place Royale, Fides, 1960.

l’incomparable hiver canadien si beau et si rude… BERNARD, Harry. Juana, mon aimée, Librairie Granger, 1936.

l’hiver stérilisateur. BIRON, Hervé. Nuages sur les brûlés, Pilon, 1947.

(Il faut) habiller la vérité au Canada, parce qu’il y fait froid. BULAIR, J. Rencontres, Valiquette, 1942.

Depuis la mi-novembre jusqu’au 15e jour d’avril, nous avons été continuellement enfermés dedans les glaces (…) et dessus la terre, y avait la hauteur de quatre pieds de neige et plus, tellement qu’elle était plus haute que le bord de nos navires. Les neiges ont duré jusqu’audit printemps de sorte que nos breuvages étaient tous gelés dans les futailles (…) Au mois de décembre, fûmes avertis que la maladie s’était mise audit peuple de Stadaconé, tellement que déjà en étaient morts plus de cinquante (…) Commença la maladie parmi nous, d’une merveilleuse sorte et la plus inconnue (le scorbut); Les uns perdaient la soutenue, leur devenaient les jambes grosses et enflées, les nerfs retirés et noircis comme charbon et aucunes toutes semées de gouttes de sang comme pourpre; puis montait la maladie aux cuisses, hanches, épaules, aux bras et au col (…) Depuis, d’un jour à l’autre, s’est tellement continuée ladite maladie (…) que pour l’heure, il y en avait déjà de morts, lesquels il nous convient de mettre par faiblesse, sous les neiges, car il ne nous était pas possible de pouvoir pour tous ouvrir la terre, qui était gelée, tant nous étions faibles et avions peu de puissance. CARTIER, Jacques

L’hiver, le long hiver d’Amérique était venu emprisonner dans son étreinte glaciale notre ville. CHAUVEAU-HURTUBISE, J. Leur Âme, 1929.

Un mauvais plaisant a affirmé qu’il n’y a au Canada que deux saisons : l’hiver et le mois de juillet. Il exagérait sans doute; mais il faut bien avouer que la saison des neiges et des glaces est, au Canada, beaucoup plus longue qu’ailleurs. COLLET, P. L’Hiver dans le roman canadien-français, Les Presses de l’Université Laval, 1965.

Il n’est pas un Canadien qui ne préfère, secrètement ou ouvertement, l’hiver à toute autre saison. CONSTANTIN-WEYER, M. Clairière, Stock, 1929.

C’est peut-être l’hiver qui a gardé au pays son originalité, les Canadiens français, protégés de tout contact avec d’autres peuples, notamment les Anglo-Saxons, qui les enserrent et même les submergent presque, durant les autres saisons, vivent l’hiver repliés sur eux-mêmes et sur les traditions. Cet hiver constitua comme un bastion pour le vieux fond français; alors on n’entend plus parler que la vieille langue : les fêtes et les longues veillées maintiennent le souvenir de tout l’ancien folklore; c’est un peu à cause de l’hiver que la devise «Je me souviens» est demeurée une réalité et que la culture française a pu rester agrippée aux rives du Saint-Laurent, bien qu’elle ne fut représentée que par une minorité qui, logiquement, aurait dû disparaître; le rude hiver lui vint en aide; la «survivance française» a trouvé son appui dans les neiges et les froids. DEFFONTAINES, Pierre. L’Homme et l’hiver au Canada, Gallimard, 1957.

L’hiver passa, pareil à l’ennui qui déroule son fil noir dans le blanc silence. GRIGNON, Claude-Henri. Un Homme et son péché, Éditions du Vieux-Chêne, 1935.

l’éternelle lamentation canadienne : la plainte sans révolte contre le fardeau écrasant du long hiver. HÉMON, Louis. Maria Chapdelaine, Fides, 1914.

C’est tout de même beau notre hiver canadien. RINGUET. Le Poids du jour, Éditions Variétés, 1949.

L’hiver canadien prend toute son ampleur au mois de janvier. C’est alors l’époque des tempêtes de neige suivies de grands froids. L’air devient sec et cassant. Les journées resplendissent sous le soleil dans une allégresse de lumière. Il y a mille gaîtés qui naissent de ce climat blanc de janvier. Il semble que les mœurs des Canadiens empruntent alors quelque chose à la joie des grelots, à la somptuosité des fourrures, au glissement rapide des traîneaux sur les routes gelées. ROQUEBRUNE, Robert de. Les Habits rouges, Fides, 1923.

L’hiver, notre ennemi à la fois le plus mystérieux et le plus palpable. ROY, Gabrielle. Rue Deschambault, Beauchemin, 1955.

Hiver, solitude, saison fermée, pénitentielle mais protectrice, réservée aux mots, aux chants, aux traditions de notre chère France, souffles épiques écoutés avec terreur et délires, saint hiver, je te rends grâce. SAVARD, Félix-Antoine. L’Abatis, Fides, 1943.

C’est l’hiver (…) maintenant nous vivrons ici sans bouger. Les animaux à nourrir le matin et le soir, mais ce sera tout. Le jour, la vie immobile. THÉRIAULT, Yves. La Fille laide, Beauchemin, 1950.

De tels hivers, et particulièrement la monotonie du paysage due à la neige, ont nécessairement modifié le caractère des habitants. Les Canadiens sont devenus des hommes du Nord. VATTIER, G. Essai sur la mentalité canadienne-française

HOMME

L’homme est une mine : les paliers se succèdent en lui, celui du désespoir précède celui de l’espoir. ANNE-MARIE. Maintenant et toujours, Le Cercle du Livre de France, 1967.

L’homme que vous êtes accable celui que vous avez été. Il le pousse à rendre compte et l’autre accuse, pour se disculper. BERNARD, Harry. Les Jours sont longs, Le Cercle du Livre de France, 1951.

À ce propos, j’élève une protestation, tardive il est vrai, mais qui n’en est que plus motivée, contre cette théorie absurde, malsaine, inqualifiable, qui veut que l’homme soit un singe perfectionné. L’homme est un singe non perfectionné. BUIES, Arthur. Chroniques, humeurs et caprices, 1873.

Tous les hommes vivent ensemble, mais ils suivent des chemins différents. CARRIER, Roch. La Guerre, yes sir!

l’homme s’écrit à chaque jour et se rature dans

la sueur de la guerre

et sans mémoire libre et nu à chaque jour il s’invente

sur la page blanche du petit matin

CHAMBERLAND, Paul. Terre Québec, 1964.

Tous les hommes (…) ont le même nom de famille et ce nom c’est Mortel; quant au prénom, il s’acquiert à mesure que les hommes constatent la vanité de leurs révoltes. CHÂTILLON, Pierre. Le Journal d’automne de Placide Mortel, Éditions du Jour, 1970.

Les trois-quarts des hommes sont des clowns pour qui la vie est un numéro continuel. CHOQUETTE, Adrienne. La Coupe vide, Pilon, 1948.

Monsieur, pour qui se dévoue à une grande œuvre, il est bien dur de n’être qu’un homme. CONAN, Laure. Silhouettes canadiennes

Nous vivons sans l’avoir voulu, nous mourons sans le vouloir… et nous disons que nous sommes libres. Pauvres misères que nous sommes! DESSAULES, Henriette. Journal, 1876, HMH, 1971.

-Et nous sommes pareils au bateau languissant,

Qui rêve d’archipels, d’inconnu, d’aventure,

Mais dont frisonne, seule, aux brises, la voilure!

DION-LÉVESQUE, Rosaire. Les Oasis, Desclée et Cie, 1930.

Je les sonnais les hommes : c’est pas leur faute mais ils sont égoïstes. DUBÉ, Marcel. Florence, HMH, 1954.

laissez-moi vous le dire, tous les hommes sont des salauds. DUCHESNE, Jacques. Le Quadrillé

Il faut bien se soumettre : ce sont les hommes qui écrivent les livres, qui font les lois, qui prêchent à la messe. Ce qu’ils s’accordent, ils l’ôtent aux femmes et se consolent ainsi de ne pouvoir tricher au lit.

FERRON, Jacques. Papa Boss, Parti Pris, 1972.

L’homme est né libre. Par quelle fatalité est-il devenu le sujet de son semblable? Comment a pu s’opérer cet étrange bouleversement d’idées, qui a fait que des nations entières se sont volontairement soumises à rester la propriété d’un seul individu? LES FRANÇAIS LIBRES À LEURS FRÈRES LES CANADIENS, 1793.

L’être humain se recrée sans cesse. Celui qui part ne revient jamais. Celui qui reste ne demeure pas.

FRANCE, Claire. Et le septième jour… Beauchemin, 1958.

L’homme est comme un navire assailli par l’orage,

Victime de l’ambition.

GARNEAU, François-Xavier. Le rêve d’un soldat, 1838.

son destin (à l’homme) qui est de voir et d’aimer Dieu face à face pendant l’éternité. HERTEL, François. Encyclopédie Grolier, 1947-1948.

Chaque homme est une cage

un cercueil dedans

qui restera

et un oiseau

qui s’envolera

HORIC, Alain. L’Aube assassinée, Erta, 1957.

Je sacre l’homme dieu

Et je l’appelle terre, et je l’appelle temps;

Je lui commande de ne plus souffrir,

Je lui demande de ne pas mourir

LAPOINTE, Gatien. J’appartiens à la terre II (poème), 1965, Voix et Images du Pays III, Les Presses de l’Université du Québec, 1970.

L’homme heureux est hypocrite. LECLERC, Félix. Le Fou de l’île, Denoël, 1958.

pour l’homme il n’y a qu’une solution : être un saint. LORANGER, Françoise. Mathieu, Le Cercle du Livre de France, 1949.

Je m’étendais sur mon lit pour mieux penser à lui parce que penser à un homme que l’on désire, c’est d’abord penser à son poids sur soi. MARTIN, Claire. Quand j’aurai payé ton visage, Le Cercle du Livre de France, 1962.

L’homme est une créature essentiellement égoïste et égocentrique. Il n’est pas de mon domaine de demander pourquoi il a été créé ainsi, ni d’essayer de savoir si c’est force ou faiblesse chez certains hommes que d’être aussi détachés d’eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, les individus totalement altruistes sont excessivement rares par rapport à la population générale. SELYE, Hans. Du Rêve à la découverte. Éditions La Presse, 1973.

L’homme est un animal irraisonnable

Qui se laisse toujours berner par la femme!

TREMBLAY, Michel. Lysistrata, d’après Aristophane, adaptation d’André Brassard et de Michel Tremblay, texte de Michel Tremblay.

HOMME POLITIQUE (député)

Je serais heureux de me tromper; mais à part quelques exceptions bien rares, je crois nos hommes d’État beaucoup plus occupés d’eux-mêmes que de la patrie. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

Les politiciens ne jouissent d’aucune considération, étant choisis par la masse, à son image. DUBUC, Carl.

Les premiers ministres sont d’innocents cabotins qui aiment à se déguiser en Cid. DUCHARME, Réjean. Le Nez qui voque, Gallimard, 1966.

HOMMES POLITIQUES CANADIENS-FRANÇAIS

These men are chiefly lawyers, men who are seeking an apportunity to distinguish themselves as the champions of the Public for the purpose of gaining popularity and who are endeavouring to make themselves of consequence in the eyes of the Governement in the hope of obtaining employment from it. Some of them hold offices conferred upon them by myself and all of them, I have reason to think, was it necessary to purchase their service, would be willing to barter them. SIR GEORGE PRÉVOST, vers 1815.

HONNÊTETÉ

Regarde, papa, regarde tout ce qu’y a autour de nous autres. Regarde les meubles, les murs, la maison : c’est laid, c’est vieux, c’est une maison d’ennui. ¨Ca fait trente ans qu’on vit dans les mêmes chambres, dans la même cuisine, dans le même living-room. Trente ans que tu paies le loyer mois après mois. (…) ça vaut pas la peine d’être honnête si c’est tout ce qu’on en tire.

DUBÉ, Marcel. Florence, HMH, 1954.

HONNEUR

L’honneur, quel idéal à avoir devant soi, lorsqu’on a perdu l’amour. L’honneur. La belle idée à faire miroiter sous son nez. La carotte du petit âne. La pitance parfaite au bout d’une branche. Et le petit âne affamé avance, avance tout le jour. Toute sa vie. Au-delà de ses forces. Quelle duperie! Mais ça fait marcher, toute une vie. HÉBERT, Anne. Kamouraska, Seuil, 1970.

HUGO (VICTOR)

Le nom de Hugo est petit, bien petit (…) Hugo a passé une partie de sa vie à blasphémer (…) Hugo est francisson. LACASSE, Zacharie. Dans le camp ennemi, 1893.

HUMAIN

si c’est humain, c’est corrigeable.

LORANGER, Françoise. Encore cinq minutes, Le Cercle du Livre de France, 1967.

HUMANITÉ

Dieu créa la moitié de l’humanité pour exercer la patience de l’autre.

BRUNET, Berthelot. Le Mariage blanc d’Armandine, 1943.

Cette humanité tant de fois maudite,

Maudissons-la encore un peu pour la forme

Et pour que Dieu n’ait pas été le seul à se repentir de la naissance de l’homme!

HERTEL, François. Poèmes européens, 1961.

HUMILITÉ

L’humilité naît de la vérité, la vanité de l’erreur et du mensonge. LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1634.

HURONS (Huronnes)

Que sont devenus, ô peuple, et ta puissance

Et tes guerriers si redoutés,

Le plus fameux du Nord jadis par ta vaillance,

Le plus grand par tes cités?

GARNEAU, François-Xavier

Pour première maxime, ils tiennent de ne pardonner jamais, ni faire grâce à aucun de leurs ennemis que par de grands présents. De dérober qui pourra aux Français ou étrangers, pourvu qu’on n’y soit point appréhendé (…) Conviennent qu’il soit loisible à chacun de voir les filles et femmes d’autrui indifféremment, sans violence toutefois, et au cas pareil les femmes et filles, aller aux hommes et garçons, sans pouvoir encourir blâme ou note d’infamie. Qu’on doit assister les malades et ne souffrir de mendiants, ni aucun en disette sans lui faire part de ses biens. (…) Qu’on puisse rompre un mariage quand les mariés ont rompu d’amitié, et que l’un des deux le désire ou procure. SAGARD, Gabriel. Histoire du Canada et voyages… 1636.

Les hommes vont à la chasse, à la pêche, à la guerre, à la traite et font des cabanes et des canots ou les outils propres à cela; le reste du temps, à la vérité, ils le passent en oisiveté, à jouer, à dormir, chanter, danser, pétuner ou aller en festin, et ne veulent s’entremettre d’aucun ouvrage qui soit du devoir de la femme sans grande nécessité, et par ainsi jouissent de beaucoup de repos qu’on ne jouit pas ici. SAGARD, Gabriel. Histoire du Canada et voyages… 1636.

ces Hurons, lesquels ont licence de s’adonner au mal sitôt qu’ils peuvent, et les jeunes filles de se prostituer sitôt qu’elles en sont capables, voir même les pères et mères sont souvent maquereaux de leurs propres filles. SAGARD, Gabriel. Le grand voyage du pays des Hurons… 1632.

HURONNES

(Les Huronnes) travaillent ordinairement plus que les hommes, encore qu’elles n’y soient point forcées, ni contraintes. Elles ont le soin de la cuisine et du ménage, de semer et de cueillir les blés, faire les farines, accommoder le chanvre et les écorces, et de faire la provision de bois nécessaire. Et pour ce qu’il leur reste encore beaucoup de temps à perdre, elles l’emploient à jouer, aller aux danses et festins, à deviser et passer le temps (…) étant grandes elles ne valent rien, pour la plupart, et sont pires (peu exceptées )que les garçons mêmes, se vantent souvent du mal qui les devrait faire rougir; et c’est à qui se fera plus d’amoureux, et si la mère n’en trouve pour soi, elle offre librement sa fille, et sa fille s’offre d’elle-même, et le mari offre aussi (quelquefois) sa femme, si elle veut, pour quelque petit présent (…) (À la fin, elles) admiraient, en approuvant, l’honnêteté que nous leur disions être aux filles de France; ce qui nous donnait espérance d’un grand amendement (…) si les Français (…) (pour la plupart) ne leur eussent dit le contraire pour pouvoir jouir à cœur saoul, comme des bêtes brutes, de leurs charnelles voluptés, auxquelles ils se vautraient… SAGARD, Gabriel. Le grand voyage du pays des Hurons… 1632.

IDÉAL

L’idéal n’est vivant qu’aux cimes des calvaires :

Adore ta douleur et donne-lui la main.

DREUX, Albert. Le Mauvais passant, 1920.

IDÉE

Nous suivons les idées et non les hommes; le public, lui aussi, doit juger les idées et non suivre les hommes. L’AVENIR, 1848.

Il arrive un moment dans la vie de chaque homme où des idées, longtemps combattues, s’imposent tout à coup dans l’esprit, et deviennent la loi des opinions et de la conduite. BUIES, Arthur. La Réforme de l’enseignement, 1865.

Alors… vous êtes bien sûr… C’est mal d’avoir des idées? – Jeune homme, les idées suivent la loi de l’offre et de la demande. Est-ce qu’on vous les a demandées, vos idées? Non? Alors, gardez-les. HARVEY, Jean-Charles. Les Demi-civilisés, Éditions du Totem, 1934.

Je veux bien te permettre les idées les plus révolutionnaires, mais énonce-les correctement!

Ce ne sont pas les idées qui déclassent un homme, mon garçon, c’est le langage! LORANGER, Françoise. Encore cinq minutes, Le Cercle du Livre de France, 1967.

IDÉOLOGIE

L’idéologie que l’on défend est un presque toujours fonction de son compte en banque. BRIE, Albert. La réflexion n’use pas les miroirs, Le Devoir, février 1976.

L’idéologie (…) peut-être considérée comme une introspection exprimée, comme une sorte de rationalisation afin de justifier un état de fait. Et l’idéologie étant l’expression de la réalité telle que vue par celui qui l’exprime, elle est à l’image de la réalité telle qu’il la perçoit. MATHIEU, J.-P. l’Idéologie des annales de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec 1880-1902

IDÉOLOGIES AU QUÉBEC, LES

l’idéologie qui a dominé le Canada français, depuis la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’à récemment, définissait les Québécois comme minoritaires, agriculteurs, catholiques et français. Toutes les énergies devaient être tendues, selon les définisseurs de cette situation, vers la préservation de ces caractères. Si cette idéologie correspondait en gros à la réalité du XIXe siècle, certains de ces éléments cessèrent vite de concorder avec les conditions nouvelles d’existence que créaient l’industrialisation et l’urbanisation de notre société. Seul le caractère de minoritaire, de dominé, correspondait de plus en plus à la réalité. RIOUX, Marcel. Aliénation culturelle et roman canadien, Littérature et société canadienne- française, par F. Dumont et J.-C. Falardeau, Les Presses de l’université Laval, 1964.

IGNOLÉE

Bonjour le maître et la maîtresse

Et tous les gens de la maison,

Nous avons fait une promesse

De v’nir vous voir une fois l’an.

Une fois l’an ce n’est pas grand’chose

Qu’un petit morceau de chignée,

Si vous voulez.

Si vous voulez rien nous donner,

Dites nous lé

Nous prendrons la fille aînée,

Nous y ferons chauffer les pieds

La Ignolée! La ignoloche!

Pour mettre du lard dans ma poche!

«… LA CHANSON DE LA IGNOLÉE telle qu’on la chantait encore en Canada, il y a quelques années, dans les paroisses du bas du fleuve» (Joseph-Charles Taché, Forestiers et voyageurs, 1863).

ILLUSION

Les illusions, ma chère enfant, ne sont que des ombres qui nous cachent les épines et l’issue de la route…

CONAN, Laure. À l’œuvre et à l’épreuve, 1891.

IMAGE

La puissance de l’image vient (…) de ce qu’elle met l’être humain directement en contact avec la réalité. (…) la parole a une puissance de séduction elle aussi, mais elle laisse, au moins à l’esprit qui le désire, qui veut se défendre, le temps de la réflexion, de la critique. Par contre l’image vient globalement et elle passe directement dans le sujet. L’imagination et la sensibilité reçoivent un choc. DESROSIERS, Yvon. Spiritualité de l’audio-visuel, Le Séminaire, septembre-octobre 1963.

IMMIGRATION ET LE CANADA, L’

Le meilleur moyen de résoudre l’opposition des deux groupes français et anglais, c’est de noyer la population française sous le flot continu d’une immigration organisée méthodiquement, contrôlée au départ, accueillie à l’arrivée, assurée d’une situation privilégiée dans la colonie. LORD DURHAM. Rapport, 1839.

Il y a quelque chose de bon à prendre dans les mœurs et les usages de chaque peuple; et notre contact avec des populations d’origine et de contrées différentes peut, sans porter atteinte à notre caractère national, introduire dans nos habitudes certaines modifications qui ne seront pas sans influencer sur notre avenir, et en particulier sur notre avenir matériel. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard, 1862-1864.

Il est clair que l’immigration organisée par le gouvernement du Canada n’a pas été organisée dans le sens des intérêts du Canada français. LAPORTE, Pierre. Débats, Assemblée législative du Québec, 1965.

La politique d’immigration du gouvernement d’Ottawa (…) joue directement et gravement contre le Canada français. Déjà, elle se traduit par une réduction du pourcentage des francophones dans le Canada et par une augmentation du pourcentage des anglophones dans le Québec. Nous ne pouvons rien faire contre le premier de ces phénomènes : nous avons le droit et le devoir d’enrayer le second avant qu’il ne soit trop tard. LÉGER, Jean-Marc. Le Devoir, août 1964.

D’aucuns ont exprimé la crainte que l’immigration n’amène l’abaissement de notre niveau d’existence. Ce ne serait pas là une conséquence inévitable. Une immigration bien organisée produirait le résultat inverse. Une plus forte population nous permettrait de mettre en valeur nos ressources. (…) l’immigration diminuerait la nécessité où nous sommes présentement de compter sur l’exportation de nos produits primaires. L’essentiel est que les immigrants soient choisis soigneusement, et que leur nombre corresponde à la faculté d’absorption du pays. MACKENZIE KING, W.L. Débats, Communes du Canada, 1947.

l’émigration étrangère ne fait que passer sur nos bords. LA MINERVE, 1836.

Notre Ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration disparaîtra avant d’avoir découvert le monde francophone. Même si l’intention de l’immigration n’était pas de «noyer» l’élément français au Canada, le recrutement et la venue des immigrés aboutissent à ce résultat. MORIN, Rosaire. L’Immigration au Canada, Éditions de l’Action nationale, 1966.

Amener (au Canada) des populations CATHOLIQUES ET PARLANT FRANÇAIS, cela eût fait tomber en syncope les ennemis de notre nationalité (canadienne-française). LE PAYS, 1861.

IMMORTALITÉ

Si l’âme n’était pas immortelle, l’homme ne pourrait pas vivre; car le désespoir le prendrait à ses premiers pas dans le monde. Comment en effet résister aux déceptions, aux injustices, aux persécutions, à la méchanceté… si la certitude d’une vie plus heureuse ne soutenait pas la défaillance humaine? BUIES, Arthur. Chroniques canadiennes, 1884.

IMPERFECTION (faiblesse)

IMPURETÉ

En te lançant tête baissée dans l’impureté, tu irais de déshonneur en déshonneur, tu t’appauvrirais physiquement et surnaturellement, et bientôt tu aurais ce cœur dur, sans pitié, ce cœur égoïste qui est le signe de la suprême déchéance.

DESMARAIS, Marcel-Marie. L’Amour et les chrétiens, Éditions du Lévrier, 1943.

INDÉPENDANCE

L’indépendance n’est pas une récompense qu’on donne à un peuple parfaitement préparé, économiquement fort et politiquement adulte. Au contraire, elle est une condition de ce perfectionnement, elle est un instrument essentiel. BOURGAULT, Pierre. Québec quitte ou double, Ferron, 1970.

la liberté d’être soi-même et d’édifier ses propres institutions politiques et économiques ne peut pas demeurer indéfiniment le privilège des quelques peuples que l’histoire a autrefois favorisés mais appartient à toutes les collectivités qui constituent aujourd’hui une nation. BRUNET, Michel. Québec-Canada anglais, deux itinéraires, un affrontement, HMH, 1968.

Qui dit colonie, qui dit tutelle entend enfance. Or l’enfance n’est pas éternelle et le propre de l’homme et des peuples est de désirer la puberté et d’y aspirer. Pour le peuple, la puberté, c’est l’indépendance. Que le mot ne nous fasse pas peur. LANCTOT, Médéric. La Presse, mars 1864.

Un État indépendant nouveau ressemble à un homme d’affaires qui commence à travailler pour lui et s’intéresse à des possibilités qu’il ne prenait même pas en considération avant ce moment décisif. NADEAU, G., BERTRAND, G., CARON, G., ÉMERY, J., LARUE, A. L’État du Québec, Éditions de l’Homme, 1965.

L’autonomie d’une province comme d’un pays est loin d’être seulement une question de prestige ou d’orgueil; elle procède avant tout de la nécessité indispensable de posséder tous les moyens requis pour assurer l’épanouissement du peuple de la façon et dans les manières qui lui sont propres. SAULNIER, Lucien. L’Action nationale, mai 1967.

INDÉPENDANCE DU BAS-CANADA

Mais si aujourd’hui le Bas-Canada devenait indépendant, il n’aurait conquis qu’un avenir de malheurs. Vous y verriez l’anarchie. LETTRE ÉCRITE VERS 1837 PAR UN BAS-CANADIEN ANGLOPHONE.

INDÉPENDANCE DU CANADA

Nous (les Canadiens français) réclamons l’indépendance complète pour notre pays et je ne crois pas que le fait d’être les maîtres suprêmes de nos destinées nous isole des autres pays et dresse un mur de Chine entre nous et nos voisins. CHOQUETTE, Armand. Débats, Communes du Canada, décembre 1944.

J’espère que personne d’entre vous n’est assez déloyal envers son pays pour me faire un crime de désirer l’indépendance de ma patrie. Nous avons souffert plus qu’il ne fallait de notre état colonial pour nous engager à vouloir enfin acquérir la liberté de faire nos lois nous-mêmes, de payer un peu moins d’impôts au gouvernement et d’étendre à volonté nos relations commerciales et industrielles au dehors des limites rétrécies de notre faible population et du territoire qu’elle occupe. DORION, J.-B.-E. Manifeste de J.-B.-E Dorion aux électeurs… 1851.

Nous n’aurions rien à gagner à une semblable indépendance, car nous ne cesserions pas d’être la minorité dans le Canada indépendant. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, octobre 1901.

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC

Il reste une dernière option à mentionner : celle de l’indépendance du Québec. C’est l’option des Franco-Québécois qui ne veulent ni de la vieille constitution, ni d’une nouvelle qui serait canadienne, parce qu’ils ne veulent plus vivre en minorité et qu’ils revendiquent pour les Canadiens français une totale liberté, laquelle, disent-ils, ne peut se réaliser que si le Québec proclame et obtient son indépendance. ARÈS, Richard. Options pour une nouvelle constitution, conférence, 1967.

Il saute aux yeux que l’ethnie française du Canada est assez nombreuse et dispose d’un territoire assez vaste pour constituer un État indépendant. Il es probable également que les Canadiens anglais ne s’opposeraient pas longtemps par la force à une indépendance pour laquelle une minorité active se battrait avec le soutien de la masse. ARON, Raymond

Nous du Canada français, nous ne serons jamais rien sans l’indépendance politique. ASSELIN, Olivar. Lettre, 1921.

la séparation du Québec du reste du pays. Voilà un programme qui ferait immédiatement éclater une guerre civile si Québec tentait de l’appliquer. La guerre désastreuse que la sécession causa aux États-Unis se reproduirait sans doute chez nous. BERTRAND, Ernest. Débats, Communes du Canada, 1945.

Independence does not mean isolation. BERTRAND, Jean-Jacques. Cité par Brian Upton, The Telegram, juin 1969.

Une Laurentie entourée d’un mur très épais et très haut, une Laurentie qui sera une réserve française où rien n’entrera, mais d’où rien ne sortira. Une réserve fermée à tout progrès social et économique, une espèce de musée pour les amateurs d’antiquités! BIENVENUE, Valmore. La Presse, mars 1943.

Il n’est pas question pour nous d’obtenir justice dans les cadres de la Confédération que nous repousserions même si elle ne molestait pas ce que l’on a convenu d’appeler nos droits, le droit de vivre d’une vie hybride et de former un peuple bâtard sans personnalité qui lui soit propre. Nous voulons un État dans lequel nous puissions vivre intégralement toute la plénitude de notre vie nationale à la française. BOUCHARD, Paul. La Nation, mai 1936.

Sans tomber dans le jeu de ceux qui dressent des épouvantails contre l’indépendance, on peut toutefois présumer qu’elle comprendrait au moins au départ une période de transition délicate pour l’équilibre économique et financier du Québec. Cela pourrait se traduire par le besoin de comprimer les dépenses et de trouver en même temps de nouvelles sources fiscales. Si comprimer les dépenses veut dire renoncer à satisfaire des besoins aussi essentiels que l’éducation et la création de nouveaux emplois, par exemple, cela ne pourrait être que fort dommageable à notre progrès. Si, par ailleurs, la compression des dépenses signifie l’utilisation planifiée de nos ressources financières, de façon à sortir du gaspillage actuel, il en va tout autrement. BOURASSA, Henri. Causerie prononcée devant la Société Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean le 16 novembre 1968.

Un père à son fils : -En tous cas, si vous faites l’indépendance moi je déménage immédiatement. – Mais papa, où que tu ailles tu arriveras dans un pays indépendant. BOURGAULT, Pierre. Québec, quitte ou double, Ferron, 1970.

Le séparatisme est fondé sur un état d’esprit psycho-culturel qui trouve ses racines dans un refus d’acceptation, de la part d’une minorité intellectuelle encore très limités de la population francophone, de certaines, voire de la totalité des conséquences de l’Histoire et de la Géographie. BRICHANT, A.-A. Option Canada, Comité Canada, 1968.

la population du Québec n’est ni séparatiste, ni isolationniste à l’égard de la politique nationale canadienne… LE CANADA, août 1944.

La souveraineté-association et l’indépendance sont des idéaux abstraits sur le plan économique et leurs objectifs en ce domaine ne résistent pas à une analyse sérieuse. Ces deux options entraîneraient la société québécoise dans la stagnation et la régression pour plusieurs années sinon plusieurs générations. CHAMBRE DE COMMERCE DE LA PROVINCE DE QUÉBÉC. Rapport du comité sur les problèmes constitutionnels, 1968.

L’indépendance est beaucoup plus affaire de caractère que de logique. (…) Plus que la raison, il y faut la fierté. CHAPUT, Marcel. Pourquoi je suis séparatiste, Éditions du Jour, 1961.

En termes mathématiques, l’indépendance du Québec est au Canada ce que l’indépendance du Canada est aux États-Unis et à l’Angleterre. Toutefois, le Québec a plus de raisons que le Canada anglais d’affirmer un tel particularisme… CHAPUT, Marcel. Pourquoi je suis séparatiste, Éditions du Jour, 1961.

Les Canadiens français ne veulent pas plus séparer le Canada du reste du monde que séparer la Province de Québec du reste du pays. CHOQUETTE, Armand. Débats, Communes du Canada, 1944.

Ce n’est pas tant le séparatisme qui est dangereux que les menaces de séparatisme. L’incertitude est plus grave que l’état de fait. FILION, Gérard. La Presse, mai 1969.

The so-called separatist movement in Quebec has never secured any general support because the people of the province believe that their association with the other provinces under what is called the Pact of Confederation is workable and advantageous. But should any attempt be made to override this Pacrwithout the consent of Quebec the situation might be different. GÉRIN-LAJOIE, Paul. Constitutional amendment in Canada, 1950.

Séparatistes, Messieurs, nous ne le sommes pas, nous ne pouvons pas l’être. Nous avons consenti au Canada trop de sacrifices. Il n’est pas une motte du sol de la patrie qui n’ait été foulée par les nôtres (…) Nous ne renonçons à aucune parcelle de notre patrimoine, car il s’identifie à nous et nous à lui. Bien plus, vous nous comprenez assez désormais pour savoir que nous n’abandonnerons jamais nos frères canadiens-français des autres provinces. Nous exigeons simplement que l’on nous respecte comme nous respectons les autres… GODBOUT, Adélard. Discours, décembre 1940.

L’indépendance politique pour nous n’a rien de l’exclusive. Elle ne comporte sûrement pas de visée autocratique et impériale. Nous voulons tout simplement vivre en partenaire égaux avec les autres États. Nous pouvons même retourner l’argument de certains fédéralistes actuels contre eux-mêmes. En effet, ils nous disent que le fédéralisme sait respecter les minorités, alors pourquoi les gros États ne respecteraient pas les petits. GRAND’MAISON, Jacques. Entre la poule et le cochon, Maintenant, décembre 1973.

Quoi qu’il advienne, cette autre solution demeure inéluctable que le jour où le Canada français aura acquis la nette conviction qu’il ne peut, sans l’indépendance, s’épargner le suicide, il n’aura plus qu’à ramasser ses énergies et à faire face au défi. Nulle nation, si petite soit-elle, n’a l’obligation, encore moins le devoir d’accepter le génocide par complaisance pour un plus puissant. GROULX, Lionel. Les Chemins de l’avenir, Fides, 1964.

l’idéal d’un État français va correspondre de plus en plus parmi nous à une sorte d’impulsion vitale.

GROULX, Lionel. L’Action française, 1923.

Vers quoi allons-nous? L’indépendance, je l’ai toujours pensé, ne nous viendra point de ces mouvements de jeunes (RIN, RN, Alliance Laurentienne). Elle nous viendra de nos dirigeants politiques acculés à de fatales impasses. Une évolution se dessine au Canada que n’arrêteront point les borgnes de la politique outaouaise : la puissance grandissante des provinces et, par conséquence inéluctable, l’affaiblissement du pouvoir central. En possession de leur territoire, c’est-à-dire des sources de leur richesse, les provinces voient s’agrandir démesurément leurs besoins sans la possibilité de les satisfaire, obligés de mendier, non leur pitance, mais leurs moyens et leurs conditions de vie à Ottawa. Un tel régime ne peut durer, Il est trop contre nature. GROULX, Lionel. Mémoires, Fides.

D’abord, l’indépendance que l’on réclame pour nous, Québec la possède dans sa plénitude. Pourquoi? Parce que, répétons-le, il fait partie intégrante et sans réserve du Canada, pays souverain et reconnu comme tel dans tout l’univers. HARVEY, Jean-Charles. Pourquoi je suis antiséparatiste

Si la sécession devenait pour les Canadiens français le seul moyen de rester eux-mêmes, alors ce ne serait pas seulement leur droit, ce serait même leur devoir d’être séparatistes. JOHNSON, Daniel. Débats, Assemblée législative du Québec, janvier 1963.

Certains adversaires de la thèse séparatiste ont cru pouvoir affirmer qu’un Québec indépendant ne serait pas économiquement viable. L’argument ne paraît pas devoir être retenu; des pays moins favorisés que le Québec vivent convenablement. JULIEN, Claude. Le Canada, dernière chance de l’Europe, Grasset, 1965.

Il n’y a pas pour eux (les Québécois) d’autre issue honorable que l’Indépendance du Québec, laquelle, loin de signifier la rupture avec 300 ans de vie française et chrétienne, en constituera la plus éclatante consécration. JUTRAS, René. Le Québec aux Québécois, Éditions Actualités, 1965.

Je suis persuadé que les efforts de ces isolationnistes qui veulent, en quelque sorte, faire du Québec une réserve indifférente à tous les grands mouvements constitutionnels et économiques de notre époque seront répudiés par l’opinion saine et éclairée de la population de ma province. (…) Nous sommes entourés de 150 millions d’Anglo-Saxons avec qui, selon les décrets de la Providence, nous devons vivre, bon gré mal gré. LALONDE, Maurice. Débats, Communes du Canada, mars 1945.

Oui, nous reprenons terre

les forêts et les mines

les lacs et les rivières

les chantiers, les usines

JE TE NOMME ET TE CHANTE

QUÉBEC

capable d’investir

l’effort et le talent

assez forts pour s’unir

bâtir en partageant

AH COMME IL SERA DOUX

QUAND NOUS SERONS VRAIMENT

CHEZ NOUS

LALONDE, Michèle. JULIEN, Pauline. Quand nous serons vraiment chez nous (chanson), Québec-Presse, 1er octobre 1972.

les Canadiens français verront toujours avec désespoir tout ce qui serait de nature à mettre un terme à leur légitime espoir de former sur le continent américain une nationalité indépendante, d’un caractère exclusivement français. LANCTOT, Médéric. L’Union nationale, octobre 1865.

Cette accession à l’indépendance par les voies étroites du scrutin, puis de la négociation, n’aura donc pas l’éclat des chambardements héroïques. Elle n’en subira pas non plus les aspects tragiques. Mais elle n’aura pas moins de prix ni de richesses qu’aucun autre printemps national qui débouche enfin sur l’annonce des fruits. LÉVESQUE, René. Le Québec, Éditions du Burin, 1973.

We are trapped in a structure which makes no bloody sense and in which we are forced to waste half our time talking to obtain the right to act, while others are acting. Therefore, I find that the independence of Quebec is, instinctively for me, an act of getting rid of a siffocating framework and constitutional blockade so as to be able to try and give ourselves structures which will allow us to breathe freely and work. LÉVESQUE, René. Propos recueillis par Claude Henault, The Telegram, juin 1969.

il faut que nous osions saisir pour nous l’entière liberté du Québec, son droit à tout le contenu essentiel de l’indépendance, c’est-à-dire à la pleine maîtrise de toutes et chacune de ses principales décisions collectives. Cela signifie que le Québec doit devenir au plus tôt un État souverain. LÉVESQUE, René. Nous sommes des Québécois, 15 septembre 1967.

We believe that the threat of separatism, no matter how stridently expressed, will remain an empty one. Quebec won’t secede because it can’t afford to. MACLEAN’S, décembre 1967.

«On n’est pas prêt», disent ceux qui sentent la mauvaise conscience leur monter au nez. En fait ils nous disent que nous ne serons jamais prêts, car témoignages, études, statistiques nous démontrent que de décennie en décennie nous accusons un recul dans le pan-canadianisme, que nous sommes de plus en plus faibles, donc que nous serons de moins en moins prêts. Je marche pas et réponds : TANT QU’UN PEUPLE N’EST PAS INDÉPENDANT, IL N’EST PAS PRÊT, OK? MIRON, Gaston. Sophismes vs Indépendance, Maintenant, décembre 1973.

Je nie à toute province le droit de sécession. Je pense qu’il faudrait s’opposer à une pareille tentative par tous les moyens, y compris la force si nécessaire. MORTON, W.L. Queen’s Quarterly, Winter 1965.

cette chambre est d’avis que la province de Québec serait disposée à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867, si, dans les autres provinces, on croit qu’elle est un obstacle à l’Union, au progrès et au développement du Canada. MOTION DÉPOSÉE À L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE DU QUÉBEC ET PRÉSENTÉE PAR J.-N. FRANCOEUR, 1928.

C’est parce que dans la Confédération il est absolument impossible d’être entièrement, complètement canadien-français, que nous voulons en sortir. (…) La réalisation d’un État français dans la Confédération est une utopie. O’LEARY, Dostaler. Séparatisme, doctrine constructive, 1937.

INDÉPENDANTISTES DU QUÉBEC

Malheureusement, il existe beaucoup de séparatistes au Québec. ASSELIN, Martial. Cité dans Le Séparatisme? Non! Cent fois non! Les Presses libres, 1970.

Je crois que les séparatistes ont fait beaucoup de bien pour le Québec. Je l’avoue. Ils ont fait énormément de bien pour la province de Québec. Ils ont attiré l’attention des autres provinces du Canada sur les problèmes qui existent au Québec. Il est extrêmement nécessaire que ça se fasse. FRANCHAM, J. H. janvier 1969.

Les «indépendantistes» (…) se recrutent surtout parmi les intellectuels et les jeunes. Leurs adversaires ont beau jeu pour dire des premiers que ce sont des «rêveurs» et des seconds qu’«ils vieilliront». Néanmoins, ce sont souvent des minorités de ce genre qui ont modelé l’histoire. LACOUR-GAYET, R. Histoire du Canada, Fayard, 1966.

les séparatistes actuels, à mesure qu’ils clarifient leur doctrine, font pénétrer dans la conscience canadienne-française le concept de la nécessité de l’indépendance sur le plan politique d’abord. Par là, ils rendent au Canada français le plus grand des services, celui de démasquer l’imposture de la tradition LaFontaine-Parent, ce bon vieux mythe d’une égalité possible entre les deux nationalités ou mieux de la possibilité pour les Canadiens français d’être maîtres dans un Québec qui demeurerait à l’intérieur de la Confédération. SÉGUIN, Maurice. L’Idée d’indépendance au Québec, le Boréal Express, 1962.

INDIEN

L’habitant de l’Inde est un être pacifique, c’est un doux. Sa devise, «Vishnou la paix!» en est la preuve. TARD, Louis-Martin. Si vous saisissez l’astuce, Éditions du Jour, 1968.

INDIENS OU INDIGÈNES DE L’AMÉRIQUE (Amérindiens)

INDUSTRIALISATION DU QUÉBEC (affaires et les Québécois, les; économie du Québec, l’; industrie et les Québécois, l’)

Les Canadiens français y font d’abord assez bonne figure (dans la révolution industrielle). Mais l’invasion du capital américain, les conditions dans lesquelles elle (la révolution industrielle) s’effectue, aboutissent à une dépossession rapide et soulignent le peu de réalité de ce soi-disant gouvernement des Canadiens français par les Canadiens français qu’est le gouvernement de Québec. ANGERS, François-Albert. Recherches sociologiques, 2, 1961, Les Presses de l’Université Laval.

la révolution industrielle a tiré la communauté canadienne-française de sa carapace protectrice, des institutions et armures qu’elle s’était données à la campagne et grâce auxquelles elle se tenait debout; maintenant, transplantée à la ville, elle est là, dépouillée et nue, invertébrée sur le plan économique, ramassis de chairs molles et bonnes à consommer, proie tentante pour les peuples économiquement plus forts, assoiffés de lucre et de puissance, qui l’environnent de toutes parts. ARÈS, Richard. Les Caisses populaires et la communauté canadienne-française, conférence, mai 1961.

la plupart des Canadiens français sont entrés dans le marché du travail industriel au plus bas niveau des emplois non spécialisés. Ils avaient à apprendre et à maîtriser des métiers inconnus et d’une façon ardue et longue. (…) Devenir ouvrier d’industrie voulait dire pour le Canadien français non seulement apprendre de nouveaux métiers mais entrer dans la lutte hautement compétitive d’un nouveau monde du travail à caractère impersonnel pour lequel son éducation ne l’avait pas préparé. Cela signifiait se transposer dans un état de subordination au travail à un employeur, individu ou anonyme, qui lui était étranger au point de vue culturel. (…) On lui imposait de nouvelles valeurs et de nouveaux buts de vie. Il en est résulté presque inévitablement une frustration, une perte de confiance en soi et une conscience grandissante d’aliénation. Ces sentiments engendrent une instabilité dans les occupations. FALARDEAU, Jean-Charles. The changing social structure of contemporary French-Canadian society, dans Essais sur le Québec contemporain, HMH, 1971.

L’industrialisation, dans sa première phase, qui prit place approximativement de 1860 à 1910, voulut exploiter précisément cette situation démographique particulière. Les industries qui s’établirent alors un peu partout dans la province de Québec (surtout textiles et chaussures) étaient attirées non pas tant par l’abondance des richesses naturelles que par le bon marché de la main-d’œuvre, qui, chassée des terres, cherchait un emploi à la ville. Les capitaux étaient parfois autochtones, parfois importés, mais en grande majorité aux mains d’Anglo-Saxons. Les industries travaillaient pour le marché local ou national, mais ne réussissaient à supporter la concurrence étrangère que grâce à la protection tarifaire. / La phase plus récente d’industrialisation obéissait à de tout autres motifs. Ce sont les matières premières qui attirent désormais les capitaux, ainsi que le bon marché de la houille blanche. Contrairement au type d’entreprise de la période précédente, celle-ci fonctionne surtout avec des capitaux d’importation, les techniciens viennent aussi de l’étranger, les produits, une fois ouvrés, se dirigent vers les marchés extérieurs. En somme, toute initiative est extérieure au milieu, et le type le plus courant de cette forme d’entreprise, c’est la filiale de la compagnie américaine, fabriquant au Canada des produits mis au point aux États-Unis pour le marché américain. La direction est assurée par des techniciens itinérants formés dans les écoles américaines. / Tout ce que le milieu offre, ce sont les matières premières et la main-d’œuvre subalterne. PARENTEAU, Roland. Un manque de maîtrise, La Chronique sociale de France, septembre 1957.

INDUSTRIE

La ville et le travail industriel ne sont pas en dehors du plan de Dieu et ne conduisent pas fatalement au matérialisme et à la déchristianisation des âmes. Le milieu ouvrier et industriel peut être sanctificateur.

ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

C’est donc une vérité (…) une vérité bien consolante et bien honorable pour le cultivateur, qu’il a Dieu lui-même pour collaborateur. On n’en saurait dire autant du travailleur industriel où le concours de Dieu n’apparaît pas aussi clairement. LAFLÈCHE, Louis-François. Discours, 1895.

C’est encore de la civilisation avancée. Damnable industrie qui dessèche le cœur, qui fait perdre tout sentiment de justice et d’humanité, qui traite les hommes comme des machines; qui ne voit que l’argent, qui ne calcule que des profits (…) cette industrie exagérée a fait le malheur de bien des peuples (…) elle a fait négliger l’agriculture, la source la plus vraie de richesse (…) elle a surtout démoralisé des contrées entières car ce n’est plus un problème de savoir d’où viennent l’immoralité et l’incrédulité, l’indifférentisme des populations manufacturières, LES MÉLANGES RELIGIEUX, 1843.

ce sera le mérite de l’industrialisme contemporain que d’avoir permis à l’homme de vivre un peu plus la vie de l’esprit et du cœur en s’assurant un peu mieux chaque jour la vie du corps. MONTPETIT, Édouard, 1910.

INDUSTRIE ET LES QUÉBÉCOIS, L’ (affaires et les Québécois, les; économie du Québec, l’; industrialisation du Québec, l’)

il nous faut répéter : emparons-nous de l’industrie, commençons par les industries forestières.

BARBEAU, Victor. Mesure de notre taille, 1936.

l’industrie de la province, qui jouit de conditions favorables, les utilise au profit d’étrangers; elle travaille suivant un mode quasi colonial. Les Canadiens français n’en profitent guère que comme main-d’œuvre… C’est là une formule qui ne peut satisfaire un peuple qui s’éveille à la vie moderne. (…) L’industrie est le grand espoir du Canada français. BLANCHARD, Raoul. Le Canada français, Fayard, 1960.

La province de Québec ne s’emparera de l’industrie que par l’intervention directe de son gouvernement.

BOUCHETTE, Erroll. Emparons-nous de l’industrie, 1901.

À la devise de Duvernay «Emparons-nous du sol» ajoutons cette autre devise qui en est le corollaire «Emparons-nous de l’industrie!» À quoi bon, en effet, étendre au loin nos défrichements si nous permettons aux étrangers de venir sur nos brisées recueillir le prix de nos efforts. Soyons colons pour conquérir, pionniers industriels pour conserver notre conquête. BOUCHETTE, Erroll. Emparons-nous de l’industrie, 1901.

L’industrie qui est, pour ainsi dire, le seul avenir que nous puissions promettre, parce que nous sommes placés sous un ciel ingrat au sein d’un climat qui nous refuse presque toutes les puissances de la nature, l’industrie qui est un besoin sine qua non de notre existence et de notre progrès, est la seule chose à laquelle on ne songe pas, qu’on n’apprécie pas, qu’on n’étudie pas dans les collèges. BUIES, Arthur. La Réforme de l’enseignement, 1865.

si les Canadiens français veulent un jour compter pour quelque chose dans leur province et dans leur pays, il faut qu’ils aient en plus grand nombre des fabricants de pâte alimentaire, des brasseurs de ciment, des confiseurs. FILION, Gérard

L’industrie canadienne-française doit, si elle veut parvenir à cette prépondérante économique que l’on désire lui voir atteindre, s’attacher par tous les moyens possibles à réaliser l’idéal industriel qui a consacré la suprématie économique américaine des temps présents, savoir : mettre sur un marché toujours plus vaste des produits qui, au plus bas prix et en quantité toujours plus grande, seront toujours de meilleure qualité.

MELANÇON, Jacques. L’industrie canadienne-française et ses besoins de capitaux, L’Actualité économique, janvier-mars 1949.

C’est le manque d’industrie qui a chasse un si grand nombre de Canadiens aux États-Unis. Notre population ne peut être occupée aux travaux de la terre que pendant environ six mois. Le reste de l’année, une grande partie est condamnée à l’inactivité. LE NOUVEAU MONDE, 1878.

Avec des capitaux, le Canadien serait le modèle des industriels. LE NOUVEAU MONDE, 1868.

Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées; elle consiste moins à allumer le feu des usines qu’à entretenir et à faire rayonner au loin le foyer lumineux de la religion et de la pensée.

PAQUET, L.-A. Discours, 1902.

C’est ce que je vais vous demander en vous sollicitant d’ennoblir la carrière de l’industrie, en la couronnant de l’auréole nationale; et cela dans un but tout national : car de là je veux tirer un moyen puissant de conserver et d’étendre notre nationalité. Je viens vous supplier d’honorer l’industrie; de l’honorer non plus de la bouche, mais par des actes, mais par une conduite tout opposée à celle que nous avons suivie jusqu’à présent, et qui explique l’état arriéré où notre race se trouve dans son propre pays. PARENT, Étienne. L’industrie comme moyen de conserver notre nationalité, 1846.

Il n’est pas nécessaire que nous possédions l’industrie et l’argent. Nous ne serions plus des Canadiens français mais des Américains à peu près comme les autres. Notre mission est de posséder la terre et de semer des idées. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, 1902.

la conquête a rompu pour cent ans les liens économiques et culturels qui nous rattachaient à l’Europe. Plus chanceux que nos ancêtres, les nouveaux venus, c’est-à-dire les colons britanniques, maintiendront avec le Royaume-Uni des relations culturelles, sociales et économiques qui leur permettront de faire des affaires. La prise de possession de vastes forestiers (…) la mise en chantier et la construction de navires, leur permettent de constituer un patrimoine, les préparent très tôt à la grande aventure capitaliste, au gigantesque essor industriel dont le Canada sera témoin au vingtième siècle. (…) Nos ancêtres, eux, sont avant tout des «habitants». Chez eux, l’attrait de la machine et le mouvement de migration vers la ville ne se feront vraiment sentir que vers la fin du siècle dernier. VÉZINA, Roger. La position des Canadiens français dans l’industrie et le commerce, Culture, septembre 1954.

INDUSTRIEL

l’industriel est le noble de l’Amérique; et ses titres valent mieux et dureront plus longtemps que ceux des nobles du vieux monde. Les revers ni les révolutions ne le détruiront. PARENT, Étienne. L’industrie comme moyen de conserver notre nationalité, 1846.

INÉGALITÉ

La taille des hommes varie… la force musculaire de l’homme varie… les facultés intellectuelles de l’homme varient… les propensités morales des hommes varient… l’inégalité des conditions est le résultat nécessaire, obligé, inévitable et par conséquent perpétuel de toutes les différences que nous venons de signaler et de beaucoup d’autres… cette inégalité des conditions est nécessaire au progrès humain. LE COURRIER DU CANADA, 1857.

INFAILLIBILITÉ PONTIFICALE

L’infaillibilité d’un homme sur les questions de moeurs, c’est-à-dire en matière sociale, politique, législative ou scientifique, donc sur tous les sujets de l’ordre temporel, est la plus terrible aberration de l’histoire (…) Ce principe de l’infaillibilité en matière temporelle ne peut signifier que l’arbitraire sous sa pire forme. DESSAULES, Louis-Antoine. La grande guerre ecclésiastique… 1873.

INFLATION

L’inflation est devenue le plus grand ennemi de la paix sociale. Si on la laisse monter passivement, les tensions sociales atteindront inéluctablement un stade explosif. RYAN, Claude. Le Devoir, 1er mai 1974.

INJUSTICE

peut-on rester sans cesse calme, posé, à la vue des vicissitudes des choses humaines et de l’injustice de la nature et du destin qui donnent tant aux uns et si peu à d’autres! AUBIN, Napoléon. Le Fantasque, août 1838.

INSTITUTION Les institutions sont à la communauté nationale ce que le squelette est au corps humain : ce sont elles qui lui donnent consistance, force et durée, qui lui permettent, en somme, de se tenir debout et d’affronter victorieusement les défis de l’histoire.ARÈS, Richard. Les Caisses populaires et la communauté canadienne-française, conférence, mai 1961.

Les institutions peuvent changer, être remplacées par d’autres suivant la nécessité des temps; à quoi sert alors de les élever à la hauteur d’un culte et d’en faire des fétiches? Fétiches dangereux parce que le peuple les respecte encore alors même qu’elles ont perdu tous les droits au respect. BUIES, Arthur

les institutions tendent à informer selon l’esprit dont elles procèdent le milieu social où elles fonctionnent, et par celui-ci les manières de vivre et de penser. COMMISSION D’ENQUÊTE SUR LES PROBLÈMES CONSTITUTIONNELS, Rapport, 1956.

Je ne pouvais manquer d’apercevoir entre la famille, l’Église, l’école et l’armée, je ne sais quelle analogie, quelle honteuse connivence, quelle identité de méthodes proprement intolérables; et consistant, dans la plupart des cas, à briser l’être afin de mieux l’asservir. SIMARD, Jean. Mon Fils pourtant heureux, Le Cercle du Livre de France, 1956.

INSURRECTION

il y a des cas où l’insurrection armée contre le pouvoir établi est un droit absolu qu’aucune autorité humaine ne peut contester et où les circonstances décideront seules de la question de savoir s’il est opportun oui ou non, pour le peuple chrétien, de s’en prévaloir. POISSON, Camille. La Guerre civile espagnole, devant l’opinion mondiale, L’Action paroissiale, 1937.

INSURRECTION AU CANADA FRANÇAIS, L’

Le moment est favorable et l’insurrection est pour vous (les Canadiens français) le plus saint des devoirs. N’hésitez pas… LES FRANÇAIS LIBRES À LEURS FRÈRES LES CANADIENS, 1793.

Depuis longtemps (…) Nous n’entendons parler que d’agitation, de révolte même, dans un Pays toujours renommé jusqu’à présent pour sa loyauté, son esprit de paix, et son amour pour la Religion de ses Pères. On voit partout les frères, les amis contre leurs amis, les citoyens contre leurs concitoyens (…) Ne vous laissez donc pas séduire, si on voulait vous engager à la rébellion contre le Gouvernement établi…LARTIGUE, Jean-Jacques. Mandement, 24 octobre 1837.

(Les) sommes qu’il faudra débourser pour réprimer toute sédition qui pourrait se produire dans la province (du Bas-Canada) si des précautions ne sont prises en temps opportun. Bien qu’un tel événement ne semble pas à craindre à brève échéance, quelques-uns des meilleurs amis du gouvernement n’en éprouvent pas moins un réel malaise à ce sujet.

MILNES, R.S. Lettre, 1800.

Je dois le dire, ce n’est ni la peur ni le scrupule qui me porte à dire que l’heure n’a pas sonné où nous devons répondre à cet appel (aux armes). Ce n’est pas la peur : si la nécessité y était, la force du pays, dans son éloignement de l’Angleterre et sa proximité des États-Unis, pourrait effectuer cet objet. Ce n’est pas le scrupule (…) ce serait pour ainsi dire s’associer aux réputations les plus grandes et les plus pures des temps modernes, que de marcher avec succès dans la voie qu’ont tracée les Patriotes (américains) de 1774. La situation des deux pays est différente. PAPINEAU, Louis-Joseph. Discours, 15 mai 1837.

Nous sommes des Réformistes, nous cessons d’être des Révolutionnaires, et dans cette position nous pouvons braver tout le mauvais vouloir de la Bureaucratie Métropolitaine et le l’Oligarchie Coloniale; on pourra résister encore quelque temps à nos plus justes demandes, mais on n’osera pas nous arracher notre Chambre d’Assemblée, le principal moyen de les faire réussir à la fin, et dans un avenir plus rapproché qu’on ne pense. Révolutionnaires au contraire, le Parlement accordera tout aux Ministres et à l’Oligarchie locale… PARENT, Étienne. Le Canadien, 13 novembre 1837.

INSURRECTIONS DE 1837 ET DE 1838, LES

le peuple, les habitants, ont participé à la Rébellion. Plusieurs y sont morts. Cette participation en a fait une guerre populaire. Mais les chefs patriotes dans leur ensemble ne l’ont jamais vu ainsi. Ils n’ont jamais vu la lutte mener à la révolution où le peuple, les habitants, prendraient le pouvoir et établiraient une démocratie populaire véritable. Ils voyaient les habitants appuyer la lutte de la petite bourgeoisie pour qu’elle accède au pouvoir et s’établisse comme élite du peuple canayen. En fait, les chefs patriotes exploitaient les ressentiments des habitants pour leurs fins personnelles. BERGERON, Léandre. Petit manuel d’histoire du Québec, Éditions Québécoises, 1971.

L’agitation et la démagogie des extrémistes conduisirent au coup de feu de 1837-1838. (Louis-Joseph) Papineau et ses partisans n’avaient pas tenu compte d’un fait essentiel : le parti canadien n’était pas libre d’adopter un programme politique et économique contraire aux intérêts fondamentaux de la colonisation anglaise au Canada. BRUNET, Michel. Trois dominantes de la pensée canadienne-française, Écrits du Canada français, HMH, 1957.

Ils sont là nos guerriers, et d’orgueil et d’audace,

D’ardeur et de courroux brillent leurs nobles fronts,

Ils sont là, disent-ils, pour venger leurs affronts.

Mais leurs chefs avilis, que l’épouvante glace

Ont disparu – Comment? Pour combattre ils n’ont rien?

Point d’armes, plus de chefs? – Mais du sang canadien.

CHAUVEAU, P.-J.-O. L’insurrection (poème), avril 1838.

Un jour, après avoir longtemps courbé le front,

Le peuple se leva pour venger son affront.

FRÉCHETTE, Louis. La Légende d’un peuple, 1887.

En définitive et en dépit des erreurs et des imprudences commises, qu’est-ce autre chose 1837 et 1838, qu’un épisode tragique dans la longue lutte d’un petit peuple pour un achèvement de ses institutions politiques et pour la conquête de ses essentielles libertés. L’emploi de moyens plus ou moins discutables ne sauraient disqualifier leur cause. GROULX, Lionel. Histoire du Canada français, Fides, 1966.

Ce soulèvement (de 1837) est limité; c’est le fait d’une petite minorité réformiste qui dépasse (Louis-Joseph) Papineau. Ce n’est pas une révolte en règle. C’est un soulèvement partiel et une improvisation : on n’avait ni armes ni argent. LAMONTAGNE, Roland. L’Administration du Canada, Leméac, 1965.

Il convient aussi que nous rendions à la Providence du Seigneur de très humbles actions de grâces pour la prompte répression d’une révolte si menaçante par les armes puissantes de sa Majesté, ainsi que par l’énergie de ses fidèles sujets. LARTIGUE, Jean-Jacques. Lettre à ses curés, février 1838.

si le mouvement insurrectionnel n’avait eu que des racines politiques, même lointaines, il n’aurait pas eu lieu. Il est non moins clair que s’il n’avait engagé que des principes abstraits, il n’aurait en aucune façon mobilisé la masse rurale, pas plus au reste que les professions libérales. (…) la crise qui prépare l’explosion insurrectionnelle, était d’abord économique et sociale avant d’être politique. OUELLET, Fernand. Histoire économique et sociale du Québec, Fides, 1966.

L’insurrection, vaincue et vaine en apparence, avait cependant servi d’avertissement et frayé les voies à l’acceptation du principe de la responsabilité ministérielle. RUMILLY, Robert. Encyclopédie Grolier, 1947-1948.

Il ne faut pas chercher dans les événements de 37 des actes d’héroïsme, mais des actes de coupable folie (qui) ont été le fait d’une poignée d’écervelés que les chefs, animés par une haine révolutionnaire et non par un esprit patriotique, avaient à tromper et à fanatiser. TARDIVEL, Jules-Paul. Mélanges ou recueil d’études religieuses, sociales, politiques et littéraires, 1903.

la folle entreprise de (Louis-Joseph) Papineau nous a fait infiniment plus de tort que de bien. Elle nous a valu l’union des deux Canadas qui nous a menés fatalement à la Confédération… Sans le coupable soulèvement de nos soi-disant patriotes, le Bas-Canada n’aurait pas, selon toutes les probabilités, été uni au Haut-Canada, malgré lui et pour le punir; il aurait fini par conquérir les libertés politiques qu’il réclamait; et aujourd’hui, resté colonie britannique, mais non point englobé dans le Dominion, qui était contenu en germe dans l’Union, il serait en voie d’arriver à une autonomie complète. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, 1891.

C’est à la Conquête qu’il faut attribuer notre situation précaire, amis c’est à l’échec de la Rébellion qu’il faut faire remonter notre étrange caractère d’impuissance politique acceptée et de démission de l’esprit de liberté. On en accuse d’ordinaire la Confédération, mais la loi de 1867 ne fut qu’un épisode, lequel, à cet égard, nous fut d’ailleurs plutôt funeste. C’est en 1837 qu’on nous a rompus, non pas tant par une victoire militaire que dans notre pensée. VADEBONCOEUR, Pierre. La Ligne du risque, HMH 1963.

Cette révolte fut un incident de la grande lutte entre l’ancien et le nouvel ordre de choses lancée par les révolutions française et américaine, qui donnèrent aux mots liberté et libération le pouvoir de déchaîner la fureur des peuples contre leurs tyrans. WADE, Mason. Les Canadiens français de 1760 à nos jours, Le Cercle du Livre de France, 1963.

INTENTION (but)

INTOLÉRANCE (fanatisme; tolérance)

IRLANDAIS-IRLANDE

l’Église catholique tout entière doit à l’Irlande et à la race irlandaise une dette que tout catholique a le devoir d’acquitter. L’Irlande a donné pendant trois siècles (…) un exemple de persévérance dans la foi et d’esprit de corps dans la revendication de ses droits que tout peuple catholique doit lui envier, au lieu de lui en faire reproche. BOURASSA, Henri. Discours, 1910.

L’or anglais, le pouvoir et le patronage appuyés sur la force ont fait pourrir la société politique de l’Irlande. La gangrène de la corruption politique s’est infiltrée dans tous les rangs de sa population, au grand détriment de ses intérêts nationaux et politiques. L’Irlande vendue et livrée à l’Angleterre par sa propre représentation; l’Irlande unie à l’Angleterre et soumise à une législation étrangère; l’Irlande sans représentation, pour ainsi dire, dans le parlement anglais; l’Irlande tyrannisée par des lois injustes et arbitraires se débat dans les angoisses de la mort depuis plus d’un demi-siècle. L’Irlande s’anglifiant par l’effet de ses institutions contre-nature. DORION, J.-B.-E. Manifeste de J.-B.-E. Dorion aux électeurs du comté de Champlain… 1851.

Les Irlandais ne sont en paix que lorsqu’ils se battent. LANGEVIN, Serge. Vie étudiante, novembre 1962.

IROQUOIS

Cette nation est fort belliqueuse, à ce que tiennent ceux de la nation des Attigouotan (Hurons) … Ils les (les prisonniers) font mourir cruellement. SAMUEL DE CHAMPLAIN

les Iroquois étaient certainement les pires de tous. Ah! ceux-là, si vous les aviez rencontrés dans les bois et que vous eussiez été seuls, sans votre papa ou vos grands frères pour vous défendre, ils vous auraient pris, emmenés dans leur village, et là, ils vous auraient mangés, après vous avoir fait souffrir longtemps. GÉLINAS, J.-C. Cité par les Frères du Sacré-Cœur, Mon Livre de français, (4e année).

Hurons, Algonquins, Outaouais sont d’affreux tortionnaires. Le sadisme iroquois, sadisme poussé jusqu’au génie, paraît tout dépasser. GROULX, Lionel. Histoire du Canada, Fides, 1966.

Cinquante Iroquois sont capables de faire quitter le pays à deux cents Français… Si ces barbares s’acharnent à nos Français, jamais ils ne les laisseront dormir d’un bon sommeil (…) Si on n’a ce peuple pour ami ou si on ne l’extermine, il faut abandonner à leur cruauté tant de néophytes, il faut perdre tant de belles espérances… PAUL LE JEUNE. Relations des Jésuites, 1941.

Quoiqu’ils soient si cruels envers leurs ennemis, ils sont tout à fait bienveillants pour nous et nous n’avons sujet de les craindre. Ils dorment dans nos chambres; j’en ai même eu jusqu’à huit à la fois qui étaient couchés et dormaient sur le parquet près de mon lit. MEGAPOLENSIS, Joannes

JALOUSIE

La jalousie provient d’un manque de confiance non pas envers les autres mais envers soi-même.

CLOUTIER, Eugène. Les Témoins, Le Cercle du Livre de France, 1953.

JANVIER

L’asphalte est dur comme le marbre,

L’air est coupant comme l’acier;

Le pavé, l’homme, l’oiseau, l’arbre,

Tout être fait : Ouf! – C’est janvier. DANTIN, Louis. Le Coffret de Crusoé, Éditions Albert Lévesque, 1932.

JAPONAIS

Les Japonais ont pour eux la politesse, la bravoure, la fidélité à leurs supérieurs, le culte des ancêtres, l’amour de leur beau pays et beaucoup d’autres vertus morales qui, une fois christianisées, les rendront attachants… LAROSE, B.-M. Messages, juillet-septembre 1959.

JÉSUITE

Honneur soit rendu aux sauvages de ce continent qui avaient commencé à supprimer du sol canadien la première semence de la Sainte Société de Jésus. DOUTRE, Joseph. Plaidoiries des avocats in re Henriette Brown contre la Fabrique de Montréal.

Les Jésuites pardonnent à ceux qui les martyrisent mais ils prennent leurs noms en note pour pouvoir leur pardonner davantage. DUBUC, Carl. Les Doléances du notaire Poupart, Éditions du Jour, 1961.

JEU

Joie de jouer! paradis des libertés!

Et surtout n’allez pas mettre un pied dans la chambre

On ne sait jamais ce qui peur être dans ce coin

Et si vous n’allez pas écraser la plus chère des fleurs invisibles.

SAINT-DENYS-GARNEAU, Hector de. Regard et jeux dans l’espace, 1937.

L’homme contemporain a perdu le sens du jeu de la gratuité, du désintéressement. Le jeu est devenu loisir et celui-ci n’est plus que l’absence de travail. Même s’il voulait, l’homme aurait beaucoup de difficulté à en faire un jeu véritable car il a toujours comme l’impression de tricher, de voler à la machine du temps qui lui permet de refaire ses forces pour se soumettre de nouveau au rythme de cette machine. SOUCY, Jean. L’art : langage, jeu et thérapeutique, Columbia, décembre 1971.

JEUNE

La seule manière de rester jeunes, c’est d’agir comme si nous l’étions, et il est surprenant de voir quelles réserves d’énergie gardent nos machines même quand on pourrait croire qu’elles commencent à s’ankyloser. DANTIN, Louis. Lettre, 1938.

JEUNESSE

Les jeunesses d’aujourd’hui, on les comprend pus… BERNARD, Harry. Les jours sont longs, Le Cercle du Livre de France, 1951.

Découvrez un peu le bonheur d’être jeune, Tout est à vous. BLAIS, Marie-Claire. Tête blanche, Institut littéraire du Québec, 1960.

la jeunesse est un «mal divin» dont on guérit hélas! chaque jour. BRUCHÉSI, Jean. Voyages… mirages… Beauchemin, 1957.

À l’heure actuelle, la jeunesse est devenue, pour les saltimbanques de la pensée, le champ clos de leurs sophismes. Il est naturel que la constipation s’ensuive avec l’idée de révolution. Jamais la jeunesse n’a été aussi constipée que de nos jours. La purge l’attend. Ce sera son âge mûr. DUSSAULT, L., TEFAS, G. L’École contre la culture, Leméac, 1972.

Ô jeunesse! tu fuis comme un songe d’aurore…

Et que retrouve-t-on, quand ton rêve est fini?

Quelques plumes, hélas! qui frissonnent encore

Aux branches où le cœur avait bâti son nid.

FÉRCHETTE, Louis, Fleurs boréales, 1879.

Ah! cruelles toujours seront nos destinées!

Si fort qu’on ait noué ses doigts

Aux belles grappes d’or de ses jeunes années

Les lèvres n’y vont qu’une fois…

GARNEAU, Alfred, Poésies, 1908.

Quand on est jeune, on n’a qu’un but : être tout à fait comme les autres. On cache ses rêveries autant que possible. JASMIN, Claude. La Petite Patrie, Éditions La Presse, 1973.

Ah, que ces souvenirs de jeunesse sont tristes,

Tumultueux, cuisants…

Je disais : Univers, pour moi seul tu existes!

Je n’avais que vingt ans.

MORIN, Paul. Poèmes de Cendre et d’Or, Éditions du Dauphin, 1922.

Oh! qu’elle serait puissante la jeunesse avec sa surabondance de force et de vitalité, si l’expérience n’était le fruit de longues années d’apprentissage. PARENT, Étienne. Importance de l’étude de l’économie politique, 1846.

Ainsi, Messieurs de la jeune génération, point de reproches; soyez indulgents, soyez justes. Au prix des longs et rudes travaux de vos aînés, vous voilà entrés dans la terre promise; ils ont fait leur tâche, à vous maintenant de faire la vôtre. PARENT, Étienne. Importance de l’étude de l’économie politique, 1846.

La jeunesse, c’est l’âge des vertus patriotiques fortes et pures. PARENT, Étienne. Importance de l’étude de l’économie politique, 1846.

La jeunesse, c’est la recherche de l’absolu. SAINT-DENYS-GARNEAU, Hector de. Lettre, 1931.

JEUNESSE CANADIENNE-FRANÇAISE

Une triste lassitude règne dans ces âmes abattues avant d’avoir pris leur vol. Partout ailleurs la jeunesse a des élans; ici, elle n’a que des craintes. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

JOIE

Il n’y a pas de joie sans tristesse… DAGENAIS, Pierre. Isabelle

Ce que tu appelles la joie de vivre n’est qu’une drogue si on l’obtient en dehors de la vertu. MOREAU, François. Les Taupes

les grandes joies sont courtes. POTVIN, Damase. Le Français, Garand, 1925.

JOUAL (langue française au Canada et au Québec; langue québécoise)

Le joual, c’est un rajeunissement du Français! (…) De toute façon, le joual, c’est un faux problème. On est là-dedans; on n’a pas le choix, il faut s’en servir, car c’est un élément de notre vie collective, une particularité qui nous est propre… (…) Si nous étions 200 millions à parler le joual et à l’écrire, personne ne s’en formaliserait… BEAULIEU, Victor-Lévy. Propos recueillis par Jean-Claude Trait, La Presse, novembre 1972.

Le joual (…) veut faire triompher la langue du conquérant sur celle du conquis. BEAUDRY, Pierre. La Presse, décembre 1972.

le joual est une langue de tous les jours, simple et sans nuances, qui n’est pas faite pour rendre toutes les subtilités de la pensée ou pour soutenir un raisonnement un peu profond. (…) Le français québécois doit nécessairement se distinguer du français parlé en France parce qu’il reflète une réalité, voire une culture différente. BEAUDRY-LOSIQUE, Mimi. Le problème du « joual » : essai d’analyse scientifique, La Presse, juin 1974.

Le joual n’est pas un phénomène de langue : c’est un parler qui reflète les conditions négatives de la communication au Québec. C’est l’envers canadien-français de cette parole qui ne peut exister. Le joual témoigne de notre impossibilité de nous assumer (…) Mais il n’est pas appelé à remplacer le français (…) Ce qu’il s’agit justement de faire, c’est d’édifier une parole québécoise, c’est-à-dire utiliser les ressources du français d’une façon qui soit nôtre. BROCHU, André. Propos recueillis par Normand Cloutier, Culture vivante, 1967.

Plus on avance dans cette recherche comparative, que ce soit dans le domaine de la prononciation, des anglicismes ou de la syntaxe, plus la réalité d’une langue «joual» apparaît comme chimérique. Il existe bien un français du Québec, comme un français de Haïti, de Marseille ou de Bordeaux (…) mais ce phénomène se prête simplement à une étude sereine et minutieuse de la part des linguistes, plutôt qu’à un débat public attisant toutes les passions. (…) Si le joual n’a aucune portée sur le plan linguistique, il correspond, en revanche, à des conflits politiques et sociaux. CORBEIL, Jean-Claude. Cité par Pierre Turgeon, Le joual, ça n’existe pas, Perspectives, février 1973.

parler joual, c’est précisément dire joual au lieu de cheval. C’est parler comme on peut supposer que les chevaux parleraient s’ils n’avaient pas déjà opté pour le silence et le sourire de Fernandel. (…) C’est toute notre civilisation qui est jouale. On ne réglera rien en agissant au niveau du langage lui-même (…) c’est au niveau de la civilisation qu’il faut agir. DESBIENS, Jean-Paul. Les Insolences du frère Untel, Éditions de l’Homme, 1960.

Cette langue-là – car c’est bel et bien une langue, une langue qui appartient à un milieu qui veut s’affirmer et se défendre – je lui découvre une légitimité et une signification profondes. J’ajouterais que le joual a un apport spécifique à apporter à la francophonie, l’avenir le prouvera. DESBIENS, Jean-Paul. Propos recueillis par Jean-Claude Trait, La Presse, novembre 1972.

Le joual, ça ne s’écrit pas. S’il a une dignité, cette dignité sera de servir de jargon à une conspiration.

FERRON, Jacques. Lettre, publiée dans Le Devoir, octobre 1965.

Depuis fort longtemps au Québec, parler joual est synonyme de virilité. Bref, c’est le langage des hommes.

GERMAIN, J.-C. introduction aux Belles-sœurs de Michel Tremblay, Holt, Rinehart et Winston, 1968.

Je dirai que le «joual» dans la littérature québécoise c’est tout simplement de la littérature-vérité. Et que c’est probablement ce qui sera arrivé de plus fécond pour la littérature québécoise depuis l’influence de Voltaire. GODIN, Gérald. Le Devoir, novembre 1965.

Le bon français c’est l’avenir souhaité du Québec, mais le joual c’est son présent. GODIN, Gérald. Le joual et nous, Parti Pris, janvier 1965.

Le joual, c’est le peuple du Québec photographié à l’infra-rouge; ça lui révèle qu’il a des maudits problèmes. GODIN, Gérald. Cité dans Culture vivante, 1967.

Faire triompher le joual, c’est du sabotage. C’est l’envers d’un nationalisme sain. C’est suicidaire.

JASMIN, Claude. Laura Cadieux, Michel Tremblay et le joual, Actualité, juillet 1973.

C’est essentiellement la langue du sous-groupe social le plus touché par l’aliénation culturelle et l’infériorité économique (…) Le « joual », c’est un échantillon privilégié, un exemple insigne de la victoire d’une langue étrangère sur une langue autochtone (…) Ce qui est grave ici, c’est qu’il s’agit d’une victoire culturelle allant jusqu’à transformer l’esprit des inférieurs. LEFEBVRE, G.-R. Le Devoir, octobre 1965.

le joual est l’expression adéquate de l’aphasie culturelle et politique d’un peuple pris dans l’engrenage d’une aliénation dont il ne peut pas voir comment il s’en sortira. MARCEL, Jean. Joual de Troie, Éditions du Jour, 1973.

Promouvoir le «joual», effrontément appelé le «québécois», serait odieusement renier trois siècles d’histoire et trahir notre petit peuple sur le plan culturel comme sur le plan international. MÉRAT, Yvette. Manifeste contre le joual, La Presse, février 1973.

Livres bâclés, films grossiers, théâtre dénigreur, chansons gauchement politisées, langue incohérente, débraillé, étudié et provocant : telles sont les principales caractéristiques de la culture jouale. Romantisme de la niaiserie et de l’insignifiance : un phénomène qui n’aura, aux yeux de l’histoire, qu’un intérêt folklorique; une aventure qui n’aura même pas valeur de balbutiement. PELLERIN, Jean. La culture « jouale », La Presse, novembre 1972.

C’est le jeu du colonisateur que de faire accepter le joual car il mène à l’anglais à plus ou moins long terme. PERREAULT, Luc. Le cinéma n’a encore trouvé son joual, La Presse, juin 1973.

si l’on entend par (joual) un mélange d’anglais et de français largement farci de jurons ou d’expressions ordurières (…) on ne peut hésiter un instant. Il faut l’empêcher de triompher chez nous. (…) C’est un langage plus près de l’animal que de l’homme. PRINCE, Vincent. Le français ou le « joual », La Presse, septembre 1973.

Le joual, c’est, je crois, alternativement, une langue de soumission, de révolte, de douleur. RENAUD, Jacques. Comme tout le monde ou Le post-scriptum, Parti Pris, janvier 1965.

Quand les gens montent en épingle le problème du joual, c’est juste pour masquer les véritables problèmes qui sont de nature sociale et politique. SIROIS, Serge. Propos recueillis par Michel Beaulieu, Le joual, c’est la substance même de notre race, Perspectives, février 1972.

Quelqu’un qui a honte du joual, c’est quelqu’un qui a honte de ses origines, de sa race, qui a honte d’être Québécois. TREMBLAY, Michel. Propos recueillis par Jean-Claude Trait, La Presse, juin 1973.

« le joual ». C’est la langue des faibles, des humiliés, des offensés; langue propre à émettre des cris, des blasphèmes. Cependant, le « joual » est en voie de disparition car ce langage reflète la réalité d’un certain milieu canadien-français, milieu qui est en pleine transformation. TURCOTTE, Michel et DAIGNEAU, Louis. Introduction à la première partie de Québec : hier et aujourd’hui, ouvrage publié sous la direction de L.L. Lapierre, The Macmillan Compagny, 1967.

JOUISSANCE (plaisir)

La jouissance est pleine de périls… elle n’a jamais rien produit de grand (…) Privation vaut mieux que jouissance, disent les saints. CONAN, Laure. À l’œuvre et à l’épreuve, 1891.

JOUR

Les jours sont longs, désespérément longs. Les années fuient sana qu’on les voit, mais les jours n’en finissent plus. Ils se traînent sans objet, sans signification, l’un à l’autre pareils. BERNARD, Harry. Les jours sont longs, Le Cercle du Livre de France, 1951.

L’homme n’arrête pas de charroyer les jours. Le grenier d’où ils sortent en contient inépuisablement : ils viennent, chacun leur tour, sans faire défaut, ponctuels, jamais deux à la fois, bien souvent vêtus d’or quand nous sommes en deuil, et de gris quand nous sommes en fête. LECLERC, Félix. Pieds nus dans l’aube, Fides, 1946.

JOURNAL

N’oubliez jamais que le tirage d’un journal est toujours proportionné aux souffrances des hommes, aux attentats à la pudeur et aux vols à main armée.

GAGNON, Jean-Louis. La Fin des haricots

JOURNAL CLÉRICAL

Quand donc le clergé aura-t-il un organe dont il n’ait pas à rougir? L’AVENIR, 1848.

En tous pays, les journaux qui se donnent comme organes du clergé, se sont toujours fait remarquer par l’esprit d’injustice, la maladresse et la témérité. Ils ont, presque sans exception, causé plus de mal aux chefs de diocèse que les feuilles les plus irréligieuses, les plus hostiles. LE MONDE, 1894.

JOURNALISME-JOURNALISTE

Il nous semble que le but et de devoir du journaliste étant essentiellement d’instruire et d’éclairer le peuple sur ses intérêts, il ne doit pas s’efforcer de lui faire croire aveuglément les opinions et les doctrines qu’on lui prêche, fussent-elles les meilleures, mais qu’au contraire il doit essayer de lui faire comprendre en quoi les opinions et les principes qu’il professe sont meilleurs et plus avantageux que ceux professés par leurs adversaires. Or le meilleur moyen, suivant nous, pour arriver à ce but, c’est de publier les opinions de ses adversaires… L’AVENIR, 1848.

Le journalisme est de toutes les professions peut-être la plus délicate, parce que même dans l’attaque, même dans la flétrissure, il faut toujours garder la dignité du langage; c’est une profession dont le noviciat doit être le plus laborieux et le plus long, parce qu’il ne se borne pas à une spécialité, il les embrasse toutes, il demande une grande habitude du monde, beaucoup d’observation, une éducation honnête à part une instruction variée. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Il y a du reste tant de journalistes qui pensent et écrivent comme des chevaux, qu’on ne voit pas bien pourquoi un cheval ne pourrait pas penser et écrire comme un journaliste. FOURNIER, Jules. Le Nationaliste, juillet 1908.

JOURNALISTES QUÉBÉCOIS (presse québécoise)

Je me suis souvent demandé pourquoi les trois quarts des journalistes canadiens ne renchaussaient pas des patates au lieu de tenir une plume. À force de les lire, je suis arrivé à en découvrir la raison : c’est que ces écrivains ne font pas la moindre différence entre une plume et une pioche. BUIES, Arthur. Chroniques canadiennes, 1884.

JUDAS

J’ai toujours manifesté beaucoup de sympathie pour Judas, de la compréhension même. Le Christ, sans Judas, que serait-il après tout? ROBITAILLE, Gérald. Le Père Miller, Éric Losfeld, 1971.

JUGE

On a rarement vu des juges révoqués pour malhonnêteté : on n’en a jamais vu révoqués pour stupidité.

ASSELIN, Olivar. L’Ordre, juillet 1934.

JUIFS

Les Juifs ont certainement des défauts, et quelquefois d’autant plus qu’ils se sont éloignés davantage de leurs croyances traditionnelles sans se rattacher à aucun autre idéal religieux. Ne craignons pas d’affirmer, cependant, que l’antipathie que leur portent un certain nombre de soi-disant chrétiens vient surtout de l’ignorance de ces derniers, qui leur fait prendre des défauts adventices d’une race pour ses caractéristiques foncières. (…) Il y a quelque chose d’admirable dans les sacrifices que le groupe juif de Montréal, composé en grande partie d’émigrés pauvres ou de leurs enfants, fait pour ses institutions de charité et d’assistance, sans recourir à l’aide des autres éléments de la population. ASSELIN, Olivar. Jewish Daily Eagle, juillet 1932.

Les juifs sont, entre tous les groupes formant le peuple d’Amérique ceux qui échappent le mieux aux préjugés de race et de couleur. Souffrant eux-mêmes de l’ostracisme, ils en comprennent la cruauté injuste et ils gardent envers les autres victimes une attitude quasi fraternelle. DANTIN, Louis. Les Enfances de Fanny

le peuple juif est un peuple déicide. LES FRÈRES DU SACRÉ-CŒUR. Mon livre de français (6e année), 1950.

Le Juif symbolique reçoit le pire des attaques que les Canadiens français aimeraient à diriger contre les Anglais, ou même contre un certain nombre de leurs propres chefs et propres institutions… le Juif, dans le Québec, est le petit concurrent physiquement présent, plutôt que le tireur de ficelles camouflé de la haute finance et des grandes entreprises. HUGHES, Everett. French-Canada in transition, 1944.

Nos ennemis les Juifs. LACASSE, Zacharie. Dans le camp ennemi, 1893.

Le Juif, l’homme qui lutte pour se rédimer, l’homme qui engueule l’Éternel, qui refuse la Fatalité, c’est lui l’être personnalisé entre tous. MAILLET, Andrée. Les Remparts de Québec, Éditions du Jour, 1965.

Où il y a de l’argent les Juifs y sont. PROVERBE QUÉBÉCOIS

JUSTICE

il ne suffit pas de rendre justice (…) il est aussi important de la rendre d’une telle façon que les citoyens soient convaincus que la justice est rendue. COMMISSION PRÉVOST. Rapport,

C’est la justice que les États les mieux établis se conservent, et ceux qui ne font que de naître ont plus besoin qu’on la rende avec exactitude et célérité. COMTE DE FRONTENAC. Discours, 1672.

La justice à huis-clos n’est pas justice… TREMBLAY, Jacques. Scandale au D.I.P., Éditions du Jour, 1962.

LACORDAIRE

Si tous les Lacordaires cessaient brusquement de boire, les commissions des liqueurs fermeraient leurs portes. GUAY, Jacques. Les Gudulades, Éditions Bleu et Or, 1961.

LAÏC

Le commerce et la finance ont inventé le cochon de payant, elle (l’autorité ecclésiastique) a imaginé, elle, le cochon de laïc, l’homme sans Esprit, le chrétien de l’arrière-Église, le fidèle déplorable que, du haut de l’orgueil insensé des purs, elle regarde patauger dans la soue du siècle. LEMOYNE, Lean. Convergences, HMH, 1961.

LANGAGE (langue)

Le langage tient aux circonstances historiques et non biologiques. Cependant, une fois le langage formé, l’évolution en obéit aux conditions ethniques et, d’autre part, le langage détermine jusqu’à un certain point la tournure d’esprit de chaque peuple. DAVIAULT, Pierre. Encyclopédie Grolier, 1947-1948.

Ce ne sont pas les idées qui déclassent un homme, mon garçon, c’est le langage! LORANGER, Françoise. Encore cinq minutes, Le Cercle du Livre de France, 1967.

LANGUE (bilinguisme; langage; parler; parole)

Pour qu’une langue et une culture survivent, il faut un peuple qui les porte et un milieu qui les supporte.

ARÈS. Richard. Relations, octobre 1964.

La langue la meilleure, la plus complète, la plus précise, la plus large qu’une communauté homogène peut utiliser est sans contredit celle qu’elle utilise déjà. Et c’est pour ces raisons qu’elle l’utilise. BIBEAU, Gilles. Joual en tête, La Presse, juin 1973.

le purisme en langue est une erreur sociologique, une erreur pédagogique, une erreur psychologique et une erreur scientifique (linguistique). On camoufle derrière une lutte pour le «bon parler» une incapacité scientifique ou, plus souvent, une lutte de classes sociales. C’est la classe dite supérieure qui exige que les autres classes parlent sa langue, ou encore qui affirme que ceux qui n’utilisent pas leurs mots ou leurs règles sont des ignorants… BIBEAU, Gilles. Lettre publiée dans La Presse, décembre 1973.

La conservation de la langue est absolument nécessaire à la conservation de la race, de son génie, de son caractère et de son tempérament. BOURASSA, Henri. La langue française et l’avenir de notre race, 1913.

au sein d’une organisation sociale qui accorde priorité à une langue dans une société pluraliste, les langues secondaires deviennent de moins bons instruments de culture que la langue dominante. BRAZEAU, Jacques. Différences linguistiques et carrières, The Canadian Journal of Economics and Political Science, novembre 1958.

Une langue ne peut se maintenir et exprimer une culture que si ceux qui la parlent ont la liberté et les moyens d’exister comme collectivité distincte. Des individus isolés qui conservent par piété filiale ou par entêtement une langue en voie de disparition ne constituent pas une société. BRUNET, Michel. L’itinéraire des Français en Amérique du Nord et les accidents de l’histoire, La Presse, septembre 1970.

La sauvegarde de la langue, ce n’est pas une question constitutionnelle, mais d’éducation familiale… CAOUETTE, Réal. Le Devoir, octobre 1969.

Un autre droit naturel, imprescriptible, pour chaque individu, est celui de parler sa langue et de l’enseigner à ses enfants. LE CATÉCHISME DES ÉLECTEURS, d’après l’ouvrage d’A. Gérin-Lajoie, J.-B. Thivierge et Fils, 1936.

La langue est un bien commun, et c’est à l’État comme tel de la protéger. L’État protège les orignaux, les perdrix et les truites. On a même prétendu qu’il protégeait les grues. L’État protège les parcs nationaux, et il fait bien : ce sont là des biens communs. LA LANGUE AUSSI EST UN BIEN COMMUN, et l’État devrait la protéger avec autant de rigueur. Une expression vaut bien un orignal, un mot vaut bien une truite. DESBIENS, Jean-Paul. Les Insolences du frère Untel, Éditions de l’Homme, 1960.

Depuis le début de l’histoire moderne, les nations se sont définies avant tout en fonction de la langue. La sociologie et la psychologie nous font connaître l’importance du facteur linguistique dans la formation des individus et des groupes. La langue est le premier élément de la culture : elle comporte tout un réseau de symboles collectifs et de valeurs inconscientes; elle est un instrument quotidien d’échanges et de communication, le véhicule de la pensée; elle façonne l’être humain en profondeur et l’insère dans la société. ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS. Les Cahiers des États généraux du Canada français, octobre 1967.

la suprême révélation du génie national, la clef magique qui donne accès aux plus hautes richesses de la culture, c’est la langue! (…) Une éducation nationale aura donc pour premier souci de nous mettre en possession de la langue maternelle. GROULX, Lionel. Directives, Éditions Alerte, 1937.

Le sort d’une langue est lié à la conciliation de deux tendances : d’une part, la conservation d’un héritage linguistique, du moins dans ses caractéristiques essentielles; d’autre part, la constante adaptation de la langue à l’évolution du monde moderne. LAPALME, Georges-Émile. Mieux dire, octobre 1962.

En tout état de cause, chaque verrue de la langue, chacune de ses faiblesses, de ses inefficacités, s’imprime – par ricochet – si je puis me permettre l’expression, dans l’épiderme de la société qui l’emploie. Telle langue, tel peuple; tel peuple, telle langue… LEFEVBRE, Gilles. Telle langue, tel peuple, Culture vivante, 1968.

en utilisant une langue qui fourche, on pense en boiteux. MAJOR, André. À joual donné… Le Devoir, novembre 1969.

Toute langue est un mode d’appréciation du monde intérieur et extérieur; c’est donc un ensemble de représentations qui relèvent à la fois du structural et du notionnel et constituent et modèlent des sujets parlants ou locuteurs au sein d’une communauté linguistique donnée. MIEUX DIRE, mars 1964.

L’état d’une langue reflète tous les problèmes sociaux. MIRON, Gaston. Un long chemin, Parti Pris, janvier 1965.

La langue pour un peuple a un caractère de nécessité absolue. MIRON, Gaston. Cité par Luc Perrault, La Presse, juin 1973.

Les langues qu’on n’utilise plus après 5 h p.m. sont déjà mortes. OUELLETTE, Fernand. Liberté, mars-avril 1964.

chaque race trouve en sa langue le miroir de ses conceptions et l’instrument approprié de sa vie. C’est dire que le droit à la langue est fondé sur la constitution de l’homme, que c’est donc un droit naturel. (…) La langue appartient tellement au patrimoine de la race et à la substance de ses droits que tous les peuples s’en sont montrés particulièrement jaloux, et que plusieurs d’entre eux qui, par la force des choses, durent en subir la perte, se font gloire aujourd’hui d’y revenir, et estiment leur sort lié et leur honneur associé à la résurrection de l’idiome national. PAQUET, L.-A. Études et appréciations, 1918.

La qualité de la langue d’un groupe ethnique nous permet, dans la plupart des cas, de le juger. Écoutez parler une nation et vous saurez quel est son degré d’évolution intellectuelle, quelle est la mesure de ses préoccupations spirituelles ou culturelles. Vous pourrez même deviner parfois quels sont ses drames, quel est son voisinage, quelles sont ses difficultés. (…) La langue est le miroir le plus fidèle d’une nation. PÉPIN, Jean-Luc. Vers un Québec fort, 1962.

Une langue est d’autant plus vivante et bien conservée qu’elle correspond à une nécessité constante de la vie quotidienne privée et publique, et cela sous sa forme écrite aussi bien que sous sa forme orale… Sans cet arrière-plan et ces motivations sociologiques, l’enseignement de la langue maternelle à l’école aboutira toujours plus ou moins à une impasse. RAPPORT PARENT, 1963-1966.

Pour s’imposer et survivre, une langue doit de toute nécessité être tenue par ceux qui la parlent pour langue utile et langue de promotion sociale, sans quoi elle risque de deviner à plus ou moins brève échéance langue folklorique ou objet de musée… SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE, 27e congrès annuel, octobre 1963.

Phénomène socio-culturel, la langue est en effet un fidèle miroir de la nation. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL, Statut de la langue française au Québec, avril 1967.

Les victoires linguistiques appartiennent, elles aussi, aux plus gros bataillons. TOUGAS, Gérard. Histoire de la littérature canadienne-française, Les Presses Universitaires de France, 1960.

l’inutilité d’une langue et son manque de prestige mène à l’abâtardissement du lexique et de la syntaxe puis finalement à l’abandon progressif. Un peuple ne parle pas une langue par patriotisme; il faut que les structures économiques et l’organisation sociale l’y poussent. TREMBLAY, Jean-Noël. Mieux dire, octobre 1966.

LANGUE ANGLAISE AU CANADA ET AU QUÉBEC, LA (anglicisation des Canadiens français)

L’enseignement de l’anglais à nos enfants est une dangereuse entreprise de génocide. La langue anglaise au Québec est le plus grand obstacle à notre équilibre psychique, à notre développement mental, à notre épanouissement culturel, à notre paix intérieure, à notre liberté collective. Elle est l’ennemi à abattre. C’est seulement lorsque la langue anglaise sera devenue langue morte au Québec que la langue française pourra vivre pleinement. Et nous avec elle. BARBEAU, Raymond. Le Québec bientôt unilingue? Éditions de l’Homme, 1965.

Il sied de parler la langue comprise de tous, puisque la parole a été donnée à l’homme pour communiquer ses idées à ses semblables, plutôt que pour glorifier le coin de terre sur lequel le hasard l’a fait naître et que cette parole n’est, en somme, que le simple véhicule de la pensée. BOUCHARD, T.D. Débats, Sénat du Canada, 1944.

Nous avons toutes les preuves que pour les francophones l’anglais est une langue indispensable. Il faut assurément nuancer cette affirmation et rappeler que la contrainte de l’anglais s’exerce surtout dans quelques secteurs déterminés. Mais il faut noter qu’il s’agit de secteurs de point. COMMISSION GENDRON. Rapport, décembre 1972.

La langue anglaise est sans légitimité dans la patrie québécoise et il appartiendra à une constituante québécoise, confirmée par un référendum au Québec, de déterminer un statut quelconque d’accommodement à l’égard des citoyens québécois d’origine anglaise. DAGENAIS, André. Parlant au nom du Conseil québécois de la Légitimité nationale devant le comité parlementaire de l’éducation chargé d’étudier le projet de loi 85, le 23 janvier 1969.

Pour moi, j’ai trop souffert de ne pas connaître l’anglais. Nous n’avons pas le droit, si nous voulons jouer un rôle dans notre pays, de ne pas connaître la langue de notre majorité. (…) La langue française doit vivre, et elle vivra chez nous tant qu’elle aura, pour s’épanouir, le foyer familial. Mais je crois à la nécessité de l’anglais pour tous les Canadiens français. DAVID, Athanase

l’anglais est la langue des maîtres (…) il est aussi la langue des riches, des forts, des voyageurs… la langue de l’avenir. DOMENACH, Jean-Marie. Esprit, février 1965.

Quand un Canadien français a bu, il se sent riche, important, étranger et il parle anglais DORÉ, Marc. Le Raton laveur

Si le gouvernement du Québec abolissait l’anglais comme langue officielle dans le Québec, il donnerait, certes, une magnifique leçon aux gouvernements d’Ottawa et des autres provinces qui ont, à toutes fins pratiques, ostracisé le français. DUCEPPE, Gilles. Métro-Express, mai 1965.

La langue anglaise gagne du terrain comme le fera naturellement la langue des riches et des employeurs (…) Il doit s’écouler, comme de raison, beaucoup de temps avant que le changement de langue puisse s’étendre à tout un peuple… LORD DURHAM. Rapport, 1839.

Il est résolu que : 2 : il n’y ait pas d’enseignement de l’anglais au niveau primaire dans les écoles primaires, sauf dans les écoles de la minorité anglophone. ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS. Les Cahiers des États généraux du Canada français, novembre 1967.

Les immigrants ont compris depuis déjà fort longtemps que la langue du pouvoir économique, la langue de prestige, la langue des postes de commande, la langue qui vous ouvre toutes les portes, même au Québec, c’est l’anglais. FÉDÉRATION DES TRAVAILLEURS DU QUÉBEC. À bas le bill 63! édition spéciale du Pouvoir, 1971.

Charité enfantine – Il s’agit d’un enfant de sept ans qui, rencontrant une mendiante, lui dit : «Votre panier est vide. On ne vous a rien donné?» La pauvre dame répond : «Non, on ne me comprend pas… je ne parle que le français». À ces mots, le bon petit cœur de Simon est pris de compassion et il dit : «Moi, je sais parler l’anglais, je parlerai pour vous.» Et ainsi tous deux recueillent une somme rondelette. FOREST, M. et OUIMET, M. Mon 3e Livre de lecture

Personne en Amérique n’est armé pour le combat de la vie sans la connaissance de l’anglais. LAURIER, Wilfrid. Débats, Communes du Canada.

quand une partie de nos constituants seront en état d’entendre la langue de l’Empire, alors le moment sera arrivé de passer nos lois dans le texte anglais, le faire avant serait une cruauté que le meilleur des rois, ni son parlement ne voudraient jamais permettre. CHARTIER DE LOTBINIÈRE, Michel. La Gazette de Québec, janvier 1793.

toutes les affaires publiques de cette province se font à présent et se feront à l’avenir en langue anglaise.

McCLEMENT, Patrick, professeur d’anglais. Annonce publiée dans La Gazette de Québec en septembre 1765.

J’ai pensé comme bien d’autres qu’il fallait savoir l’anglais, qu’il fallait dès le jeune âge apprendre l’anglais à nos enfants, mais j’en suis revenu! Il faut d’abord apprendre notre langue maternelle, il faut se former à notre discipline française et ce n’est que plus tard, lorsque le combat de la vie nous atteint, que nous devons nous tourner vers la connaissance de l’anglais utilisant même l’anglais à parfaire notre vocabulaire français par le jeu des comparaisons. MONTPETIT, Édouard. L’avenir économique des Canadiens français, février 1935.

Ainsi je dirais qu’il y a une nécessité absolue pour les Canadiens d’adopter avec le temps la langue anglaise. Seul moyen de dissiper la répugnance et les soupçons que la diversité de langage entretiendra toujours entre deux peuples réunis par les circonstances et forcés de vivre ensemble. PANET, P.-L. 1792.

Gardons-nous d’anticiper sur le temps et de commettre au hasard un événement qu’une tentative infructueuse pourrait au moins reculer et que ce même temps et une éducation publique et libérale amèneront sans effort. Si depuis que cette province a changé de domination elle eut conservé le collège qu’elle avait sous l’ancienne, et dont l’intérêt et la gloire de la métropole exigent le plus prompt rétablissement, ce qu’on nous propose (la reconnaissance de la langue anglaise comme seule langue officielle) aujourd’hui serait déjà praticable et les circonstances ne nous forceraient pas de le rejeter comme dangereux. DE ROCHEBLAVE, P. La Gazette de Québec, février 1793.

LANGUE FRANÇAISE

Le français est le langage de l’âme. Tout le monde a une âme. Tout le monde se mettra au français. CLOUTIER, Eugène. Hôtel Hilton, Pékin

Le français dispose d’un vocabulaire technique aussi riche, aussi précis que l’anglais… CORBEIL, Jean-Claude. Propos rapportés par Pierre Turgeon, Perspectives, octobre 1973.

Le français n’est pas plus difficile que l’anglais; et il a des ressources d’expression dont ne jouira jamais son rival. D’ANJOU, Joseph. Relations, no 273.

La langue française est robuste, convaincante, électrisante même, lorsque l’honneur et le patriotisme l’animent. (…) La langue française, joyau de la civilisation, est la langue de la culture, d’où, dans ce domaine, sa vocation à l’universalité. C’est la reine de la ruche bourdonnante des peuples. PICARD, Gérard. Brève histoire de la langue française, La Presse, 1er et 2 août 1973.

LANGUE FRANÇAISE AU CANADA ET AU QUÉBEC, LA (anglicisation des Canadiens français; joual; langue québécoise; unilinguisme pour le Québec, l’)

au Québec en général et à Montréal en particulier, les francophones sont en voie de devenir minoritaires surtout parce que la quasi-totalité des immigrants s’assimilent à la majorité anglophone. Ce phénomène, qui est probablement unique au monde, est la conséquence de notre infériorité économique et de notre dépendance politique ainsi que de l’absence d’une politique linguistique sérieuse. À BAS LE BILL 63! édition spéciale du Pouvoir, no 4, 1971.

Le français doit être proclamé langue de travail au Québec. (…) Les incitations, les supplications, les requêtes, ça n’est pas plus digne qu’efficace. Nous sommes chez nous au Québec et il est temps de le montrer à l’aide d’une loi qui n’hésitera pas à sanctionner les récalcitrants. À BAS LE BILL 63! édition spéciale du Pouvoir, no 4, 1971.

Dans les chambres du parlement du Canada et de la législature du Québec, chacun pourra, dans les débats, faire usage de la langue anglaise ou de la langue française; mais les registres et les procès-verbaux des chambres susdites devront être tenus dans ces deux langues. Dans tout procès porté devant un tribunal au Canada établi en vertu de la présente loi ou devant un tribunal du Québec, chacun pourra faire usage de l’une ou de l’autre de ces langues dans les procédures et les plaidoyers qui y seront faits ou dans les actes de procédures qui en émaneront. Les lois du parlement du Canada et de la législature du Québec devront être imprimées et publiées dans l’une et l’autre de ces langues. ACTE DE L’AMÉRIQUE DU NORS BRITANNIQUE, article 133, 1867.

Et qu’il soit statué, que depuis et après la Réunion des dites deux Provinces, tous Brefs, Proclamations, Instruments pour mander et convoquer le Conseil Législatif et l’Assemblée Législative de la Province du Canada, et pour les proroger et les dissoudre, et tous les Brefs pour les élections et tous Brefs et Instruments publics quelconques ayant rapport au Conseil Législatif et à l’Assemblée Législative ou à aucun de ces corps, et tous Rapports à tels Brefs et Instruments, et tous journaux, entrées et procédés écrits ou imprimés et Rapports de Comités du dit Conseil Législatif et de la dite Assemblée Législative, respectivement, ne seront que dans la langue anglaise. ACTE D’UNION, 1840.

Il ne s’agit nullement de savoir s’il faut imposer le français pour protéger les intérêts de la collectivité québécoise. Il s’agit tout simplement de constater que le Québec est français et que comme dans tous les pays normaux du monde, l’enseignement public doit se donner dans la langue du pays. Tout simplement, un point c’est tout. ANGERS, François-Albert. Lettre, Le Devoir, 1972.

Le français peut et doit devenir la première langue tant de l’État que de la société québécoise et la seconde langue des autres groupes ethniques qui habitent le Québec. ARÈS, Richard, 1963.

Le problème de la défense du français au Canada nous semble à nous se présenter dans l’ordre suivant : 1. L’apprendre, ce que, à l’heure actuelle, 999 de nos compatriotes sur 1 000 ne font pas; 2. S’en servir pour son compte, ce que, dans leurs relations avec les Anglais, quatre-vingt-quinze pour cent des Canadiens français des classes dirigeantes négligent de faire; 3. Travailler ensuite, sans aigreur et sans jactance, verbale ou autre, à la faire respecter partout où son usage est de droit naturel ou constitutionnel. Par malheur, nous ne remplissons pas les deux premières de ces conditions. ASSELIN, Olivar. L’Ordre, avril 1934.

Pour assurer à la langue française la place qui lui revient en Amérique du Nord, nous devons la faire régner dans un pays libre : c’est là ma conviction inébranlable. BARBEAU, Raymond. Le Québec bientôt unilingue? Éditions de l’Homme, 1965.

La pathologie du français populaire déborde donc la compétence des linguistes. Il ne s’agit pas uniquement et principalement d’un vocabulaire à rectifier et à étendre mais d’une appartenance ethnique et d’une culture à valoriser. La langue est anémiée parce que l’esprit dont elle procède est lui-même anémié. L’une est l’expression de l’autre. BARBEAU, Victor. Les Cahiers de l’Académie canadienne-française, 1960.

Ce français vieillot qu’on dédaigne,

Il est natif d’un haut Poitou

Et d’un lointain Paris itou.

Ces termes, que le chaume enseigne,

Ce sont des termes de Montaigne.

BEAUCHEMIN, Nérée. Patrie intime, Librairie d’Action canadienne-française, 1928.

If French Canadians want to spread their language, they should do it themselves. Bilingualism is a dream in western Canada. BENNETT, W.A.C. Cité par John Marshall, The Telegram, avril 1969.

la langue française de tout le monde (…) n’est pas notre langue à nous, Canadiens français. BERNARD, Harry. Essais critiques, Librairie d’Action canadienne-française, 1929.

Je suis convaincu, pour ma part, que le français sera demain tout aussi indispensable pour participer à la vie québécoise que le sera l’anglais pour communiquer avec le reste du continent. BERTRAND, Jean-Jacques. Allocution, septembre 1969.

le français doit bénéficier d’une attention prioritaire dans ce Québec nouveau que nous voulons bâtir. La langue nationale des Canadiens français ne saurait être un dialecte appauvri, terne, inharmonieux, corrompu dans sa syntaxe et restreint dans son vocabulaire. Il faut qu’elle soit une langue de qualité internationale, qui nous permette de communiquer pas seulement entre nous, mais aussi avec les trente autres pays où le français a rang de langue officielle. Il faut de plus qu’elle soit une langue vivante, capable d’exprimer les multiples aspects de la réalité quotidienne, et non pas une langue purement livresque et dissociée de la vie réelle. Ce qui veut dire qu’au Québec, le français devrait être normalement la langue de travail de la très grande majorité de la population. BERTRAND, Jean-Jacques. Discours, septembre 1969.

La paresse nous fait mal parler notre langue :

Combien peu, débitant la plus courte harangue,

Savent garder et l’ordre et le vrai sens des mots,

Commencer et finir chaque phrase à propos.

Très souvent au milieu d’une phrase française,

Nous plaçons sans façon une tournure anglaise :

Presentment, indictment, impeachment, foreman,

Sheriff, writ, verdict, bill, roast-beef, warrant, watchman.

Nous écorchons l’oreille avec ces mots barbares,

Et rendons nos discours un peu plus que bizarres;

C’est trop souvent le cas à la chambre, au barreau…

BIBAUD, Michel. Épitres, satires, chansons, épigrammes et autres pièces de vers, 1830.

Nos enfants parleront français si le Québec se libère de ses chaînes économiques; ils parleront anglais si les chaînes demeurent trop lourdes. BIBEAU, Gilles. Nos enfants parleront-ils français? Éditions Actualité, 1966.

la proclamation pure et simple du français comme langue officielle est possible mais elle ne serait qu’un geste académique et cocardier… En réalité, le français prendrait surtout sa valeur officielle non pas tant par les textes législatifs eux-mêmes, mais plutôt en devenant une langue de travail, la langue de travail de l’État et de tout ce qui dépend de lui. Or à notre époque, l’État pénètre de plus en plus dans tous les domaines.

BONENFANT, Jean-Charles. Annexe au tome 2 du rapport de la Commission Gendron, décembre 1972.

(Les Canadiens) parlent avec aisance… leur accent est aussi bon qu’à Paris. DE BOUGANIVILLE, Louis-Antoine.

chez trois millions de catholiques, des descendants des premiers apôtres de la chrétienté en Amérique, la meilleure sauvegarde de la foi, c’est la conservation de l’idiome dans lequel, pendant trois cents ans, ils ont adoré le Christ. BOURASSA, Henri. Discours, 1910.

Le jour où nous aurions perdu notre langue, nous serions peut-être des Anglais médiocres, des Écossais passables, ou de mauvais Irlandais, mais nous ne serions plus de véritables Canadiens. BOURASSA, Henri. Discours, 1912.

Il faudrait généraliser l’usage du français comme langue de travail et rendre le français rentable. COMITÉ CANADA. Mémoire, février 1969.

Dans un contexte où il est marginal, il faut donner au français le maximum de chances et de protection en territoire québécois. On ne peut assurer vigueur et dynamisme au français qu’avec le soutien de l’État.

COMMISSION GENDRON. Rapport, 31 décembre 1972.

Le Québec devra présider à un immense effort linguistique de manière à remettre la langue française en usage courant dans les domaines où elle a subi les avaries les plus fortes, notamment au travail. CONFÉDÉRATION DES SYNDICATS NATIONAUX, FÉDÉRATION DES TRAVAILLEURS DU QUÉBEC, UNION CATHOLIQUE DES CULTIVATEURS, Mémoire, 1966.

le français est devenu une langue morte au Canada. Et le mal n’est pas guérissable. Les campagnes de refrancisation n’y peuvent rien. C’est tout un mode de vie qu’il faudrait chambarder. DAVIAULT, Pierre. Le Devoir, juin 1952.

.. le français des Canadiens (le français parlé, par opposition au français écrit) est une des variétés innombrables du français authentique, mais (…) il ne saurait être un dialecte ni un patois. DAVIAULT, Pierre. Encyclopédie Grolier, 1947-1948.

L’État québécois devrait exiger, par loi, le respect de la langue française, comme il exige, par loi, le respect des truites et des orignaux. DESBIENS, Jean-Paul. Les Insolences du Frère Untel, Éditions de l’Homme, 1960.

Il n’y a nulle menace à l’intégrité des Canadiens français ou à la position de la langue française. FLEMING, Donald M.

nous devons exiger que le français soit mis à la place d’honneur dans le Québec, c’est-à-dire qu’il devienne la seule langue officielle de notre patrie. FONTAINE, M.-B. Une Femme face à la Confédération, Éditions de l’Homme, 1965.

(Les Canadiens) parlent un français épuré, n’ont pas le moindre accent. FRANQUET, Louis. Voyages et mémoire sur le Canada

L’usage du français comme critère de l’identité dépasse aujourd’hui en importance la religion, la résidence territoriale, le nom de famille ou même le lieu de naissance. La notion de nation canadienne-française est elle-même liée à l’idée de la priorité de la langue française comme signe de l’identité nationale. GARIGUE, Philippe. L’Option politique du Canada français, Éditions du Lévrier, 1963.

la bataille pour la culture française est perdue au Canada. GENDARMERIE ROYALE DU CANADA. Cité dans Le Devoir, 5 février 1964.

Depuis fort longtemps au Québec, parler joual est synonyme de virilité. Bref, c’est le langage des hommes, Tandis que parler français, parler pointu, est efféminé et synonyme de culture. GERMAIN, Jean-Claude. Deux pièces de Michel Tremblay, présentation, Leméac, 1970.

le bon français c’est l’avenir souhaité du Québec, mais le joual c’est son présent. GODIN, Gérard. Parti Pris, janvier 1965.

Si, dans les autres provinces du Canada, tous les citoyens doivent nécessairement posséder une connaissance suffisante de l’anglais du fait qu’il s’agit de la langue de la majorité, il doit en être de même pour tous les citoyens québécois quant au français. Comme il s’agit, dans les deux cas, de langues à caractère international, nous ne croyons pas léser les citoyens québécois de langue anglaise en leur facilitant l’étude et l’usage du français, bien au contraire. GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Mémoire présenté lors de la conférence fédérale-provinciale de février 1968.

Nous n’écrivons pas le français de littérateurs français. C’est impossible. On nous enseigne à l’école deux langues. Nous parlons couramment deux langues. Nous ne saurons jamais parfaitement ni l’une ni l’autre.

GRIGNON, Claude-Henri. Ombres et clameurs, Éditions Albert Lévesque, 1933.

notre petit peuple, celui de l’usine, des quartiers ouvriers, est une grande victime, non coupable. Qu’a-t-on fait pour lui ménager l’évolution, pour amoindrir le choc? On lui a prêché sur tous les tons l’étude de l’anglais, encore de l’anglais, toujours plus d’anglais. (…) Et, sans doute, fallait-il de l’anglais, mais en fallait-il au détriment du français? Fallait-il oublier que peu de têtes peuvent porter deux langues sans les mêler? GROULX, Lionel. Le Devoir, décembre 1960.

les principes de droits et de constituants de l’État par notre groupe ethnique, qui est à 80 % de langue française, de même que le fait que c’est ce même groupe qui possède et qui crée par son travail les richesses de production; de même que c’est ce même groupe qui, par son volume de consommation, active et crée le progrès économique de la nation, il est de son droit d’exiger que son gouvernement ordonne et décrète, sur le plan du travail, la pratique unique de la langue française. HARMÉGNIES, René

I don’t see any need to perpetuate the French language outside Quebec. There is going to be one hell of a backlash over this thing… KNIGHT, Ronald. Cité par Éric Dowd, The Telegram, mai 1969.

La langue parlée dans la famille et la rue est altérée, contaminée, gâchée. Elle est un produit hybride. La prononciation en est molle et fautive. Le vocabulaire est farci de mots empruntés et déformés. Les formes grammaticales et syntaxiques sont, elles aussi, sérieusement touchées. Et osera-t-on penser qu’un enseignement bilingue au primaire va corriger ces défauts et combler ces lacunes? LACHANCE, Louis. Les Cahiers de l’Académie canadienne-française, 1960.

Il (Dunn) me demande de prononcer dans une autre langue que ma langue maternelle, le premier discours que j’ai à prononcer dans cette chambre! Mais je dois informer l’honorable membre (…) que quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n’en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes canadiens-français. LAFONTAINE, Louis-Hyppolite. Discours, 1842.

Le sort du français est donc décidé à l’avance : c’est notre langue qui finira par sortir de l’usage… Là où il parle aussi facilement l’anglais que le français, le Canadien français – classe moyenne, peu instruite – en vient à parler le français à l’anglaise (grammaire et phrase), de surcroît, il pense en anglais. LALIBERTÉ, J. L’Action nationale, février 1959.

L’aliénation de notre langue est peut-être notre réalité la plus tragique, non seulement parce qu’elle fait de nous des êtres diminués, prisonniers d’un silence que les jurons les plus brutaux rompent à peine, à la manière des grognements d’un sourd-muet, mais encore parce qu’elle entraîne un réflexe d’hostilité qui rend suspecte toute communication difficilement amorcée et nous porte à fuir. LANGEVIN, André. Liberté, mars-avril 1964.

Le français ne peut survivre au Québec sans l’indépendance économique. LAPIERRE, Laurier. Cité dans La Presse, janvier 1969.

Quoi qu’il y ait un mélange de presque toutes les provinces de France, on ne saurait distinguer le parler d’aucune dans les canadiennes. LE ROY DE BACQUEVILLE DE LA POTERIS, C.-C.

Les gallophiles extrémistes optent pour l’identification. Ils soutiennent que notre langue (phonétique, vocabulaire, syntaxe) doit s’identifier complètement au français parisien. Les partisans de l’indépendance absolue affirment au contraire que nous devons recréer un français au moins original à même notre langue populaire, sans égard à l’usage de la métropole sinon en opposition avec lui (…) de ces deux modes réactionnels (identification, opposition), l’attitude de l’imitation libre semble plus normale. LAURENCE, Jean-Marie. Littérature et patriotisme, 1953.

En dehors du Québec, en face des termes positifs de la Section 133 (de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique), la langue française ne peut rien espérer, sinon les sentiments que peuvent inspirer – quels qu’ils soient – la justice de la cause ou toute puissance qui pourrait être amenée à influencer la majorité.

LAURIER, Wilfrid

Au Québec, singulièrement, et à moins de se réfugier dans l’académisme pur, l’avenir ou mieux le salut du français est lié étroitement à la transformation de la situation politique et constitutionnelle comme au relèvement de la condition économie-sociale du peuple canadien-français. Plus qu’ailleurs l’état de la langue est le reflet de la situation globale. LÉGER, Jean-Marc. Le bien commun de tous les francophones, Le Devoir, 1968.

Parlez français chez vous si vous voulez, mais pas à l’école. LE JUGE LENNOX. Paroles adressées au sénateur Belcour, défenseur de la cause de la majorité canadienne-française de la commission des écoles séparées d’Ottawa, 1914.

la langue française constitue un patrimoine national que l’État a le devoir de préserver (…) il incombe au gouvernement du Québec de tout mettre en œuvre pour en assurer la prééminence et pour en favoriser l’épanouissement et la qualité (…) la langue française doit être omniprésente dans le monde des affaires. LOI 22, adoptée par l’Assemblée nationale du Québec le 30 juillet 1974.

Les délégués de toutes les provinces ont consenti à ce que l’usage de la langue française formât l’un des principes sur lesquels serait basée la Confédération. MACDONALD, John A. Cité dans Les Cahiers des États généraux du Canada français, mai 1967.

Il est plus précieux, plus rare, plus élégant de parler français au milieu d’une masse de deux cents millions d’anglophones que de posséder la plus belle maison, la plus belle automobile ou tout ce que tu voudras.

MAILLET, André. Le Bois pourri, Éditions de l’Actuelle, 1971.

(All Canadians) except the French people themselves, shall be relieved of any obligation to carry on their business or conversation in French. MARITIME LOYALIST ASSOCIATION. Cité par Robert Macdonald, The Telegram, mai 1969.

En faisant graduellement du Québec une province authentiquement française, on protégera la langue et la culture française (…) Qu’adviendra-t-il des Québécois de langue anglaise? Ils auront tout simplement à apprendre la langue de la société dans laquelle ils vivent, comme toutes les minorités à travers le monde. Ils conserveront leur langue maternelle, feront éduquer leurs enfants dans cette langue (ce que les Canadiens français du Manitoba n’ont pas le droit de faire) et continueront à employer largement l’anglais comme langue seconde au travail, ainsi que dans leurs loisirs. MCGILL DAILY, février 1965.

Trois langues, l’anglais, l’espagnol et le portugais (pour ne rien dire du français canadien, trop peu important et qui ne saurait se maintenir définitivement) se partagent l’Amérique… MEILLET, Antoine. Scientia, 1911.

le français ne s’épanouira au Québec que s’il assure à ceux qui le parlent des avantages matériels suffisants. MEYNAUD, Jean et BOUTHILLIER, G. Le Choc des langues, Les Presses de l’Université du Québec, 1972.

La langue française va se corrompant dans le Québec; elle perd ses qualités naturelles; elle devient méconnaissable; elle s’abâtardit. Elle n’est pas le «lieu précis» de notre esprit. La décadence de notre langue est-elle irrémédiable? Notre langue, elle sera bonne ou mauvaise, selon le rapport qu’elle aura avec la pensée française ou avec la pensée étrangère (anglo-américaine). MIEUX DIRE, 1964.

Tant que l’insertion de l’entreprise dans le milieu québécois se fera principalement par des Canadiens, donc tant que l’entreprise ne sera que géographiquement québécoise, la langue de travail et de façon générale la langue rentable ne sera pas le français. MIGUE, J.-L. L’industrialisation et la participation des Québécois au progrès économique, dans Le Québec d’aujourd’hui, regard d’universitaires, HMH, 1971.

J’ai observé que les paysans canadiens parlent très bien le français… MONTCALM. Journal

La langue est mitée… et si je dis qu’elle est slack, la vérité, c’est qu’on me comprendra. Nous ne parlons pas un patois, ce qui serait noblesse et par attachement, mais un jargon, qui est décrépitude. MONTPETIT, Édouard. Propos sur la montagne, Éditions de l’Arbre, 1946.

Si les Canadiens français veulent affermir leur solidarité économique en constituant un groupe homogène et vigoureux, qu’ils pratiquent l’intégrité de leur langue. Rien ne vaut cette discipline. La langue, même dans le monde des affaires, même dans le rayon des intérêts matériels est un motif puissant au service du bien commun. Tant que nous n’aurons pas la fierté de la langue nous n’aurons pas les autres fiertés. MONTPETIT, Édouard. L’Avenir économique des Canadiens français, février 1935.

En 1755, les Français représentaient une population de 56 000. En 1760, le Canada compte 60 000 Français et 10 000 Anglais, En 1791, nous constituons 93 % de la population canadienne, mais quatre-vingts ans plus tard, nous sommes devenus 31.07 pour cent. L’Île-du-Prince-Édouard qui, en 1871, comptait 32 833 Canadiens français sur une population de 94 000, n’en compte plus en 1961 que 17 418 sur 104 000. Nous avons été «noyés». MORIN, Rosaire. L’Immigration au Canada, Éditions de l’Action nationale, 1966.

Jamais nous ne laisserons les Canadiens français implanter en Ontario le langage dégoûtant dont ils font usage. MORPHY, H.B. Propos tenus lors d’une réunion de la Orange Grand Lodge, mars 1915.

Le Québec étant francophone à plus de 80 %, il est légitime que le français y soit reconnu comme langue de la vie courante et du travail, mais la responsabilité d’une telle entreprise ne peut incomber seulement aux particuliers : c’est d’abord la responsabilité de l’État, gardien de la langue, puisque gardien du bien commun. MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS. Notes explicatives sur les projets de loi présentés le 18 février 1972 au premier ministre du Québec, Le Devoir, janvier 1972.

(La langue française au Canada est) sans aucune utilité sauf pour un petit groupe. NEAL, Léonard. Cité par Lysiane Gagnon, La Presse, 18 février 1975.

la langue française a pris de telles racines dans le Bas-Canada, que rien au monde ne saurait l’en extirper. PARENT, Étienne. Le Canadien, 1840.

Pour conserver au Québec son caractère français, des mesures seront prises qui garantiront la vitalité de la langue en même temps qu’elles permettront à la majorité de la population de vivre en français où que ce soit sur le territoire québécois. PARTI LEBÉRAL DU QUÉBEC. Québec en marche. Le programme politique du Parti libéral du Québec, 22 avril 1966.

L’alarmiste a toujours été mignon des autorités. Depuis toujours, et surtout depuis la Conquête, on annonce périodiquement la mort du français au Canada, et pourtant, le français n’est pas encore mort, et il n’a pas envie de mourir. Au contraire, il s’affirme comme jamais. PELLERIN, Jean. Le français ne se meurt pas, La Presse, mars 1973.

Et si notre patois devient trop difficile aux académiciens, eh bien, tant mieux : c’est que nous aurons une langue à nous (…) Si les Français veulent nous lire, ils nous traduiront, comme ils traduisent la littérature provençale ; et ils y réussiront bien mieux que nous, soyez-en sûrs, parce qu’ils possèdent bien mieux leur langue que nous ne pourrons jamais, nous, la connaître. PELLETIER, Albert. Carquois, Librairie d’Action canadienne-française, 1931.

Que la gang du bon parler français mange de la marde. PÉLOQUIN, Claude. Mets tes raquettes, Éditions La Presse, 1972.

(Il faut) rendre à la langue française, dans les différents domaines où s’exerce l’activité des Canadiens français et, particulièrement dans le commerce et l’industrie, la place à laquelle elle a droit. PERRAULT, Antonio. GROULX, Lionel. HOMIER, Pierre. Consignes de demain, 1921.

Notre langue a des droits : droits naturels, droits constitutionnels. Nous voudrions qu’ils ne restent pas lettre morte, nous voudrions surtout que nos compatriotes soient les premiers à les respecter. Et comme leur abandon provient le plus souvent du laisser-aller, de l’insouciance, de l’inertie, c’est à ces plaies que la ligue (des droits du français) va d’abord s’attaquer. PERRAULT, Antonio. GROULX, Lionel. HOMIER, Pierre. Consignes de demain, 1921.

Le français au Québec n’est pas nuancé…il est moribond! (…) (Il est) intolérable que le travailleur canadien français soit obligé d’apprendre une langue qui n’est pas la sienne pour aller travailler à un coin de rue de sa maison. Alors qu’il est chez lui, au Québec. SPINHAYER. Réginald. Propos tenus devant la commission Gendron, septembre 1969.

il y a à Ottawa des gens qui voient dans la renaissance du français un obstacle au plan de centralisation et d’assimilation qu’ils ourdissent depuis 1839. TREMBLAY, Jean-Noël. Discours, 1966.

Faire du français la langue du travail est une nécessité vitale. Il est tout a fait anormal sur le plan national, dangereux sur le plan linguistique, et probablement unique au monde, sauf dans les colonies encore mal libérées, qu’une majorité accepte ainsi de se laisser imposer la langue de la minorité. Plusieurs raisons historiques et économiques expliquent cette situation, mais elle n’en demeure pas moins une anomalie qui doit changer. TREMBLAY, Rosaire. Pour rester maître de la situation, Le Journal de Québec, septembre 1969.

Nous parlon français. TURENNE, Augustin. Nous parlon français, Éditions La Presse, 1973.

Depuis une cinquantaine d’années, ceux qui chez nous écrivent (…) manient une langue d’une pureté de plus en plus douteuse et entachée d’anglicismes dont la subtilité augmente avec le nombre. À ces anglicismes le public, même cultivé, devient de moins en moins sensible, la pratique grandissante du bilinguisme ayant émoussé sa vigilance et lui permettant, sous des mots français, de penser anglais. VALIN, Roch. Quelques aspects linguistiques de l’enseignement du français, La Nouvelle Revue canadienne, juin-juillet 1953.

Il faut comprendre que nous ne demeurerons pas français, si nous ne pouvons pas construire des assises financières qui nous appartiennent, que si nous contrôlons et servons ainsi les intérêts multiples d’un Québec français. VENNAT, P.-J.-G. Comment reprendre notre part, La Prospérité, novembre 1966.

LANGUE MATERNELLE

Pour un enfant, la langue maternelle n’est pas une spécialité. C’est la matrice de son esprit. C’est la condition du développement de son intelligence, la condition de ses relations humaines, la condition de l’accès à toutes les richesses du savoir et de la culture. (…) tout dépend (…) de la primauté de la langue maternelle. ANGERS, Pierre. L’Enseignement du français au niveau secondaire et à l’université, Éditions du Centre pédagogique des Jésuites canadiens, 1963.

LANGUE QUÉBÉCOISE (joual; langue française au Canada et au Québec)

Il existe une langue française, il n’y a pas de langue canadienne. DUGAS, Marcel. Littérature canadienne, aperçus, Firmin-Didot, 1929.

Il existe autant d’écart entre le québécois et le français qu’entre l’américain et l’anglais. Quand tu fais parler un personnage en joual, il pense différemment du français. GERMAIN, Jean-Claude. Cité par Michel Beaulieu, Le Joual, c’est la substance même de notre drame, Perspectives, février 1973.

LARME

À l’âge du bonheur les larmes sont amères;

Plus tard l’âme se trempe, et les pleurs moins brûlants

En des sillons connus roulent de nos paupières.

DANTIN, Louis. Le coffret de Crusoé, Éditions Albert Lévesque, 1932.

LASSITUDE (ennui)

LAURENTIDES

J’ai revu la forêt sombre des Laurentides

Où l’ombrage déclive, au rêve hospitalier,

Me reposa jadis de la ville fétide.

BASTIEN, Hermas. Sous-bois

LAURIER (WILFRID)

rhéteur sans âme et sans doctrine, froid et disert, égoïste sous des dehors aimables, masquant de paroles vides sa totale inaptitude à partager nos ardeurs nationales et religieuses; Canadien mâtiné d’anglais, catholique croisé de libre penseur (…) imbu des idées les plus fausses en matière d’éducation, de religion et de progrès social (…) (Laurier) n’est (pas) digne du grand et noble rôle (…) : celui d’un premier ministre français et catholique. CHAPAIS, Thomas, décembre 1896.

Avec ses principes de bonté, de respect et de cordialité entre les hommes, Laurier est aujourd’hui une figure mondiale. GODBOUT, Adélard. L’Action catholique, septembre 1944.

LIBÉRAL

Dans un sens purement civil et étranger aux considérations religieuses, on appelle libéral celui qui est amateur de la liberté civile et politique de sa nation et la procure avec des moyens, du reste honnêtes. Il est, en conséquence, favorable à l’égalité civile et à la liberté politique, sauf les droits légitimement acquis.

MERCIER, Honoré. Discours, 1888.

Si vous votez pour un libéral, vous manquerez à la justice car vous ne rendez pas à Dieu ce qui revient à Dieu. Dieu ne vous aime pas. LE NOUVEAU MONDE, 1872.

LIBÉRALISME

ce régime («issu du libéralisme économique») ne respecte pas la dignité de la personne et (…) il a donné naissance à un monde matérialiste dans lequel l’homme, et particulièrement l’ouvrier, peut difficilement vivre une vie digne de Dieu et de lui-même. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

Ces théories (du libéralisme économique) ont conduit d’abord à l’exploitation de l’homme, sans souci de la dignité humaine ni des conditions familiales, puis à l’accumulation des richesses entre les mains d’une minorité, alors que se constituait une multitude de travailleurs réduits à une vie précaire sans possibilité d’en sortir. DELORME, J. et BOUILLÉ, L. Questions de vie politique, Montréal, Ministère de la Jeunesse, 1951.

Le libéralisme commet l’erreur fondamentale de vouloir édifier une société sur d’autres principes que les principes religieux. LAFLÈCHE, Louis-François. Quelques considérations sur les rapport de la société civile avec la religion et la famille, 1866.

Toutes les accusations portés contre nous, toutes les objections à nos doctrines, peuvent se résumer dans les propositions suivantes : premièrement, le libéralisme est une forme nouvelle de l’erreur, une hérésie déjà virtuellement condamnée par le chef de l’Église; deuxièmement, un catholique ne peut pas être libéral. (…) Je sais que le libéralisme catholique a été condamné par le chef de l’Église… Mais je sais et je dis que le libéralisme catholique n’est pas le libéralisme politique. LAURIER, Wilfrid. Discours, 1877.

le libéralisme a décapité l’homme d’affaires. Au lieu de le concevoir comme un chef (…) il le définit comme un simple rouage dans une mécanique dont le contrôle n’est situé nulle part. MINVILLE, Esdras. Le chef d’entreprise, L’Actualité économique, janvier-mars 1953.

la doctrine libérale appuie tellement sur la liberté et la responsabilité individuelles qu’elle sacrifie l’intérêt social et, par le fait même, rend pratiquement impossible le bonheur individuel. PETIT, Gérard. Bases d’une cité heureuse, Fides, 1943.

LIBERTÉ

La liberté consiste à faire de bonne grâce ce qu’on ferait autrement par contrainte. Marcher au lieu d’être traîné. BAILLARGEON, Pierre. Le Scandale est nécessaire, Éditions du Jour, 1962.

Il n’est permis à personne d’être libre dans ses opinions religieuses et politiques (…) c’est à l’église à enseigner à ses enfants à être de bons citoyens, comme de bons chrétiens (…) La liberté d’opinions n’est donc rien autre chose que la liberté de l’erreur, qui donne la mort à l’âme. BOURGET, Ignace. Lettre pastorale.

N’est pas libre qui veut, mais qui est digne de l’être. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

La liberté consiste dans le pouvoir de faire tout ce qu’autorisent les lois qui ne peuvent avoir d’autre but que de la garantir. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Dieu respecte notre liberté. Comment concevoir que la sagesse divine ait voulu que l’être libre n’agisse pas librement? Et aucun pouvoir sur terre ne peut violer le libre arbitre de l’être humain. CHAPUT, Gérard. Philosophie et théologie de l’éducation.

Il est un mot magique au plus fort de l’orage

Qui des vents furieux sait conjurer la rage :

Ce mot, c’est : Liberté!

CHAUVEAU, P.-J.-O. À Albion (poème)

Ma voiture n’est pas libre d’aller où elle veut quand elle n’a plus de frein; ce jour là, elle devient complètement folle; mais elle est vraiment libre d’aller où elle veut et comme elle veut, le jour où elle a encore de bons freins. Ainsi en est-il de l’homme. CHENTRIER, Théo. Psychologie de la vie quotidienne, Éditions de Jour, 1963.

Liberté! fleur sauvage à la tête orgueilleuse,

Entre toutes les fleurs toi la plus merveilleuse!

CHOQUETTE, Robert. À travers les vents, Éditions du Mercure, 1926.

c’est pas la liberté qui manque, c’est le courage de prendre les libertés que l’on a. DESBIENS, Jean-Paul. Le Devoir, juin 1960.

Notre liberté est jeune; elle a été conquise avec la plus grande facilité; c’est pour cela que nous en apprécions mal le prix et que nous ne savons pas la protéger. DION, Léon. La Prochaine révolution, Leméac, 1973.

C’est dans le sang toujours que naît la liberté! FRÉCHETTE, Louis. La Légende d’un peuple, 1890.

Chargée de fer, menacée du trépas,

De nos tyrans nous braverions la rage,

S’il fallait pour la liberté

Sacrifier nos biens, la vie,

Et sous drapeau redouté

Mourir pour elle et la patrie

Et la patrie.

GARNEAU, François-Xavier. Pourquoi désespérer (poème), 1834.

Mais toute ma liberté dépend de mon portefeuille!… Et j’ai besoin de ma liberté! GAUVREAU, Claude et GUILBAULT, Muriel. Le Coureur de Marathon

la vraie liberté est inséparable de la responsabilité. GRÉGOIRE, Paul. Déclaration publiée dans La Presse le 5 mars 1974.

la liberté est un bien, un droit qui s’achète, rarement un don gratuit. GROULX, Lionel. Les Cahiers des États généraux du Canada français, novembre 1967.

Liberté, liberté, qu’il serait beau de souffrir encore pour toi, qu’il serait beau de faire comprendre aux Canadiens tout ce que tes amants reçoivent de force et de courage en te servant! HINDELANG, Charles

La vraie liberté de conscience est le pouvoir de servir Dieu sans que personne ne nous gêne dans l’exercice de ce droit. LACASSE, Zacharie. Autour du drapeau, 1895.

nous devons être dignes de la liberté, nous devons être prêts à combattre pour la liberté. LAURIER, Wilfrid. Discours, 1914.

la liberté aussi vient de Dieu. Et elle vient même avant l’autorité dans l’ordre des réalités humaines. LÉVESQUE, Georges-Henri, mai 1952.

La liberté ne se demande pas, elle se prend, autant au niveau collectif que personnel.

LEVITT, K. La Capitulation tranquille, traduit par André D’Allemagne, Réédition Québec, 1972.

À plus grande liberté, plus grands dangers. LOCKQUELL,Clément. Intuition et critique littéraire, dans Littérature et société canadienne-française, par F. Dumont et J.-C. Falardeau, Les Presses de l’Université Laval, 1964.

Le pouvoir de penser comme de faire le mal ne constitue pas la vraie liberté : c’est, au contraire, une faiblesse, par conséquent un manque de liberté. LUIGI. Le Don Quichotte montréalais sur sa Rossinante ou M. Dessaulles et la Grande Guerre ecclésiastique, 1873.

nulle part l’œuvre divine n’est mieux accomplie et le bonheur de l’homme mieux assuré que là où la liberté, la grande et universelle Liberté jouit d’un plus grand respect. MERCIER, Honoré. Discours, 1889.

la certitude que la liberté peut exister dans sa plénitude, sans licence, que la liberté engendre l’ordre et non le désordre, que le devoir du gouvernement est d’encourager la liberté et non de la restreindre, que la liberté bien ordonnée est le plus solide pilier de l’autorité… MERCIER, Honoré. Discours, 1889.

ce que tout citoyen a de plus cher et de plus sacré : le droit de vivre libre dans un pays libre. MERCIER, Honoré

Il est nécessaire, pour le bien général, que chaque individu cède une portion de sa liberté. C’est pour cette raison qu’il est permis à l’État de surveiller même les mesures d’hygiène prises dans les familles. LE MONDE

Tout est légal quand les libertés fondamentales sont en danger. O’CALLAGHAN, E. Bailey

Maman me dit qu’elle avait encore envie d’être libre; elle me dit que ce qui mourait en dernier lieu dans le cœur humain ce devait être le goût de la liberté; que même la peine et les malheurs n’usaient pas en elle cette disposition pour la liberté. ROY, Gabrielle. Rue Deschambault, Beauchemin, 1955.

L’histoire universelle démontre que la liberté individuelle de l’homme et du citoyen représente la plus grande conquête de notre civilisation, dont le prix ne saurait être payé trop cher et dont la préservation reste un impératif fondamental pour l’ensemble de l’évolution du monde. SZABO, Denis. Dans Terrorisme et justice, par L. Beaudoin, J. Fortin et D. Szabo, Éditions du Jour, 1970.

L’extrême liberté touche au despotisme (quand elle n’est pas le pire des despotismes)… TACHÉ, Joseph-Charles. Des provinces de l’Amérique du Nord et d’une union fédérale, 1858.

La liberté existe pour le petit nombre qui possède l’argent et la force. VALLIÈRES, Pierre. Nègres blancs d’Amérique, Parti Pris, 1968.

LIBERTINAGE AU CANADA FRANÇAIS, LE

Le libertinage n’a pas encore beaucoup gagné dans les paroisses de la campagne, il y règne en général un esprit de pudeur qui prévient une partie des fautes scandaleuses. Mais la corruption des mœurs a fait, depuis trente ans, de terribles racages dans les villes, surtout celles de Québec et de Montréal. Au rapport des étrangers, elle n’est pas si avancée dans beaucoup de grandes villes d’Europe. PLESSIS, J.-O. Mémoire adressé à la Sacrée Congrégation de la Propagande, 1794.

LITTÉRATURE (écrivain; poème; poésie; poète; roman; romancier)

Une littérature peut être nationale par la nature de ses sujets, mais à condition d’être d’abord une littérature.

ASSELIN, Olivar. Préface à l’Anthologie des poètes canadiens de Jules Fournier, 1920.

la littérature est le reflet des mœurs, du caractère, des aptitudes, du génie d’une nation. CASGRAIN, Henri-Raymond. Œuvres complètes, 1895-1896.

la littérature (…) c’est l’art d’exprimer la pensée. CHAUVEAU, P.-J.-O. État de la littérature en France depuis la Révolution

Une douzaine de bons ouvrages de troisième ordre ne fait pas plus une littérature qu’une hirondelle ne fait le printemps. FOURNIER, Jules. Mon Encrier, 1922.

L’ensemble d’une littérature est toujours, même sans le chercher expressément, sans y prendre garde – et toujours dans ce cas – l’expression d’une âme unique, d’un destin. DE GRANDPRÉ, Pierre. L’Écrivain et la société, Le Devoir, novembre 1957.

on fait de la littérature quand on a encore des illusions. LEMELIN, Roger. Fantaisies sur les péchés capitaux, Beauchemin, 1949.

La littérature est plus que le va-et-vient du signifiant au signifié, l’écrit est plus que la transposition d’expérience juxtaposées ou superposées : c’est le passage d’un certain non-être à un certain être.

LOCKQUELL, Clément. Intuition et critique littérature, dans Littérature et société canadienne- française, par F. Dumont et J.-C. Falardeau, Les Presses de l’Université Laval, 1964.

La littérature, entre autres choses, est l’art de montrer ses fesses. MARTEL, Réginald. Chronique du temps perdu, La Presse, décembre 1972.

Servir : telle doit être la mission de l’écrivain, et telle, la mission d’une littérature. ROY, Camille. Études et croquis

La littérature d’un peuple n’est pas un ensemble de chefs-d’œuvre, mais plutôt un ensemble d’œuvres où s’exprime avec art la pensée. ROY, Camille. Manuel d’histoire de la littérature canadienne de langue française, Beauchemin, 1939.

La littérature est une disponibilité à l’incarnation. VAN SCHENDEL, M. L’amour dans la littérature canadienne-française, dans Littérature et société canadienne-française, par F. Dumont et J.-C. Falardeau, Les Presses de l’Université Laval, 1964.

LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE (écrivain québécois; livres et le Québec, les; poésie québécoise; poètes québécois; théâtre québécois)

Française par l’âme, mais variété nouvelle dans la grande famille, la littérature que nous écrivons reflète l’originalité de notre âme française. Elle est une province de la littérature française, gardant substantiellement ses attaches, s’en différenciant par des notes propres, mais adventices. BAILLARGEON, Samuel. Littérature canadienne-française, Fides, 1957.

Nous avons enfin cesser de poser la question traditionnelle : Existe-t-il une littérature québécoise? C’est là le fait majeur du renouveau culturel du Québec. BRAULT, Jacques. Propos recueillis par Normand Cloutier, Culture vivante, 1967.

Notre littérature ne peut être sérieusement originale qu’en s’identifiant avec notre pays et ses habitants, qu’en peignant nos mœurs, notre histoire, notre physionomie : c’est sa condition d’existence. CASGRAIN, Henri-Raymond. Études sur Angéline de Montbrun, 1884.

(Notre littérature) sera grave, méditative, spiritualiste, religieuse, évangélisatrice comme nos missionnaires, généreuse comme nos martyrs, énergique et persévérante comme nos pionniers d’autrefois… Mais surtout elle sera essentiellement croyante et religieuse… C’est la seule condition d’être : elle n’a pas d’autre raison d’existence. CASGRAIN, Henri-Raymond. Œuvres complètes, 1896.

Notre parler franco-canadien animerait nos romans du terroir, mais les œuvres de portée internationale, que nous finirons bien par produire, seront écrites en français. DE CHANTAL, René. Chroniques de français, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1956.

La littérature canadienne-française doit comprendre l’ensemble des ouvrages, écrits par des Canadiens français de naissance ou d’adoption, où s’expriment des idées portant sur des sujets canadiens ou étrangers, mais parés d’images ou de sentiments canadiens-français. CHARTIER, Émile. Le Canada français – La littérature, La Revue canadienne, 1921.

L’inspiration et le génie n’ont pas toujours manqué à nos écrivains français. Le temps et les moyens de mettre leur talent à profit leur ont fait défaut : mille autres occupations plus profitables, en ce qu’elles rapportaient plus d’argent et même beaucoup de considérations, ont limité chez la plupart d’entre eux les travaux de leur imagination à une très petite partie de leur existence. CHERRIER, G.-H. Préface à Charles Guérin de P.-J.-O. Chauveau, 1853.

Nous devons donc par nos écrits inspirer l’amour du travail, le respect des lois, le culte des beaux-arts (…) Écrivains qui m’entendez, comprenez donc votre tâche et ayez le courage de remplir votre devoir. L’avenir de votre pays dépend de vous. Il sera ce que vous le ferez : il deviendra ce que vous êtes. Vous n’avez pas à retirer un peuple des ténèbres, vous n’avez qu’à l’encourager dans la voie où il marche, sous l’égide de la foi. CHOUINARD, H.-J.-J.-B. Dans Fête nationale des Canadiens français célébrée à Québec en 1880, 1881.

Ce qui manque au Canada, c’est d’avoir une langue à lui. Si nous parlions iroquois ou huron, notre littérature vivrait. Malheureusement, nous parlons et écrivons d’une assez piteuse façon il est vrai, la langue de Bossuet et de Racine (…) On se pâmerait devant un roman ou un poème traduit de l’iroquois, tandis que l’on ne prend pas la peine de lire un livre écrit en français par un colon de Québec ou de Montréal. CRÉMAZIE, Octave. Lettre, 1867.

Nous avons beau dire et beau faire, nous ne serons toujours, au point de vue littéraire, qu’une simple colonie. CRÉMAZIE, Octave. Lettre, 1867.

Le rôle de notre littérature, c’est de fixer et de rendre ce que nous avons de particulier, ce qui nous distingue à la fois de la race dont nous sortons et de celle du milieu de laquelle nous vivons, ce qui nous fait ressembler à un vieux peuple exilé dans un pays nouveau et rajeunissant peu à peu. FABRE, Hector. Conférence, 1866.

notre littérature deviendra une grande littérature, comme c’est arrivé en Irlande, le jour où notre patriotisme sera devenu une passion. FERRON, Jacques. Cité par Alain Pontaut, La Presse, février 1968.

Il n’y a pas de littérature canadienne. FOURNIER, Jules. Mon Encrier, 1922.

Dans l’ensemble, notre littérature n’est pas une peinture, un miroir du milieu qui est le nôtre. GAGNON, Maurice. Notre littérature, image de notre milieu, La Revue dominicaine, juillet-août 1960.

si l’on pense vraiment que la littérature canadienne tire sa sève du tronc français, je ne me laisserai pas de le contester, parce qu’il me paraît certain que ce n’est pas vrai. GILSON, E. Une semaine dans le Monde, avril 1947.

Si nous persistons à écrire dans une langue parlée par les écrivains français, nous ne parviendrons jamais à produire des livres supérieurs aux leurs, et pas un peuple sur terre ne lira nos œuvres, qu’elles traitent du terroir ou non. (…) Nous n’écrivons pas le français de littérateurs français. C’est impossible. GRIGNON, Claude-Henri. Ombres et clameurs, Éditions Albert Lévesque, 1933.

Ne craignons pas les canadianismes… Mais écrivons. Tout est là. Peu importe la langue… Dites réellement ce que vous voyez avec des mots à vous, et du coup ce sera original, la langue canadienne aidant, nous aurons une littérature nationale. GRIGNON, Claude-Henri. Ombres et clameurs, Éditions Albert Lévesque, 1933.

En littérature, Québec est une province de France. Il ne lui est pas permis plus de licences qu’à la Touraine ou à la Normandie. HARVEY, Jean-Charles. Art et combat, Éditions de l’Action canadienne-française, 1937.

La littérature canadienne s’affranchit lentement, il faut bien le dire, de tous ses langes de l’enfance. Elle laisse la voie de l’imitation pour s’individualiser, se nationaliser; elle s’avance en chancelant encore, il est vrai, vers des régions nouvelles (…) elle commence à voir et à croire qu’elle pourra s’implanter sur le sol d’Amérique comme une digne bouture de cette littérature française qui domine et éclaire le monde. HUSTON, James. Le Répertoire national, 1848.

nous écrivons dans un pays où les mœurs en général sont pures et simples (…) l’esquisse que nous avons essayé d’en faire eût été invraisemblable et même souverainement ridicule. Si elle se fût terminée par des meurtres, des empoisonnements et des suicides. Laissons aux vieux pays, que la civilisation a gâtés, leurs romans ensanglantés, peignons l’enfant du sol tel qu’il est, religieux, honnête, paisible de mœurs et de caractères. LACOMBE, Patrice. Postface à La Terre paternelle, 1846.

On a dit et répété que nos lettres retardaient on ne sait trop de combien d’années sur la littérature française (…) C’est un mythe! Nos écrivains, romanciers et critiques connaissaient leurs contemporains, imitaient ou analysaient leurs œuvres dès qu’elles étaient parues. LAMONTAGNE, Léopold. Les courants idéologiques dans la littérature canadienne-française du XIXe siècle, dans Littérature et société canadienne-française, par F. Dumont et J.-C. Falardeau, Les Presses de l’Université Laval, 1964.

Elle est bien canadienne cette littérature, ils sont bien à nous ces écrits qui représentent la plus noble, la plus intime partie de nous-mêmes, lambeaux de notre cœur que nous avons arrachés quand il nous fallait cependant ce cœur pour soutenir la lutte. LEGENDRE, Napoléon. À propos de notre littérature nationale, 1895.

Quelles sources d’inspiration poétique, quelle mine précieuse de faits et d’aventures chevaleresques, l’histoire du Canada ne met-elle pas à leur (les littérateurs) disposition! Quelle richesse inépuisable de matériaux il y a là pour bâtir une littérature canadienne égale, sinon supérieure, à celle de tout autre peuple!

LEMAY, Pamphile. Pourquoi le Chien d’or traduit en français, 1884.

Plus elle devient vraie, plus notre littérature se noircit de malheur. LE MOYNE, Jean. Convergences, HMH, 1961.

Globalement, la littérature canadienne-française demeurera toujours une petite littérature, et le roman canadien-français demeurera toujours un tout petit canton du roman. MARCOTTE, Gilles. Dans Le Roman canadien-français, Fides, 1965.

notre littérature, dans son ensemble, ne peut pas être dite chrétienne. (…) Notre littérature fait partie d’une littérature occidentale qui s’est développée en dehors du christianisme. MARCOTTE, Gilles. La religion dans la littérature canadienne-française contemporaine, dans Littérature et société canadienne-française, de F. Dumont et J.-C. Falardeau, Les Presses de l’Université Laval, 1964.

Les Français n’ont été d’aucun secours à nos ancêtres tant que ceux-ci ont eu à lutter pour transmettre intact ce legs de famille; nous pouvons tout aussi bien nous passer d’eux maintenant qu’il s’agit d’en tirer parti pour nous créer une littérature et pour notre avancement intellectuel. PARADIS, F. L’émancipation de notre littérature, La Nouvelle-France.

la littérature nationale est chez nous un but à atteindre bien plus qu’un fait accompli… Des écrivains canadiens, c’est justement ce que nous ne connaissons guère… nos livres ressemblent trop à l’eau stérilisée : ils sont bien incolores, incolores et sans saveur. PELLETIER, Albert. Carquois, Librairie d’Action canadienne-française, 1931.

Nous croyons fermement en notre littérature régionaliste qui seule sera «notre littérature». Toute autre ne sera que pastiche et qu’imitation. POTVIN, Damase. Le Terroir, janvier 1920.

Ce qu’il faut à notre pays, c’est une littérature franchement, entièrement catholique. ROUTHIER, Adolphe-Basile. Causeries du dimanche, 1871.

Ce qui distingue notre littérature, c’est son amour du beau et du vrai. ROUTHIER, Adolphe-Basile. Les Guêpes canadiennes

Ce n’est pas de Paris qu’il faut juger la littérature canadienne. C’est de Québec ou de Montréal, de quelque part chez nous, en tout cas. Jugeons-la comme ayant été écrite au Canada, dans les conditions historiques que l’on sait; cela nous obligera à être à la fois modeste et juste, et peut-être aussi, sympathique. Ce qui ne nous empêchera pas, d’ailleurs, d’avoir le droit de comparer notre littérature à une autre, à la française, par exemple, et de la déclarer bien inférieure. ROY, Camille. Manuel d’histoire de la littérature canadienne de langue française, Beauchemin, 1939.

pénétrons-la bien (la littérature) de toutes les pensées, de tous les sentiments, de toutes les émotions qui manifestent le mieux la conscience canadienne; remplissons-la, jusqu’à déborder, de toutes les choses qui sont comme le tissu lui-même de l’histoire et de la vie nationale. Faisons ici une littérature qui soit à nous et pour nous. ROY, Camille. Essais sur la littérature canadienne, Garneau, 1907.

L’avenir de notre littérature nationale, lié assurément à la richesse inépuisable de la matière canadienne, n’est pas cependant dans le régionalisme ou le nationalisme littérature à outrance, ou dans je ne sais quel canadianisme intégral; il est plutôt dans le développement même de nos forces intellectuelles par une culture toujours meilleure de notre esprit… C’est dans la puissance même et la discipline de l’esprit que gît le problème de son originalité. ROY, Camille. Regards sur les lettres, Imprimerie de l’Action sociale, 1931.

Cette littérature est, en somme, une littérature américaine écrite en français dans un pays britannique.

SYLVESTRE, Guy. Panorama des lettres canadiennes-françaises, Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1964.

la littérature canadienne, après avoir fait ses classes, puis hésité sur son orientation, possède maintenant assez d’ampleur et de maturité pour qu’en la dédaignant nous mutilions notre connaissance de la culture française dans son ensemble. VIATTE, Auguste. Histoire littéraire de l’Amérique française, Les Presses de l’Université Laval et les Presses Universitaires de France, 1954.

LIVRE (bibliothèque)

L’homme qui porte une grande peine, – comme une femme, un enfant, – est triste jusqu’à la mort devant certains livres. Il y a reconnu son visage. Non pas son visage de chair, mais l’âme de son âme, ce qui vit en lui de plus caché, de plus secret. BERNARD, Harry. Dolorès, Éditions Albert Lévesque, 1932.

L’écrit qui tient, c’est celui qui supporte la comparaison avec la vie quotidienne. CHAMBERLAND, Paul. Cité par Robert Barberis, Le Quartier Latin, décembre 1965.

Le paysage est là tout vivant sous leurs yeux et ils aiment mieux qu’on leur en parle en écriture. CHOQUETTE, Robert. Elise Velder, Fides, 1958.

Un livre n’est pas un éphémère article de journal ou de revue : il doit songer au lecteur sérieux et à la postérité. Mieux vaudrait ne pas écrire un livre (…) si le livre est médiocre ou mauvais. DESMARCHAIS, Rex. Le Paon d’émail, Lemerre, 1912.

Chaque livre est en soi une aventure, un itinéraire dicté par une nécessité intérieure. L’écrivain qui, bon an mal an, se contraint à poursuivre cet itinéraire risque de se retrouver non plus aventurier, mais fonctionnaire ou bien forçat de l’écriture. SAINT-ONGE, Paule. Châtelaine, décembre 1970.

LIVRES ET LE QUÉBEC, LES

l’admission d’un livre au Canada est laissée à la discrétion des douaniers. Même dans la province de Québec! C’est inimaginable! Ce qu’il nous faudrait, ce sont des censeurs attitrés, compétents, des ecclésiastiques comme toi et moi qui occuperaient des postes de commande, qui renverraient implacablement en France ou ailleurs toutes les saloperies que nous recevons. BESSETTE, Gérard. Les Pédagogues, Le Cercle du Livre de France, 1961.

Mais les livres sont tellement dangereux, remplis de toutes sortes d’idées pas comme les nôtres. Nos pères le répètent sans cesse, ils nous défendent même de lire la Bible… GOBEIL, Jules. Le Publicain, Le Cercle du Livre de France, 1958.

LOGIQUE

Mettez un peu de logique dans votre conversation, vous passerez pour un esprit de contradiction. BAILLARGEON, Pierre. Commerce, Variétés, 1947.

LOI

Mais si, de fait, d’après l’estimation commune, une loi humaine était manifestement injuste, ils (les citoyens) ne seraient plus tenus en vertu de l’obéissance de s’y soumettre. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

Les lois et autres mesures gouvernementales seront passées à la minorité des voix, attendu qu’il y a toujours bien moins de sages que d’insensés. AUBIN, Napoléon. Le Fantasque, décembre 1838.

mais les lois pour être publiées, établies, mises en vigueur demandent un temps tranquille, et l’ombre de la paix. DE BOUGAINVILLE, Louis-Antoine. Considérations sur l’état présent du Canada, 1758.

les lois doivent être l’expression de la volonté manifestée par l’organe de ses représentants, nul n’a le droit de s’opposer à leur exécution. LES FRANÇAIS LIBRES ET LEURS FRÈRES LES CANADIENS, 1793.

les lois adoptées par les autorités en place ne sont pas toutes justes et (…) certaines ne méritent pas seulement la désapprobation des citoyens mais valent qu’elles soient dénoncées avec véhémence. LABERGE, Louis. La Presse, avril 1973.

LOI AYANT POUR OBJET D’ÉTABLIR ET DE CONSTITUER LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE MANITOBA

Dans la province, la législature pourra exclusivement décréter des lois relatives à l’éducation, sujettes et conformes aux dispositions suivantes : (I) Rien dans ces lois ne devra préjudicier à aucun droit ou privilège conféré, lors de l’Union par la loi ou par la coutume à aucune classe particulière de personnes dans la province, relativement aux écoles séparées. LOI AYANT POUR OBJET D’ÉTABLIR ET DE CONSTITUER LE GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE MANITOBA, sanctionnée le 12 mai 1870.

LOISIR

Les loisirs ne sont pas le but de la vie, mais certainement un moyen de mieux vivre. (…) Expression de la liberté, ils permettent le développement de la personnalité étouffée par certaines conditions du travail moderne. ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DU QUÉBEC. Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l’Église, 1950.

LOI 63 («bill» 63)

LOI 22

Si les anglophones ne sont pas prêts à admettre un minimum comme la loi 22, ils amèneront inévitablement une épreuve de force, une véritable confrontation entre francophones et anglophones au Québec. CHOQUETTE, Jérôme. Propos tenus devant le Shaare Zion’s Men Club de Montréal, novembre 1974.

la langue française constitue un patrimoine nationale que l’État a le devoir de préserver (…) Le français est la langue officielle du Québec. (…) Les textes et documents officiels (émanant de l’administration publique) peuvent être accompagnés d’une version anglaise (…) Toute personne a le droit de s’adresser à l’administration publique en français ou en anglais, à son choix. (…) Les employeurs doivent rédiger en français les avis, communications et directives qu’ils adressent à leur personnel. Les textes et documents susdits peuvent cependant être accompagnés d’une version anglaise lorsque le personnel est en partie de langue anglaise. (…) Les élèves qui ne connaissent suffisamment aucune des langues d’enseignement reçoivent l’enseignement en français. LOI 22. Adoptée par l’Assemblée nationale du Québec le 30 juillet 1974.

Le projet de loi 22 rend hommage à la langue française, et une certaine «souveraineté culturelle» est alors apparemment sauvée. Mais il maintient et officialise un bilinguisme qui protégera l’unilinguisme anglais dans les milieux et dans les secteurs de la vie collective québécoise où il règne – ou sévit – déjà. Relations, éditorial, juillet 1974.

LONG-SAULT (COMBAT)

C’est l’ordre de Dieu qui a détourné cet orage destiné à détruire la colonie. Les dix-sept Français de Montréal, les quatre Algonquins et les quarante Hurons sont en quelque sorte les victimes de Dieu.

COMTE D’ARGENSON

Dollard des Ormeaux (est) un bon petit bandit qui en voulait moins aux Iroquois qu’aux fourrures de Radisson. (…) Quand on est assiégé dans un fortin, on ne lance pas un baril de poudre vers les quatre points cardinaux parce que ce n’est pas faisable; par contre les assiégeants ont tout avantage à le projeter ou simplement l’y porter attaché au bout d’une gaule, ce que Radisson raconte avoir fait. FERRON, Jacques. Du fond de mon arrière-cuisine, Éditions du Jour, 1973.

Il est certain que sans cette rencontre, nous étions perdus sans ressources. MARIE DE L’INCARNATION

Il faut ici donner la gloire à ces dix-sept Français de Montréal et honorer leurs cendres d’un éloge qui leur est dû avec justice, et que nous ne pouvons leur refuser sans ingratitude. Tout était perdu s’ils n’eussent péri, et leur malheur a sauvé ce pays, ou du moins a conjuré l’orage qui venait y fondre, puisqu’ils en ont arrêté les premiers efforts et détourné tout à fait le cours. RELATIONS DES JÉSUITES, 1659-1660.

LOUISIANE

Si la France ne se saisit pas de cette partie de l’Amérique, qui est la plus belle, pour avoir une colonie assez forte pour résister à celle de l’Angleterre qu’elle a dans la partie de l’est depuis Pescadoué jusqu’à la Caroline, la colonie anglaise qui devient très considérable s’augmentera de manière que dans moins de cent années, elle sera assez forte pour se saisir de toute l’Amérique et en chasser toutes les autres nations. LE MOYNE D’IBERVILLE, Pierre. Mémoire, 1701.

LUNE

Or, j’attends, le cœur plein de bonheur, que la nuit

Ait versé plus de calme et d’ombre sur la terre,

Afin de voir briller comme un clair cimeterre

Le croissant merveilleux qu’une étoile poursuit.

CHOQUETTE, Robert. À travers les vents, Éditions du Mercure, 1926.

LUXURE

Le curé prêchait à tour de bras sur la luxure – le démon de la ville – tant et si bien qu’à la fin, on ne savait si c’était pour ou contre. VAC, Bertrand. Saint-Pépin, P.Q., Le Cercle du Livre de France, 1955.

MACHINE

Nos machines sont plus belles que nous. Elles incarnent nos rêves comme jadis nos statues. GAGNON, Maurice. Salle d’attente (nouvelle), Châtelaine, octobre 1970.

En se prolongeant par la machine, l’Homme peut véritablement devenir le Maître du Monde. À la condition de devenir, tout d’abord, son propre maître. LANGUIRAND, Jacques. Communication I, De McLuhan à Pythagore, Ferron, 1970.

MAIN

On a besoin de ses mains pour dire les choses que la parole ne traduit pas. HÉBERT, Anne, Le Torrent, HMH, 1950.

MAISON

la maison paternelle (…) lui apparaissait comme une forteresse imprenable. LEMELIN, Roger. La Famille Plouffe, Le Cercle du Livre de France, 1948.

MAJORITÉ (minorité)

L’expérience démontre que les majorités sont toujours agressives et portées à être tyranniques. DORION, A.-A. Discours, 1865.

la majorité ne doit pas chercher à dominer la minorité et à la plier à tous ses désirs. DORION, Frédéric. Débats, Communes du Canada, 1944.

la dictature de la majorité est aussi tyrannique que n’importe quel fascisme. LAURENDEAU, André. Discours, novembre 1944.

Il faut respecter la volonté de la majorité et c’est elle qui doit prévaloir. SAINT-LAURENT, Louis S. Débats, Communes du Canada, 1944.

Dans une démocratie ayant des chances de succès, la majorité, si elle en a le pouvoir, n’a pas le droit moral d’imposer à la minorité une obligation qu’à sa connaissance cette minorité ne veut pas accepter. TREMBLAY, L.-D. Débats, Communes du Canada, 1944.

MAJORITÉ SILENCIEUSE

On a beau inviter la majorité silencieuse à se manifester, elle ne répond pas. Il serait peut-être temps de vérifier si son silence ne dépendrait pas du fait qu’elle est sourde. BRIE, Albert. La réflexion n’use pas les miroirs, Le Devoir, 27 février 1976.

MAL (peine)

Au fond, tous les êtres humains sont comme moi. Ils portent le désir du mal et le désir du bien. En moi, le désir du mal est le plus fort. BLAIS, Marie-Claire. Tête blanche, Institut littéraire du Québec, 1960.

quand on a commencé à se faire du mal, un jour ou l’autre on va jusqu’au bout du mal qu’on peut se faire. HÉBERT, Anne. Les Chambres de bois, Seuil, 1958.

Le scorpion porte son contrepoison; dans les pays plus sujets aux maladies, il y a plus de remèdes. Si le mal est présent, la médecine n’est pas loin. LE JEUNE, Paul. Relations des Jésuites, 1632.

le mal est plutôt cru que le bien. SAGARD, Gabriel. Histoire du Canada et voyages… 1636.

MALHEUR (adversité; catastrophe; mal; peine)

Triompher du malheur en gardant une âme pure, c’est conquérir des titres de noblesse qui en valent bien d’autres. BOURASSA, Napoléon. Jacques et Marie, prologue, 1865-1866.

Je crois qu’on s’habitue au malheur. FOURNIER, Roger. Ti-Francoés la Fiole (conte), Les Écrits du Canada français, tome 8, HMH.

MANDOLINE

Mandolines

Cristallines

Vous avez un triste lot :

Vos notes sont des échardes,

Risible est votre sanglot,

Ô criardes!

LOZEAU, Albert. L’Âme solitaire, 1907.

MANICOUAGAN (BARRAGE DE LA)

Cependant, la consommation d’énergie électrique doublant en moins de dix ans, l’Hydro-Québec devait immédiatement envisager la réalisation de Manicouagan, pour répondre à l’augmentation de la consommation de la prochaine décade. Après les constructions remarquables de Bersimis I et II, de Beauharnois, de Carillon, Manicouagan présente, à la fois, le caractère de défi et celui d’une maturité économique sans précédent dans l’histoire de l’industrie canadienne. SERVICE PRESSE-INFORMATION DE L’HYDRO-QUÉBEC, 1965.

MANIFESTATION

S’il existe un tel droit que celui de manifester, n’est-ce pas un droit qu’on doit s’attendre de voir exercer dans les moments les plus tendus? Interdire son exercice dans les moments de crise, n’est-ce pas nier l’existence même de ce droit? D’autre part, une manifestation est une sublimation d’antagonisme. N’est-ce pas courir aux devants de dangers encore plus graves que de ne pas permettre à des citoyens de sublimer leurs instincts d’agressivité? Cela dit, il y a des cas extrêmes où l’on peut raisonnablement prévoir qu’une manifestation perdra son caractère de sublimation et donnera lieu à un véritable combat de rue. Y a-t-il lieu de l’interdire pour la sécurité publique? Je ne connais personne qui ait élaboré de principe général à ce sujet, principe qui puisse servir de guide dans les cas particuliers. CARDINAL, Jean-Guy. La démocratie ne doit pas tuer la liberté, Le Journal de Québec, septembre 1969.

Nous reconnaissons que le droit à la manifestation en démocratie doit être respecté jusqu’à l’extrême limite. Cela fait partie de la liberté d’expression. PRINCE, Vincent. Saint-Léonard et la provocation, Le Devoir, septembre 1969.

MANIFESTE ANNEXIONNISTE

De tous les remèdes suggérés pour la guérison des maux évidents et intolérables dont notre pays est affligé. Il n’en reste qu’un qui soit digne d’être pris en considération. (…) Il consiste dans une amiable et pacifique séparation de la Grande-Bretagne et une union sur des bases équitables avec la grande confédération des États souverains de l’Amérique du Nord. Nous pouvons déclarer que nous ne nourrissons envers la Grande-Bretagne que des sentiments de bienveillance et des respects. Sans son consentement, nous croyons la séparation ni praticable ni désirable. MANIFESTE ANNEXIONNISTE, 8 octobre 1849.

MANITOBA (Franco-Manitobains; loi ayant pour objet d’établir et de constituer le gouvernement de la province de Manitoba)

Du Manitoba, à mesure qu’on avance dans la prairie, un grand étonnement saisit le nouvel arrivant, et se superpose à l’impression première d’immensité. C’est que la plaine est extrêmement diverse. Elle s’étend sur de longues distances, fière de son blé jeune, d’un vert très pâle, qui se couche sous le vent. Elle se creuse, se soulève en monticules, se déroule en souples ondulations. BERNARD, Henri. Juana, mon aimée, Granger, 1936.

Le Manitoba est par excellence le pays de l’uniformité : on aura beau y bâtir des villes, il restera plat comme l’océan en temps calme. DUGAS, Georges. Légendes du Nord-Ouest

MARIAGE

Ah! soyez-en sûr, en consacrant l’union des époux, le sang du Christ ne leur assure pas l’immortalité de l’amour, et quoi qu’on fasse, la résignation reste toujours la grande difficulté, comme elle est le grand devoir. CONAN, Laure. Angéline de Montbrun, 1881.

Une fille mariée, c’est une branche qui s’échappe de l’arbre pour prendre racine plus loin. GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

Pourquoi acheter la vache quand on a le lait pour rien? GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

Les liens du mariage, c’est ça. Une grosse corde bien attachée pour s’étouffer ensemble. HÉBERT, Anne. Kamouraska, Seuil, 1970.

Le mariage est parfois utile aux hommes

souvent nécessaire aux femmes

toujours essentiel aux enfants!

Mais c’est une vieille institution bourrée d’inconvénients : Pas de noviciat, les premiers et les DERNIERS vœux en entrant, pas d’appel, ni reprise, ni remise. La vieille baraque prend l’eau, elle s’adapte de plus en plus mal au progrès. (…) Sa vaillante résistance tient de l’héroïsme bête et borné, inutile. Chère vieille!

JASMIN, Claude. Bonheur et famille, Liberté, décembre 1961.

La société exige un apprentissage pour la moindre fonction; il est absurde qu’elle n’en prévoit aucun pour un engagement aussi total que le mariage. LAZURE, Jacques. Cité par Céline Légaré, Perspectives, mai 1973.

Si on veut vraiment assurer aux femmes une réelle égalité, les idées au sujet du mariage doivent changer également. Dans le mariage, mari et femme doivent devenir des partenaires chacun étant libre d’exercer un métier ou une carrière, et les deux se partageant également les responsabilités de la maison et de la famille. Les liens familiaux se resserreraient alors de nouveau parce que ni la femme ni l’homme ne se sentirait pris au piège, dans le mariage, comme cela arrive souvent. RAPPORT BIRD, 1970

L’union sexuelle durable est souhaitable et possible. Il n’est pas nécessaire qu’elle soit enregistrée par un contrat (permis), il n’est pas évident dans la plupart des cas qu’elle dure toute la vie (divorce), il n’est pas normal non plus qu’elle soit un repliement (fidélité et propriété conjugale). En libérant les unions durables du contrat de mariage et de la charge des enfants, on leur donne la possibilité de se développer naturellement, pour le bonheur. LE QUARTIER LATIN, mars 1970.

Elles disent : le mariage, c’est pour la vie. Et ajoutent, pas loin : Y a tien d’plus salissant qu’une robe de mariée. VIGNEAULT, Gilles. Pour une soirée de chansons, Éditions de l’Arc, 1965.

MARIAGE AU CANADA FRANÇAIS, LE

Ce qui fait qu’on se marie facilement en ce pays-là, c’est la difficulté de pouvoir converser avec les personnes de l’autre sexe. Il faut se déclarer aux pères et mères au bout de quatre visites qu’on fait à leurs filles. Il faut parler de mariage ou cesser tout commerce, sinon la médisance attaque les uns et les autres comme il faut. On ne saurait voir les femmes sans qu’on en parle désavantageusement et qu’on ne traite les maris de commodes. BARON DE LA HONTAN

MARINGOUIN

Pour les maringouins, c’est l’importunité même. On ne saurait travailler, notamment à l’air, pendant leur règne, si on n’a de la fumée auprès de soi pour les chasser. Il y a des personnes qui sont contraintes de se mettre au lit, venant des bois, tant elles sont offensées. J’en ai vu qui avaient le cou, les joues, tout le visage si enflés qu’on ne leur voyait plus les yeux; ils mettent un homme tout en sang, quand ils l’abordent. Ils font la guerre aux uns plus qu’autres. LE JEUNE, Paul, Relations des Jésuites, 1632.

MASQUE (apparence)

Nous portons tous un masque, c’est bien connu, et vient un moment où nous ne pouvons plus l’enlever sans nous arracher la peau. BERTHIAUME, André. Contretemps, Le Cercle du Livre de France, 1971.

MASS MEDIA (diffusion, technique de)

MATIÈRE

Loin de moi l’idée de diviniser la matière et ce qui s’y rapporte; mais ne croyez-vous pas que la matière est le corps de l’esprit; que sans elle l’esprit ne demeure pas sur terre, comme sans esprit la matière reste inerte, inutilisée… VERSAILLES, Joseph. Discours, 1921.

MÉDECIN

Les avocats et les médecins pullulent : deux classes fort utiles. Les uns tuent, les autres ruinent. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

le monde n’en irait pas plus mal, s’il n’y avait pas autant de médecins. Le bon air, l’exercice, la diète sont les meilleurs médecins dans les trois quarts des maladies. GÉRIN-LAJOIE, Antoine. Jean Rivard, 1862-1864.

Après le prêtre, le médecin est celui qui est le plus à même de comprendre les joies et les douleurs de la sensibilité. Il est peu de souffrances de la pauvre humanité qui ne s’étalent devant ses yeux et peu, par conséquent, auxquelles il ne participe, s’il est digne de l’espèce de sacerdoce qu’il exerce. TACHÉ, Joseph-Charles. Forestiers et voyageurs, 1863.

Les docteurs, les docteurs, j’te dis que j’les ai loin, asteur! Ça pense rien qu’à la piasse, les docteurs. Ça égorge le pauvre monde, pis ça va passer l’hiver en Califournie! TREMBLAY, Michel. Les Belles-sœurs, Holt, Rinehart, et Winston, 1968.

MÉDECINE

Lorsqu’un indésirable n’est pas criminel, on le dit malade; ainsi peut-on l’incarcérer sans procès. À ce point du vue la médecine est une institution commode, qui supplée à la justice. FERRON, Jacques. Contes du pays incertain, Éditions d’Orphée, 1962.

MÉFIANCE

c’est toujours sur les couteaux qui coupent pas qu’on se donne une entaille. Les autres, on s’en méfie pas. GUÈVREMONT, Germaine. Marie-Didace, Beauchemin, 1947.

MÉMORIALISTE

Savez-vous ce que c’est qu’un mémorialiste? – Non. – C’est un homme qui cherche à faire un avenir à son passé. BRIE, Albert. Dans Chez Miville, Éditions du Jour, 1962.

MENSONGE

,,, je ne mens jamais, ou du moins, le moins possible, car j’ai découvert dernièrement qu’on se ment avec une extrême facilité sans s’en apercevoir. Les gens polis et aveugles, appellent cela : illusions, inexpérience, enfin de jolis mots pour déguiser ces mensonges. Alors c’est mensonges sur mensonges. On finit par joliment s’embrouiller et embrouiller ses petites affaires aussi. DESSAULES, Henriette. Journal, 1877, HMH, 1971.

Le mensonge est à la mode, cela fait plus chic; il reste tout de même qu’il conduit à une déformation de la personnalité. Qu’il soit bénin ou malin, il n’apporte rien de bon. Il est vrai cependant qu’un aveu fait parfois plus de tort que de bien. GENDRON, Lionel. Qu’est-ce qu’un homme, Éditions de l’Homme, 1962.

MENTEUR

La langue d’un muet vaut mieux que celle d’un menteur. LES FRÈRES DU SACRÉ-CŒUR, Mon Livre de français, (4e année).

MER

La mer! Un jour qu’il faisait beau, je suis descendue vers elle. Je voulais la voir avec son cœur nu, mon cœur ignorant des mots : ceux des autres et les miens. La mer… Elle roulait tous les bleus, toutes les chansons, tous les poèmes. Le vent s’y couchait en ronronnant ou gémissait en déchirant les vagues. Ce n’était qu’hurlante poésie. Je frémis à son odeur sauvage et cruelle, à la magistrale symphonie de sa voix multiple. FRANCE, Claire. Les Enfants qui s’aiment, Beauchemin, 1956.

Les routes terriennes ressemblent trop à l’homme

quand il est au plus bas de lui-même, c’est-à-dire dur,

avide, utilitaire. Les routes d’eau s’assimilent mieux

à tout regard encore mal démêlé de la lumière; celui

de l’enfance et de la contemplation.

LASNIER, Rina. Miroirs, L’Atelier, 1963.

Irrésistible est l’appel de la mer au cœur du terrain qu’est l’homme. LEBEL, Maurice. Columbia, novembre 1971.

La mer : une grande mangeuse qui lisse sur la plage les ossements rejetés sans vouloir s’en séparer. OUVRARD, Hélène. Le Cœur sauvage

Quiconque est maistre de la mer, a un grand pouvoyr sur la terre. CHEVALIER ISAAC DE RAZILLY. Mémoire, 1626.

MÈRE

Une mère n’a pas d’autres raisons de vivre que ses enfants. BEAUPRÉ, C.-H. Les beaux jours viendront, Éditions Presses sociales, 1941.

Je suis ta mère, ta meilleure compagne, dit Louise à son fils, je suis de toi, tu es de moi. N’oublie pas. BLAIS, Marie-Claire. La Belle bête, Institut littéraire du Québec, 1959.

toutes les mères deviennent fatiguées quand leurs enfants leur en donnent le temps. BLAIS, Marie-Claire. Tête blanche, Institut littéraire du Québec, 1960.

Ce fameux rôle de mère, comme vous dites, se résume au fond à fort peu de choses. En dehors de la période couches et biberons, que vous reste-t-il? Le mioche va à la maternelle, à l’école… On l’entraîne dans un tas d’organisations sportives, saines et bien pensantes, on lui inculque des principes et vous assistez impuissante à tout cela en vous demandant si vous êtes réellement une bonne mère pour ne pas avoir à vous demander si votre fils a réellement besoin de votre présence. PARIZEAU, Alice. Fuir, Deom, 1963.

Et quant à nous, les pauvres mères, notre destinée, c’est d’attendre les coups. Nos enfants, nous les portons dans nos entrailles d’abord; puis, quand ils ont grandi, nous les avons dans la tête et dans le cœur; et c’est pire souffrance encore. SAVARD, Félix-Antoine. La Dalle-des-Morts, Fides, 1965.

MÈRES QUÉBÉCOISES

Oh! nos saintes mères! combien nous devons admirer et bénir leur héroïque existence!… Mariées à quatorze ans, elles étaient mères à quinze ans, puis elles l’étaient de nouveau tous les dix-huit mois, jusqu’à l’âge de quarante-cinq ans! Comptez… je ne mentionne pas les jumeaux. BOURASSA, Napoléon, Jacques et Marie, 1865.

Cette étude a aussi montré l’importance du rôle que joue la mère dans les familles canadiennes-françaises. Normalement le père est le symbole de l’autorité comme chef de famille mais c’est normalement la mère qui est le centre de la vie familiale. Elle règle non seulement les problèmes de tous les jours mais c’est elle qui décide de l’éducation des enfants, des contacts avec la parenté et qui dirige la vie religieuse de la famille. GARIGUE, Philippe. La famille canadienne-française dans la société contemporaine, La Revue

dominicaine, avril 1958.

Il l’appelait ainsi, il l’appelait la mère de ses fils à naître, de son fils désormais promis; SA MÈRE comme les paysans dénomment leur épouse féconde, sans jamais lui donner d’autre titre que celui-là, qui rappelle le rôle suprême. RINGUET. Trente arpents, Flammarion, 1938.

MÈRE-PATRIE

L’autorité d’une mère-patrie sur une colonie ne peut exister qu’aussi longtemps que cela peut plaire aux colons. LES FILS DE LA LIBERTÉ. Manifeste, octobre 1837.

MÉTIER

Tant vaut l’homme, tant vaut le métier, et tant vaut l’esprit dans lequel est pratiqué le métier, tant vaut l’homme. MINVILLE, Esdras. Le chef d’entreprise, L’Actualité économique, janvier-mars 1953.

MEUBLE

Le sans-gêne des meubles invite à l’intimité. FABRE, Hector. Chronique, 1877.

MILITAIRE (armée; soldat)

Le militaire est un peu propriété publique. (…) Les femmes le savent. RICHARD, Jean-Jules. Ville rouge, Éditions Tranquille, 1949.

MINORITÉ (majorité)

Une minorité ne peut pas se payer le luxe d’ignorer l’opinion de la majorité. La volonté de celle-ci finit toujours par triompher. Parce qu’elle n’a rien prévu, la minorité accuse alors la majorité de mauvaise foi. De graves conséquences s’ensuivent. BRUNET, Michel. Canadians et Canadiens, Fides, 1954.

C’est parce que les minorités ont foulé de leurs pieds les lois en vigueur, que c’est agrandie la terre de la Justice. (…) Les plus grands crimes de l’homme ont été commis au nom de majorités, silencieuses ou hurlantes. CHARBONNEAU, Yvon. Lettre de prison, Québec-Presse, 1er avril 1973.

Les minorités ont toujours de grandes obligations. Il est bon que ceux qui les composent raffermissent parfois leur énergie… DESROSIERS, L.-P. Préface à Charles et Éva de J. Marmette, Lumen, 1945.

Un peuple doit s’adapter aux conditions qui l’entourent; et une minorité meurt qui n’agit pas. MONTPETIT, Édouard. L’indépendance économique des Canadiens français, L’Action française, janvier 1921.

Une minorité de 40 % gouverne difficilement un pays. TARDIVEL, Jules-Paul. La Vérité, avril 1905.

MINORITÉ ANGLAISE DU QUÉBEC, LA (Québécois anglophones)

There never was a minority in any country treated with more generosity than the Protestant minority of the Province of Quebec. COLBY, C.C. Débats, Communes du Canada.

Most generous treatment has been given (in Quebec) to the Protestant schools maintained under the control of the Protestant Committee of the Council of Public Instruction. McARTHUR, Duncan. History of Canada, 1929.

In language and religion matters at least there is an atmosphere of freedom about the administration of the Quebec school system that reflects the spirit of a more nature – and perhaps more tolerant – civilization than that found in certain English-speaking Provinces where denominational schools are established. WEIR, G.H. The separate School Question in Canada

In no province does the religious minority enjoy greater educational freedom than in Quebec (…) Quebec has never had its Manitoba School Question or such protracted litigation and had feeling as were engendered in Ontario by the ill-conceived and ill-fated Circular 17. (…) In no province is the spirit of the Fathers of Confederation (…) better exemplified than in the Province of Quebec. WEIR, G.H. The separate School Question in Canada

MINORITÉS CANADIENNES

le Canada ne peut être gouverné, à moins que les droits des minorités soient respectés. MACKENZIE KING, W.L. Débats, Communes du Canada, 1944.

MINORITÉS CANADIENNES-FRANÇAISES (Acadie-Acadiens; Franco-Manitobains; Franco Canadiens de la Saskatchewan)

il y a deux minorités importantes, qui disposent d’atouts considérables encore qu’elles soient elles-mêmes atteintes et menacées, deux minorités qui ont, à certaines conditions, de bonnes chances de durer : celles de l’Acadie et de l’Ontario. Toutes les autres sont terriblement, mortellement menacées et vont disparaître à moins qu’interviennent sans retard des mesures radicales notamment sur le plan scolaire. ARES, Richard. Le Devoir, décembre 1963.

si nous laissons sacrifier une par une les minorités françaises qui sont nos avant-postes, le jour viendra où la province de Québec elle-même subira l’assaut. BOURASSA, Henri, 1914.

Dans les provinces anglaises de la Confédération canadienne, la situation des quelque 500 000 Canadiens français qui ne sont pas encore complètement assimilés à la majorité Canadian est celle de toutes les minorités linguistiques vivant dans un milieu étranger et souvent hostile. Ils forment des ghettos à l’intérieur desquels ils parviennent à maintenir un mirage de vie française. BRUNET, Michel. L’itinéraire des Français en Amérique du Nord et les accidents de l’histoire, La Presse, septembre 1970.

L’évolution de la situation linguistique canadienne dont témoignent les résultats du recensement de 1971, nous amène à conclure que loin de connaître un regain de vie, les minorités francophones éloignées du Québec courent au-devant de leur assimilation complète. Les phénomènes sociaux contemporains tels l’urbanisation, la pression des mass média et la grande mobilité des individus semblent avoir donné un coup fatal au français ailleurs qu’au Québec et dans se périphérie. CASTONGUAY, Charles. La dynamique de l’assimilation au Canada, La Presse, mai 1974.

les minorités, et je pense en tout particulier à la franco-ontarienne, sont psychologiquement prêtes à accepter l’anglicisation. La présence d’un groupe homogène au Québec freine le processus d’assimilation. ÉTHIER-BLAIS, Jean. L’être minoritaire, Liberté, mars 1962.

La minorité française hors du Québec doit utiliser la langue de la majorité, comme l’expression normale et unique du milieu; la minorité anglophone du Québec doit faire de même quant au français. LÉGER, Jean-Marc. Le Devoir, septembre, 1963.

Quelle lamentable histoire que celle de ces minorités françaises en butte, sur le palier scolaire, aux persécutions cauteleuses, tantôt brutales, tantôt féroces, émanant d’un authentique racisme! C’est merveille qu’elles aient pu, qui plus ou moins, s’entêter à survivre, dans un climat si hostile, et même, en certains cas, accroître leurs effectifs. MARION, Séraphin. Le pacte fédératif et les minorités françaises au Canada, Ferland, 1964.

Raconter l’histoire des minorités françaises au Canada, ce serait, depuis 1760, parcourir tristement une longue route jalonnée de brimades et d’ostracismes dont furent victimes notre catholicisme et notre culture française; ce serait entendre d’incessantes et d’opiniâtres revendications; ce serait chanter les victoires du redressement tenace et de la résistance constructive; hélas! et par trop souvent, ce serait rouvrir des plaies mal cicatrisées par des législations cruellement arbitraires et mollement équitables, et ce serait renouveler des douleurs lancinantes; ce serait entonner l’hymne des louanges solennelles à l’endroit de notre esprit de justice et de charité; ce serait enfin, par une opposition malencontreuse, mettre à nu de malicieuses conspirations machinées par le fanatisme et la bigoterie qui bannissent et qui tuent. MORIN, Wilfrid. Nos Droits minoritaires, Fides, 1943.

Québec, plus que jamais, veut travailler avec les minorités du pays, les appuyer sans réserve dans leurs revendications et se réjouir intensément de chacun de leurs succès. N’est-ce pas là en somme le véritable patriotisme? POULIOT, Adrien. Les demi-civilisés de la superfrancophonie ne sont pas des Noirs! La Presse, septembre 1974.

French-speaking people outside Quebec should have the same rights as English-speaking people in Quebec. So, what the French give to the English in Quebec, they can expect to get outside.

SMITH, G.I. Cité par Robert Macdonald, The Telegram, mai 1969.

MISÈRE

Le mond’ c’est comme ça! La misère,

En pièc’, ça les fait pleurnicher;

Mais quand c’est vrai, c’t’une autre affaire!

La vie c’est ben mal emmanché!

CODERRE, Émile. Quand j’parl’ tout seul, Éditions Albert Lévesque, 1932.

Il faut savoir élever ses regards vers le ciel, au-delà des étroits horizons de ce monde, pour supporter avec patience la misère, sans chercher dans des actes de violence l’amélioration de son sort. LA MINERVE, juillet 1877.

MISSIONNAIRE

La souffrance du missionnaire n’est pas celle qu’on pense!… La vraie souffrance (…) c’est de se voir rejeté de ceux-là mêmes pour qui il a tout abandonné, de se voir rejeté, lui et son message. La vraie souffrance du missionnaire, c’est de se voir si petit devant une si grande tâche à accomplir. (…) C’est de se sentir comme une voix qui crie dans le désert. MISSIONS SAINT-VIATEUR, janvier-février 1961.

Le Prêtre est un homme mangé.

Le Missionnaire est un homme dévoré.

Spiritains, juin-août 1959.

MISSIONS CANADIENNES

Les missions canadiennes sont les plus rudes du monde. ANTONIUTTI, Ildebrando. Messages, janvier-juin 1959.

il n’y a rien qui perde une Mission que les Français débauchés les pères Jésuites nous L’on bien fait remarquer icy on accuse de la mauvaise vie des françois… BUISSON DE SAINT-COSME, J.-F. Lettre à Mgr de Laval, 1698.

Il est vrai que ceux qui m’ont fait honneur de vous rapporter l’estime que je fais des missions du Canada ont eu sujet de le faire (…) je regarde cette œuvre comme l’un des plus grands qui se soient faits depuis quinze ans… VINCENT DE PAUL. Lettre, 1652.

MODE

Que les modes sont donc parfois stupides! FRÉCHETTE, Louis. Mémoires intimes, 1900.

MONARCHIE (roi)

Les peuples capables de se conduire pas eux-mêmes n’ont pas besoin de rois; aux peuples en tutelle, ils sont nécessaires. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

MONDE

le souffre de démence en ce moment. LAPOINTE, Ernest. Débats, Communes du Canada, février 1937.

ce monde n’est qu’une guerre continuelle, un séjour de misère et une vallée de larmes où, à peine avons-nous goûté de la vie qu’il faut goûter de la mort. SAGARD, Gabriel. Histoire du Canada et voyages… 1636.

MONTRÉAL Mont-Royal; Outremont; Saint-Henri; Saint-Laurent (rue); Westmount)

Montreal is the only place in the world where a good French accent isn’t a social asset. BEHAN, Brendan. Cité dans Weekend Magazine, mars 1973.

Chaque race tend à se cantonner ne blocs compacts qui sont forcément hostiles. Et la bonne entente est morte. Aussi Montréal commence à prendre son visage moderne : des assemblages de groupes d’hommes à peu près imperméables les uns aux autres, qui vivent côte à côte et qui s’ignorent. BLANCHARD, Raoul. L’Ouest du Canada français, Beauchemin, 1953.

C’est là le vrai Montréal, le Montréal de l’avenir, future métropole de l’est qui couvrira u jour toute l’île. C’est le quartier des Anglais. On y voit la richesse, le luxe, la grandeur, le pouvoir et la force. BUIES, Arthur. La Lanterne, 1868-1869.

Ô God! Oh Montréal! BUTLER, Samuel. Psalm of Montreal

Preferrest thou the gospel of Montreal to the gospel of Hellas,

The gospel of thy connexion with Mr. Spurgeon’s

Haberdasher ot the gospel of the Discobolus?

Yet none the less blasphemed he beauty saying

‘The Discobolus hath no gospel,

But my brother-in-law is haberdasher to Mr. Sprugeon.

BUTLER, Samuel. Psalm of Montreal

l’une des villes grisantes du monde. CALLAGHAM, Morley. The Many Colored Coat, Coward-McCann, 1951.

a rock of riches with poverty sprawling around the rock. CALLAGHAM, Morley. The Loved and the Lost, Macmillan, 1951.

Ce fait, nous continuâmes à marcher, et à environ une demi-heure de là, nous commençâmes à trouver les terres labourées et de belles grandes campagnes pleines de blé, qui est comme du mil du Brésil, aussi gros que des pois; les habitants en vivent comme nous de froment